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Banque des politiques de l'AMC

Des politiques au service de la profession médicale et de la population canadienne


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Déclaration conjointe sur la prévention et le règlement de conflits éthiques entre les prestateurs de soins de santé et les personnes recevant les soins

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique202
Dernière révision
2019-03-03
Date
1998-12-05
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
  1 document  
Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2019-03-03
Date
1998-12-05
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
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DÉCLARATION CONJOINTE SUR LA PRÉVENTION ET LE RÈGLEMENT DE CONFLITS ÉTHIQUES ENTRE LES PRESTATEURS DE SOINS DE SANTÉ ET LES PERSONNES RECEVANT LES SOINS Cette déclaration conjointe a été rédigée en collaboration et approuvée par les conseils d’administration de l’Association canadienne des soins de santé, de l’Association médicale canadienne, de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada et de l’Association catholique canadienne de la santé. Préambule Les besoins, les valeurs et les préférences de la personne qui reçoit les soins devraient être la considération primordiale dans la prestation de soins de santé de qualité. Idéalement, les décisions en matière de soins de santé seront le fruit d’un consensus entre la personne qui reçoit les soins et tous ceux qui prennent part à ces soins. Cependant, il arrive parfois que l’incertitude et des divergences d’opinions engendrent des désaccords au sujet des buts des soins ou des moyens à prendre pour atteindre ces buts. Les ressources limitées pour les soins de santé, de même que les contraintes des politiques organisationnelles en place, peuvent aussi contribuer à la difficulté de satisfaire aux besoins, aux valeurs et aux préférences d’une personne. Les questions qui sont traitées dans la présente déclaration sont à la fois complexes et controversées. Leur caractère éthique tient au fait qu’elles comportent des préférences de valeurs et qu’elles se posent lorsque des personnes de bonne volonté se montrent incertaines ou ne sont pas d’accord au sujet de la bonne chose à faire lorsque la maladie menace la vie, la santé ou le bien-être de quelqu’un. Étant donné que les besoins, les valeurs et les préférences de chacun diffèrent et que de nombreuses raisons différentes peuvent susciter des divergences de vues, les politiques de prévention et de résolution des conflits doivent être suffisamment flexibles pour s’adapter à toutes sortes de situations. Les mésententes au sujet des décisions relatives aux soins de santé peuvent surgir entre les personnes suivantes, ou parmi elles : la personne recevant les soins, les mandataires,<1> les membres de la famille, les fournisseurs de soins et l’administration, l’établissement ou l’organisme de santé. La déclaration conjointe porte principalement sur les conflits entre la personne qui reçoit les soins, ou son mandataire, et les fournisseurs de soins. Elle formule des orientations pour l’élaboration de politiques visant à prévenir et à régler les conflits éthiques soulevés par les décisions d’entreprendre, de poursuivre, de retenir ou de retirer des soins ou un traitement. Elle formule les principes fondamentaux devant présider à l’élaboration de telles politiques, de même que les étapes à suivre pour résoudre les conflits. Les participants à la présente déclaration encouragent les administrations, les établissements et les organismes de santé à se donner des politiques en vue de gérer ces conflits et d’autres comme ceux, par exemple, qui s’élèvent parfois parmi les fournisseurs de soins. I. Principes de la relation thérapeutique<2> Les bonnes relations thérapeutiques s’appuient avant tout sur les besoins et les choix éclairés de la personne qui reçoit les soins. De telles relations se fondent sur le respect et sur le caractère mutuel du don et de l’acceptation. L’application des principes qui suivent favorisera de bonnes relations thérapeutiques et contribuera à prévenir les conflits qui ont trait aux buts des soins et aux moyens à prendre pour atteindre ces buts. 1. Les besoins, les valeurs et les préférences de la personne recevant les soins devraient être la considération primordiale dans la prestation de soins de santé de qualité. 2. De bonnes relations thérapeutiques reposent sur la confiance mutuelle et le respect entre les fournisseurs de soins et les personnes qui reçoivent les soins. Lorsque les fournisseurs de soins perdent ce sens de la réciprocité, ils deviennent de simples experts et, dès lors, la qualité humaine de ces relations se dégrade. Lorsque ce sont les personnes qui reçoivent les soins qui perdent ce sens de la réciprocité, elles semblent subir une perte de pouvoir, réelle ou imaginaire, et se sentent plus vulnérables. Comme les personnes qui reçoivent les soins sont souvent affaiblies par leur maladie et peuvent se sentir impuissantes dans le milieu des soins de santé, c’est aux fournisseurs de soins qu’il incombe avant tout de susciter ces relations de confiance et de respect. 3. La qualité de la relation thérapeutique repose sur la compréhension et sur l’attention aux besoins personnels et aux préférences des personnes recevant les soins, des membres de leur famille et de leurs proches. Ces besoins et préférences peuvent être de toutes sortes et être influencés par tout un éventail de facteurs, notamment les antécédents culturels, religieux et socioéconomiques des personnes en cause. 4. Une communication ouverte s’impose également dans un contexte de confidentialité et de protection de la vie privée. Il faut encourager tous ceux qui participent à la prise de décisions à exprimer leur point de vue, qu’il faut recevoir avec respect. Les fournisseurs de soins doivent s’assurer de comprendre les besoins, les valeurs et les préférences de la personne qui reçoit les soins. Pour éviter les malentendus et la confusion, ils doivent voir à ce que leurs communications soient directes, claires et cohérentes. Ils doivent s’assurer que la personne qui reçoit les soins comprend l’information transmise : il ne faut pas supposer que le silence indique le consentement. Il faut fournir à la personne qui reçoit les soins le soutien, le temps et les occasions nécessaires pour participer pleinement aux décisions qui la concernent. 5. Toute personne apte<3> doit prendre part aux décisions concernant ses propres soins. 6. Le but premier des soins est d’apporter un bienfait à la personne. La personne apte a le droit de décider de ce qui constitue ou non un bienfait dans sa situation, que ce soit du point de vue physique, psychologique, spirituel, social ou autre. 7. Pour que le consentement soit éclairé, la personne qui reçoit les soins, ou son mandataire, doivent disposer de toute l’information nécessaire pour évaluer les traitements envisagés; elles doivent notamment connaître les bienfaits et les risques possibles du traitement proposé de même que les autres modes de traitement possibles, y compris les soins palliatifs. 8. Toute personne apte a le droit de refuser des soins ou un traitement ou de retirer son consentement à tout soin ou traitement, y compris un traitement destiné à lui sauver la vie ou à la maintenir en vie. 9. Même si les parents ou les gardiens sont normalement les premiers décideurs pour leurs enfants mineurs, il faut faire participer les enfants à la prise de décisions, dans la mesure de leur capacité de comprendre et conformément aux lois des provinces et des territoires. 10. Dans le cas où la personne qui reçoit les soins est inapte, c’est-à-dire n’a pas une capacité suffisante pour prendre une décision relative aux soins ou aux traitements, il faut faire tous les efforts pour que les décisions relatives aux soins correspondent à ses préférences connues. Ces préférences peuvent avoir été communiquées verbalement ou consignées au moyen d’une directive préalable. Dans certains territoires et provinces, la législation traite spécifiquement de la question de la prise de décisions relatives aux soins et aux traitements médicaux pour les personnes inaptes; il importe alors d’en respecter les exigences. 11. Lorsque les préférences d’une personne inapte demeurent inconnues et qu’il n’y a aucun membre de la famille ou mandataire pour la représenter, les décisions doivent être fondées sur la recherche des meilleurs intérêts de cette personne et tenir compte : a) du diagnostic, du pronostic et des options de traitement; b) des valeurs et des préférences connues de la personne; c) de l’information reçue des proches de cette personne et qui pourrait aider à préciser ses meilleurs intérêts; d) des éléments de culture, de religion et de spiritualité de la personne qui pourraient influencer les décisions concernant les soins et le traitement. 12. Lorsque des conflits surgissent malgré tous les efforts pour les prévenir, il faut les résoudre par les voies les plus informelles possibles, et ne recourir aux processus officiels qu’en cas d’échec des moyens informels. 13. En cas de mésentente ou de conflit, il faut accorder tout le respect voulu à l’opinion de chacune des personnes directement impliquées. 14. Les membres des équipes de soins de santé doivent élucider et, si possible, régler les mésententes entre les fournisseurs de soins au sujet des buts des traitements ou des moyens d’atteindre ces buts de manière à ne pas nuire à leurs relations avec la personne recevant les soins. Les désaccords entre les fournisseurs de soins de santé et l’administration concernant la répartition des ressources doivent être réglés au sein même de l’établissement ou de l’organisme, et ne pas faire l’objet de débats en présence de la personne qui reçoit les soins. Les administrations, les établissements et les organismes de santé devraient se doter de politiques de règlement des conflits pour les situations de ce genre, et en surveiller l’utilisation. 15. S’il est impossible de satisfaire aux besoins et préférences de la personne qui reçoit les soins, il importe de l’en informer en toute franchise, y compris lorsque cette impossibilité découle de restrictions des ressources. 16. Aucun fournisseur de soins de santé ne doit être appelé ou forcé à participer à des actes qui sont contraires à son jugement professionnel<4> ou à ses valeurs morales personnelles, ou qui vont à l’encontre de la mission ou des valeurs de son établissement ou organisme.<5> Les fournisseurs de soins de santé qui estiment ne pas pouvoir participer à une intervention, car elle serait contraire à leurs valeurs professionnelles ou morales, doivent le déclarer d’avance. Nul fournisseur de soins de santé ne doit faire l’objet de discrimination ou de représailles pour avoir agi selon ses convictions. L’application de cette règle ne doit jamais non plus placer la personne qui reçoit les soins dans une situation où elle risquerait d’en subir un dommage ou d’être abandonnée. 17 Les fournisseurs de soins de santé ont le devoir d’intervenir au nom des personnes qui sont sous leurs soins, afin d’obtenir pour ces personnes le traitement approprié. II. Lignes directrices sur le règlement des conflits éthiques Les organismes de soins de santé devraient se doter d’une politique de règlement des conflits afin de régler les problèmes qui surgissent malgré leurs efforts pour les prévenir. Il pourra être nécessaire, selon les services (p. ex. les urgences, les unités de soins intensifs, les services de soins palliatifs, les services communautaires ou les soins à domicile, etc.), de prévoir diverses procédures. La politique de règlement des conflits de l’administration, d’un établissement ou d’un organisme de soins de santé devrait comporter les éléments suivants, dont l’ordre peut varier selon la situation. La politique devrait désigner la personne chargée de mettre en œuvre chaque élément. Cette personne devrait collaborer de près avec celle qui reçoit les soins ou son mandataire. Quiconque intervient dans le conflit peut amorcer le processus de résolution. 1. Déterminer la nécessité d’une décision immédiate par rapport aux conséquences du report d’une décision. Si l’on n’a pas le temps, dans une situation d’urgence, de mettre en œuvre le processus au complet, il faut le faire aussitôt que le temps le permet. 2. Réunir toutes les personnes touchées directement par le conflit, ce qui peut inclure, outre la personne qui reçoit les soins et son mandataire, le fournisseur de soins de santé, des membres de sa famille, des administrateurs, etc. 3. Si nécessaire, choisir une personne qui n’est pas partie au conflit afin de faciliter les discussions. Il est essentiel que cette personne soit acceptée de tous ceux qui sont concernés et qu’elle ait les connaissances nécessaires pour faciliter la discussion franche et la prise de décision. 4. Préciser les points sur lesquels il y a entente et mésentente, et en convenir ensemble. Tout en garantissant la confidentialité, communiquer à tous les participants toute l’information médicale et personnelle pertinente, les interprétations des faits importants, les politiques de l’établissement ou de l’organisme, ainsi que les normes professionnelles et les lois. 5. Déterminer les rôles et les responsabilités de chaque partie au conflit. 6. Offrir à la personne qui reçoit les soins, ou à son mandataire, l’accès aux sources d’aide de l’établissement, de l’organisme ou de la communauté pour la procédure de règlement des conflits, p. ex. le représentant des patients, l’aumônier ou une autre personne-ressource. 7. Décider si le groupe a besoin de consulter à l’extérieur, p. ex. une contre-expertise, le recours à un éthicien, à un comité d’éthique ou à quelqu’un d’autre. 8. Déterminer et explorer toutes les solutions possibles au conflit et établir un calendrier pour le résoudre. Chacun doit pouvoir s’exprimer. Un désaccord non exprimé ne signifie pas nécessairement que la décision est prise avec l’appui ou le consentement de toutes les personnes concernées. 9. S’il est impossible, après les efforts voulus, d’arriver à un accord ou à un compromis par le dialogue, accepter la décision de la personne qui a le droit ou la responsabilité de décider. Si ce point n’est pas clair ou s’il est contesté, recourir à la médiation ou à l’arbitrage. 10. Si la personne qui reçoit les soins, ou son mandataire, est insatisfaite de la décision prise et si un autre prestateur, établissement ou organisme est disposé à répondre aux désirs et aux préférences de la personne, permettre le transfert. 11. Si un fournisseur de soins de santé ne peut se soumettre à la décision pour des motifs de moralité professionnelle ou personnelle, lui permettre sans représailles de retirer sa participation à l’application de la décision, sans mettre la personne qui reçoit les soins à risque de dommage ou d’abandon. 12. Une fois le conflit réglé, revoir et évaluer (a) la procédure qui a été suivie, (b) la décision qui a été prise et (c) l’application de cette décision. Il faut consigner les conclusions de l’évaluation et les mettre en commun pour des fins d’éducation et d’élaboration de politiques. III. L’élaboration d’une politique Les administrations, les établissements et les organismes de santé sont encouragés à charger un comité interdisciplinaire d’élaborer deux politiques de règlement des conflits, l’une sur les conflits parmi les prestateurs de soins de santé (y compris les administrateurs), et l’autre sur ceux qui surgissent entre les prestateurs de soins et les personnes qui reçoivent les soins. Le comité devrait être composé de fournisseurs de soins de santé; de consommateurs et d’administrateurs et pouvoir consulter des spécialistes en droit et en éthique. Le comité devrait également concevoir un programme pour la mise en œuvre de ces politiques. La mise en œuvre réussie de la politique reposera sur une culture organisationnelle qui encourage et appuie les principes de la relation thérapeutique décrite dans cette déclaration. Le programme de mise en œuvre devrait comporter un volet de sensibilisation à l’intention de tous ceux qui seront touchés par la politique, en ce qui concerne à la fois les principes de la relation thérapeutique et les détails de la politique de résolution des conflits. Il devrait aussi inclure les moyens de s’assurer que les personnes qui reçoivent des soins et leur famille ou mandataire ont accès à ces politiques et à leur utilisation. Il faudrait revoir la politique à intervalles réguliers et la modifier au besoin à la lumière des développements cliniques, éthiques et juridiques pertinents. Étant donné que les politiques et les lignes directrices ne peuvent pas couvrir toutes les situations, il faudrait mettre en place des mécanismes appropriés de consultation pour régler rapidement les problèmes à mesure qu’ils surgissent. Notes 1. L’expression «mandataire» est employée dans la présente déclaration conjointe au sens large, pour identifier les personnes habilitées à prendre une décision au sujet des soins et du traitement au nom d’une personne inapte (dans certains territoires ou provinces, la notion de mandataire est définie par la loi). La décision doit être fonction de celle que la personne inapte aurait elle-même prise, au mieux de la connaissance du mandataire. S’il est impossible de savoir ce qu’aurait été le choix de la personne en cause, la décision est prise dans son meilleur intérêt. 2. L’expression «relation thérapeutique» est employée dans le présent document au sens large, pour comprendre toutes les interactions professionnelles entre les fournisseurs de soins, individuellement ou en équipe, et les personnes recevant les soins. 3. L’aptitude peut être difficile à évaluer, car ce n’est pas toujours un état statique. Une personne peut être apte à prendre des décisions dans certains aspects de sa vie, mais non dans certains autres. Son aptitude peut aussi être intermittente : elle peut être lucide et consciente à certaines heures de la journée et non à d’autres. La définition juridique et l’évaluation de l’aptitude relève des provinces et des territoires. Les fournisseurs de soins de santé doivent connaître les lois en vigueur concernant l’évaluation et la documentation de l’inaptitude (par exemple, les lois régissant l’aptitude à donner son consentement et l’âge du consentement). 4. Le jugement professionnel tiendra compte de la norme de soins qu’un établissement ou organisme s’est engagé à fournir. 5. À ce sujet, se référer au principe directeur 6 de la Déclaration conjointe sur les interventions de réanimation (Mise à jour 1995), produite par l’Association canadienne des soins de santé, l’Association médicale canadienne, l’Association des infirmières et des infirmiers du Canada et l’Association catholique canadienne de la santé : «Rien n’oblige à offrir à une personne des traitements futiles ou non bénéfiques. La question des traitements futiles ou non bénéfiques suscite la controverse dans le cas de la RCR. Les décideurs devraient déterminer comment interpréter ces concepts dans la politique sur la réanimation, en fonction de la mission de l’établissement, des valeurs de la collectivité qu’il dessert et de l’évolution au plan de l’éthique et de la loi. Aux fins du présent document et dans le contexte de la réanimation, les expressions «futiles» et «non bénéfiques» peuvent s’interpréter comme suit : dans certaines situations, un médecin peut établir qu’un traitement est «médicalement» futile ou non bénéfique parce qu’il n’offre à la personne aucun espoir raisonnable de guérison ou d’amélioration, ou parce que la personne ne pourra jamais en retirer quelque avantage; dans d’autres cas, l’utilité et les avantages d’un traitement ne pourront être établis qu’en fonction du jugement subjectif de la personne en cause relativement à son état général de bien-être; en règle générale, la personne doit participer à décider de la futilité d’un traitement qui la concerne; dans des circonstances exceptionnelles, il peut arriver que de telles discussions ne soient pas dans le meilleur intérêt de la personne; si la personne est inapte, on se conformera aux principes de la prise de décision qui s’appliquent dans les cas d’inaptitude.» © 1999, Association canadienne des soins de santé, Association médicale canadienne, Association des infirmières et infirmiers du Canada et Association catholique canadienne de la santé. La reproduction du texte est autorisée à des fins non commerciales uniquement. On peut obtenir des exemplaires de la déclaration conjointe auprès de l'un ou l'autre des services suivants : Services aux membres, Association médicale canadienne, CP 8650, Ottawa ON K1G 0G8; téléphone : 888 855-2555; télécopieur : 613 236-8864, site web : www.cma.ca/inside-f/policybase (version française) ou www.cma.ca/inside/policybase (version anglaise); Services à la clientèle, Association canadienne des soins de santé, 17 rue York, Ottawa ON K1N 0J6; téléphone : 613 241-8005, poste 253; télécopieur : 613 241-9481; site web : www.canadian-healthcare.org; Ventes de publications, Association des infirmières et infirmiers du Canada, 50 The Driveway, Ottawa ON K2P 1E2; téléphone : 613 237-2133; télécopieur : 613 237-3520; site web : www.cna-nurses.ca; Publications, Association catholique canadienne de la santé, 1247 Place Kilborn, Ottawa ON K1H 6K9; téléphone : 613 731-7148; télécopieur : 613 731-7797; site web : www.net-globe.com/chac/.
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Le professionnalisme médical (Mise à jour 2005)

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique1936
Dernière révision
2018-03-03
Date
2005-12-03
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
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Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2018-03-03
Date
2005-12-03
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Le professionnalisme médical (2002)
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
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LE PROFESSIONNALISME MÉDICAL (MISE À JOUR 2005) Le contexte de l'exercice de la médecine au Canada se transforme rapidement et profondément. La profession médicale a maintenant de fréquentes occasions de jouer un rôle de chef de file auprès de nos patients, de nos communautés et de nos collègues en renforçant le professionnalisme. L'Association médicale canadienne (AMC) est fermement vouée au professionnalisme médical et a préparé cette politique à la fois pour informer les médecins et d'autres intéressés au sujet de la signification et de l'importance du professionnalisme médical et pour en promouvoir la protection et la valorisation. Ce document présente les principales caractéristiques du professionnalisme médical, les possibilités qui existent dans ce domaine et les défis qui nous attendent. Pourquoi le professionnalisme médical? La profession médicale se caractérise par un engagement ferme envers le mieux-être des patients, des normes morales élevées, la maîtrise d'un corpus toujours plus imposant de connaissances et de compétences et une grande autonomie clinique. Les valeurs personnelles des médecins peuvent varier, mais comme membres de la profession médicale, on s'attend à ce qu'ils et elles partagent et respectent les valeurs qui caractérisent la pratique de la médecine et le soin des patients. Le professionnalisme médical comprend à la fois la relation entre un médecin et un patient et un contrat social entre les médecins et la société. Celle-ci accorde des privilèges à la profession, y compris la responsabilité exclusive ou première de la prestation de certains services et un grand degré d'autoréglementation. En contrepartie, la profession convient d'utiliser ces privilèges principalement pour le bénéfice d'autrui et, accessoirement seulement, à son propre avantage. Trois des principales caractéristiques du professionnalisme médical - l'éthique du service, l'autonomie clinique et l'autoréglementation - sont bénéfiques pour la société. Éthique du service : La compassion, la bienveillance, la non-malfaisance, le respect de la personne et la justice (Code de déontologie de l'AMC) en sont les valeurs caractéristiques. La société bénéficie de l'éthique du service qui fait que dans la prestation des services médicaux, les médecins font passer les intérêts d'autrui avant les leurs. Le dévouement et l'engagement envers le mieux-être d'autrui sont manifestement dans l'intérêt des patients, qui en sont les premiers bénéficiaires. Autonomie clinique : L'art et la science de la médecine sont très complexes. Après une longue formation et grâce à l'expérience qu'ils acquièrent, les médecins deviennent des experts de la médecine et des guérisseurs. Les patients ont le droit de décider dans une grande mesure à quelles interventions médicales ils se soumettront, mais ils s'attendent à ce que leur médecin ait l'autonomie clinique voulue pour leur recommander les traitements qui conviennent le mieux. Même si les médecins reconnaissent qu'ils doivent rendre compte de leurs recommandations aux patients, aux organismes subventionnaires et à leurs pairs, des contraintes déraisonnables imposées à l'autonomie clinique par les gouvernements et les administrateurs, tant des secteurs public ou privé, ne sont pas dans le meilleur intérêt des patients et le fait qu'elles peuvent miner la confiance essentielle à la relation patient-médecin n'en est pas la moindre des raisons. Par ailleurs, les médecins ne sont pas moralement tenus de dispenser des services médicaux indus à la demande des patients, malgré leur respect de l'autonomie de ces derniers. Autoréglementation : La société a toujours accordé ce privilège aux médecins. Il comprend le contrôle de l'admission dans la profession par l'établissement de normes d'éducation et d'examens, l'autorisation des médecins et l'établissement et l'examen continu de normes de pratique de la médecine. En contrepartie de ce privilège, on s'attend à ce que les médecins se tiennent responsables les uns envers les autres de leur comportement et des résultats qu'ils obtiennent pour le compte de leurs patients. De nombreuses organisations professionnelles pratiquent l'autoréglementation, depuis les sociétés de personnes en médecine jusqu'aux ordres provinciaux et territoriaux prévus par la loi. L'autoréglementation est devenue un partenariat avec le public. La société bénéficie de l'autoréglementation, qui impose des normes de formation et d'exercice et voit à leur application et assure l'imputabilité en matière de comportement professionnel. La profession démontre son engagement à maintenir ces normes en étant prête à participer à l'examen des résultats à de nombreux échelons, depuis les activités d'assurance de la qualité dans les établissements jusqu'à l'examen critique prospectif officiel par les pairs, et à appuyer activement les organes de réglementation que lui impose la loi. Possibilités en professionnalisme médical Il s'est écrit beaucoup de choses ces dernières années dans les médias tant généraux que scientifiques au sujet du professionnalisme médical. L'exercice de la médecine a changé énormément et ces changements posent des défis, mais ils offrent aussi des possibilités. La profession médicale est toujours très respectée et on considère toujours en général qu'elle se distingue de beaucoup d'autres en raison de la nature particulière de la relation médecin-patient. Il existe maintenant une possibilité de renforcer les valeurs et les priorités de la profession qui ont soutenu la médecine pendant si longtemps, et de suivre de nouvelles approches qui la serviront bien au cours des années à venir. Les professionnels de la médecine doivent reconnaître que les patients ont accès à un vaste éventail de ressources pour répondre à leurs besoins en soins de santé, depuis les services médicaux traditionnels jusqu'aux praticiens des disciplines paramédicales, en passant par les médecines complémentaires et l'information tirée d'Internet. Tout en gardant la responsabilité globale du soin des patients, les médecins doivent pouvoir échanger de façon constructive avec d'autres professionnels de la santé dans le contexte d'une équipe interdisciplinaire, interpréter de l'information pour les patients et les diriger vers des ressources appropriées et fiables. Il faut renforcer et consolider la relation entre les médecins et leurs collègues. Lorsque tous les praticiens des soins de santé conjuguent leurs efforts pour tendre vers un but commun, dans un contexte d'appui et de collégialité, ce sont les soins aux patients qui en bénéficient. Même si le professionnalisme a des défis à relever, comme on le verra ci-dessous, la plus grande possibilité qui s'offre à nous est sans doute de rappeler aux médecins pourquoi ils ont choisi de faire carrière en médecine au départ - pour beaucoup, c'est une vocation bien plus qu'un travail. En dépit des nombreux changements récents qu'ont connus le système de santé et la pratique de la médecine, la principale raison pour laquelle les médecins ont choisi cette discipline demeure la même - le caractère sacré de la relation de fiduciaire entre les médecins et leurs patients. Le renouvellement du professionnalisme médical doit être guidé de l'intérieur par la profession même et l'AMC et ses membres sont particulièrement bien placés pour profiter des nombreuses possibilités qui existent et relever les défis auxquels nous faisons face. Les défis pour le professionnalisme médical Le professionnalisme médical doit relever des défis provenant de l'intérieur et de l'extérieur, et qui découlent des pressions qui minent l'éthique du service, l'autonomie clinique et l'autoréglementation, et peuvent entraîner, pour les médecins et pour l'ensemble de la profession médicale, une baisse du moral et des modifications des habitudes de vie et des tendances de l'exercice de la profession. Ces changements peuvent avoir un effet nuisible sur la santé des médecins, ainsi que sur la qualité des soins dispensés aux patients. Contraintes au niveau des ressources : L'AMC a établi que la rareté des ressources, tant humaines que matérielles, mine la capacité des médecins à préserver l'excellence des soins cliniques, de la recherche et de l'enseignement. On a accordé récemment beaucoup d'attention au manque de médecins au Canada. Même si des événements récents donnent des lueurs d'espoir, il reste beaucoup de travail à faire. Les problèmes d'accès au perfectionnement professionnel continu et de viabilité des effectifs, le manque de postes de formation de nouveaux médecins, l'intégration aux effectifs des médecins formés à l'étranger, ainsi que l'apparente incapacité des gouvernements à corriger le financement insuffisant des soins de santé, continuent à frustrer les médecins dans la poursuite de leurs objectifs professionnels et le soin de leurs patients. Ces facteurs peuvent tous contribuer à une démoralisation de la profession. Défis administratifs : Il s'agit de l'ajout de strates administratives et de directives stratégiques entre le médecin et le patient. Ce phénomène découle de changements survenus dans l'organisation et la prestations des soins médicaux, et particulièrement de l'intervention des gouvernements dans tous les aspects des soins de santé. La relation personnelle traditionnelle entre un médecin et son patient s'inscrit maintenant dans un contexte d'intérêts gouvernementaux et corporatifs, où le médecin peut parfois avoir le statut d'employé, et pose des défis énormes pour l'exercice des valeurs professionnelles que constituent l'autonomie clinique et l'autoréglementation. De plus, même si l'on retire de plus en plus aux médecins la responsabilité d'organiser la distribution de ressources rares pour la confier aux gestionnaires, les médecins demeurent tenus moralement et légalement de fournir des soins de qualité. Même si la prestation de plus en plus complexe des soins de santé oblige à recourir à des systèmes administratifs sophistiqués, les médecins risquent de devoir rendre de plus en plus compte à des tiers ou d'être entravés par eux, et leur capacité à respecter leur engagement envers leurs patients peut être dangereusement compromise. Conduite non professionnelle : Certains médecins n'appliquent pas les valeurs de la profession. Quelques-uns font passer leurs intérêts ou ceux de tiers avant ceux de leurs patients. La profession a besoin de relever le défi en démontrant qu'elle peut faire respecter ses valeurs et son engagement à cet égard. Il sera crucial sur ce plan d'appuyer des systèmes d'autoréglementation solides et transparents. Commercialisme : Depuis quelques années, la mentalité commerciale a envahi de nombreux domaines qui lui échappaient auparavant, y compris les gouvernements, les milieux universitaires et les professions. Les soins de santé sont devenus une industrie de premier plan où les médecins jouent un rôle clé et où les intérêts commerciaux, privés ou publics, peuvent pousser les médecins à compromettre leurs responsabilités à l'endroit de leurs patients, de leurs sujets de recherche et de la société. Les médecins et les associations médicales risquent de plus en plus de se retrouver en situation de conflit d'intérêts. Le commercialisme peut compromettre à la fois l'éthique du service et l'autonomie clinique en réinterprétant les soins médicaux comme une denrée et la relation patient-médecin comme une relation qui est moins que fiduciaire. La profession a une occasion inhérente d'aborder la question des conflits d'intérêts et de réaffirmer son obligation primaire et son dévouement envers les patients qu'elle soigne. Consumérisme : Les médecins appuient fortement le droit des patients de prendre des décisions éclairées au sujet de leurs soins médicaux. Le Code de déontologie de l'AMC les oblige toutefois à recommander uniquement les interventions diagnostiques et thérapeutiques qu'ils jugent bénéfiques pour le patient ou pour d'autres personnes. Les renseignements et la publicité sur la santé qui peuvent être inexacts ou mal compris prolifèrent dans les médias grand public et sur Internet. Poussé à l'extrême, ce consumérisme peut nuire non seulement au professionnalisme, mais aussi au mieux-être des patients et aux intérêts de la société. Industrialisation : Ce concept désigne la division et la spécialisation accrues du travail dans la prestation des soins de santé qui risquent de la fragmenter. Les pressions qui poussent à améliorer l'efficience et à optimiser les réductions de coûts se font de plus en plus lourdes dans la profession médicale. Même s'il peut s'agir d'objectifs importants dans le contexte général des soins de santé, nous devons assurer qu'ils n'ont pas d'effets négatifs sur la relation médecin-patient. Saisir les possibilités et relever les défis Chaque médecin devrait protéger, améliorer et promouvoir le professionnalisme en médecine en appliquant les valeurs de la profession médicale dans sa pratique et en contribuant aux efforts déployés par la profession pour maintenir et promouvoir l'éthique du service, l'autonomie clinique et l'autoréglementation chez les médecins. À cette fin, il faut intervenir dans trois domaines : politique, éducation et autoréglementation. Politique : Tous les intervenants dans les soins de santé - médecins, patients, autres prestateurs de soins, administrateurs, gouvernements et le public en général (en tant que contribuables, patients éventuels, proches de patients, etc.) - doivent connaître les valeurs de la profession médicale et sa position en ce qui a trait à la responsabilité, à l'autonomie clinique et à l'autoréglementation. Les politiques des associations médicales devraient refléter ces valeurs et se prononcer clairement sur des sujets comme les conflits d'intérêts. Il faut revoir les politiques fréquemment et les mettre à jour au besoin afin de tenir compte de l'évolution rapide du contexte de la pratique de la médecine. Il faut accorder de plus en plus d'importance au professionnalisme dans les discussions sur les politiques. Il faut élaborer et mettre à jour des politiques sur des questions connexes comme les conflits d'intérêts et les relations entre les médecins et l'industrie. Pour se montrer cohérentes et dignes de confiance, les associations médicales doivent pratiquer des normes de comportement aussi rigoureuses que celles qu'elles exigent de chaque médecin. Les défis posés par la compression des ressources, la bureaucratisation, la conduite non professionnelle, le commercialisme et le consumérisme ne sont pas moins graves pour les associations que pour chacun de leurs membres et obligent à adopter des politiques harmonisées et bien pensées pour les deux groupes. L'AMC a là une occasion de faire preuve de leadership. Éducation : Peu importe comment on établit les valeurs de la profession et les politiques, il faut les transmettre aux membres actuels et futurs pour qu'elles aient le moindre effet. Comme la plupart des autres aspects de l'éducation médicale, les valeurs du professionnalisme sont à la fois enseignées et prêchées par l'exemple. Le professionnalisme doit être un élément essentiel du programme d'études structuré en médecine aux niveaux prédoctoral et postdoctoral. Il faudrait en outre mettre à profit et contester au besoin l'exemple actif des médecins et la culture interne des facultés de médecine et des hôpitaux où les étudiants reçoivent leur formation. Les programmes de perfectionnement professionnel continu structurés et l'exemple donné par d'autres médecins sont aussi importants pour le maintien du professionnalisme chez les médecins actifs. Les médecins doivent communiquer leur compréhension de leur rôle professionnel à d'autres intervenants en soin des patients à de nombreux niveaux et la mettre à l'épreuve. Il faut pousser plus loin le développement de telles initiatives qui mettraient à contribution les patients, les autres professionnels et les stratèges. L'AMC et d'autres organisations médicales ont joué des rôles de premier plan en aidant les patients et les prestateurs de soins de santé à prendre des décisions éclairées, soit en créant de nombreuses possibilités de perfectionnement professionnel continu et de l'information clinique facile d'accès pour les médecins et en produisant des documents efficaces d'éducation des patients, des ouvrages autodidactiques et des sites web validés, y compris amc.ca. Il faut continuer et redoubler d'efforts à cet égard. Autoréglementation : Afin de maintenir l'autoréglementation dans un environnement où de tels privilèges soulèvent de plus en plus de soupçons, la profession médicale doit démontrer que la société dans son ensemble en bénéficie. À cette fin, il faut notamment que la profession médicale démontre son engagement à l'égard des tâches imposées par l'autoréglementation, y compris celle d'établir des normes rigoureuses de comportement à la fois pour chaque médecin et pour les associations médicales. Conclusion Les médecins attachent toujours une grande valeur au professionnalisme médical. Ils et elles croient que les patients en bénéficient considérablement et qu'il faut préserver et valoriser le professionnalisme. Le professionnalisme continuera de reposer sur la relation de confiance entre les patients et les médecins et d'en constituer l'aspect primordial. Il englobe les valeurs que sont la compassion, la bienfaisance, la non-malfaisance, le respect de la personne et la justice. Comme professionnels, les médecins chercheront à maintenir des normes rigoureuses d'éthique, de pratique clinique et d'éducation et de prouver qu'ils sont capables d'assumer des responsabilités sociales par l'autoréglementation et l'imputabilité (voir l'énoncé de politique de l'AMC sur L'avenir de la médecine). L'AMC se réjouit de pouvoir commencer à dialoguer avec d'autres intervenants sur la façon de préserver et d'améliorer le professionnalisme dans les soins de santé pour le bénéfice des patients, des médecins et de la société en général.
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