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Banque des politiques de l'AMC

Des politiques au service de la profession médicale et de la population canadienne


14 notices – page 1 de 1.

Déclaration de l’AMC sur le racisme

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14245
Date
2020-06-02
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
Soin de santé et sécurité des patients
  1 document  
Type de politique
Documents de politique
Date
2020-06-02
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
Soin de santé et sécurité des patients
Text
Déterminant structurel de la santé, le racisme crée des inégalités tant sanitaires que sociales. Les récentes manifestations de violence, de racisme et de discrimination envers les Noirs aux États-Unis et au Canada ont également révélé des iniquités et du racisme structurels au sein de la profession médicale et du système de santé. La profession médicale repose sur le respect de tous les êtres humains, qui ont une valeur intrinsèque égale et le droit d’être valorisés, respectés et traités avec dignité. Il est primordial que notre culture médicale – comme la société en général – incarne ces valeurs. Mais nous voyons aujourd’hui que notre profession et la communauté mondiale ont beaucoup de chemin à faire pour atteindre cet objectif. Plus tôt cette année, nous avons lancé notre toute première politique sur l’équité et la diversité en médecine afin d’aider à abolir les obstacles vastes, nombreux et systémiques qui demeurent, de réduire la discrimination et les préjugés au sein de notre profession et de créer des environnements physiquement et psychologiquement sûrs pour nous, nos collègues et nos patients. Cette politique s’accompagne d’un engagement de notre part de reconnaître et de faire changer les comportements, les pratiques et les conditions qui nuisent à l’équité et à la diversité, dont le racisme. Les manifestations de racisme, d’intolérance, d’exclusion, de violence et de discrimination n’ont pas leur place en médecine, ni dans notre société. L’Association médicale canadienne condamne le racisme sous toutes ses formes. Aujourd’hui, nous sommes solidaires de toutes les personnes touchées par ces actions et ces croyances épouvantables et inexcusables. Dr Sandy Buchman Président, Association médicale canadienne
Documents
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Le syndrome d'immunodéficience acquise (mise à jour 2000)

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique165
Dernière révision
2020-02-29
Date
2000-12-09
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
  1 document  
Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2020-02-29
Date
2000-12-09
Remplace
Le syndrome d'immunodéficience acquise (1989)
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
Text
LE SYNDROME D'IMMUNODÉFICIENCE ACQUISE (MISE À JOUR 2000) L'Association médicale canadienne a rédigé les principes généraux suivants comme lignes directrices à l'intention de divers organismes, des professionnels de la santé et du grand public. La politique aborde un certain nombre de questions que posent les cas d'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et le syndrome d'immunodéficience acquise (sida), sur le plan de la déontologie médicale et des obligations morales de la société, notamment : le besoin de ressources pour l'éducation, la recherche et les traitements; le droit du patient d'avoir accès à des tests de dépistage et à des soins ou de les refuser; l'obligation d'obtenir au préalable le consentement éclairé du patient; le droit à la confidentialité et à la protection des renseignements personnels; l'importance de la lutte contre les infections; le droit d'obtenir une indemnité en cas d'exposition professionnelle au VIH. Éducation Les médecins doivent tenir à jour leurs connaissances sur le sida et sur l'infection au VIH. Les médecins doivent sensibiliser leurs patients et le grand public à la prévention du sida en les renseignant sur les moyens de se protéger contre le risque d'infection au VIH et d'éviter la transmission du virus. Les autorités de santé doivent maintenir un programme proactif de sensibilisation du public au sida, lequel doit viser entre autres la population d'âge scolaire et comporter des annonces d'intérêt public dans les médias. Ressources Tous les ordres de gouvernement doivent accorder les ressources nécessaires pour renseigner adéquatement les professionnels de la santé et le grand public au sujet des maladies liées au VIH, pour poursuivre la recherche sur la prévention et le traitement de l'infection au VIH et du sida et pour permettre à tous les patients infectés par le VIH d'avoir accès aux tests diagnostics et aux soins dont ils ont besoin. Tests de détection de l'anticorps du VIH Les médecins ont la responsabilité éthique de recommander l'administration de tests appropriés de détection de l'anticorps du VIH et de dispenser des soins à leurs patients atteint du sida ou de les orienter vers les services de traitements offerts. Les médecins doivent conseiller leurs patients avant et après les tests de détection de l'anticorps du VIH. En raison des graves conséquences psychologiques, sociales et économiques que peuvent entraîner des résultats positifs au test de dépistage du VIH, les médecins doivent obtenir, sauf en de rares cas d'exception, le consentement éclairé du patient avant d'effectuer ce test. L'AMC souscrit toutefois au principe voulant que les tests de dépistage du VIH soient obligatoires dans le cas de don de sang, de liquides organiques ou d'organes. L'AMC reconnaît que les personnes qui craignent d'être atteintes risquent d'éviter les tests de peur que les résultats soient divulgués, et elle appuie par conséquent la prestation sur demande de tests volontaires anonymes aux personnes qui risquent l'infection par le VIH. L'AMC appuie la Société canadienne du sang et Héma-Québec qui appliquent des tests de dépistage à tous les dons de sang et de produits sanguins. Confidentialité des rapports et du suivi des contacts L'AMC appuie le principe voulant que les cas d'infection par le VIH soient rapportés sans divulgation de l'identité du patient mais avec suffisamment de détails pour que l'information soit utile sur le plan épidémiologique. De plus, chaque cas confirmé de sida doit être rapporté, sans divulgation de l'identité du patient, aux autorités compétentes pour fins épidémiologiques. L'AMC encourage les médecins traitants à venir en aide aux autorités de santé publique en retraçant toutes les personnes avec lesquelles un patient atteint a eu des contacts, et à conseiller ces personnes en toute confidentialité. Ces activités doivent être menées avec la collaboration et la participation du patient, afin d'être le mieux adaptées à la situation et le plus efficaces possibles, permettant ainsi de rejoindre le plus grand nombre de personnes exposées possible. Dans certaines régions, les médecins sont tenus par la loi de fournir des renseignements détaillés aux autorités de santé publiques. Dans de tels cas, l'AMC exhorte toutes les parties concernées à préserver au maximum la confidentialité et à prendre toutes les mesures raisonnables possibles pour informer le patient que ses renseignements personnels sont divulgués. Le Code de déontologie de l'AMC (article 22) rappelle aux médecins qu'il n'est pas nécessairement contraire à la déontologie médicale de révéler l'infection au VIH d'un patient à son conjoint ou à son partenaire sexuel, lorsque le patient refuse de le faire lui même, et que la divulgation est de fait indiquée dans un tel cas. La divulgation pourrait être justifiée si toutes les conditions suivantes sont réunies : le partenaire du patient risque d'être exposé à une infection par le VIH et n'a aucun autre moyen raisonnable de le savoir; le patient a refusé l'aide du médecin qui a offert de renseigner le partenaire; le médecin a informé son patient de son intention de divulguer l'information à son partenaire. L'AMC souligne la nécessité de respecter la confidentialité des patients infectés par le VIH et recommande par conséquent l'adoption et l'application de mesures juridiques et réglementaire de protection de cette confidentialité. Lutte contre l'infection Les établissements de santé et les professionnels de la santé doivent voir à l'instauration de mesures adéquates de lutte contre l'infection dans la manipulation du sang et des liquides organiques et à la protection du droit des professionnels dispensant directement les soins aux patients d'être informés sur les risques d'infection par le VIH. L'AMC ne préconise pas l'administration systématique de tests de dépistage aux patients hospitalisés. L'AMC exhorte les organismes pertinents de financement des établissements de santé à évaluer les coûts directs et indirects des mesures de lutte contre l'infection et à veiller à ce que des fonds supplémentaires soient affectés à ces dépenses extraordinaires. Risques d'exposition en milieu de travail des professionnels de la santé Les professionnels de la santé doivent recevoir une indemnité adéquate lorsqu'ils sont accidentellement infectés par le VIH dans l'exercice de leurs fonctions. Les médecins et les autres prestateurs de soins de santé infectés par le VIH ont, au même titre que les autres, le droit d'être protégés contre la discrimination abusive dans le milieu de travail et d'être indemnisés si l'infection a été contractée dans l'exercice de leurs fonctions. Les médecins infectés par le VIH doivent consulter des collègues aptes à évaluer la nature et l'envergure du risque qu'ils constitueront pour les patients s'ils continuent de participer à la prestation des soins.
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Pertinence des soins de santé

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique11516
Dernière révision
2020-02-29
Date
2014-12-06
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
  1 document  
Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2020-02-29
Date
2014-12-06
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
Text
POLITIQUE DE L'AMC Pertinence des soins de santé Sommaire Ce document traite de la notion de pertinence des soins de santé et avance la définition suivante : L'Association médicale canadienne adopte la définition suivante de la pertinence des soins de santé : Les bons soins fournis par les bons fournisseurs au bon patient, au bon endroit et au bon moment, aboutissant à des soins d'une qualité optimale. S'appuyant sur cette définition, l'AMC fait les recommandations suivantes : * Les provinces et les territoires doivent travailler en collaboration avec les fournisseurs de soins à l'élaboration d'un cadre global permettant d'évaluer la pertinence des soins de santé. * Les provinces et les territoires doivent travailler en collaboration avec les fournisseurs à la création de produits éducatifs solides sur la pertinence des soins de santé et diffuser des stratégies factuelles pour la mise en œuvre des changements nécessaires dans les processus de soins. * Les provinces et les territoires doivent travailler en collaboration avec les fournisseurs à la mise en place d'incitatifs afin de réduire la prestation de soins inutiles ou marginalement utiles. Introduction Comme les systèmes de santé sont aux prises avec des problèmes de viabilité et que l'on constate, preuves à l'appui, une qualité de soins souvent sous-optimale, la notion de pertinence intéresse de plus en plus. Une étude de l'Organisation mondiale de la santé publiée en 2000 décrit la pertinence comme étant " une question floue et complexe "1. Et pourtant, si le terme doit être appliqué de façon avantageuse aux systèmes de santé, il faut en clarifier la définition. Ce document stratégique présente la définition de pertinence adoptée par l'Association médicale canadienne, qui traite à la fois de la qualité et de la valeur des soins. Les racines de la définition sont ancrées dans l'évolution des soins de santé au Canada au cours des vingt dernières années. Le document examine ensuite les nombreux problèmes liés à la mise en application du terme. Il conclut que la pertinence peut jouer un rôle central dans la transformation positive du système de santé. Définition Au Conseil général de l'Association médicale canadienne en 2013, la résolution suivante a été adoptée : L'Association médicale canadienne adopte la définition suivante de la pertinence en soins de santé : Les bons soins fournis par les bons fournisseurs au bon patient, au bon endroit et au bon moment, aboutissant à des soins d'une qualité optimale. Cette définition comporte cinq éléments clés : * les " bons soins " sont ceux dont la littérature clinique a démontré l'efficience et l'efficacité, la définition englobant non seulement l'utilisation mais aussi la non-utilisation; * le " bon fournisseur " est celui qui, de par son champ d'exercice, peut fournir le plus adéquatement les soins, sans que ses compétences et connaissances dépassent de beaucoup les exigences de la tâche; * la définition de " bon patient " reconnaît qu'il faut adapter les choix de soins en fonction des caractéristiques et des préférences de chaque patient, et que la conciliation des perceptions du patient et de celles du praticien peut poser des défis; * la définition du " bon endroit " reconnaît que certains lieux sont mieux adaptés que d'autres du point de vue de la sécurité et de l'efficacité pour fournir un type particulier de soins plutôt qu'un autre; * par " bon moment " on entend les soins dispensés en temps opportun conformément aux points de repère convenus. Il est essentiel de bien comprendre que les " bons coûts " découlent de la prestation des " bons soins ", donc qu'il s'agit d'un résultat plutôt qu'un intrant. Autrement dit, si les cinq éléments de la définition sont présents, le patient aura reçu des soins de haute qualité et les ressources auront été utilisées de façon appropriée, c'est-à-dire au bon coût. En revanche, il convient de signaler que le bon coût n'est pas nécessairement le coût abordable. Par exemple, un nouveau médicament ou une nouvelle technologie d'imagerie peut offrir de petits avantages démontrables par rapport aux anciennes pratiques, mais au prix d'une forte hausse des coûts. Dans un tel cas, certains affirment que les bons soins doivent prévoir l'utilisation du nouveau médicament ou de la nouvelle technologie, tandis que d'autres soutiennent qu'il faut tenir compte des coûts d'opportunité excessifs, de sorte que les anciennes pratiques demeureront la référence de bons soins. Une évolution de la perspective canadienne de 1996 à 2013 Dans un article éclairant publié en 1996, Lavis et Anderson écrivaient : ...Il y a deux types distincts de pertinence : la pertinence d'un service et la pertinence du milieu où les soins sont prodigués. Les différences entre les deux sont parallèles aux différences entre deux autres concepts en soins de santé : l'efficacité et la maîtrise des coûts... Un service pertinent est un service qui devrait faire plus de bien que de mal pour un patient présentant un trouble donné... La pertinence du milieu où les soins sont fournis est liée à l'efficacité des coûts [traduction]2. Cette définition très concrète va au-delà de la conception clinique étroite fondée uniquement sur l'impact thérapeutique d'une intervention sur un patient, pour adopter une vue contextuelle plus large axée sur le milieu de prestation des soins. Par exemple, les soins qui sont pertinents dans un cadre de soins à domicile pourraient ne pas être pertinents du tout dans un centre de soins tertiaires. D'ailleurs, les auteurs ajoutent cette observation importante : " Le milieu où les soins sont fournis peut servir de mesure des ressources utilisées pour fournir les soins " [traduction]2. Cette phrase invite à élargir la définition originale de Lavis et Anderson pour englober d'autres ressources et intrants identifiés au cours des décennies qui ont suivi. Trois éléments sont particulièrement importants. D'abord, la question de la prestation des soins en temps opportun, qui commençait à poser problème dans les soins de santé au Canada au moment de la parution de l'article de Lavis et d'Anderson. En 1997, près des deux tiers des Canadiens interrogés estimaient que les temps d'attente pour une chirurgie étaient excessifs, alors qu'un peu plus de la moitié des répondants étaient de cet avis un an plus tôt3. En 2004, les préoccupations concernant les temps d'attente avaient pris une telle ampleur que lorsque le gouvernement fédéral et les provinces ont conclu l'Accord des premiers ministres, ils ont inclus l'obligation de fournir l'accès en temps opportun aux traitements du cancer, aux soins cardiaques, à l'imagerie diagnostique, au remplacement d'articulations et au rétablissement de la vue4. Cette rapide évolution indique que la prestation des soins en temps opportun était maintenant perçue comme élément essentiel dans la détermination de la pertinence des soins. Un deuxième thème a pris de l'importance dans les soins de santé au cours des vingt dernières années : la notion des soins axés sur le patient. Lorsque l'Association médicale canadienne a publié en 2010 son document La transformation des soins de santé au Canada, qui a été très bien reçu, le premier principe de la réforme était celui de l'implantation d'une culture de soins centrés sur le patient. En bref, cela signifiait que " les services de soins de santé sont fournis d'une manière qui donne le meilleur résultat pour les patients "5. Pour démarrer le processus de mise en application de ce concept, l'AMC a proposé une Charte des soins axés sur les patients. Structurée autour de sept domaines, la Charte traitait de l'importance de permettre aux patients de participer pleinement aux décisions concernant leur santé, du respect de la confidentialité des dossiers de santé et de l'assurance que les soins fournis sont sûrs et pertinents. Il ressort de cette vision globale que des soins qui ne sont pas adaptés à chaque patient ne peuvent pas être des soins pertinents. Un troisième élément marquant s'est dégagé au cours des vingt dernières années, soit une prise de conscience accrue de l'importance des champs de pratique, en raison notamment de l'accent mis sur le travail d'équipe dans les nouveaux modèles de soins primaires6, mais aussi de l'émergence de nouvelles professions telles que les adjoints au médecin, et de l'expansion des champs de pratique d'autres professionnels, dont les pharmaciens7. Comme il arrivait de plus en plus souvent qu'une même activité en soins de santé puisse être effectuée par un éventail élargi de professionnels, il devenait essentiel, dans la définition de la pertinence, d'assurer la meilleure concordance possible entre les compétences requises et le service fourni. En effet, des praticiens sous-qualifiés ne peuvent pas fournir des soins de qualité, tandis que le recours à des fournisseurs surqualifiés constitue une mauvaise utilisation des ressources rares. En résumé, comme l'a suggéré une récente étude exploratoire, pour une conceptualisation complète de la pertinence en 2013, il est nécessaire d'ajouter le bon moment, le bon patient et le bon fournisseur aux éléments mentionnés précédemment, à savoir les bons soins et le bon milieu8. Pourquoi la pertinence compte L'argument le plus souvent invoqué pour justifier d'accorder de l'attention à la pertinence dans les politiques, c'est le coût du système de santé. Une abondance de preuves démontrent que les soins inappropriés - hospitalisations évitables, par exemple, ou patients ayant besoin d'un autre niveau de soins qui occupent des lits de soins de courte durée - sont très répandus au Canada9; il est essentiel d'éliminer ce gaspillage pour assurer la viabilité du système. En Saskatchewan, par exemple, les villes de Regina et de Saskatoon ont signé des contrats en 2011 avec des cliniques privées pour fournir 34 différentes interventions chirurgicales. Non seulement les temps d'attente ont-ils été réduits, mais les coûts étaient 26 % plus faibles dans les cliniques de chirurgie que dans les hôpitaux où étaient pratiquées les mêmes interventions10. Il y a cependant un autre problème, tout aussi important, qui souligne l'importance de la pertinence des soins : la qualité sous-optimale des soins de santé. Aux États-Unis, par exemple, une étude qui a évalué la performance en regard de 439 indicateurs de qualité pour 30 affections aiguës et chroniques a révélé que les patients ont reçu 54,9 % des soins recommandés (de 78,7 % pour les cataractes séniles à 10,5 % pour la dépendance à l'alcool)11. Une étude australienne plus récente qui a utilisé 522 indicateurs de qualité pour évaluer les soins liés à 22 affections courantes a révélé pour sa part que les patients ont reçu des soins cliniquement pertinents dans 57 % des rencontres (de 90 % pour une maladie coronarienne à 13 % pour la dépendance à l'alcool)12. Bien qu'il n'existe pas de données exhaustives comparables pour le Canada, il est peu probable que les pratiques dans notre système de santé s'écartent considérablement de celles de pays pairs. Mettre l'accent sur la pertinence des soins est alors justifié par des préoccupations relatives à la fois au budget et à la qualité des soins. Méthodologie : le défi de cerner la pertinence Bien qu'il existe un besoin évident de parler de pertinence - dans toutes ses dimensions -, les méthodes permettant d'évaluer la pertinence des soins sont limitées et, à ce jour, ont surtout porté sur les dimensions cliniques. L'approche la plus fréquemment utilisée est la méthode Rand de l'Université de la Californie à Los Angeles. Elle fournit à des groupes d'experts la documentation pertinente sur une pratique particulière et facilite la discussion itérative et le classement des indications possibles pour l'utilisation de la pratique en question. Les pratiques sont classées comme étant pertinentes, équivoques ou inappropriées13. Une revue systématique réalisée en 2012 a permis de constater que lorsqu'elle est utilisée pour les interventions chirurgicales, la méthode Rand avait une bonne fiabilité de test-retest, de fiabilité intergroupe et de validité conceptuelle14. Cependant, cette méthode a été critiquée en raison d'autres lacunes : des groupes de différents pays peuvent parvenir à des conclusions différentes lors de l'examen de la même preuve; la validité peut seulement être testée par rapport à des instruments tels que les guides de pratique clinique qui eux-mêmes peuvent avoir une forte composante d'opinions d'experts2; les scores de Rand sur la pertinence s'appliquent à un patient " moyen " et ne peuvent pas tenir compte des différences entre les individus; et, enfin, les scores de Rand se concentrent sur la pertinence lorsqu'un service est fourni, mais ne tiennent pas compte de la sous-utilisation, c'est-à-dire de la non-prestation d'un service qui aurait été pertinent9. En dépit de ses imperfections, la méthode Rand est actuellement l'approche la plus rigoureuse que l'on puisse adopter pour déterminer la pertinence clinique. On a récemment suggéré qu'une méthode basée sur un examen approfondi de la littérature pourrait cerner les pratiques potentiellement inefficaces ou nocives; lorsqu'une telle méthode a été appliquée à près de 6 000 éléments de l'Australian Medical Benefits Schedule, 156 pratiques ont été identifiées comme étant potentiellement inappropriées15. Cette méthode présente également des défis. Par exemple, les auteurs d'une étude utilisant les revues Cochrane pour cerner les pratiques offrant une faible valeur font remarquer que l'étiquette de " faible valeur " avait été appliquée principalement en raison d'un manque de preuves randomisées d'efficacité16. L'évaluation de la pertinence du milieu de soins a porté presque exclusivement sur les hôpitaux. On sait que certaines maladies peuvent être prises en charge en milieu communautaire dans des cliniques de soins primaires ou de soins spécialisés. Le taux d'admission pour ces affections gérables en soins ambulatoires - qui est passé de 459 par 100 000 habitants en 2001-2002 à 320 par 100 000 habitants en 2008-2009 - est une façon de mesurer la pertinence de l'hôpital comme milieu de soins9. Le nombre de patients hospitalisés qui n'ont pas besoin de traitement initial ou prolongé dans un établissement de soins de courte durée constitue une deuxième mesure. Des instruments appartenant à des intérêts privés comme l'Appropriateness Evaluation Protocol17 ou l'InterQual Intensity of Service, Severity of Illness and Discharge Screen for Acute Care18 ont été utilisés pour évaluer la pertinence des soins en milieu hospitalier pour des patients individuels. Bien que ces instruments aient été appliqués à des données d'hôpitaux canadiens19,20, il y a un manque de consensus dans la littérature quant à leur fiabilité et leur utilité21-23. Il existe des points de repères sur les temps d'attente appropriés pour certains types de soins au Canada grâce au travail de l'Alliance sur les temps d'attente4. Il s'agit notamment des temps d'attente pour le traitement de la douleur chronique, le traitement du cancer, les soins cardiaques, les soins de santé digestive, l'urgence, le remplacement d'articulations, la médecine nucléaire, la radiologie, l'obstétrique et la gynécologie, la chirurgie pédiatrique, la chirurgie plastique, les maladies psychiatriques et le rétablissement de la vue. Les recommandations sont fondées sur l'opinion d'experts formulée à partir de de données probantes. Quant aux deux autres domaines de pertinence, à savoir le " bon patient " et le " bon fournisseur ", il n'existe pas encore d'instruments objectifs permettant d'en évaluer la pertinence. Obstacles Pour déterminer la pertinence, il faut adopter une approche complexe et chronophage, dont la mise en œuvre est parsemée d'obstacles. La disponibilité de certains services de santé peut être soumise à l'influence politique, qui outrepasse alors les critères de pertinence. Par exemple, des recommandations visant à fermer les petits hôpitaux jugés redondants ou inefficaces ne seront peut-être pas mise en œuvre pour des raisons politiques. Les attentes des patients peuvent aller à l'encontre des critères de pertinence fondés factuels. Dans un centre de soins primaires, par exemple, il peut être difficile de convaincre un patient ayant une entorse à la cheville qu'une radiographie n'est probablement pas utile. L'insistance du patient est aggravée par la possibilité de poursuites médico-légales si jamais ce jugement clinique devait se révéler par la suite erroné. Choisir avec soin recommande aux médecins et aux patients d'avoir des discussions éclairées sur les soins potentiellement nécessaires24. Les rôles cliniques traditionnels sont difficiles à revoir pour s'assurer que les soins sont fournis par le professionnel de la santé le plus approprié. Ceci est particulièrement vrai si les silos du financement existant ne sont pas réalignés en fonction du changement souhaité dans les modèles de pratique. Enfin, et c'est peut-être le point le plus important, même si des critères de pertinence convenus sont élaborés, il est extrêmement difficile de tenir les praticiens responsables de leur application dans la pratique clinique en raison de problèmes liés aux données25. On pourrait faire une vérification des dossiers pour voir si les critères de pertinence ont été respectés lorsque des activités cliniques particulières ont été effectuées, mais cela n'est pas réalisable à grande échelle. Les taux d'utilisation de certaines pratiques pourraient être comparés entre pairs à partir de données administratives, mais des variations dans la population de pratique pourraient légitimement justifier des variations de la pratique. Pour les procédures de diagnostic, on a suggéré d'utiliser le pourcentage de résultats négatifs comme indicateur d'utilisation inappropriée, mais, la plupart des bases de données sur les réclamations administratives ne contiendraient pas de données sur les résultats positifs ou négatifs des tests26. Cette question du déficit de données doit être abordée avec les ministères de la Santé et les régies régionales de la santé. Avertissements importants Il existe plusieurs contraintes supplémentaires relatives à l'utilisation du concept de pertinence par les gestionnaires du système de santé. Tout d'abord, la grande majorité des pratiques n'ont jamais été soumises à la méthode Rand ou à toute autre évaluation de la pertinence. Même pour les interventions chirurgicales, il n'existe des critères de pertinence clinique que pour 10 des 25 interventions les plus courantes pour les patients hospitalisés et pour 6 des 15 principales chirurgies ambulatoires aux États-Unis. Qui plus est, la plupart des études remontent à plus de 5 ans27. Deuxièmement, même si la notion est peut-être attrayante pour les décideurs, il est incorrect de supposer que l'utilisation élevée d'une pratique équivaut à une mauvaise utilisation : lorsque les pratiques à forte utilisation sont comparées à celles à faible utilisation, il a été régulièrement observé que le taux d'utilisation inappropriée n'est pas plus élevé pour les pratiques à haute utilisation28,29. Enfin, on ne sait pas à quel point on pourrait économiser en éliminant les soins cliniques problématiques. Par exemples, une étude américaine qui a modélisé la mise en œuvre des recommandations pour les soins primaires a révélé que l'on pourrait certes économiser considérablement si l'on décidait de prescrire de façon préférentielle des médicaments génériques, mais la plupart des autres éléments sur la liste des activités discutables " ne sont pas les principaux contributeurs aux coûts des soins de santé "30. Il importe de souligner que même si l'on ne réalise aucune économie en argent, on obtiendra une meilleure valeur pour chaque dollar dépensé en réduisant les soins inappropriés. Recommandations de politiques Malgré ces défis méthodologiques et autres31, l'Association médicale canadienne présente les recommandations suivantes relatives à la mise en application du concept de pertinence dans la pratique clinique. 1. Les provinces et les territoires doivent travailler en collaboration avec les fournisseurs de soins à l'élaboration d'un cadre global permettant d'évaluer la pertinence des soins de santé. Les provinces et les territoires doivent élaborer un cadre de travail32 permettant de cerner les soins potentiellement inappropriés, ce qui comprend la sous-utilisation des soins. Pour ce faire, il faudra 1) préciser des critères de sélection afin de cerner et de hiérarchiser les pratiques à évaluer; 2) élaborer et appliquer une méthodologie d'évaluation robuste; 3) créer des mécanismes de diffusion et d'application des résultats. Les cadres doivent également tenir compte des milieux de soins, de la prestation en temps opportun, des préférences des patients et des champs de pratique des professionnels de la santé. On trouve des exemples ailleurs dans le monde pour certains aspects de cet exercice. Il faudrait les adapter aux contextes propres aux provinces et aux territoires. Forcément, pour créer un tel cadre, il faudra recueillir des données d'appui d'une manière conforme à la résolution suivante du Conseil général de 2013 : L'Association médicale canadienne appuie la création de données sur la prestation des soins de santé et les résultats pour les patients afin d'aider la profession médicale à élaborer un cadre sur la pertinence des actes et des normes connexes d'imputabilité, à condition que la confidentialité des patients et des médecins soit préservée. 2. Les provinces et les territoires doivent travailler en collaboration avec les fournisseurs à la création de produits éducatifs solides sur la pertinence des soins de santé et diffuser des stratégies factuelles pour la mise en œuvre des changements nécessaires dans les processus de soins. Les médecins en formation et les médecins actifs doivent avoir accès à une formation et à des conseils sur la pertinence et sur les pratiques qui sont mal utilisées, sous-utilisées, ou surutilisées. On a démontré qu'une formation continue conçue adéquatement peut modifier les pratiques des médecins. Des conseils accessibles au point de soin, par le biais du dossier médical électronique, offriraient une occasion supplémentaire d'alerter les cliniciens à des pratiques qui devraient ou ne devraient pas être utilisées dans le cadre d'une rencontre avec un patient33. Choisir avec soin est une initiative codirigée par l'Association médicale canadienne qui vise à sensibiliser la profession médicale à la surutilisation inappropriée de certaines interventions diagnostiques et thérapeutiques. En premier lieu, l'objectif est d'améliorer la qualité des soins et, en deuxième lieu, de réduire les dépenses inutiles. L'initiative est conforme à l'intention des deux résolutions suivantes adoptées par le Conseil général de 2013 : L'Association médicale canadienne créera un groupe de travail collaboratif chargé d'établir des listes de tests cliniques et d'interventions spécifiques à chaque spécialité dont les avantages ne l'emportent généralement pas sur les risques. L'Association médicale canadienne est d'avis que les avantages fiscaux et financiers découlant des efforts d'imputabilité et de pertinence des soins cliniques sont un sous-produit de ces efforts et non leur but premier. 3. Les provinces et les territoires doivent travailler en collaboration avec les fournisseurs à la mise en place d'incitatifs afin de réduire la prestation de soins inutiles ou marginalement utiles. Il faut offrir aux praticiens des incitatifs pour éliminer des soins inappropriés. Ces incitatifs peuvent être d'ordre financier - rayer de la liste des activités marginales ou fournir des bonus pour l'atteinte d'objectifs d'utilisation de soins appropriés, mais sous-utilisés. Toutes les économies théoriques pourraient aussi être marquées aux fins de réinvestissement dans le système de santé, par exemple, pour améliorer l'accès. Donner aux médecins la capacité de participer aux vérifications et à la rétroaction concernant leur utilisation des pratiques marginales par rapport à leurs pairs crée généralement une incitation personnelle à éviter le statut marginal. La production de rapports publics par groupe ou établissement peut également déplacer la pratique vers la moyenne30. Lorsqu'on prend de telles mesures pour améliorer la qualité ou réduire les coûts par des changements de comportement de pratique, il est essentiel que la profession médicale joue un rôle central. Ce point important a été saisi dans une résolution du Conseil général en 2013 : L'Association médicale canadienne préconisera une contribution adéquate des médecins à l'identification des données probantes servant à évaluer les coûts et la qualité liés aux changements de la pratique clinique. Conclusion Lorsque la pertinence est évaluée uniquement en fonction de l'avantage clinique des soins, elle peut justifier des " désinvestissements " ou des " désinscriptions " d'interventions diagnostiques ou thérapeutiques particulières. Toutefois, une telle conceptualisation étroite de la pertinence ne permettra pas d'assurer la prestation de soins de haute qualité en même temps qu'une utilisation optimale des ressources. Il faut comprendre la pertinence dans toutes ses dimensions (les bons soins fournis par les bons fournisseurs au bon patient, au bon endroit et au bon moment) si elle doit véritablement servir à promouvoir la qualité et la valeur. La réalisation de ces cinq éléments de la pertinence des soins de santé comportera certes des défis importants, à commencer par la définition des termes, puis la tenue de discussions complexes sur les méthodes de mesure. Cet objectif théorique pourrait se révéler assez difficile à atteindre dans la réalité. Mais si, à chaque rencontre dans le système de santé - que ce soit une hospitalisation, une visite à un fournisseur de soins primaires, une admission aux soins à domicile - on tentait d'atteindre ou de presque atteindre chacun des cinq critères de pertinence, nous aurions franchi une étape importante vers l'atteinte de soins optimaux et la réalisation d'une meilleure valeur dans le continuum. Vue sous cet angle, la pertinence a la capacité de devenir un concept organisateur extraordinairement utile pour la transformation des soins de santé au Canada. Approuvé par le Conseil d'administration de l'AMC le 6 décembre 2014. Références 1. Organisation mondiale de la santé. 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Dons, transplantations d’organes et greffes de tissus

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14126
Date
2019-12-07
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
Soin de santé et sécurité des patients
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Type de politique
Documents de politique
Date
2019-12-07
Remplace
Les dons et les transplantations d'organes et de tissus (mise à jour 2015)
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
Soin de santé et sécurité des patients
Text
Les dons, les transplantations d’organes et les greffes de tissus (DTOGT) sont des domaines de la science et de la pratique médicale qui connaissent une évolution rapide. Les transplantations d’organes et les greffes de tissus constituent d’importants actes de maintien de la vie et d’amélioration de la qualité de vie auxquels doivent réfléchir attentivement de multiples parties prenantes des disciplines médicales . Les progrès technologiques et pharmacologiques ont amélioré la viabilité des transplantations d’organes et des greffes de tissus visant le traitement efficace de problèmes de santé . De plus, l’évolution des normes sociétales a accru l’acceptabilité des dons d’organes et de tissus. Dans ce contexte, il est devenu nécessaire de se pencher de nouveau sur les enjeux et les principes éthiques qui guident les DTOGT au Canada. Ultimement, les DTOGT reposent entièrement sur la confiance du public, qui s’attend à ce que ses intentions par rapport au don d’organes soient respectées dans le système médical et dans le système de dons, et à ce que l’intérêt des donneurs potentiels soit toujours au cœur des décisions. Les politiques et les mécanismes qui régissent les DTOGT devraient donc viser à maintenir et à favoriser cette confiance du public. L’AMC reconnaît et respecte les différents points de vue, opinions religieuses et antécédents des médecins et des patients, et c’est pourquoi elle encourage les médecins à aborder les défis soulevés par les DTOGT d’une manière qui respecte à la fois les normes de l’éthique médicale et les valeurs et croyances des patients. PORTÉE Cette politique présente les principes fondamentaux à appliquer pour relever les défis posés par les dons provenant de personnes décédées et de personnes vivantes. Dans le contexte des lois et règlements applicables au Canada, de la Déclaration d’Istanbul et des Principes directeurs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la transplantation de cellules, de tissus et d’organes humains, et dans le contexte des pratiques cliniques de premier plan, cette politique donne aux médecins et à d’autres parties intéressées des principes directeurs orientant la pratique des DTOGT au Canada. Cette politique s’intéresse aux DTOGT chez les adultes : les défis, les facteurs à considérer, les lois et les politiques qui ont trait aux DTOGT en pédiatrie et en néonatalité sont distinctifs et méritent une attention particulière. Les médecins devraient connaître les lois, les exigences réglementaires et les politiques pertinentes des territoires de compétence où ils exercent. On les encourage à consulter les diverses sociétés de spécialités du Canada qui traitent directement des DTOGT pour obtenir de l’information et des politiques à jour ainsi que des techniques et des approches novatrices. PRINCIPES DIRECTEURS La pratique des DTOGT est hautement bénéfique pour les patients et la société. L’AMC soutient l’amélioration continue des capacités, de l’efficacité et de l’accessibilité dans les systèmes de DTOGT en parallèle avec l’offre de soins de fin de vie complets et bienveillants pour la population canadienne, et reconnaît l’importance d’adopter un cadre de pratique fondé sur la justice, le consentement éclairé, la bienfaisance et la confidentialité. 1. JUSTICE Il faut constamment améliorer l’efficience des DTOGT afin de combler le fossé entre l’offre et la demande pour une ressource qui demeure rare et vitale. Le principe de la justice devrait continuer à guider l’attribution équitable des organes et des tissus d’une manière qui est justifiable d’un point de vue extérieur, qui puisse être soumis à l’examen public, et qui tient compte de l’équité (besoin médical ou durée de l’attente) autant que de l’efficacité médicale (potentiel de succès de la transplantation). Il ne devrait pas y avoir de discrimination basée sur la situation sociale ou sur la valeur sociale perçue d’une personne, et il ne faudrait tenir compte des habitudes de vie ou de facteurs comportementaux que lorsqu’il est démontré clairement qu’ils auront une incidence sur la probabilité médicale de succès. Les DTOGT ne devraient pas non plus dépendre des ressources financières des patients – ce serait contraire aux principes qui sous-tendent le système de santé public au Canada. Il faut noter que le don provenant d’un donneur vivant et destiné à un proche ou à une connaissance (don dirigé) est considéré comme éthique si le donneur potentiel est mis au courant de toutes les options, notamment celle de faire un don non dirigé. Tous les ordres de gouvernement devraient continuer d’appuyer les initiatives qui visent à améliorer le système de DTOGT, de sensibiliser le public par des campagnes d’éducation et de sensibilisation et de financer la recherche en cours afin que les Canadiennes et Canadiens qui veulent faire don de leurs organes aient toutes les chances raisonnables de le faire. Le repérage des donneurs potentiels et leur orientation vers les services appropriés, bien qu’il soit régi par la loi dans nombre de provinces et territoires, sont un domaine en pleine évolution, puisque le non-repérage des donneurs potentiels prive les familles de la possibilité de faire un don et les patients, de potentielles transplantations. Afin de réduire l’écart entre les taux de dons d’organes des différentes provinces et des différents territoires, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient entreprendre des consultations sur une possible stratégie nationale concertée sur les DTOGT qui établirait des normes médicales et juridiques claires et uniformes sur le consentement éclairé, la détermination du décès et l’accès des établissements à de nouvelles pratiques exemplaires qui tiennent compte des médecins, des fournisseurs et des patients. Il faudrait travailler au recrutement de donneurs potentiels dans les communautés dont le taux de donneurs vivants a toujours été plus faible afin de réduire les iniquités dans l’accès aux dons d’organes provenant de personnes vivantes au Canada. Les responsables des politiques devraient aussi continuer d’explorer et d’évaluer les interventions politiques possibles afin d’améliorer le taux de don d’organes au Canada – voir par exemple les avantages et inconvénients des systèmes de consentement présumé et de consentement explicite listés dans le document contextuel associé à cette politique. 2. CONSENTEMENT ÉCLAIRÉ ET CARACTÈRE VOLONTAIRE DE LA DÉCISION Le don d’organes et de tissus doit toujours découler d’une décision autonome prise sans aucune pression indue ni coercition . La loi prévoit que le donneur d’organe potentiel, ou son mandataire, doit donner son consentement éclairé. Les médecins devraient diriger un patient qui exprime son désir de faire don de ses organes après sa mort vers les ressources appropriées. Si un donneur potentiel n’a pas exprimé ses intentions quant au don de ses organes après sa mort, son mandataire ou ses proches devraient pouvoir faire ce choix. Notons aussi que le consentement indique un désir de donner, mais que le don en soi dépend de facteurs comme l’admissibilité médicale et le moment du décès. Les décisions relatives à la fin de vie doivent être guidées par les valeurs et les croyances philosophiques ou religieuses d’une personne quant au sens et à la valeur de la vie et de la mort. L’autonomie de la personne dans ses désirs, ses intentions ou son engagement confirmé à devenir un donneur après sa mort doit toujours être respectée. L’opinion des proches devrait toujours être considérée dans le contexte des désirs ou des engagements du donneur potentiel. Ces situations doivent être gérées individuellement et tenir compte des opinions religieuses et culturelles des proches ainsi que des désirs exprimés en toute autonomie par le donneur potentiel. Les médecins devraient faire tous les efforts raisonnables pour connaître les opinions culturelles et religieuses de leurs patients en ce qui concerne les DTOGT et pour en tenir compte. Ainsi, les facultés de médecine canadiennes, les surspécialités pertinentes et les établissements de santé devraient offrir de la formation et des occasions de développement professionnel continu sur les DTOGT, notamment sur les questions médicolégales et culturelles. Afin de protéger le caractère volontaire de la décision du donneur potentiel, les appels au public visant à encourager le don altruiste ne devraient pas chercher à indemniser pécuniairement les donneurs potentiels ni contourner systèmes d’attribution d’organes établis. Il faut éviter toute exploitation ou coercition d’un donneur potentiel. Toutefois, la rémunération provenant de sources officiellement reconnues visant à rembourser les coûts associés au don d’une personne vivante (transfert vers un autre établissement ou perte de salaire pendant l’intervention) peut être considérée lorsqu’aucune partie ne tire un avantage pécuniaire de l’échange. L’AMC appuie les modifications proposées au Code criminel et à la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, qui criminalisent et visent à prévenir le prélèvement forcé et la transplantation d’organes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays (trafic d’organes – voir les lignes directrices pertinentes ). L’AMC décourage aussi les Canadiennes et Canadiens de participer au tourisme de transplantation, que ce soit en tant que donneurs ou en tant que receveurs . Les médecins ne doivent pas participer à des transplantations pour lesquelles ils soupçonnent que les organes ont été obtenus sans le consentement éclairé du donneur ou pour lesquelles le donneur a été rémunéré (tiré du Principe directeur 7 de l’OMS). Toutefois, dans le respect de l’engagement du médecin envers le bien-être du patient et des responsabilités professionnelles liées à la relation avec le patient décrites dans le Code d’éthique et de professionnalisme de l’AMC, les médecins ont l’obligation de traiter un patient qui demande à être soigné après avoir subi une intervention dans un contexte de tourisme de transplantation. Les médecins devraient connaître toutes leurs obligations juridiques ou réglementaires en la matière : il se peut qu’ils doivent signaler un cas de tourisme de transplantation aux autorités nationales, après avoir tenu compte des conditions applicables au secret professionnel , . 3. ÉTABLISSEMENT D’UN ÉQUILIBRE ENTRE BIENFAISANCE ET NON-MALFAISANCE L’établissement d’un équilibre entre bienfaisance et non-malfaisance signifie de tenir compte d’abord et avant tout du bien-être des patients, de toujours agir de façon à promouvoir ce bien-être et à y contribuer, d’offrir une prise en charge et des soins appropriés tout au long du continuum de soins, de prendre toutes les mesures raisonnables pour prévenir ou réduire au minimum les préjudices, d’aviser les patients d’un risque de préjudice ou des préjudices survenus, d’être conscient de l’équilibre entre les bienfaits et les préjudices potentiels associés à un acte médical, et d’agir de façon à ce que les bienfaits surpassent les préjudices. Dons d’organes provenant de personnes décédées Les donneurs éventuels peuvent se sentir valorisés par l’idée qu’ils pourraient sauver des vies après leur décès. L’acte que constitue le don d’organes ne doit toutefois pas causer de préjudice au donneur éventuel. Conformément à la « règle du donneur mort », le prélèvement d’organes ou de tissus ne doit jamais causer la mort. En outre, les soins au patient mourant ne doivent jamais être dictés par le désir de protéger des organes en vue d’un don ou de précipiter la mort pour influencer le moment du prélèvement d’organes. Les médecins qui constatent le décès d’un donneur potentiel ne doivent pas participer directement au prélèvement d’organes ou de tissus du donneur ni aux étapes ultérieures de la transplantation, pas plus qu’ils ne doivent être chargés de soigner les receveurs potentiels de ces d’organes ou tissus (tiré du Principe directeur 2 de l’OMS). Les critères cliniques de premier plan conjugués aux définitions de la mort et des actes prescrits par la loi devraient éclairer la détermination de la mort avant le début des interventions liées au don. Le don après décès cardiocirculatoire (DDC) doit être réalisé conformément aux règlements du centre de transplantation où il a lieu, aux lois applicables et aux principales lignes directrices canadiennes, notamment les Recommandations nationales pour le don après un décès d’origine cardiocirculatoire et les lignes directrices sur le retrait des mesures de maintien de la vie . Les patients qui bénéficient de l’aide médicale à mourir pourraient aussi être admissibles au don d’organes et de tissus – voir les politiques et lignes directrices pertinentes . Dons d’organes provenant de personnes vivantes Les donneurs vivants souhaitent agir principalement au bénéfice du receveur . L’acceptabilité du don provenant d’une personne vivante est différente pour chacun. Le don d’une personne vivante est réputé être acceptable sur le plan éthique lorsque les bienfaits potentiels l’emportent sur les risques possibles pour le donneur. Ce type de don n’est pas éthiquement acceptable lorsqu’il y a un risque important de décès pour le donneur. Les donneurs doivent donner leur consentement éclairé, satisfaire aux exigences médicales et psychologiques et recevoir des soins de suivi appropriés. Il n’est pas nécessaire que le donneur potentiel ait des liens biologiques ou affectifs avec le receveur. 4. PROTECTION DES RENSEIGNEMENTS PERSONNELS ET CONFIDENTIALITÉ La pratique actuelle protège la vie privée à la fois du donneur et du receveur et ne permet pas aux équipes de don, aux organisations de don ou aux équipes de transplantation d’informer une partie de l’identité de l’autre. On encourage pour le moment le maintien de cette pratique afin de protéger la vie privée à la fois des donneurs et des receveurs. De plus, les fournisseurs de soins de santé doivent tenir compte de la protection des renseignements personnels et de la confidentialité pendant le processus d’évaluation et pendant la période postopératoire – le consentement du patient doit être obtenu pour toute pratique qui pourrait porter atteinte à la confidentialité (p. ex., séances d’information de groupe). Dons d’organes provenant de personnes décédées Le choix d’une personne de faire ou de ne pas faire don d’organes et de tissus après son décès est personnel et, comme tout autre renseignement sur la santé, devrait être considéré comme privé. Le droit à la protection des renseignements personnels sur la santé survit à la déclaration de décès. Dons d’organes provenant de personnes vivantes Les donneurs et les receveurs potentiels doivent, dans la mesure du possible, être traités et évalués par des équipes médicales distinctes. Dans le cas des dons non dirigés, il peut être nécessaire que les équipes du donneur et du receveur échangent des renseignements (p. ex., maladie sous-jacente du receveur et risque de récidive), mais les renseignements en cause doivent être limités à ceux qui sont nécessaires pour faire un choix éclairé. Par ailleurs, l’AMC reconnaît que le choix et le processus relatifs aux dons dirigés sont profondément personnels et aboutiront probablement à la convergence des cheminements de soins du donneur et du receveur. Dans de tels cas, les normes de confidentialité habituelles pourraient ne pas s’appliquer en raison des choix du donneur et du receveur. Approuvé par le Conseil d’administration de l’AMC - décembre 2019
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Cadre pour la prise de décision éthique pendant la pandémie du coronavirus

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14133
Date
2019-04-01
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
Soin de santé et sécurité des patients
  1 document  
Type de politique
Documents de politique
Date
2019-04-01
Thèmes
Éthique et professionnalisme médical
Soin de santé et sécurité des patients
Text
La pandémie mondiale actuelle causée par le nouveau coronavirus présente des enjeux éthiques sans précédent pour la communauté médicale internationale. Le plus colossal d’entre eux est lié à la prise de décision quant à l’accès à des ressources limitées lorsque la demande surpasse la capacité dont nous disposons pour y répondre. Au Canada, il est admis que toutes et tous devraient avoir les mêmes possibilités d’accès aux soins de santé. Ce principe égalitaire est applicable lorsque les ressources sont suffisantes. Mais lorsqu’elles se font rares, des décisions difficiles doivent être prises à l’étape du triage des patients en ce qui a trait à la prestation de soins intensifs (p. ex., lits de soins intensifs, respirateurs artificiels). Le triage est le processus selon lequel on détermine les patients qui reçoivent des traitements ou le niveau de soins qu’on leur prodiguera selon les circonstances lorsque les ressources sont insuffisantes. L’établissement des priorités dans l’attribution des ressources devient plus complexe sur le plan éthique lors de catastrophes ou de crises de santé publique, comme la pandémie de COVID-19, alors qu’il faut gérer un possible afflux soudain de patients. Les médecins de la Chine, de l’Italie, de l’Espagne et des États-Unis se sont retrouvés dans une situation inimaginable : devoir trier les patients les plus gravement malades et décider lesquels auront accès à des respirateurs, et établir des critères qui guideront ces choix déchirants. L’Association médicale canadienne espère que les médecins canadiens n’en arriveront pas là, mais, par ce cadre, elle tient à leur offrir des lignes directrices à suivre pour leur permettre de prendre des décisions justifiables et éclairées si ces dilemmes éthiques difficiles se présentaient. Ce cadre ne devrait être utilisé qu’en dernier recours. Comme toujours, les médecins devront bien documenter leurs décisions éthiques et cliniques ainsi que le raisonnement qui les sous-tend. Normalement, la production d’un tel document demanderait de nombreux mois de délibération et de consultation avec un grand nombre d’intervenants, y compris les patients et le public. Malheureusement, la situation actuelle ne nous le permet pas. Nous nous sommes donc plutôt tournés vers les documents, rapports et énoncés de politiques produits par nos collègues italiens et par des éthiciens et des médecins du Canada et d’ailleurs, en plus des documents et cadres provinciaux. L’AMC approuve les lignes directrices du Dr Ezekiel J. Emanuel et de ses collaborateurs présentées dans un article publié le 23 mars dans le New England Journal of Medicine et recommande que les médecins canadiens les utilisent, comme indiqué ci-dessous. Nous sommes d’avis qu’il s’agit actuellement de la meilleure approche à adopter dans la situation, puisqu’elles ont été produites par un groupe d’experts reconnus sur la scène internationale selon les meilleures données disponibles à l’heure actuelle. Nous reconnaissons aussi que la situation évolue constamment et que ces lignes directrices pourraient devoir être mises à jour. L’AMC continuera de réclamer l’accès à l’équipement de protection individuelle, aux respirateurs et aux équipements et ressources nécessaires en contexte de soins intensifs. Par ailleurs, nous incitons les médecins à prendre connaissance de tout document provincial ou local pertinent et à consulter leur ordre professionnel ou leur fournisseur d’assurance responsabilité. Il faut noter que certaines provinces et certains établissements de santé pourraient avoir des protocoles ou cadres déjà en place. Au moment de sa publication, ce document concordait largement avec les protocoles que nous avons eu la possibilité de consulter. L’AMC est consciente que les médecins peuvent ressentir une détresse morale lorsqu’ils prennent ce type de décisions. Elle les encourage donc à rechercher le soutien de leurs pairs et à prendre soin d’eux. De plus, l’AMC recommande que des équipes ou comités responsables du triage soient formés si possible pour séparer la prise de décisions cliniques de l’attribution des ressources afin de réduire le fardeau moral de chaque médecin. L’AMC recommande qu’une protection juridique soit accordée aux médecins afin de garantir qu’ils puissent continuer d’offrir les services nécessaires en toute confiance, sans crainte de poursuite civile ou pénale ou encore de mesures disciplinaires. En ces temps incertains, les médecins doivent savoir que leur bonne foi et leur dur labeur ne les exposeront pas à un risque médico-légal accru. Cette garantie est nécessaire pour qu’ils continuent d’offrir des soins à leurs patients. Recommandations Recommandation 1 : Dans le contexte d’une pandémie, il est de la plus haute importance de maximiser les bénéfices pour le plus grand nombre de personnes. Ce principe montre la pertinence d’une gestion responsable des ressources : il est difficilement justifiable de demander aux travailleurs de la santé et au public de prendre des risques et de faire des sacrifices si leurs efforts ne permettent pas de sauver ou de prolonger des vies. La priorisation des ressources limitées doit être faite dans le but de sauver le plus de vies possible et de prolonger le plus possible la durée de la vie des patients survivants après le traitement. Le fait de sauver et de prolonger des vies est une valeur largement acceptée par les experts. Elle concorde avec le point de vue éthique utilitariste, qui priorise les résultats collectifs pour la population, ainsi qu’avec l’idéologie anti-utilitariste, qui priorise la valeur suprême de chaque vie humaine. Il existe de nombreuses manières raisonnables d’équilibrer le nombre de vies sauvées et le nombre d’années de vie gagnées. La solution choisie devra toutefois être appliquée de manière systématique. Le temps limité et le peu d’informations disponibles sur la pandémie de COVID 19 justifient de sauver le plus grand nombre de patients qui survivraient au traitement avec une espérance de vie raisonnable et d’adopter comme objectif secondaire le prolongement de la durée de vie. Ce dernier objectif devient pertinent seulement lorsqu’on compare deux patients qui ont des chances de survie similaires. Le manque de temps et d’informations pendant une situation d’urgence rend aussi critiquable l’introduction de la qualité de vie future et du nombre d’années de vie ajustées en fonction de la qualité dans l’équation. Une telle approche exigerait une longue collecte d’information et présenterait des enjeux éthiques et juridiques. Toutefois, il peut être approprié d’encourager les patients, particulièrement ceux qui pourraient nécessiter des soins intensifs, à réfléchir à la qualité de vie qu’ils considèrent comme acceptable et à la possibilité de refuser des soins de maintien de la vie, comme l’utilisation d’un respirateur, et à documenter leurs décisions sous forme de directives médicales anticipées. Concrètement, la maximisation des bénéfices signifie que les personnes malades qui guériraient avec un traitement ont la priorité sur les personnes qui ont peu de chances de s’en remettre, même avec des soins, et sur celles qui se rétabliront probablement sans soins. Parce que les jeunes patients gravement malades forment souvent une grande partie du premier groupe, la priorité sera souvent donnée aux personnes qui risquent le plus de mourir jeunes et de ne pas avoir une vie bien remplie. La maximisation des bénéfices est primordiale durant une pandémie. Nous sommes donc d’avis que le retrait d’un respirateur ou la libération d’un lit de soins intensifs pour l’offrir à un patient dans le besoin qui a un meilleur pronostic est justifiable et qu’il faut aviser les patients de cette possibilité à leur admission. Ces décisions seront sans doute extrêmement traumatisantes pour les cliniciens – et certains pourraient refuser de les prendre. Toutefois, bon nombre de lignes directrices mentionnent que le retrait d’une ressource limitée pour sauver d’autres personnes ne correspond pas à un acte de mise à mort et ne requiert pas le consentement du patient. Nous sommes d’accord avec ces lignes directrices : c’est la chose éthique à faire. L’attribution dès le début des lits et des respirateurs selon le principe de la maximisation des bénéfices pourrait réduire le nombre de retraits de services nécessaires par la suite. Recommandation 2 : Indépendamment de la recommandation 1, les ressources essentielles pour la COVID-19 – dépistage, EPI, lits de soins intensifs, respirateurs, traitements et vaccins – devraient d’abord aller aux travailleurs de la santé de première ligne et à ceux qui traitent des patients malades et qui font fonctionner des infrastructures essentielles, particulièrement les travailleurs qui sont exposés à un grand risque d’infection et dont la formation les rend difficiles à remplacer. Ces travailleurs devraient avoir la priorité, non pas parce qu’ils ont plus de valeur, mais parce qu’ils ont une valeur instrumentale : ils sont essentiels à la réponse à la pandémie. Si les médecins, le personnel infirmier et les inhalothérapeutes sont incapables de faire leur travail, tous les patients – pas seulement ceux atteints de la COVID-19 – connaîtront un taux de mortalité plus élevé et perdront davantage d’années de vie. Il n’est pas certain que les travailleurs de la santé qui ont besoin d’un respirateur seront en mesure de reprendre le travail, mais en leur donnant la priorité, on reconnaît la valeur de leur choix de la vocation risquée de sauver des vies. Il ne faut pas outrepasser cette priorité en l’accordant à des personnes bien nanties ou célèbres, ou encore aux détenteurs de pouvoir politique plutôt qu’aux premiers intervenants et au personnel médical – comme cela s’est déjà vu pour le dépistage. De tels abus mineraient la crédibilité du cadre d’attribution des ressources. Recommandation 3 : Pour les patients aux pronostics similaires, le principe d’équité devrait être utilisé et opérationnalisé par une attribution aléatoire, comme une loterie, plutôt que sur la base du premier arrivé, premier servi. Ce dernier principe est utilisé pour des ressources comme les greffes de rein, où la pénurie dure depuis longtemps et où les patients peuvent survivre sans la ressource. Au contraire, les traitements de la COVID-19 sont urgents et essentiels. L’approche du premier arrivé, premier servi donnerait donc un avantage injuste aux patients résidant le plus près des établissements de santé. La distribution des médicaments ou des vaccins selon ce principe encouragerait aussi les rassemblements et même la violence dans une période où l’éloignement social est essentiel. Enfin, l’approche du premier arrivé, premier servi signifie que les personnes qui tombent malades plus tard, peut-être parce qu’elles ont respecté les mesures recommandées par la santé publique, pourraient ne pas être traitées, ce qui assombrirait leur pronostic sans augmenter l’équité. Comme le temps et les informations sont limités, la sélection aléatoire est aussi préférable aux tentatives d’établissement d’un pronostic plus détaillé dans un groupe de patients comparables. Recommandation 4 : Les lignes directrices sur la priorisation devraient être adaptées à chaque intervention et répondre à des données scientifiques en évolution. Par exemple, les jeunes patients ne devraient pas être priorisés pour les vaccins contre la COVID-19, qui préviennent la maladie, mais ne la guérissent pas, ou pour la prophylaxie expérimentale postexposition ou préexposition. Les issues de la COVID-19 ont été bien plus défavorables chez les personnes âgées et celles atteintes de maladies chroniques. Le principe de maximisation du nombre de vies sauvées justifie que les vaccins soient d’abord administrés aux personnes âgées, immédiatement après les travailleurs de la santé et les premiers intervenants. Si les réserves de vaccins ne sont pas suffisantes pour les patients dans les catégories les plus à risque – personnes de plus de 60 ans présentant des comorbidités –, le principe d’équité exige une sélection aléatoire, comme la loterie, pour leur distribution. D’un point de vue instrumentaliste, la priorisation des jeunes pour les vaccins n’est justifiable que si les modèles épidémiologiques montrent que ce serait la meilleure façon de réduire la propagation virale et les risques pour les autres. L’utilisation de modèles épidémiologiques est encore plus pertinente dans l’établissement des priorités pour le dépistage du coronavirus. Les recommandations fédérales donnent actuellement la priorité aux travailleurs de la santé et aux patients plus âgés, mais l’utilisation de quelques tests pour la surveillance de la santé publique pourrait améliorer les connaissances entourant la transmission de la maladie et aider les chercheurs à cibler d’autres traitements qui maximiseraient les bénéfices. À l’inverse, les lits de soins intensifs et les respirateurs sont des méthodes de traitement et non de prévention. La vie des patients qui en ont besoin est en danger. La maximisation des bénéfices exige la considération du pronostic – durée de vie du patient s’il est traité –, soit de donner la priorité aux jeunes patients et à ceux qui ont moins de comorbidités. Cette idée reflète les lignes directrices italiennes, qui donnent potentiellement une priorité plus élevée à l’accès aux soins intensifs pour les jeunes patients ayant une forme grave de la maladie, et non aux patients âgés. Ce sont les données scientifiques qui permettront d’établir les méthodes de maximisation des bénéfices pour la distribution d’antiviraux et d’autres traitements expérimentaux susceptibles d’être plus efficaces chez les patients gravement malades, mais pas en phase critique. Ces traitements pourraient être plus avantageux s’ils sont d’abord offerts aux patients qui auraient de moins bons résultats avec un respirateur. Recommandation 5 : Les personnes qui participent aux recherches sur l’innocuité et l’efficacité des vaccins et des traitements devraient avoir une certaine priorité dans les interventions pour la COVID-19. Les risques qu’elles prennent en participant à la recherche aident d’autres patients, et elles devraient être récompensées pour leur contribution. Ces récompenses inciteront aussi plus de gens à participer aux essais cliniques. La participation à la recherche ne devrait toutefois servir qu’à distinguer des patients au pronostic similaire. Recommandation 6 : Il ne devrait pas y avoir de différences dans l’attribution des ressources limitées entre les patients atteints de la COVID-19 et ceux aux prises avec d’autres problèmes de santé. Si la pandémie de COVID-19 mène à une réelle pénurie, celle-ci affectera tous les patients, y compris ceux aux prises avec de l’insuffisance cardiaque, un cancer ou d’autres troubles graves et possiblement mortels, qui demandent une attention médicale immédiate. Une attribution juste des ressources qui priorise la maximisation des bénéfices devrait donc s’appliquer à tous les patients dans le besoin de ces ressources. Par exemple, un médecin entrant en choc anaphylactique qui a besoin d’une intubation et d’un respirateur devrait être priorisé plutôt que les patients atteints de COVID-19 qui ne sont pas des travailleurs de première ligne. Approuvé par le Conseil d’administration de l’AMC en avril 2020
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Cadre stratégique de l'AMC sur la sécurité des patients (mise à jour 2010)

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique9747
Dernière révision
2018-03-03
Date
2010-02-27
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2018-03-03
Date
2010-02-27
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Cadre stratégique de l'AMC sur la sécurité des patients (2001)
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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CADRE STRATÉGIQUE DE L’AMC SUR LA SÉCURITÉ DES PATIENTS (mise à jour 2010) CONTEXTE L’AMC a pour mission de promouvoir les normes les plus élevées de santé et de soins de santé pour les Canadiens. Ce qui signifie notamment qu’elle doit veiller à ce que le système de soins de santé soit sécuritaire pour les patients et pour les prestateurs et réussisse à améliorer efficacement la santé de la personne et de la société. Les études publiées depuis quelques années font malheureusement craindre que les soins de santé ne soient pas aussi sécuritaires qu’ils le pourraient. Des données recueillies par des chercheurs de divers pays ont montré que les taux élevés d’événements indésirables évitables sont inacceptables, et atteindraient même 16 %, selon une étude sur les événements indésirables associés aux hospitalisations. Une étude réalisée par G.R. Baker, P.G. Norton et coll., « The Canadian Adverse Events Study: the incidence of adverse events among hospital patients in Canada », a révélé que le taux d’événements indésirable atteignait 7,5 par 100 admissions à l’hôpitali. Ce résultat laisse entendre que sur les quelque 2,5 millions d’hospitalisations annuelles au Canada, environ 185 000 sont associées à un événement indésirable, dont 70 000 seraient possiblement évitables. Ces études ont attiré l’attention sur les erreurs et les événements indésirables dans les soins de santé, mais pour que les patients soient en sécurité, les intervenants du système de santé doivent être constamment conscients des risques présents dans le système et il faut s’attaquer proactivement au problème – de préférence avant que survienne un événement indésirable. Lorsqu’il se produit un événement indésirable évitable, c’est une occasion d’en tirer des leçons et de corriger les sources d’erreur. L’AMC considère prioritaire l'adoption d'une stratégie nationale sur la sécurité des patients visant à instaurer une culture de la sécurité. Le présent cadre stratégique veut présenter un énoncé clair de la position de l’AMC au sujet des principes qui devraient sous-tendre une stratégie sur la sécurité des patients et à assurer une orientation et un appui clairs aux membres de l’AMC et à son personnel qui s’occupent d’initiatives en matière de sécurité des patients. PRINCIPES Le système de santé Résultats Dans tout système complexe, il se produit inévitablement des erreurs et des événements indésirables. Plus les systèmes sont complexes, plus ils sont vulnérables aux erreurs. Des études ont néanmoins révélé un taux inacceptablement élevé d’événements indésirables évitables associé à la gestion des soins de santé. 1. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent viser à améliorer la santé des patients en réduisant au minimum le taux d’événements indésirables évitables et en améliorant la prise en charge des événements qui se produisent. Qualité 2. La sécurité des patients est un aspect des soins de santé de qualité. Les activités reliées à la sécurité des patients doivent entraîner une augmentation nette de la qualité des soins de santé. Facteurs systémiques 3. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent reconnaître que l’erreur et les événements indésirables se produisent en raison de caractéristiques du système où fonctionnent des personnes. Les initiatives doivent viser principalement à prévenir les erreurs futures en redressant le fonctionnement du système plutôt qu’en blâmant et en punissant les personnes. Imputabilité La population du Canada s’attend raisonnablement à ce que les soins de santé n’entraînent pas de traumatisme évitable. 4. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent appuyer l’obligation du secteur de la santé, y compris des fournisseurs, des payeurs et des organismes de réglementation, de rendre compte aux patients et à la population en général de la sécurité des soins de santé. Participants aux soins de santé Les patients comme partenaires 5. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent promouvoir le rôle des patients comme partenaires de la prestation de soins sécuritaires, y compris la prévention et la prise en charge des événements indésirables. 6. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent encourager et prévoir la divulgation complète et appropriée aux patients de renseignements pertinents importants pour leur santé et leurs soins de santé, y compris de l’information sur les événements ou les effets indésirables. Responsabilité professionnelle et appui À quelques exceptions près, les soins de santé sont dispensés par des professionnels compétents et attentionnés qui s’efforcent d'améliorer la santé des patients. 7. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent reconnaître que les professionnels sont tenus d’atteindre et de maintenir les normes de pratique de leur profession. 8. Tout en réagissant comme il se doit aux événements indésirables, les initiatives sur la sécurité des patients doivent tenir compte du rôle professionnel et du bien-être personnel de chaque médecin et des autres prestateurs de soins de santé. Apprentissage et collaboration 9. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent promouvoir et refléter le travail d’équipe, la communication et la collaboration à tous les échelons. 10. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent encourager l'apprentissage par l'expérience personnelle et le partage des connaissances qui permet d’apprendre des expériences d’autrui. Contexte juridique et réglementaire 11. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent promouvoir un contexte juridique et réglementaire appuyant la communication ouverte et la prise en charge efficace des événements indésirables. 12. La protection accordée aux personnes qui expriment leur opinion au sein des comités d’assurance-qualité doit être maintenue. Assise factuelle et évaluation Les initiatives sur la sécurité des patients doivent reposer sur des données probantes solides. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent contenir des dispositions prévoyant une évaluation appropriée. Les initiatives sur la sécurité des patients doivent contenir des dispositions sur la diffusion générale des résultats. DOMAINES D’INITIATIVES SUR LA SÉCURITÉ DES PATIENTS L’instauration d’une culture de la sécurité dans le domaine des soins de santé au Canada passera par la collaboration entre de nombreux groupes et organismes différents. L’AMC peut jouer un rôle de premier plan dans ce groupe général et à l’intérieur de son propre groupe de plus de 70 000 médecins. Dans certains cas, il appartiendra à l’AMC de promouvoir des initiatives réalisables seulement par un autre prestateur ou groupe. Dans d’autres, l’AMC pourra se charger à elle seule d’intervenir. Comme priorité, l’AMC a déterminé qu’elle appuiera : La promotion de modifications de mesures législatives et réglementaires qui élimineraient les désincitations pour les prestateurs de soins de santé à partager de l’information sur les événements indésirables. La sensibilisation accrue à la sécurité des patients et le changement des attitudes face au risque, à l’erreur et aux événements indésirables dans les milieux des soins de santé. La création et la prestation de ressources comme des guides de pratique et des systèmes de technologie de l’information qui ont fait leurs preuves en normalisant la pratique et réduisant les événements indésirables. Les systèmes de production de rapports qui recueillent et agrègent les données sur les risques de façon à permettre l’élaboration et le partage de bonnes pratiques. L’éducation et la formation des professionnels de la santé et des gestionnaires du secteur de la santé afin de les doter des outils conceptuels et pratiques nécessaires pour instaurer des changements dans leurs pratiques et leurs organisations. La promotion et l’élaboration d’un programme de recherche sur la sécurité des patients au Canada. La participation des gouvernements à tous les paliers qui doivent appuyer des initiatives visant à améliorer la sécurité des patients et y engager des ressources. GLOSSAIRE Événement indésirable – Complication ou traumatisme non intentionnel causé par les gestionnaires des soins de santé plutôt que par la maladie du patient et qui entraîne un séjour prolongé à l’hôpital, la morbidité ou la mortalité. Les événements indésirables ne sont pas nécessairement causés par une erreur : par exemple, une réaction toxique à un médicament chez un patient qui ne présente aucun facteur de risque apparent. Erreur – Fait de ne pas exécuter comme prévu une intervention prévue («erreur d’exécution») ou d’utiliser un mauvais plan pour atteindre un but («erreur de planification»). Il se peut qu’une erreur n’entraîne pas d’événement indésirable si elle ne cause pas de préjudice ou si on la corrige à temps. Risque – Le risque de traumatisme ou de perte défini comme mesure de la probabilité et de la gravité d’un effet indésirable sur la santé, les biens, l’environnement ou toute autre valeur. i G. Ross Baker, Peter G. Norton, Virginia Flintoft, Régis Blais, Adalsteinn Brown, Jafna Cox, Ed Etchells, William A. Ghali, Philip Hébert, Sumit R. Majumdar, Maeve O'Beirne, Luz Palacios-Derflingher, Robert J. Reid, Sam Sheps et Robyn Tamblyn. The Canadian Adverse Events Study: the incidence of adverse events among hospital patients in Canada Can. Med. Assoc. J., May 2004; 170: 1678 - 1686.
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L'obésité et les maladies cardiovasculaires énoncé de politique (Mise à jour 2004): (Applicable aux Canadiens âgés de 20 à 60 ans)

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique1246
Dernière révision
2018-03-03
Date
2004-05-31
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2018-03-03
Date
2004-05-31
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L'obésité et les maladies cardiovasculaires énoncé de politique (2003) (Applicable aux Canadiens âgés de 20 à 60 ans)
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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L'OBÉSITÉ ET LES MALADIES CARDIOVASCULAIRES (MISE À JOUR 2004) (Applicable aux Canadiens âgés de 20 à 60 ans) Position officielle : L'obésité est un problème chronique qui découle de multiples facteurs, est complexe à traiter et contribue lourdement aux cardiopathies, au diabète de type II, à l'hypertension, aux accidents vasculaires cérébraux et à certains cancers. En raison de l'importance des répercussions de l'obésité sur les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, ainsi que des grappes de facteurs de risque de maladies cardiovasculaires que l'on retrouve souvent chez le patient obèse, on reconnaît l'obésité comme un important facteur de risque de maladie cardiovasculaire. L'impact de l'obésité illustre l'importance de la prévention par des comportements sains, y compris l'activité physique accrue et une alimentation saine et nutritive, que l'on adopte jeune et maintient pendant tous les stades de la vie. Les solutions exigent des stratégies intégrées fondées à la fois sur l'éducation et l'environnement et visant les personnes, les membres de leur famille et les communautés et les aidant à adopter des habitudes de vie et des comportements sains. Les solutions exigent aussi une recherche continue visant à élaborer et à évaluer des stratégies intégrées de prévention, de prise en charge et de traitement de l'obésité, ainsi que des données de surveillance permettant de mesurer et de suivre l'obésité et ses répercussions au Canada. Définition de l'obésité L'Organisation mondiale de la santé définit l'obésité comme une accumulation excessive de tissus adipeux dans le corps, au point où elle peut mettre la santé en danger. Mesure de l'obésité L'indice de masse corporelle (IMC) est un paramètre généralement accepté utilisé pour établir une distinction entre les adultes obèses et non obèses âgés de 20 à 60 ans et qui produit ainsi de l'information sur le risque subséquent de maladie cardiovasculaire. On calcule l'IMC en divisant le poids (en kilogrammes) par la taille (en mètres) au carré. IMC = poids (en kilogrammes) taille (en mètres) * taille (en mètres) Un IMC de 30 kg/m2 ou plus indique une obésité tandis qu'un IMC de l'ordre de 25 à 29,9 kg/m2 est un signe d'excédent de poids. Le tour de taille (TT) constitue un prédicteur indépendant des risques pour la santé en sus de l'IMC. On établit un lien entre une augmentation du tour de taille (abdominal) et un risque accru de maladie cardiovasculaire, de dyslipidémie, de diabète de type II et d'hypertension. Lorsque le tour de taille dépasse 102 cm chez les hommes et 88 cm chez les femmes, le risque de maladies liées à l'état général de santé s'accroît. . Populations à risque accru Les personnes obèses qui ont le diabète, de l'hypertension ou des dyslipidémies, ou qui sont inactives physiquement, sont plus exposées aux maladies cardiovasculaires. On établit un lien entre un IMC de 25 à 29,9 kg/m2 (excédent de poids) et un risque accru de maladie cardiovasculaire, de diabète de type II, d'hypertension et de dyslipidémie. Le gain de poids chez le jeune adulte peut constituer un des déterminants les plus importants de l'apparition future de facteurs de risque cardiovasculaires et de maladies cardiovasculaires. Les adultes qui prennent du poids sont plus exposés aux coronaropathies que ceux dont le poids est stable. L'augmentation de poids chez l'adulte peut contribuer à l'apparition future d'ischémies cardiaques sans régard au poids initial (obésité ou non). Les Canadiens de descendance autochtone, chinoise et sud-asiatique (Inde, Pakistan, Bangladesh et Sri Lanka) présentent des taux plus élevés de maladies chroniques reliées à l'obésité (p. ex., diabète, hypertension et maladie cardiovasculaire). Les personnes dont la situation socioéconomique est moins bonne présentent des taux plus élevés d'obésité que celles qui sont plus à l'aise financièrement. Promotion du poids santé En avril 2002, le Groupe de travail sur les stratégies de santé publique pour la prévention de l'obésité (SSPPO) du Groupe de travail international sur l'obésité (GTIO) a déterminé qu'une stratégie intégrée de prévention de l'obésité devrait : porter à la fois sur les habitudes alimentaires et les tendances de l'activité physique de la population; porter à la fois sur les facteurs individuels et sociétaux; porter à la fois sur les causes immédiates et lointaines; comporter de multiples points de convergence et niveaux d'intervention (c. à d. niveaux national, régional, communautaire et individuel); inclure à la fois des politiques et des programmes; établir des liens entre des secteurs qui pourraient autrement être considérés comme indépendants Recherche nécessaire Il faut effectuer des recherches pour : élaborer une définition normalisée de l'obésité chez les enfants et une façon normalisée de la mesurer; établir des mesures spécifiques aux populations plus âgées, aux divers groupes ethniques et aux sexes; définir et mettre au point des méthodes efficaces de prévention primaire pour les personnes, les familles et les communautés afin de réduire la prévalence de l'obésité à tous les stades de la vie; faire mieux connaître et comprendre les effets de l'obésité et des habitudes de vie saines sur la santé; mettre au point des méthodes efficaces de prévention primaire et des stratégies thérapeutiques, secondaires et tertiaires; déterminer et suivre les taux d'obésité et d'excédent de poids au Canada; évaluer l'efficacité des mesures de prévention et de traitement de l'obésité; déterminer et mettre en œuvre les stratégies de prévention primaire les plus efficaces dans le cas de groupes ethniques; élaborer et mettre en œuvre une politique efficace de santé publique portant sur la prévention, le traitement et la prise en charge de l'obésité. La surveillance des Canadiens obèses et qui ont un excédent de poids s'impose en outre pour évaluer l'efficacité des mesures de prévention et de traitement. L'intervention combinée et les ressources des gouvernements, des organisations non gouvernementales, des secteurs sans but lucratif et privé sont les seuls moyens d'élaborer et de mettre en œuvre une stratégie intégrée afin d'enrayer la tendance croissante à l'obésité au Canada.
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La santé et les soins de santé pour une population vieillissante

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique11061
Dernière révision
2018-03-03
Date
2013-12-07
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
Systèmes de santé; financement et rendement du système
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Type de politique
Documents de politique
Dernière révision
2018-03-03
Date
2013-12-07
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Text
En 2010, 14 % de la population du Canada avait 65 ans ou plus. Avec le vieillissement des baby-boomers, on estime que cette proportion passera à environ 25 % en 2036 (1). On prévoit que le vieillissement de la population aura un impact considérable sur l'économie, la société et le système de santé au cours des 25 à 30 prochaines années. Bien que l'âge ne soit pas d'emblée synonyme de mauvaise santé ou d'incapacité, le risque augmente avec l'âge dans les deux cas. En 2006, 33 % des Canadiens de 65 ans ou plus avaient une incapacité, et ce pourcentage atteignait 44 % chez les personnes de 75 ans ou plus (2). Près des trois quarts des Canadiens de plus de 65 ans ont au moins un trouble de santé chronique (3). En raison de la hausse des taux d'invalidité et de maladies chroniques, on s'attend à ce que la demande de services de santé augmente avec le vieillissement de la population. Actuellement, les Canadiens de plus de 65 ans consomment environ 44 % des budgets de santé provinciaux et territoriaux (4), et les gouvernements craignent que le système de santé ne puisse fournir des services de qualité à l'avenir. L'AMC est d'avis que pour donner des soins optimaux et du soutien à la population vieillissante, tout en veillant à réduire autant que possible la pression sur le système de santé, les gouvernements à tous les niveaux devraient investir dans : * des programmes et du soutien pour promouvoir le vieillissement en santé; * un continuum exhaustif de services de santé pour fournir des soins optimaux et du soutien aux Canadiens âgées; * un environnement et une société " amis des aînés ". Cette politique décrit les mesures qui pourraient être prises pour favoriser ces trois objectifs. Ses recommandations complètent celles d'autres politiques de l'AMC, dont " Le financement du continuum des soins " (2009), " Prescription pour l'établissement optimal d'ordonnances " (2010), et " Utilisation des médicaments chez les personnes âgées " (mise à jour en 2011). 2) Santé et soins de santé optimaux pour les personnes âgées Cette section présente en détail les trois grands domaines dans lesquels l'AMC estime que les gouvernements devraient investir : a) Promotion du " vieillissement en santé " L'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) définit le vieillissement en santé comme " le processus qui consiste à optimiser les possibilités de maintenir une bonne santé physique, sociale et mentale pour permettre aux aînés de préserver leur autonomie, de jouir d'une belle qualité de vie et de jouer un rôle actif dans la société, à l'abri de la discrimination ". On croit que les initiatives ciblant le vieillissement en santé et permettant aux aînés de demeurer en santé aideront à réduire les coûts des soins de santé en allégeant le fardeau global de l'incapacité et des maladies chroniques. De telles initiatives pourraient porter sur les points suivants : Activité physique. Pratiquer des activités physiques est considéré comme la mesure la plus importante que puissent prendre les aînés pour améliorer leur santé, même s'ils ne commencent à être actifs que tard dans la vie. Toutefois, en 2008, 57 % des aînés déclaraient être physiquement inactifs (5). Prévention des blessures. Les chutes sont la principale cause de blessures chez les Canadiens plus âgés. Elles représentent 40 % des admissions dans les foyers de soins de longue durée, 62 % des hospitalisations consécutives à des blessures, et près de 90 % des fractures de la hanche (6) Les causes des chutes sont complexes; la physiologie (p. ex., effet de la maladie) et l'environnement (p. ex., voies piétonnières mal entretenues) sont deux facteurs à considérer. La plupart des chutes peuvent être évitées grâce à diverses interventions : pour la personne (p. ex., exercices de renforcement et d'équilibre), et pour l'environnement de la personne (p. ex., aides telles que des rampes et des barres d'appui, revêtements de sol antidérapants, voies piétonnières déneigées et déglacées en hiver). Alimentation. En 2008, 28 % des hommes et 31 % des femmes de plus de 65 ans étaient obèses (IMC = 30), ce qui est supérieur à la moyenne de la population. L'insuffisance pondérale est aussi un problème chez les personnes âgées, dont 17 % signalent un IMC de 20 ou moins (7). Les causes des problèmes de nutrition chez les personnes âgées sont complexes. Elles peuvent être liées à un manque d'argent pour acheter des aliments sains, ou à des incapacités qui posent des difficultés pour aller faire les courses ou préparer les repas. Santé mentale. Environ 10 à 15 % des aînés disent être atteints de dépression, et le taux est plus élevé chez les personnes ayant une maladie physique concomitante ou vivant dans des établissements de soins de longue durée (8). La dépression chez les aînés peut être peu reconnue et sous-traitée, car elle est parfois perçue comme une conséquence normale du vieillissement. La mauvaise santé mentale est souvent associée à l'isolement social, un problème commun chez les personnes âgées. Recommandations : Gouvernements et associations nationales L'AMC recommande que : 1. les gouvernements à tous les niveaux soutiennent les programmes préconisant l'activité physique, une saine nutrition, la prévention des blessures et la santé mentale chez les Canadiens âgés. Prestation de services de santé L'AMC recommande [MS1]que : 2. les Canadiens plus âgés aient accès à des programmes de haute qualité et adéquatement financés ainsi qu'à du soutien pour les aider à atteindre et à maintenir une condition physique et une nutrition optimales; 3. les Canadiens plus âgés aient accès à des programmes de haute qualité et adéquatement financés visant à déterminer les causes des chutes et à en réduire le risque; 4. les Canadiens plus âgés aient accès à des programmes de haute qualité et adéquatement financés pour promouvoir la santé mentale et le bien-être et réduire l'isolement social. Médecins et patients L'AMC recommande que : 5. les Canadiens plus âgés soient encouragés à suivre les lignes directrices actuelles pour une vie saine, telles que les Directives canadiennes de 2012 en matière d'activité physique pour les adultes de 65 ans et plus; 6. l'on encourage les médecins et autres fournisseurs de soins de santé à conseiller les patients âgés sur l'importance de maintenir un style de vie sain et équilibré; 7. tous les intervenants participent à la création d'outils et de ressources de littératie en santé pour aider les Canadiens âgés et leurs familles à se maintenir en santé. b) Un continuum exhaustif de services de santé Bien que l'âge ne soit pas d'emblée synonyme de mauvaise santé ou d'incapacité (comme on l'a mentionné précédemment), l'utilisation des services de santé augmente avec l'âge. Les patients de plus de 65 ans consultent plus souvent leur médecin de famille, sont hospitalisés plus souvent et leurs séjours à l'hôpital sont plus longs que dans le cas des Canadiens plus jeunes (la durée totale du séjour en soins de courte durée est environ 1,5 fois supérieure à celle des adultes plus jeunes) (9). En outre, les personnes âgées prennent plus de médicaments d'ordonnance que les adultes plus jeunes; 62 % des personnes âgées qui participent aux programmes publics de médicaments prennent cinq classes de médicaments ou plus, et près de 30 % des personnes de 85 ans et plus font des demandes de remboursement pour plus de dix médicaments d'ordonnance (10). La prise de plusieurs médicaments par des personnes de plus de 65 ans comporte un certain nombre de conséquences : * Le risque de réactions indésirables aux médicaments est nettement plus élevé pour les personnes âgées que pour les patients plus jeunes. * La gestion des médicaments, en particulier pour les personnes qui prennent plusieurs médicaments par jour selon différents schémas posologiques, peut être source de confusion et entraîner des erreurs ou la non-observance du traitement. * Les patients peuvent recevoir des ordonnances de plusieurs fournisseurs qui, s'ils n'ont pas été en communication les uns avec les autres, ne peuvent savoir quels autres médicaments ont été prescrits, ce qui augmente le risque d'interactions médicamenteuses nocives et d'erreurs de médication. Pour les personnes âgées atteintes de multiples maladies chroniques ou incapacités, les besoins de soins peuvent être complexes et varier grandement d'une personne à l'autre. Il pourrait donc y avoir plusieurs médecins et autres professionnels de la santé et des services sociaux qui prodiguent des soins à une même personne. Un patient peut, par exemple, consulter un médecin de famille pour les soins de première ligne, plusieurs médecins spécialistes pour différents troubles, un pharmacien pour la gestion d'une médication complexe, un physiothérapeute pour soulager des difficultés de mobilité, des aides en soins de santé pour nettoyer la maison et s'assurer que le patient mange bien, et un travailleur social qui vérifie que le revenu du patient est suffisant pour couvrir les soins de santé et d'autres besoins. Pour répondre aux besoins de soins complexes, le système de santé doit être flexible et à l'écoute de ces besoins. L'AMC est d'avis que des soins de santé de qualité devraient être fournis aux Canadiens âgés dans un continuum allant des soins communautaires (p. ex., soins de première ligne, programmes de prise en charge des maladies chroniques) aux soins de longue durée et aux soins palliatifs en passant par les soins à domicile (p. ex., visites à domicile par des travailleurs de la santé pour donner des bains et les soins des pieds). Idéalement, ce continuum doit être géré de manière à ce que le patient puisse rester dans son domicile, n'ait pas besoin d'aller à l'urgence ou d'être hospitalisé ou placé en établissement de soins de longue durée, sauf si la situation l'exige, puisse facilement accéder au niveau de soins dont il a besoin et puisse passer en douceur d'un niveau de soins à un autre, au besoin. Les gestionnaires de soins sont une partie essentielle de ce continuum. Ils travaillent en collaboration avec les aidants et le patient afin de déterminer la forme la plus appropriée de soins. Ils peuvent coordonner les services des différents professionnels de la santé qui fournissent des soins à un patient et faciliter les communications entre eux afin qu'ils travaillent tous à partir d'un même plan de soins. Un médecin de famille qui a établi une relation professionnelle de longue date avec le patient et connaît bien son dossier, ses besoins et ses préférences est le mieux placé pour agir à titre de gestionnaire de la prise en charge globale d'un patient, avec l'appui d'un gériatre et d'autres spécialistes, le cas échéant. Les fournisseurs de soins du patient ne sont pas tous nécessairement des professionnels de la santé. En fait, plus de 75 % des soins sont prodigués aux Canadiens âgés par des aidants naturels non rémunérés, généralement des membres de la famille. Le rôle de l'aidant naturel peut être exigeant financièrement, physiquement et émotionnellement. Bien que les gouvernements aient mis en place des crédits d'impôt et d'autres formes de soutien aux aidants naturels, il faudrait faire plus encore. Le Comité sénatorial spécial sur le vieillissement a demandé la création d'une stratégie nationale pour les aidants afin d'aider à mettre en place le soutien dont ils ont besoin (11). Enfin, la plupart des services requis par les personnes âgées, en particulier les soins à domicile et les soins de longue durée, ne sont pas couverts par la Loi canadienne sur la santé. Le financement de ces services varie considérablement d'une province ou d'un territoire à l'autre. En raison d'un manque de lits pour les soins de longue durée, plus de 5000 lits d'hôpitaux sont occupés par des patients en attente de placement en soins de longue durée (12) et de ce fait, ces lits ne sont pas disponibles pour les patients qui ont des besoins de soins actifs de courte durée. Dans son Cadre de transformation des soins de santé de l'AMC (2010), l'AMC fait un certain nombre de recommandations visant à améliorer l'accès aux soins de longue durée au Canada. Recommandations : Gouvernements et associations nationales L'AMC recommande que : 8. les gouvernements et les autres intervenants unissent leurs efforts pour développer et mettre en œuvre des modèles de prestation de services de santé intégrés et interdisciplinaires pour les Canadiens plus âgés; 9. les gouvernements poursuivent leurs efforts pour veiller à ce que les Canadiens plus âgés aient accès à un médecin de famille, appuyé par des services spécialisés en gériatrie, au besoin; 10. les gouvernements et les autres intervenants collaborent à l'élaboration et à la mise en œuvre d'une stratégie nationale pour les aidants ainsi qu'à l'expansion des programmes de soutien sont actuellement offerts aux aidants naturels; 11. tous les intervenants collaborent à l'élaboration et à la mise en œuvre d'une stratégie nationale sur la démence; 12. les gouvernements et les autres intervenants collaborent à l'élaboration et à la mise en œuvre d'une stratégie pharmaceutique pancanadienne prévoyant à la fois la couverture complète des médicaments essentiels pour tous les Canadiens et des programmes encourageant l'établissement optimal d'ordonnances et les traitements médicamenteux optimaux; 13. les gouvernements collaborent avec le secteur de la santé et des services sociaux ainsi que les assureurs privés, en vue de développer un cadre pour le financement et la prestation de soins à domicile accessibles et durables et de soins de longue durée. Éducation médicale L'AMC recommande que : 14. les facultés de médecine offrent aux étudiants du premier cycle et aux médecins résidents plus de programmes portant sur les besoins cliniques des patients plus âgés; 15. l'on expose les étudiants en médecine et les médecins résidents à des programmes de spécialité en gériatrie et autres disciplines qui répondent aux besoins cliniques des patients plus âgés; 16. l'on élabore et offre en permanence aux médecins de toutes les spécialités et à d'autres fournisseurs de soins de santé des programmes de formation continue sur le soin des patients âgés. Planificateurs du système de santé L'AMC recommande que : 17. les systèmes de santé favorisent la collaboration et la communication entre les fournisseurs de soins de santé, par divers moyens, tels que : a. la création de milieux de pratique interdisciplinaires de soins de première ligne, réunissant divers médecins et autres professionnels de la santé qui apportent leur expertise à un réseau transparent; b. l'utilisation élargie du dossier de santé électronique; c. la création d'un processus de référence transparent entre les fournisseurs de soins de santé; 18. tous les intervenants s'efforcent d'intégrer les soins de santé dans le continuum en veillant à éliminer les obstacles qui séparent : d. les soins de courte durée de la collectivité; e. les services de santé des services sociaux; f. les services de soins financés par la province, comme les médecins et les hôpitaux, des services financés par d'autres sources, telles que les médicaments, les soins à domicile et les soins de longue durée; 19. des programmes préconisant la prescription optimale et la prise en charge de la médication pour les personnes âgées soient élaborés et mis en œuvre; 20. des recherches soient menées en permanence pour déterminer les pratiques exemplaires de soin des personnes âgées et pour faire le suivi de l'impact des différentes interventions sur la santé et les coûts des soins de santé. Médecins actifs L'AMC recommande que : 21. de la formation continue, des guides de pratique clinique et des outils d'aide à la décision soient élaborés et diffusés régulièrement, afin d'aider les médecins à demeurer au courant des pratiques exemplaires en matière de soins des personnes âgées. c) Un environnement ami des aînés Un des principaux objectifs d'une politique sur les personnes âgées est de promouvoir leur autonomie dans leurs propres domiciles et collectivités, en évitant le plus longtemps possible le transfert coûteux dans un établissement de soins de longue durée. Pour aider les aînés à maintenir leur indépendance, il est important que les gouvernements et la société s'assurent que l'on prendra en compte les déterminants sociaux de la santé qui concernent les aînés lors de l'élaboration de politiques. Ils doivent entre autres veiller à ce que les soutiens suivants soient offerts aux Canadiens plus âgés : * Revenu adéquat. La pauvreté chez les personnes âgées a fortement chuté dans les années 1970 et 1980. En 2008, au Canada, 6 % des personnes âgées vivaient sous le seuil de faible revenu, contre près de 30 % en 1978. On note cependant une légère augmentation des niveaux de pauvreté depuis 2007, et il peut être nécessaire de se prémunir contre une tendance à la hausse à l'avenir (13). La hausse de l'âge minimum pour avoir droit à la pension de Sécurité de la vieillesse, comme cela a été proposé, peut avoir un effet très néfaste sur les personnes âgées à faible revenu, et rendre les médicaments d'ordonnance, les soins dentaires et autres services de santé nécessaires inabordables pour elles. * Possibilités d'emploi. Il a été recommandé d'encourager les personnes âgées à travailler au-delà de 65 ans comme solution pour réduire au minimum la saignée des régimes de retraite (14). Bon nombre de Canadiens plus âgés qui n'ont pas cotisé à des régimes de retraite d'employés peuvent devoir compter sur un revenu d'emploi pour survivre. Il peut toutefois être difficile pour eux de trouver un emploi si les employeurs ne sont pas prêts à embaucher des travailleurs plus âgés. * Logement. Au Canada, presque tous les aînés vivent dans leur propre maison, et moins de 10 % vivent dans des établissements de soins de longue durée. Des options pour vivre en autonomie s'offrent aux personnes âgées même si elles ont une incapacité et des besoins en soins de santé. Ces options sont : o un soutien à domicile pour des services tels que les emplettes et l'entretien de la maison; o des centres de vie assistée qui fournissent des logements pour personnes autonomes et des services de soutien tels que des soins infirmiers et des cafétérias, si le client le souhaite. * Environnement bâti ami des aînés. Pour permettre aux aînés de maintenir leur autonomie, l'Organisation mondiale de la Santé recommande, dans le cadre de son initiative " Villes-amies des aînés ", que leurs besoins soient pris en considération par ceux qui conçoivent et créent des communautés. Par exemple, les bâtiments comportent des rampes d'accès et des ascenseurs; les trottoirs ont une dénivellation douce aux passages pour piétons et sont assez larges pour les fauteuils roulants, et des transports en commun fréquents et accessibles sont fournis dans les quartiers où vit une forte concentration de personnes âgées. * Protection contre la maltraitance. La maltraitance peut prendre plusieurs formes : abus physiques ou psychologiques, abus d'ordre financier ou négligence. Souvent, l'abuseur est un membre de la famille, un ami ou une autre personne en position de confiance. Les chercheurs estiment qu'au Canada, 4 à 10 % des aînés sont victimes de violence ou de négligence, mais que seulement quelques cas sont signalés (15). L'AMC appuie les programmes de sensibilisation à la maltraitance, ainsi que les programmes d'intervention auprès des personnes âgées qui sont victimes de maltraitance, et auprès de leur abuseur. * Société sans discrimination. Les efforts visant à accroître les revenus et la sécurité d'emploi ainsi que les normes de soins de santé et de soutien communautaire pour les Canadiens plus âgés seront freinés si la population affiche généralement une attitude négative à l'égard des personnes âgées et les considère comme des citoyens de seconde classe. Une société amie des aînés respecte l'expérience, les connaissances et les capacités de ses membres plus âgés, et leur accorde la même valeur et la même dignité qu'elle accorde aux autres citoyens. Recommandations : Gouvernements et associations nationales L'AMC recommande que : 22. les gouvernements donnent aux aînés accès à un soutien du revenu suffisant; 23. les gouvernements consacrent une partie du financement de l'infrastructure nationale à fournir suffisamment de logements accessibles et abordables aux personnes âgées; 24. l'on offre aux Canadiens plus âgés des possibilités d'emploi intéressantes s'ils souhaitent travailler; 25. les collectivités prennent en considération les besoins et les limites potentielles des Canadiens âgés lors de la conception des bâtiments, des voies piétonnières, des systèmes de transport et d'autres aspects de l'environnement bâti. Planificateurs du système de santé L'AMC recommande que : 26. le système de santé offre une gamme de soins à domicile et de services de soutien social de qualité et adéquatement soutenus financièrement afin de permettre aux aînés de maintenir leur autonomie dans leur collectivité aussi longtemps que possible; 27. les médecins reçoivent des conseils et de l'enseignement sur les formes de soutien et les ressources communautaires optimales pour que les aînés demeurent indépendants et puissent continuer à vivre dans leur domicile. Médecins actifs L'AMC recommande que : 28. l'on fournisse des programmes de formation aux médecins et aux autres fournisseurs de soins pour leur permettre de reconnaître la maltraitance envers les aînés, et d'intervenir auprès des personnes victimes de maltraitance et de leur abuseur. 3. Conclusion : Le vieillissement n'est pas une maladie, mais une partie intégrante de la condition humaine. Afin de maximiser la santé et le mieux-être des Canadiens âgés et d'assurer leur capacité fonctionnelle et leur indépendance aussi longtemps que possible, l'AMC est d'avis que le système de santé, les gouvernements et la société doivent collaborer avec les Canadiens âgés en vue de promouvoir le vieillissement en santé, de fournir des soins de qualité axés sur le patient ainsi que des services de soutien, et de bâtir des collectivités qui valorisent les Canadiens de tous âges. 1 Agence de la santé publique du Canada. " Rapport annuel de l'état de la santé publique au Canada, 2010 ? Vieillir, ajouter de la vie aux années ". Disponible ici : http://www.ASPC-aspc.gc.ca/cphorsphc-respcacsp/2010/fr-rc/index-fra.php. 2 Statistique Canada : Un portrait des aînés au Canada (2008). Disponible ici : http://www.statcan.gc.ca/pub/89-519-x/89-519-x2006001-fra.htm. 3 Institut canadien d'information sur la santé. " Les personnes âgées et le système de santé : quelles sont les répercussions des multiples affections chroniques ? (janvier 2011). Disponible ici : https://secure.cihi.ca/free_products/air-chronic_disease_aib_fr.pdf. 4 Institut canadien d'information sur la santé. Tendances des dépenses nationales en santé, 1975 à 2010. Disponible ici : http://www.cihi.ca/cihi-ext-portal/internet/fr/document/spending+and+health+workforce/spending/release_28oct10. 5 ASPC 2010. 6 ASPC 2010. 7 ASPC 2010. 8 La Société pour les Troubles de l'Humeur du Canada. " Depression in Elderly " (Feuillet d'information). Disponible ici : http://www.mooddisorderscanada.ca/documents/Consumer%20and%20Family%20Support/Depression%20in%20Elderly%20edited%20Dec16%202010.pdf. 9 Institut canadien d'information sur la santé. Les soins de santé au Canada, 2011 : Regard sur les personnes âgées et le vieillissement. Disponible ici : https://secure.cihi.ca/free_products/HCIC_2011_seniors_report_fr.pdf. 10 ICIS 2011. 11 Comité sénatorial spécial sur le vieillissement. " Le vieillissement de la population, un phénomène à valoriser ". (avril 2009). Disponible ici : http://www.parl.gc.ca/Content/SEN/Committee/402/agei/rep/AgingFinalReport-f.pdf. 12 ICIS 2009. 13 ASPC 2010. 14 Ministère des Finances Canada. Répercussions économiques et budgétaires du vieillissement de la population canadienne. (octobre 2012). Disponible ici : http://www.fin.gc.ca/pub/eficap-rebvpc/report-rapport-fra.asp#Toc01. 15 ASPC 2010.
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Déclaration de l'AMC au sujet des traitements émergents

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique10352
Dernière révision
2018-03-03
Date
2010-08-26
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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Type de politique
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Dernière révision
2018-03-03
Date
2010-08-26
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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Déclaration de l'AMC au sujet des traitements émergents L'AMC est vivement conscience des souffrances déchirantes que vivent les patients atteints de sclérose en plaques (SP) et des répercussions dévastatrices de la maladie sur les familles, et nous reconnaissons que ces personnes cherchent désespérément des traitements pour soulager leurs symptômes. Les médecins et les chercheurs consacrent leur vie à la recherche de nouveaux traitements pour prévenir et atténuer la souffrance des patients tout en appuyant ceux et celles qui luttent contre la maladie. En même temps que les soins et la compassion des médecins, la recherche clinique est une arme décisive dans la bataille que nous menons pour gérer et traiter la maladie. L'AMC est d'avis que toute décision médicale doit se fonder sur des preuves scientifiques. Cette conviction est au cœur de notre engagement envers les soins axés sur les patients. L'AMC adhère au principe selon lequel il faut d'abord soumettre tout nouveau traitement à des tests rigoureux permettant de démontrer qu'il se fonde sur des données probantes, avant son adoption et son application par la profession médicale. Ce principe est extrêmement pertinent dans le cas des recommandations formulées récemment par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). L'AMC se range à l'avis des IRSC, soit qu'il faut adopter une démarche fondée sur les données probantes pour élaborer des essais cliniques sur l'affection récemment proposée et baptisée « insuffisance veineuse céphalorachidienne chronique » (IVCC). Nous osons espérer que les résultats des sept études en cours seront diffusés et analysés dès qu'ils deviendront disponibles, et que des essais d'interventions cliniques seront appuyés si les preuves vont en ce sens et si les chercheurs présentent des protocoles de recherche scientifiquement et éthiquement valides. Si d'autres organismes subventionnaires canadiens lancent des recherches cliniques dans ce domaine, nous encouragerions alors les IRSC à formuler des conseils si on leur en demande.
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ENSEMBLE DES TROUBLES CAUSÉS PAR L'ALCOOLISATION FŒTALE (MISE À JOUR 2009)

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique9489
Dernière révision
2017-03-04
Date
2009-05-31
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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Dernière révision
2017-03-04
Date
2009-05-31
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Le syndrome d'alcoolisme foetal (Mise à jour 2000)
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
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ENSEMBLE DES TROUBLES CAUSÉS PAR L'ALCOOLISATION FŒTALE (MISE À JOUR 2009) L'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (ETCAF) (syndrome d'alcoolisation fœtale) est une des principales causes de malformations congénitales et de handicaps du développement liés à l'environnement en Amérique du Nord. L'Association médicale canadienne (AMC) juge que le choix prudent pour les femmes qui sont enceintes ou pourraient le devenir consiste à s'abstenir de consommer de l'alcool, et elle encourage leur partenaire à les appuyer dans ce choix. L'AMC exhorte les gouvernements du Canada à légiférer pour exiger que les boissons alcoolisées vendues au Canada portent un avertissement au sujet des dangers que présente la consommation d'alcool au cours de la grossesse. L'AMC demande au gouvernement fédéral d'étudier le rôle que joue la publicité dans la promotion de la consommation de boissons alcoolisées et de revoir les politiques et les règlements en vigueur dans ce domaine. L'expression "ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (ETCAF)" est couramment utilisée pour décrire l'éventail des incapacités et des diagnostics découlant de la consommation d'alcool au cours de la grossesse. On estime que plus de 3000 bébés atteints de l'ETCAF naissent au Canada chaque année. Les personnes qui vivent avec l'ETCAF ont des problèmes de santé qui vont de bénins à très graves. Elles peuvent avoir des retards du développement, des problèmes intellectuels et des problèmes d'adaptation sociale comme les suivants : * anomalies du squelette comme des malformations du visage; * incapacités physiques comme des problèmes de reins et d'autres organes internes; * dépression ou trouble obsessif-compulsif; * difficulté à comprendre les conséquences de leurs actes. Ces incapacités sont permanentes et les personnes qui en sont atteintes peuvent avoir besoin d'aide durant toute leur vie. À cause des habitudes de consommation d'alcool des adolescents et des possibilités de consommation d'alcool chez les femmes en âge de procréer, le système de santé doit s'attaquer activement à la prévention de l'ETCAF. La consommation d'alcool peut aussi jouer un rôle important dans les grossesses imprévues et l'insuffisance des soins prénataux et postnataux. L'AMC appuie fermement toutes les activités qui encouragent la population canadienne à modérer sa consommation d'alcool. L'Association encourage le public à être conscient des enjeux reliés à la consommation d'alcool, et en particulier de ses effets indésirables sur le fœtus. Souhaitant continuer d'appuyer la réduction de la consommation d'alcool, l'AMC exhorte les gouvernements du Canada à légiférer pour exiger que les boissons alcoolisées vendues au Canada portent un avertissement au sujet des dangers que présente la consommation d'alcool au cours de la grossesse1. Les agences compétentes devraient adopter des règlements ou des politiques afin de veiller à ce que des avertissements sur les réactions indésirables entre l'alcool et à la fois les médicaments d'ordonnance et les médicaments en vente libre soient affichés en évidence ou distribués partout où l'on vend ou distribue de l'alcool et des médicaments2. L'AMC demande aussi au gouvernement fédéral d'étudier le rôle que joue la publicité dans la promotion de la consommation de boissons alcoolisées et de revoir les politiques et les règlements en vigueur dans ce domaine. Il est possible de prévenir les effets néfastes de la consommation d'alcool par les femmes enceintes. L'AMC juge que le choix prudent pour les femmes qui sont enceintes ou pourraient le devenir consiste à s'abstenir de consommer de l'alcool, et encourage leur partenaire à les appuyer dans ce choix. Les médecins doivent utiliser les méthodes appropriées pour dépister la consommation d'alcool chez leurs patients. Les médecins peuvent agir en chefs de file en éduquant et en conseillant les femmes, leur conjoint et les membres de leur famille au sujet des dangers que représente l'alcool pour le fœtus. L'AMC recommande aussi que les services de traitement de l'alcoolisme et des toxicomanies donnent priorité aux besoins des femmes enceintes qui recherchent de l'aide. 1 Résolution 91-28 du Conseil général. 2 Résolution 87-31 du Conseil général.
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Politique commune de L'Association médicale canadienne et de l'Association des psychiatres du Canada - Accès aux soins de santé mentale

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique11890
Date
2016-05-20
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Soin de santé et sécurité des patients
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Type de politique
Documents de politique
Date
2016-05-20
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Soin de santé et sécurité des patients
Text
Un Canadien sur cinq a un problème de santé mentale ou une maladie mentale au cours d’une année donnée. Chaque année, les maladies mentales coûtent au Canada plus de 50 milliards de dollars en soins de santé, perte de productivité et réduction de la qualité de vie liée à la santé. La mauvaise santé mentale coûte cher à la société : une personne aux prises avec une maladie mentale grave risque fort de connaître la pauvreté, l’itinérance et le chômage. En dépit de la prévalence généralisée des troubles mentaux, on estime que moins du tiers des personnes qui en sont atteintes chercheront à se faire traiter. Ceci est attribuable en grande partie à la stigmatisation que la société rattache aux maladies mentales et qui peut être une cause de discrimination en milieu de travail ou dans le système de santé. La prise de conscience des enjeux liés à la santé mentale a pris énormément d’ampleur au Canada au cours des dernières années. Il reste toutefois encore beaucoup à faire pour voir à ce que les Canadiens qui ont besoin de soins de santé mentale aient un accès opportun aux traitements et à l’appui dont ils ont besoin. L’Association médicale canadienne (AMC) et l’Association des psychiatres du Canada (APC) recommandent que toutes les parties prenantes et tous les ordres de gouvernement conjuguent leurs efforts pour créer un système de soins de santé mentale qui inclut les éléments suivants : 1. Des soins complets axés sur les patients et un traitement basé sur les données empiriques des troubles mentaux. Cet élément consiste notamment à resserrer la collaboration et le travail d’équipe entre les professionnels de la santé, les patients et les membres de leur famille, à fournir de la formation et des ressources à l’intention des professionnels de la santé et à appuyer la recherche continue visant à déterminer et à diffuser les meilleures pratiques cliniques. 2. Accès opportun aux services de santé mentale. Le système de santé devrait garantir une offre, une distribution et une composition appropriées de professionnels agréés en santé mentale, garantir une couverture équitable de soins et de traitements essentiels en santé mentale et fournir des services appropriés aux groupes qui ont des besoins particuliers, comme les enfants et les Canadiens âgés. 3. Moyens de soutien adéquats dans la communauté, comme dans les écoles et les milieux de travail, par exemple, afin de promouvoir la santé mentale, de repérer rapidement les problèmes de santé mentale et d’aider les personnes vivant avec une maladie mentale pendant qu’elles cherchent à fonctionner de façon optimale. 4. Réduction de la stigmatisation et de la discrimination auxquelles font face les Canadiens aux prises avec des troubles de santé mentale dans le système de santé et dans la société. Résumé des recommandations Soins complets axés sur les patients et traitements basés sur les données empiriques Gouvernements et systèmes de santé 1. Créer et appuyer un continuum de services axés sur les patients et basés sur les données empiriques pour promouvoir la santé mentale et le traitement des maladies mentales dans la communauté et les hôpitaux tout en assurant des transitions et des liens transparents entre chaque niveau. 2. Créer et appliquer dans la communauté des modèles de soins de santé mentale concertés avec l’apport de parties prenantes clés comme le grand public, les patients et les membres de leur famille, en évaluer l’efficacité et encourager l’adoption des modèles qui connaissent du succès. 3. Créer et appliquer une stratégie nationale sur les aidants naturels et étendre les programmes d’aide financière et affective actuellement offerts aux aidants naturels. 4. Continuer de créer, d’appliquer et de suivre des indicateurs de la santé mentale qui reflètent à la fois le rendement du système de santé et la santé de la population, produire des rapports périodiques des résultats au grand public et les utiliser pour améliorer la prestation de services de santé mentale au Canada. 5. Augmenter le financement affecté à la recherche en santé mentale pour le rendre proportionnel au fardeau que les maladies mentales imposent au système de santé du Canada. Facultés de médecine, associations professionnelles et systèmes de santé 6. Continuer d’élaborer des lignes directrices basées sur les données empiriques et des programmes de développement professionnel portant sur le traitement et la prise en charge de la santé mentale qui s’adressent à tous les fournisseurs de soins de santé. 7. Continuer d’effectuer des recherches sur les pratiques exemplaires en soins de santé mentale et en traitement des maladies mentales, et en communiquer rapidement les résultats aux fournisseurs de soins de santé et au grand public. Prestation et financement appropriés de services de santé mentale Gouvernements et systèmes de santé Combler les lacunes actuelles de l’accès aux services de santé mentale des façons suivantes : 8. Voir à ce que les services de santé mentale disposent d’un financement approprié pour répondre efficacement aux besoins des Canadiens. 9. Faire de la santé mentale une priorité pour tous les ordres de gouvernement et garantir un financement stable et approprié. 10. Établir des normes sur l’accès aux services de santé mentale, y compris des temps d’attente maximaux appropriés, les mesurer et en faire rapport continuellement. 11. Financer et appuyer des modèles de prestation des soins de santé primaires qui incluent la promotion de la santé mentale et le traitement des maladies mentales dans les services fournis, circonscrivent les obstacles à leur mise en œuvre et cherchent à les faire disparaître. 12. Augmenter le financement affecté à l’accès aux psychothérapies et aux services de conseils basés sur les données empiriques des troubles mentaux. 13. Établir un programme d’assurance complète des médicaments d’ordonnance afin de voir à ce que tous les Canadiens aient accès à des pharmacothérapies médicalement nécessaires. 14. Continuer d’établir des liens entre les communautés éloignées et les centres de santé plus importants, y compris les services de télésanté et de cybersanté, afin de garantir un accès adéquat aux services de santé mentale pour les populations des petites communautés. Associations de professionnels de la santé 15. Collaborer avec les gouvernements et d’autres parties prenantes pour établir un plan de gestion des ressources humaines de la santé mentale qui optimise le champ d’exercice de chaque professionnel de la santé, est culturellement adapté et tient compte de la géographie variée du Canada. 16. Lancer une étude nationale portant sur des façons d’optimiser l’offre, la composition et la répartition des psychiatres au Canada et en présenter les constatations et les recommandations aux gouvernements. Moyens de soutien communautaires adéquats en dehors du secteur de la santé Gouvernements 17. Garantir la disponibilité de programmes scolaires de promotion de la santé mentale et de prévention des maladies mentales, ainsi que de programmes qui traitent des problèmes scolaires associés à la détresse psychologique, comme l’intimidation. 18. Collaborer avec des employeurs et d’autres parties prenantes afin d’appuyer les programmes de santé mentale en milieu de travail. 19. Fournir des programmes et des services pour améliorer le point de contact entre les personnes vivant avec une maladie mentale et le système de justice pénale. 20. Étendre les programmes qui fournissent des logements aux personnes vivant avec une maladie mentale. Réduction de la stigmatisation et de la discrimination Gouvernements et système de santé 21. Intégrer l’identification et l’élimination de la stigmatisation aux indicateurs de la qualité des soins dans le contexte de la surveillance continue du rendement du système de santé à tous les échelons. 22. Mettre en œuvre et évaluer des stratégies nationales de sensibilisation et d’éducation du grand public afin de contrer la stigmatisation associée à la santé mentale. 23. Appliquer des lois et des règlements visant à protéger de la discrimination les personnes vivant avec une maladie mentale. Formation des professionnels 24. Intégrer une formation antistigmatisation efficace dans tout le continuum de la formation en médecine (faculté de médecine, résidence et développement professionnel continu) à l’intention de tous les médecins et les autres professionnels de la santé. 25. Intégrer une formation antistigmatisation efficace dans les programmes de développement professionnel offerts aux hôpitaux et à d’autres établissements de santé. Introduction Les troubles de santé mentale imposent un lourd fardeau à la population canadienne et à son système de santé. Au cours de n’importe quelle année, un Canadien sur cinq aura un problème de santé mentale ou une maladie mentale . On calcule que de 10 à 20 % des jeunes Canadiens ont un trouble mental. À 40 ans, 50 % des Canadiens auront été aux prises avec une maladie mentale . Les maladies mentales peuvent raccourcir l’espérance de vie : par exemple, les personnes atteintes de schizophrénie meurent jusqu’à 20 ans plus jeunes que la moyenne de la population. Cet écart est attribuable à la fois aux taux plus élevés de suicide et de toxicomanie et à un pronostic plus sombre de problèmes comme les cardiopathies, le diabète et le cancer. Le suicide est la deuxième cause en importance de décès (après les traumatismes) chez les Canadiens de 15 à 34 ans . Pour les personnes aux prises avec des troubles mentaux, l’effet qui en découle sur leur vie dépasse leurs contacts avec le système de santé : une personne vivant avec une maladie mentale grave risque beaucoup de connaître la pauvreté, l’itinérance ou le chômage . Les troubles mentaux coûtent cher au système de santé du Canada et à son économie. Le tiers des hospitalisations au Canada et 25 % des visites aux services d’urgence sont attribuables à des troubles mentaux. On calcule que les maladies mentales coûtent au Canada plus de 50 milliards de dollars par année, ce qui inclut les coûts des soins de santé, la perte de productivité et les diminutions de la qualité de vie liées à la santé . En dépit de la prévalence généralisée des troubles mentaux, on estime que du quart au tiers seulement des personnes qui en sont victimes chercheront à se faire traiter . Ce phénomène pourrait être attribuable en partie à la stigmatisation que la société rattache aux maladies mentales et qui empêche beaucoup de personnes de chercher à obtenir le traitement dont elles ont besoin parce qu’elles craignent l’ostracisme de leurs amis ou la discrimination au travail ou dans le système de santé. Les personnes qui cherchent à se faire traiter peuvent avoir de la difficulté à trouver les traitements dont elles ont besoin. Selon Statistique Canada, en 2012, presque le tiers des Canadiens qui ont cherché à obtenir des soins de santé mentale ont déclaré que l’on n’avait pas répondu à leurs besoins ou qu’on l’avait fait en partie seulement . Le manque d’accès aux médecins de famille, aux psychiatres et à d’autres fournisseurs de soins de santé contribue à cette lacune. Même si les maladies mentales constituent plus de 15 % du fardeau morbide au Canada, le pays consacre aux maladies mentales environ 7 % seulement de l’enveloppe budgétaire de la santé publique, ce qui n’atteint pas les 10 % à 11 % des dépenses que des pays comme la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni y affectent4. Depuis 2000, les Canadiens sont toutefois beaucoup plus sensibilisés aux problèmes de santé mentale. Dans son rapport charnière de 2006 intitulé De l’ombre à la lumière, le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie présidé par le sénateur Michael Kirby a présenté des recommandations visant à faire mieux connaître les maladies mentales, à améliorer l’accès aux services de santé mentale et à atténuer la stigmatisation rattachée aux maladies mentales. À la suite de ce rapport, le gouvernement fédéral a mis sur pied, en 2007, la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), qu’il a chargée de catalyser l’amélioration du système de santé mentale et de faire changer les attitudes et les comportements de la population canadienne au sujet des questions de santé mentale . En 2012, la CSMC a dévoilé la première stratégie du Canada sur la santé mentale, « Changer les orientations, changer des vies ». Dans le contexte du mandat qu’elle a reçu du premier ministre après les élections fédérales de 2015, la ministre de la Santé du Canada doit « faire participer les provinces et les territoires à la préparation d’un nouvel accord pluriannuel sur la santé [qui accroîtra] l’accessibilité des services de santé mentale de haute qualité aux Canadiens qui en ont besoin » . Presque tous les gouvernements provinciaux ont aussi élaboré une stratégie sur la santé mentale pour leur propre niveau de compétence. Il reste encore beaucoup à faire pour traduire une sensibilisation accrue en améliorations de la prestation de services permettant de donner aux Canadiens qui ont besoin de soins de santé mentale un accès rapide aux traitements axés sur les patients et basés sur les données empiriques, ainsi qu’au soutien, dont ils ont besoin. L’Association médicale canadienne (AMC) et l’Association des psychiatres du Canada (APC) conviennent qu’il est temps que le Canada attache une grande priorité à la santé mentale. L’AMC et l’APC recommandent que toutes les parties prenantes et tous les ordres de gouvernement conjuguent leurs efforts pour établir un système de soins de santé mentale mû par des plans basés sur les besoins, comportant des paramètres de rendement clairs et qui reçoit un pourcentage approprié de l’enveloppe budgétaire de la santé. Le présent énoncé de position traite d’une discussion et des recommandations sur des enjeux liés à l’accès aux soins de santé mentale et portant avant tout sur :
des soins complets axés sur des patients et un traitement basé sur les données empiriques des troubles mentaux;
des services communautaires, spécialisés et primaires de traitement et de soutien en santé mentale disposant d’un financement approprié;
des moyens de soutien communautaires adéquats pour les personnes aux prises avec des troubles mentaux;
une réduction de la stigmatisation et de la discrimination auxquelles font face les Canadiens qui ont des troubles mentaux. Soins complets axés sur les patients et traitement basé sur les données empiriques Au Canada, les soins de santé mentale devraient viser à répondre aux besoins des patients de la façon la plus appropriée, opportune et rentable possible. Selon la pratique exemplaire de l’heure, le soin des patients qui ont des troubles mentaux devrait reposer sur des modèles qui comportent les principes suivants. Soins axés sur les patients Un des principes fondamentaux des soins de santé, c’est qu’ils doivent être axés sur les patients. L’AMC définit ainsi les soins axés sur les patients : « accès transparent au continuum des soins, en temps opportun… en tenant compte des besoins et des préférences du patient et des membres de sa famille, et traite le patient avec respect et dignité » . Pour le traitement des troubles mentaux, il est essentiel que les patients soient des membres principaux de l’équipe de santé et collaborent avec les fournisseurs de soins de santé pour qu’il soit tenu compte de leurs besoins, préférences et aspirations propres et pour qu’ils cherchent leur voie personnelle vers le mieux-être. Les médecins et les autres professionnels de la santé peuvent aider les patients à faire des choix au sujet de leur traitement et peuvent fournir de l’information et de l’aide aux patients et aux membres de leur famille qui cherchent à s’adapter aux effets de leur maladie et à mener une vie fonctionnelle . Un continuum de services de santé mentale Les troubles mentaux peuvent être complexes et leur gravité peut varier. Un patient peut avoir des difficultés d’adaptation de courte durée qu’il est possible de régler par des conseils, ou une psychose grave qui nécessite des hospitalisations fréquentes et un soutien intensif toute la vie. À cause de cet éventail de besoins, le système de santé doit fournir différents niveaux de soin, notamment :
des programmes communautaires visant à promouvoir et maintenir la santé mentale et à aider à repérer rapidement les problèmes nécessitant une intervention;
des soins de santé primaires communautaires, y compris des équipes de soin en collaboration, qui visent avant tout à fournir des programmes de maintien de la santé mentale et à traiter des problèmes très prévalents comme les troubles anxieux, les troubles de l’humeur et les toxicomanies;
des services spécialisés offerts dans la communauté aux patients dont les besoins sont plus importants, qu’il est possible de fournir par toutes sortes de moyens, y compris des psychiatres communautaires, des équipes interdisciplinaires de santé familiale qui comprennent des services psychiatriques et des équipes interdisciplinaires spécialisées comme les équipes qui offrent un suivi intensif dans la communauté (SIC) ;
des services de soins actifs en santé mentale, y compris des équipes d’intervention en cas de crise et des lits communautaires, des services d’urgence en psychiatrie et des lits en service interne dans des hôpitaux communautaires, sans oublier des hôpitaux psychiatriques spécialisés;
un continuum de services de soin en établissement, y compris des établissements de soins de longue durée;
des transferts intégrés et transparents d’un niveau de soin à un autre et entre les groupes d’âge (p. ex., services de santé mentale aux jeunes, aux adultes et aux aînés);
des services appropriés pour des groupes spéciaux, y compris les enfants et les adolescents, ainsi que les adultes atteints de démence;
des services psychiatriques spécialisés à l’intention des patients qui ont des maladies mentales complexes comme des troubles de l’alimentation, un trouble de stress post-traumatiques et des troubles de la personnalité;
des programmes communautaires qui fournissent des services de logement, d’appui professionnel, ainsi que d’autres services afin d’optimiser l’intégration dans la communauté des personnes vivant avec une maladie mentale. Idéalement, les soins de santé mentale devraient être fournis dans le contexte du soin de l’état de santé global du patient et tenir compte de tout problème physique pour lequel il reçoit ou peut recevoir des traitements. Soins de santé mentale en équipe et en collaboration Dans ce continuum, tout un éventail de professionnels de la santé dotés de compétences spécialisées et de formations différentes fournit des services de santé mentale au Canada. Ces professionnels sont les suivants, notamment :
médecins de premier recours (médecins de famille et omnipraticiens);
psychiatres (en milieux hospitalier et communautaire);
autres médecins spécialistes (y compris urgentologues, pédiatres, gériatres);
autres professionnels de la santé (en psychologie, soins infirmiers, pharmacie, ergothérapie, travail social);
gestionnaires de cas, intervenants de soutien des pairs et intervenants pivots. Les modèles axés sur la collaboration permettent à tout un éventail de fournisseurs de soins de santé mentale de travailler avec des patients et les membres de leur famille pour fournir des soins coordonnés et efficaces suivant un plan convenu entre les deux parties. Les partenariats axés sur la collaboration en soins de santé mentale ont fait leurs preuves sur les plans, notamment, de l’amélioration des symptômes et des fonctions, d’une réduction du nombre de jours d’incapacité et de l’amélioration de l’observance de la médication . Un partenariat fructueux axé sur la collaboration comprend les éléments suivants, notamment :
liens efficaces entre psychiatres, fournisseurs de soins primaires et autres professionnels de la santé mentale, y compris un processus transparent de consultation et d’orientation du patient;
communication et circulation de l’information efficaces;
utilisation de technologies comme les dossiers de santé électroniques et la télémédecine pour faciliter la collaboration avec les fournisseurs dans tous les contextes de soins de santé;
coordination des plans de soins et des activités cliniques afin de garantir les soins les plus efficaces et l’utilisation la plus efficiente des ressources;
intégration des fournisseurs de soins de santé mentale et de soins primaires en un seul service ou une seule équipe (dans certains cas, les fournisseurs peuvent œuvrer dans le même contexte de pratique)13. Formation et ressources à l’intention des professionnels de la santé Étant donné l’omniprésence des troubles mentaux qui sont souvent associés à d’autres problèmes chroniques comme les cardiopathies , les fournisseurs de soins de santé de toutes les disciplines et les spécialités les voient souvent lorsqu’ils traitent leurs patients. Dans le rapport intitulé Compétences fondamentales en santé mentale pour les médecins produit en collaboration par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, la CSMC, le Collège des médecins de famille du Canada, l’AMC et l’APC, les auteurs proposent des buts, des principes et des compétences de base en santé mentale afin d’orienter les médecins de toutes les spécialités. On veut ainsi améliorer l’accès aux services de santé mentale, améliorer l’expérience des soins, et notamment atténuer la stigmatisation, reconnaître l’interdépendance entre la santé physique et la santé mentale et en tenir compte, et appuyer les médecins dans l’exercice de leur profession . Afin d’aider les médecins et d’autres fournisseurs de soins de santé à traiter les troubles mentaux, il faudrait mettre à leur disposition des ressources cliniques et pratiques, et notamment les suivantes :
formation au début des études en médecine et au cours de la résidence portant sur la promotion de la santé mentale, le diagnostic et le traitement des problèmes de santé mentale, la liaison avec d’autres ressources communautaires, à l’intention de toutes les spécialités;
outils de pratique clinique, y compris guides de pratique, cheminements cliniques et outils en ligne d’aide à la prise de décision, ce qui inclut des guides d’établissement d’ordonnances portant sur l’utilisation appropriée des médicaments utilisés en psychiatrie;
programmes en ligne de développement professionnel continu (DPC) ;
amélioration de la formation interprofessionnelle à l’intention de tous les fournisseurs (psychiatres, médecins de famille, infirmières, travailleurs sociaux, ergothérapeutes, intervenants de soutien des pairs, patients, membres de leur famille et autres personnes pertinentes) ;
outils de formation et de soutien conviviaux et factuels à l’intention des patients que les médecins peuvent recommander pour les aider à gérer leur état. Soutien pour les aidants naturels Souvent, le fardeau que représente le soin d’une personne atteinte d’une maladie mentale repose lourdement sur des membres de sa famille ou des amis et le rôle de l’aidant naturel peut être exigeant sur les plans financier, physique ou affectif. Même si les gouvernements ont créé des crédits d’impôt ou d’autres formes de soutien à l’intention des aidants naturels, il faut les aider davantage. Une stratégie nationale sur les aidants naturels élaborée par les gouvernements et d’autres parties prenantes clés pourrait définir une norme nationale de soutien des aidants naturels et élargir les programmes d’aide financière et affective actuellement offerts . Recherche et évaluation Grâce aux recherches qui se poursuivent, nos connaissances de la façon de traiter et de gérer les troubles mentaux augmentent et progressent constamment. Ces connaissances comportent toutefois encore des lacunes et les besoins en recherche dans ce domaine demeurent importants. L’AMC et l’APC encouragent un engagement soutenu envers la recherche sur les pratiques exemplaires et la détermination, le soin et le traitement rapides des troubles de santé mentale, ainsi qu’envers le financement de ces recherches de manière à le rendre proportionnel au fardeau que les maladies mentales imposent au système de santé du Canada. Il faudrait faire connaître les résultats de ces recherches aux professionnels de la santé et au grand public aussi rapidement et généralement que possible afin de pouvoir les intégrer rapidement dans la pratique clinique. Il faudrait aussi évaluer de façon routinière l’efficacité des interventions en soins de santé mentale lorsqu’il s’agit d’améliorer le soin des patients, de favoriser la durabilité du système de santé et d’améliorer l’état général de la santé et du mieux-être de la population canadienne. La CSMC a créé une série de 63 indicateurs de la santé mentale qui portent avant tout sur 13 aspects particuliers, y compris l’accès et le traitement, l’économie et le milieu de travail, sans oublier les groupes spéciaux comme les aînés, les enfants et les adolescents . D’autres projets en cours visent à créer des indicateurs permettant de suivre le rendement du système de santé mentale et d’en faire rapport de façon plus spécifique, comme le recours aux services d’urgence en soins de santé mentale et le suivi par les médecins après un traitement à l’hôpital. Ces indicateurs devraient servir couramment à suivre le rendement du système de soins de santé mentale et à fournir aux professionnels de la santé mentale, aux planificateurs et aux gouvernements de l’information fiable qu’ils peuvent utiliser afin de mieux répondre aux besoins de la population canadienne. Recommandations Gouvernements et systèmes de santé 1. Créer et appuyer un continuum de services basés sur les données empiriques et axés sur les patients pour promouvoir la santé mentale et le traitement des maladies mentales dans la communauté et les hôpitaux tout en assurant des transitions et des liens transparents entre chaque niveau. 2. Créer et appliquer dans la communauté des modèles de soins de santé mentale concertés avec l’apport de parties prenantes clés comme le grand public, les patients et les membres de leur famille, en évaluer l’efficacité et encourager l’adoption des modèles qui connaissent du succès. 3. Créer et appliquer une stratégie nationale sur les aidants naturels et étendre les programmes d’aide financière et affective actuellement offerts aux aidants naturels. 4. Continuer de créer, d’appliquer et de suivre des indicateurs de la santé mentale qui reflètent à la fois le rendement du système de santé et la santé de la population, produire des rapports périodiques des résultats au grand public et les utiliser pour améliorer la prestation de services de santé mentale au Canada. 5. Augmenter le financement affecté à la recherche en santé mentale pour le rendre proportionnel au fardeau que les maladies mentales imposent au système de santé du Canada. Facultés de médecine, associations professionnelles et systèmes de santé 6. Continuer d’élaborer des lignes directrices basées sur les données empiriques et des programmes de développement professionnel portant sur le traitement et la prise en charge de la santé mentale qui s’adressent à tous les fournisseurs de soins de santé. 7. Continuer d’effectuer des recherches sur les pratiques exemplaires en soins de santé mentale et en traitement des maladies mentales, et en communiquer rapidement les résultats aux fournisseurs de soins de santé et au grand public. Prestation et financement appropriés de services de santé mentale Pour qu’il y ait prestation appropriée de services de santé mentale, il faut que les gens puissent avoir accès aux bons soins au bon endroit au bon moment, en milieux tant hospitalier que communautaire. Malheureusement, lorsque le système de soins de santé mentale ne dispose pas d’un financement suffisant, des ressources limitées sont mises à la disposition de tous ceux qui ont besoin de ces services. L’ampleur exacte du manque d’accès aux services hospitaliers et communautaires de soins de santé mentale n’est pas bien documentée. Par exemple, les provinces ne feront pas état des temps d’attente pour avoir accès aux services de psychiatrie. Selon le rapport 2015 de l’Alliance sur les temps d’attente, aucune administration ne mesure le pourcentage des patients qui peuvent consulter en deçà des délais repères . En décembre 2015, l’APC était déçue de constater qu’aucun progrès visible n’a été réalisé dans la façon de mesurer et de déterminer dans quelle mesure le système de santé répond bien aux besoins psychiatriques de la population canadienne . À cause de l’absence de services communautaires, il se peut que des patients aient dû attendre pour obtenir leur congé de l’hôpital. Une fois de retour dans la communauté, il se peut qu’ils soient incapables de trouver l’aide appropriée ou que de l’aide soit disponible, mais échappe à leurs moyens financiers. Ils peuvent laisser tomber le traitement ou compter sur les services d’urgence pour recevoir des soins épisodiques en période de crise4. Le Canada devrait chercher à corriger les lacunes actuelles de l’accès aux services de santé mentale afin que les personnes aux prises avec des troubles mentaux aient rapidement accès à des soins transparents et complets fournis dans le contexte le plus approprié. À cette fin, il faut notamment garantir l’offre, la répartition et la composition appropriées de l’effectif de professionnels agréés en santé mentale, assurer la couverture équitable des services de santé essentiels et mettre des services et des moyens de soutien appropriés à la disposition des groupes qui ont des besoins particuliers. Accès aux services médicaux Soins primaires Pour la majorité des patients qui veulent se faire traiter pour un problème de santé mentale, le médecin de premier recours constitue le premier (et souvent le seul) point de contact. Dans le contexte des soins complets qu’ils fournissent aux patients, les médecins de famille et les omnipraticiens peuvent leur donner des conseils en promotion de la santé mentale et du mieux-être, détecter et traiter les troubles mentaux au début, suivre les progrès réalisés par le patient dans le contexte de son état général de santé et de mieux-être et le diriger au besoin vers des psychiatres et d’autres professionnels de la santé mentale13. L’AMC recommande depuis longtemps que chaque Canadien ait une relation professionnelle établie avec un médecin de famille qui connaît bien son état, ses besoins et ses préférences. Il se peut toutefois que des Canadiens aient de la difficulté à trouver des soins médicaux primaires puisque le pourcentage des médecins de famille et des omnipraticiens par rapport à la population n’est pas uniforme au Canada . Toutes les parties prenantes devraient poursuivre leurs efforts pour veiller à ce que tous les Canadiens aient accès à des soins médicaux complets au premier point de contact. Services psychiatriques Les psychiatres sont des médecins qui font de cinq à sept ans de spécialisation et de surspécialisation pour diagnostiquer des maladies mentales, les traiter et fournir des soins continus aux personnes qui en sont atteintes, en particulier celles qui ont des maladies complexes et impossibles à prendre en charge en contexte de soins primaires seulement. Sans compter qu’ils fournissent des traitements spécialisés, les psychiatres sont aussi actifs dans les domaines de l’éducation, de la recherche ou de la représentation en ce qui concerne l’importance de la promotion de la santé mentale et de la prévention des maladies mentales. Ils fournissent des soins durant toute la vie, en contextes tant hospitalier que communautaire. Les longues attentes limitent souvent, pour les patients, l’accès aux psychiatres. On a indiqué que cette attente est attribuable à une pénurie de psychiatres qui est plus grave dans certaines régions du Canada que dans d’autres. Des sondages récents indiquent que des spécialistes, y compris des psychiatres, sont en deuxième moitié de carrière et l’on craint que le nombre de psychiatres par habitant du Canada ne soit à la baisse . Même si le Collège royal signale que le nombre de postes de résidence en psychiatrie a augmenté au cours des dernières années, on ne sait pas trop si cette augmentation suffit pour répondre aux besoins actuels et futurs de la population. L’APC recommande d’élaborer des stratégies afin d’attirer, de former et de maintenir en poste des professionnels en psychiatrie clinique . Accès aux services non financés par les systèmes de santé des provinces et des territoires Même si le système public de soins de santé du Canada couvre beaucoup de services et de traitements en santé mentale, y compris les consultations de médecins et les soins en milieu hospitalier, il ne couvre pas tous les aspects du traitement et des soins optimaux et il se peut que la capacité de payer du patient limite l’accès à certains traitements. Les médicaments utilisés en psychiatrie, et en particulier ceux qu’il faut prendre pendant des années, peuvent imposer un lourd fardeau financier aux patients qui n’ont pas d’assurance-médicaments dans le cadre de programmes d’assurance d’employeur ou des régimes d’assurance médicaments des provinces ou des territoires. Les régimes publics d’assurance maladie ne couvrent généralement pas les psychothérapies fournies par des professionnels de la santé non-médecins et c’est pourquoi il faut dans la plupart des cas les payer directement ou par l’entremise de régimes privés d’assurance auxquels beaucoup de Canadiens n’ont pas accès. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux devraient s’efforcer d’accroître l’accès aux services de psychologues et de conseillers agréés qui reposent sur des données probantes et fournir à tous les Canadiens une couverture compète des médicaments d’ordonnance médicalement nécessaires. Des pratiques de soins de santé primaires, comme les équipes Santé familiale en Ontario, disposent d’enveloppes budgétaires qu’elles peuvent utiliser pour passer avec des professionnels de la santé mentale qualifiés des contrats de prestation de programmes de psychothérapie et de gestion du stress, ainsi que d’autres services que les enveloppes de la santé des provinces ne paient habituellement pas. De tels modèles aident à mettre des soins de santé mentale financés par le secteur public à la disposition de patients qui, autrement, pourraient ne pas avoir les moyens de les payer. Accès aux services de santé mentale pour des groupes spéciaux L’accès aux services de santé mentale peut être particulièrement problématique pour certains groupes. Par exemple, les parties prenantes devraient tenir compte des besoins des groupes suivants :
Enfants et adolescents : Comme jusqu’à 70 % des problèmes de santé mentale font leur apparition pour la première fois chez les adolescents ou les jeunes adultes, il importe que les jeunes aient accès à des services de promotion de la santé mentale, ainsi qu’à des services appropriés d’évaluation et de traitement des troubles mentaux. À l’heure actuelle, un enfant sur quatre seulement qui a besoin de services de santé mentale en bénéficie1,3. L’AMC et l’APC recommandent particulièrement d’accroître les moyens de soutien aux enfants qui se retrouvent en situation à haut risque comme ceux qui vivent en famille d’accueil. Le passage du secteur des services de santé mentale aux jeunes à celui des services aux adultes devrait être transparent et bien organisé.
Régions éloignées : Il se peut que les habitants du Nord et d’autres régions éloignées du Canada doivent parcourir de grandes distances pour avoir accès à des services de santé mentale et à d’autres soins de santé. Il faudrait corriger cet écart en utilisant des technologies comme la télésanté et les services de cybersanté mentale et en resserrant la communication et la coordination entre les petites communautés et les grands centres de santé où leurs habitants doivent se rendre pour obtenir des soins.
Immigrants et réfugiés : Il se peut que les nouveaux arrivants au Canada aient de la difficulté à comprendre notre langue et notre culture et qu’ils vivent aussi avec des problèmes de santé mentale à la suite d’expériences traumatisantes vécues dans leur pays d’origine ou du stress causé par leur réinstallation.
Peuples autochtones : Les taux de troubles mentaux, de toxicomanie et de suicide sont élevés chez les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis du Canada. Une grande partie du problème découle de l’expérience passée de leur séparation forcée de leur langue et de leur culture traditionnelles. Les fournisseurs de services de santé devraient collaborer avec les communautés autochtones pour répondre dûment à leurs besoins distincts en santé mentale.
Aînés : On calcule que de 10 % à 15 % des aînés déclarent vivre avec une dépression et le taux est plus élevé chez ceux qui ont aussi des maladies physiques et chez les bénéficiaires d’établissements de soins de longue durée. Il se peut que la dépression chez les personnes âgées soit sous-reconnue et sous-traitée, ou considérée comme une conséquence normale du vieillissement. On établit souvent un lien entre un mauvais état de santé mentale et l’isolement social, problème courant chez les aînés. La majorité des adultes âgés en contexte de soins de longue durée vivent avec une démence ou un autre problème de santé mentale. Recommandations Gouvernements et systèmes de santé Combler les lacunes actuelles de l’accès aux services de santé mentale des façons suivantes : 8. Voir à ce que les services de santé mentale disposent d’un financement approprié pour répondre efficacement aux besoins des Canadiens. 9. Faire de la santé mentale une priorité pour tous les ordres de gouvernement et garantir un financement stable et approprié. 10. Établir des normes sur l’accès aux services de santé mentale, y compris des temps d’attente maximaux appropriés, les mesurer et en faire rapport continuellement. 11. Financer et appuyer des modèles de prestation des soins de santé primaires qui incluent la promotion de la santé mentale et le traitement des maladies mentales dans les services fournis, circonscrivent les obstacles à leur mise en œuvre et cherchent à les faire disparaître. 12. Augmenter le financement affecté à l’accès aux psychothérapies et aux services de conseils basés sur les données empiriques des troubles mentaux. 13. Établir un programme d’assurance complète des médicaments d’ordonnance afin de voir à ce que tous les Canadiens aient accès à des pharmacothérapies médicalement nécessaires. 14. Continuer d’établir des liens entre les communautés éloignées et les centres de santé plus importants, y compris les services de télésanté et de cybersanté, afin de garantir un accès adéquat aux services de santé mentale pour les populations des petites communautés. Associations de professionnels de la santé 15. Collaborer avec les gouvernements et d’autres parties prenantes pour établir un plan de gestion des ressources humaines de la santé mentale qui optimise le champ d’exercice de chaque professionnel de la santé, est culturellement adapté et tient compte de la géographie variée du Canada. 16. Lancer une étude nationale portant sur des façons d’optimiser l’offre, la composition et la répartition des psychiatres au Canada et en présenter les constatations et les recommandations aux gouvernements. Moyens de soutien communautaires adéquats en dehors du secteur de la santé Pour fonctionner de façon optimale, les personnes qui ont des troubles mentaux ont souvent besoin non seulement de traitements et de soins du secteur de la santé, mais aussi du soutien de la communauté en général. Idéalement, la communauté devrait fournir un environnement de soutien aux patients pendant qu’ils cherchent à se rétablir et à retrouver le mieux-être. Les écoles, les milieux de travail et d’autres organismes communautaires peuvent en outre jouer un rôle important en faisant la promotion de la santé mentale et en cernant les problèmes auxquels il faut s’attaquer. Écoles Il faudrait offrir de la formation et de l’information aux parents, aux enseignants et aux professionnels de la santé afin de les aider à déterminer les signes de maladie mentale ou de détresse chez les enfants et les adolescents pour pouvoir intervenir rapidement et de la bonne façon. Les programmes scolaires d’éducation sur la santé devraient inclure la promotion de la santé mentale et des techniques d’autoprise en charge comme la formation sur la pleine conscience afin d’aider les jeunes à acquérir de la résilience. Les écoles devraient aussi réduire au minimum les menaces possibles à la santé mentale des enfants, comme l’intimidation, qui peuvent se produire en milieu scolaire. Milieux de travail Contrairement à beaucoup d’autres problèmes chroniques, la maladie mentale touche souvent les personnes plus jeunes et celles qui sont dans leurs années les plus productives, et c’est pourquoi le fardeau qu’elles imposent à l’économie du Canada est lourd. Les troubles mentaux sont à l’origine de 30 % des demandes d’indemnités de courte durée du milieu de travail1et le Conference Board du Canada a calculé que six troubles courants de santé mentale coûtent à l’économie nationale plus de 21 milliards de dollars par année. Il prévoit aussi que ce coût grimpera à 30 milliards d’ici à 2030 . Il arrive souvent toutefois que des employés ne dévoilent pas leurs problèmes de santé mentale à leur employeur par crainte de perdre leur emploi, d’être victime d’ostracisme de la part de leurs collègues, ou par crainte d’autres conséquences négatives. Les milieux de travail peuvent appuyer la santé mentale de leurs employés en :
offrant de l’aide à la promotion de la santé mentale sous forme de séminaires de gestion du stress, de programmes d’aide aux employés et d’autres programmes;
donnant aux gestionnaires la formation nécessaire pour déterminer les problèmes éventuels de santé mentale chez les membres de leur personnel et intervenir rapidement et de la bonne façon;
faisant disparaître la stigmatisation et la discrimination et fournissant un environnement où les employés se sentent en sécurité de dévoiler leurs problèmes de santé mentale;
offrant des avantages sociaux adéquats, y compris de l’assurance-maladie complémentaire et des programmes de congés de soutien. La norme de la CSMC sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail dévoilée en 2013 donne aux employeurs des conseils sur la façon de promouvoir la santé mentale chez les membres de leur personnel et d’intervenir dans les cas de détresse psychologique . Services correctionnels Les personnes vivant avec une maladie mentale sont surreprésentées dans le système de justice pénale. Selon des estimations, les taux de maladies mentales graves chez les contrevenants fédéraux au moment de l’admission ont augmenté de 60 % à 70 % depuis 19974. Cette augmentation impose un lourd fardeau aux services correctionnels et d’application de la loi, dont les membres ont souvent reçu une formation insuffisante pour faire face aux maladies mentales. Il faut des programmes et des services pour veiller à ce que les personnes vivant avec des troubles mentaux qui ont des démêlés avec la justice soient identifiées rapidement, reçoivent un traitement approprié tout au long de leur incarcération et soient suivies au moment de la libération. Ces mesures pourraient inclure les suivantes :
formation sur la façon d’avoir des contacts avec des personnes aux prises avec une maladie mentale à l’intention des policiers et des autres travailleurs des premières lignes des services correctionnels et de justice pénale;
programmes de déjudiciarisation comme les tribunaux de santé mentale, afin de réorienter les personnes qui ont une maladie et sont sur le point d’entrer dans le système de justice pénale;
services complets de dépistage, d’évaluation et de traitement psychiatriques pour les patients incarcérés qui vivent avec une maladie mentale et d’autres problèmes simultanés comme une toxicomanie;
transfert prudent des soins cliniques au moment de la libération et participation des services de santé mentale dans la communauté. Logement Les maladies mentales augmentent le risque pour un patient de connaître la pauvreté et l’itinérance. On estime que deux tiers des sans-abris du Canada vivent avec une maladie mentale grave . L’itinérance et la pauvreté peuvent exacerber des problèmes existants de santé mentale et de toxicomanie, entraver l’accès au traitement et raccourcir l’espérance de vie. Des programmes comme le projet témoin de recherche Logements d’abord de la CSMC peuvent améliorer le contexte social et économique des personnes vivant avec une maladie mentale. Le projet de la CSMC prévoyait des logements supervisés sans condition pour les personnes qui ont des problèmes chroniques de santé mentale, ce qui leur assurerait un endroit où vivre en sécurité à partir de laquelle elles pourraient chercher à obtenir les traitements nécessaires et à se rétablir. L’évaluation a montré que cette façon de procéder réduisait le taux d’itinérance, améliorait l’accès aux traitements et aux services de soutien et entraînait des réductions de coûts, particulièrement pour les participants du programme causant les coûts les plus élevés d’utilisation des services . Recommandations Gouvernements 17. Garantir la disponibilité de programmes scolaires de promotion de la santé mentale et de prévention des maladies mentales, ainsi que de programmes qui traitent des problèmes scolaires associés à la détresse psychologique, comme l’intimidation. 18. Collaborer avec des employeurs et d’autres parties prenantes afin d’appuyer les programmes de santé mentale en milieu de travail. 19. Fournir des programmes et des services pour améliorer le point de contact entre les personnes vivant avec une maladie mentale et le système de justice pénale. 20. Étendre les programmes qui fournissent des logements aux personnes vivant avec une maladie mentale. Lutte contre la stigmatisation et la discrimination Beaucoup de gens croient que la stigmatisation rattachée à leur problème constitue la principale cause du financement insuffisant affecté au système de soins de santé mentale et du fait que les personnes qui ont des troubles mentaux hésitent à chercher à se faire traiter. La maladie mentale constitue l’état morbide le plus stigmatisé au Canada et la discrimination à l’endroit des personnes qui ont des troubles mentaux est généralisée. Cette discrimination peut inclure l’ostracisme et le manque d’appui de pairs, la discrimination au travail et les perceptions déformées du grand public, comme la tendance à établir une équivalence entre la maladie mentale et la violence. La discrimination est aussi possible dans le système de santé. Les experts reconnaissent que la stigmatisation a un effet sur l’attitude des fournisseurs de soins de santé à l’égard des patients qui ont des problèmes de santé mentale29. Même si beaucoup de fournisseurs de soins de santé ne savent pas que leur façon de parler ou d’agir peut être nuisible, leur attitude peut avoir des effets négatifs sur le traitement que leurs patients reçoivent. Par exemple, si un patient qui a été traité pour un problème psychiatrique signale des symptômes physiques, on pourrait attribuer ces symptômes à la maladie mentale plutôt qu’à un problème physique, et c’est pourquoi il se peut que le patient ne reçoive pas les traitements dont il a besoin. C’est ce qu’on appelle le diagnostic masqué , . L’AMC et l’APC recommandent que l’on fasse des efforts soutenus pour modifier la culture de stigmatisation de la maladie mentale dans le système de soins de santé et dans la société. De nombreuses interventions en cours visent à atténuer la stigmatisation et la discrimination reliées à la maladie mentale. Ces interventions comprennent les programmes de sensibilisation du grand public comme la campagne Cause pour la cause de Bell, la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales parrainée par l’Alliance canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale et le programme Changer les mentalités de la CSMC, qui vise des groupes en particulier comme les jeunes et les fournisseurs de soins de santé. Les experts s’entendent actuellement pour affirmer que les interventions les plus efficaces sont celles qui :
visent à faire changer des comportements plutôt qu’à modifier des attitudes;
sont permanentes plutôt que d’une durée limitée;
visent des groupes en particulier plutôt que la population en général;
entraînent des contacts directs avec les personnes aux prises avec une maladie mentale . Dans le système de santé, la formation des professionnels constitue un moyen de contrer la stigmatisation et la discrimination qui peut être important. On a recommandé d’intégrer une formation antistigmatisation dans le continuum de la formation médicale à tous les niveaux (y compris ceux de la résidence et du DPC) et à l’intention de toutes les spécialités. On a recommandé aussi que cette formation inclue un contact direct avec des personnes qui ont une maladie mentale afin de connaître leur cheminement vers le rétablissement27. Il faudrait encourager tous les professionnels de la santé et leurs associations à viser à faire disparaître la stigmatisation dans leurs programmes de formation. L’AMC et l’APC ont collaboré avec des partenaires pour donner aux médecins une formation sous forme d’ateliers, de documents en ligne et par d’autres moyens. Recommandations Gouvernements et système de santé 21. Intégrer l’identification et l’élimination de la stigmatisation aux indicateurs de la qualité des soins dans le contexte de la surveillance continue du rendement du système de santé à tous les échelons. 22. Mettre en œuvre et évaluer des stratégies nationales de sensibilisation et d’éducation du grand public afin de contrer la stigmatisation associée à la santé mentale. 23. Appliquer des lois et des règlements visant à protéger de la discrimination les personnes vivant avec une maladie mentale. Formation des professionnels 24. Intégrer une formation antistigmatisation efficace dans tout le continuum de la formation en médecine (faculté de médecine, résidence et développement professionnel continu) à l’intention de tous les médecins et les autres professionnels de la santé. 25. Intégrer une formation antistigmatisation efficace dans les programmes de développement professionnel offerts aux hôpitaux et à d’autres établissements de santé. Conclusion Même si le grand public est de plus en plus conscient des maladies mentales, il demeure difficile de garantir l’accès à des services et des moyens de soutien efficaces en santé mentale au Canada. La stigmatisation et la discrimination associées aux maladies mentales demeurent importantes. L’AMC et l’APC croient que le changement est possible. Dans un avenir idéal, tous les Canadiens se sentiraient en sécurité de reconnaître leurs problèmes de santé mentale et de demander de l’aide à cet égard, un éventail complet de traitements efficaces basés sur les données empiriques serait disponible pour chaque Canadien qui en a besoin et des communautés appuieraient les Canadiens qui cherchent à promouvoir et maintenir leur santé mentale ou à se rétablir d’une maladie mentale. Nous espérons que les fournisseurs de soins de santé, les gouvernements, les communautés, les patients et les membres de leur famille conjugueront leurs efforts pour concrétiser cet avenir. Références Commission de la santé mentale du Canada. Les faits. Calgary (Alb.) : la Commission, 2012. Accessible ici : http://strategie.commissionsantementale.ca/les-faits/ (consulté le 05 mai 20156). Commission de la santé mentale du Canada. La nécessité d’investir dans la santé mentale au Canada. Calgary (Alb.) : la Commission; 2013. Chesney E, Goodwin GM, Fazel S. Risks of all-cause and suicide mortality in mental disorders: a meta-review. World Psychiatry. 2014;13(2):53–60. Commission de la santé mentale du Canada. Changer les orientations, changer des vies. Stratégie nationale en matière de santé mentale. Calgary (Alb.) : la Commission; 2012. Accessible ici : http://www.mentalhealthcommission.ca/sites/default/files/MHStrategy_Strategy_FRE_1.pdf (consulté le 7 sept. 2014). Centre de toxicomanie et de santé mentale. Mental illnesses and addictions: facts and statistics. Toronto (Ont.) : le Centre; 2016. 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Les médecines complémentaires et parallèles (mise à jour 2015)

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique11529
Date
2015-05-30
Thèmes
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
Soin de santé et sécurité des patients
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Type de politique
Documents de politique
Date
2015-05-30
Remplace
Les médecines complémentaires et parallèles (Mise à jour 2008)
Thèmes
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
Soin de santé et sécurité des patients
Text
LES MÉDECINES COMPLÉMENTAIRES ET PARALLÈLES (Mise à jour 2015) Cet énoncé présente la position de l'Association médicale canadienne (AMC) au sujet des médecines complémentaires et parallèles (MCP). Les médecines complémentaires et parallèles (MCP) sont largement utilisées au Canada et sont de plus en plus soumises à une réglementation. La position de l'AMC repose sur une prémisse fondamentale : les décisions relatives aux interventions en soins de santé en usage au Canada doivent s'appuyer sur des données scientifiques solides qui en démontrent la sécurité et l'efficacité - soit les mêmes normes en fonction desquelles on doit évaluer les médecins et tous les autres éléments du système de santé. Les patients méritent la norme la plus élevée de traitement disponible et les médecins, les autres praticiens de la santé, les fabricants, les organismes de réglementation et les chercheurs doivent tous tendre vers cette fin. Tous les éléments du système de santé devraient " tenir compte en premier du bien-être du patient1 ". Le principe éthique de la non-malfaisance oblige les médecins à réduire le risque de préjudices à leurs patients. Les médecins doivent constamment s'efforcer d'évaluer les avantages potentiels d'une intervention en regard des effets secondaires, des préjudices ou des fardeaux potentiels. Pour aider les médecins à respecter cette obligation, les patients doivent les informer s'ils ont recours à des MCP. Les MCP au Canada On a défini les MCP comme un " groupe de systèmes, de pratiques et de produits médicaux et de soins de santé divers qu'on ne considère pas actuellement comme éléments de la médecine classique2 ". Cette définition s'applique à un grand nombre de produits, de thérapies et d'instruments de toutes sortes, sans autre lien les uns avec les autres, qui sont de diverses origines et reposent sur divers niveaux de preuves scientifiques. Aux fins de cette analyse, l'AMC divise les MCP en quatre grandes catégories : * Tests de diagnostic : Fournis par les praticiens des MCP. Niveaux de toxicité ou source du matériel testé inconnus, par exemple, pureté. La sensibilité clinique, la spécificité et la valeur prédictive doivent être fondées sur des données probantes. * Produits : Plantes médicinales et autres remèdes largement disponibles en vente libre dans des pharmacies et des magasins d'aliments naturels. Au Canada, ces produits sont réglementés par le gouvernement fédéral sous l'appellation produits de santé naturels (PSN). * Interventions : Des traitements comme des manipulations de la colonne ou une thérapie par champs électromagnétiques, qui peuvent être offerts par tout un éventail de fournisseurs, réglementés ou non. * Praticiens : il existe un vaste éventail de praticiens qui œuvrent dans des domaines comme la chiropractie, la naturopathie, la médecine chinoise et ayurvédique traditionnelle, et bien d'autres. De nombreux praticiens ne sont pas réglementés ou le sont uniquement dans certaines provinces ou certains territoires du Canada. On invoque diverses raisons pour avoir recours à la MCP, y compris les traditions, la curiosité, la méfiance à l'égard de la médecine classique et la croyance en un concept " holistique " de la santé, à laquelle les médecins n'adhèrent pas, selon les praticiens et les consommateurs de MCP. Pour la plupart des Canadiens, cette utilisation constitue un complément (elle s'ajoute à la médecine classique) plutôt qu'un substitut (elle ne remplace pas la médecine classique). Beaucoup de patients ne disent pas à leur médecin qu'ils utilisent des MCP. Vers des soins de santé factuels Le recours aux MCP comporte des risques que les utilisateurs ne connaissent pas toujours. L'utilisation aveugle et l'acceptation sans discernement des MCP peuvent aboutir à de l'information erronée, à de fausses attentes et à un détournement des soins plus appropriés, sans oublier à des effets indésirables sur la santé, dont certains peuvent être graves. L'AMC recommande que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux répondent aux besoins de santé des Canadiens en assurant la prestation de soins cliniques qui intègrent systématiquement les avancées technologiques factuelles en ce qui concerne l'information, la prévention ainsi que les services diagnostiques et thérapeutiques3. Les médecins prennent au sérieux leur obligation de préconiser des soins de santé de qualité et d'aider leurs patients à choisir les interventions les plus bénéfiques. Ils appuient fermement le droit des patients à prendre des décisions éclairées concernant leurs soins médicaux. Les Code de déontologie de l'AMC oblige toutefois les médecins à ne recommander que les services de diagnostic et de traitement qu'ils jugent bénéfiques pour le patient ou d'autres personnes4. Tant que les interventions de MCP ne seront pas étayées par des preuves scientifiquement valables, les médecins ne devraient pas les recommander. À moins d'avoir la preuve qu'ils sont bénéfiques, les services de MCP ne devraient pas être financés par l'État. Afin d'aider à garantir que les Canadiens reçoivent des soins de santé de la plus grande qualité, l'AMC recommande que l'on soumette les MCP à des recherches rigoureuses pour en connaître les effets, qu'on les encadre par une réglementation sévère et que les professionnels de la santé et le public aient accès à de l'information fiable, exacte et factuelle au sujet des produits et thérapies de MCP. Nous présentons des recommandations plus détaillées ci-après. a) Recherche : construction d'une base factuelle Jusqu'à maintenant, l'information dont dispose le public sur les MCP est en grande partie anecdotique ou fondée sur des affirmations exagérées de leurs avantages qui reposent sur un petit nombre d'études ou sur des études de faible qualité. L'AMC adhère au principe selon lequel il faut d'abord soumettre tout nouveau traitement à des tests rigoureux permettant de démontrer qu'il est fondé sur des données probantes, avant son adoption et son application par la profession médicale5. De fait, il s'effectue de plus en plus d'études de bonne qualité et bien contrôlées sur les produits et les thérapies de MCP. L'AMC appuie cette évolution. La recherche sur les thérapies prometteuses est toujours la bienvenue et il faut l'encourager à condition qu'elle soit assujettie aux mêmes normes de preuve et d'efficacité que les traitements médicaux et pharmaceutiques classiques. Le savoir ainsi réuni doit être largement diffusé aux professionnels de la santé et au public. b) Un cadre approprié de réglementation Les cadres de réglementation des MCP, comme ceux qui régissent toute intervention en santé, doivent enchâsser le concept selon lequel une thérapie doit offrir un avantage démontré avant d'être présentée à la population comme un traitement efficace. i) Les produits de santé naturels : les produits de santé naturels sont réglementés à l'échelle fédérale par la Direction des produits de santé naturels de Santé Canada. L'AMC estime qu'il faut appliquer le principe d'équité au processus de réglementation afin que les produits de santé naturels soient traités de façon équitable par rapport aux autres produits de santé6. Les mêmes normes réglementaires doivent s'appliquer aux produits de santé naturels et aux produits de santé pharmaceutiques et ces normes doivent être appliquées aux produits de santé naturels peu importe qu'une affirmation relative à la santé ait été faite ou non pour le produit. La réglementation doit faciliter la mise en marché des produits dont l'innocuité et l'efficacité ont été démontrées et empêcher la mise en marché de ceux qui n'ont pas fait leurs preuves, jusqu'à ce qu'on les comprenne mieux. Elle doit aussi imposer l'adoption de normes de fabrication rigoureuses afin de garantir aux consommateurs l'innocuité, la qualité et la pureté des produits. L'AMC recommande également l'élaboration d'une série de normes pour chaque produit de santé naturel. Ces normes devraient inclure les éléments suivants : * des procédés de fabrication qui assurent la pureté, l'innocuité et la qualité du produit; * des normes d'étiquetage portant notamment sur les conseils aux consommateurs, les avertissements et les affirmations, ainsi que des explications sur l'utilisation sécuritaire du produit pour le consommateur7. L'AMC recommande que les affirmations d'innocuité et d'efficacité des PSN soient évaluées par un groupe scientifique indépendant, et que les affirmations selon lesquelles des produits naturels auraient une quelconque vertu thérapeutique contre les maladies soient interdites lorsque les preuves à l'appui ne satisfont pas à la norme de preuve exigée pour les médicaments réglementés par Santé Canada8. Elle préconise que les affirmations relatives aux avantages médicinaux ne soient permises que lorsqu'il existe des preuves scientifiques convaincantes de leur innocuité et de leur efficacité9. L'AMC préconise que les aliments enrichis par des ingrédients de " santé naturelle " soient réglementés comme des produits alimentaires et non comme des produits de santé naturels. L'AMC recommande que le système de réglementation des produits de santé naturels s'applique à la surveillance postcommercialisation ainsi qu'à l'examen réglementaire précommercialisation. Le système de déclaration des effets indésirables MedEffet Canada (de Santé Canada) recueille maintenant des rapports de sécurité sur les produits de santé naturels. Les consommateurs, les professionnels de la santé et les fabricants sont encouragés à signaler à Santé Canada les effets indésirables. ii) Praticiens des MCP. La réglementation des praticiens des MCP en est à divers stades. L'AMC est d'avis que cette réglementation doit garantir que les services offerts par les praticiens des MCP sont vraiment efficaces, établir des mécanismes de contrôle de la qualité et des normes de pratique appropriées et chercher à créer un corpus factuel de compétences qui évoluent à mesure du progrès de la connaissance. Tout comme l'AMC estime que les produits de santé naturels doivent être traités équitablement, par rapport aux autres produits de santé, elle recommande également que les praticiens des MCP soient tenus de respecter les mêmes normes que les autres professionnels de la santé. Tous les praticiens des MCP devraient élaborer des codes d'éthique pour s'assurer qu'ils voient avant tout aux meilleurs intérêts de leurs patients. Entre autres choses, les associations représentant les praticiens des MCP devraient élaborer des lignes directrices concernant les conflits d'intérêts et les respecter. Elles doivent exiger que leurs membres suivent les directives suivantes : * Combattre toute influence ou ingérence risquant de miner leur intégrité professionnelle10; * Savoir reconnaître et divulguer les conflits d'intérêts pouvant surgir dans l'exercice de leurs fonctions et activités professionnelles, et les résoudre dans le meilleur intérêt des patients11; * S'abstenir, en général, de distribuer les produits qu'ils prescrivent. Prescrire et distribuer des PSN, en contrepartie ou non d'avantages financiers, constitue un conflit d'intérêts lorsque les intérêts du fournisseur entrent en conflit avec son devoir d'agir dans le meilleur intérêt du patient. c) Information et promotion Les Canadiens ont le droit d'avoir de l'information fiable et exacte sur les produits et thérapies de MCP pour les aider à faire des choix de traitement éclairés. L'AMC recommande que les gouvernements, les fabricants, les fournisseurs de soins et autres intervenants conjuguent leurs efforts pour garantir que les Canadiens ont accès à cette information. L'AMC est d'avis que l'étiquette sur tous les PSN doit inclure une liste qualitative de tous les ingrédients12. L'information sur les MCP doit être conviviale, facile d'accès et inclure les éléments suivants : * un mode d'emploi; * les indications pour lesquelles le produit ou la thérapie a fait ses preuves; * les contre-indications, effets secondaires et interactions avec d'autres médicaments. * mention au consommateur de communiquer à son fournisseur de soins de santé le fait qu'il utilise ce produit13. Il faut fournir cette information de façon à minimiser l'effet des intérêts commerciaux sur son contenu. En général, la publicité de produits de marque est loin d'être le moyen optimal de fournir de l'information sur un produit de santé ou un traitement, quel qu'il soit. Compte tenu de notre connaissance limitée de l'efficacité de ces produits et des risques qu'ils peuvent comporter, il faut limiter rigoureusement la publicité portant sur les avantages présumés pour la santé des produits de santé naturels. L'AMC recommande de promouvoir ces affirmations seulement si elles s'appuient sur de solides preuves scientifiques. Cette restriction devrait s'appliquer non seulement à la publicité, mais aussi à toutes les affirmations faites au sujet du produit ou sur le site web d'entreprises, ainsi qu'aux communications destinées aux distributeurs et au public. Il faudrait préapprouver les annonces afin de garantir qu'elles ne contiennent pas de messages trompeurs. Il faut appliquer rigoureusement les sanctions prévues contre la publicité trompeuse et Santé Canada doit affecter des ressources suffisantes pour surveiller les affirmations trompeuses et les corriger. L'AMC recommande que les étiquettes des produits comportent des affirmations approuvées sur la santé, des avertissements, des contre-indications et des consignes sur l'utilisation sécuritaire, et recommandent aussi aux patients de dire à leur médecin qu'ils utilisent le produit. S'il n'existe aucune affirmation approuvée pour un produit de santé naturel, l'étiquette devrait indiquer clairement que rien ne prouve que le produit contribue à la santé ou soulage la maladie. Le rôle des professionnels de la santé Qu'ils appuient ou non l'utilisation des MCP, il importe que les médecins et les autres professionnels de la santé aient accès de l'information fiable sur les produits et thérapies de MCP afin de pouvoir en discuter avec leurs patients. Il faut encourager les patients à signaler aux fournisseurs de soins de santé au cours des consultations tout produit de santé qu'ils utilisent, y compris les produits de santé naturels. L'AMC encourage les Canadiens à s'informer au sujet de leur santé et de leurs soins de santé et à évaluer d'un œil critique toute information sur la santé. L'AMC continuera de préconiser l'évaluation factuelle de toutes les méthodes de soins de santé au Canada et la diffusion d'information sur la santé exacte, opportune et fiable aux fournisseurs de soins de santé et aux patients du Canada. 1 Association médicale canadienne. Code de déontologie. 2 Définition pratique utilisée par le National Center for Complementary and Alternative Medicine des National Institutes of Health des États-Unis. 3 Résolution CG00-196 - Les soins cliniques devraient incorporer des avancées technologiques fondées sur des données probantes. Ottawa (ON) : AMC; 2000. 4 Professionnalisme médical. 5 Déclaration de l'AMC au sujet des traitements émergents. 6 Ibid. 7 Mémoire BR1998-02 - Cadre réglementaire pour les produits de santé naturels. 8 Résolution CG08-86 - Produits naturels. 9 Résolution GC10-100 - Aliments enrichis par des ingrédients de " santé naturelle ". 10 Association médicale canadienne. Code de déontologie. Paragraphe 7. 11 Ibid. Paragraphe 11. 12 Mémoire BR1998-02 - Cadre réglementaire pour les produits de santé naturels 13 Ibid.
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Les commotions cérébrales dans le sport, le loisir et au travail

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14023
Date
2019-03-02
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Soin de santé et sécurité des patients
  2 documents  
Type de politique
Documents de politique
Date
2019-03-02
Remplace
Les traumatismes crâniens et le sport (2011)
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Soin de santé et sécurité des patients
Text
Les commotions cérébrales et les traumatismes crâniens sont fréquents dans le sport, le loisir et au travail. Bien que la majorité des personnes qui subissent une commotion cérébrale guérissent avec le temps, d'autres risquent de subir des complications graves et durables, notamment (1) les enfants; (2) les personnes qui ont déjà subi un traumatisme crânien ou une commotion cérébrale; (3) les personnes qui ont déjà eu des symptômes liés à la santé mentale; (4) les personnes dont une commotion cérébrale n’a pas été détectée et prise en charge convenablement . Ce document de représentation et de politique vise à améliorer la sécurité pendant les activités en faisant mieux connaître les commotions cérébrales et en cherchant à en améliorer la détection et la prise en charge sécuritaire. Ce n’est pas un guide de pratique clinique. Il faut le considérer non pas comme un plaidoyer pour éviter le sport ou les activités de loisir, mais plutôt comme un appel à des pratiques plus sécuritaires dans le sport, le loisir et au travail. On n’insistera jamais assez sur les avantages avérés pour la santé de l’adoption d’un mode de vie actif dès un jeune âge et durant toute la vie. Si l’on réussit à établir un équilibre entre la sécurité dans le sport, le loisir et au travail et la promotion d’une plus grande activité physique dans la population canadienne, il en découlera une réduction des coûts des soins de santé au Canada et l’on favorisera une culture plus saine de rétablissement à la suite de commotions cérébrales pour toute la population canadienne. Afin de mieux faire connaître le problème des commotions cérébrales et des traumatismes crâniens, de les prévenir et de faire adopter de meilleures pratiques pour la prise en charge ou le traitement, les recommandations stratégiques qui suivent s’adressent aux principaux groupes concernés, à tous les niveaux, dans le monde du sport, du loisir et du travail ). Principes fondamentaux en matière de commotions cérébrales et de traumatismes crâniens a) Le dépistage des commotions cérébrales et des traumatismes crâniens devrait constituer une responsabilité partagée et tout intervenant ou observateur de ce type de blessure devrait formuler ses préoccupations verbalement . i. Il est important de comprendre que les victimes potentielles d’une commotion cérébrale ou d’un traumatisme crânien pourraient ne pas être en mesure de reconnaître leur état. ii. Il est important de comprendre que la culture populaire contribue à promouvoir certains comportements dangereux (p. ex., minimiser, ignorer, masquer ou endurer la douleur, etc.) et amène ainsi les personnes touchées ou les observateurs à ignorer les dangers réels, souvent cachés, de telles blessures. b) De façon générale, il faut promouvoir et rendre disponible la plus récente édition de l'outil de renommée internationale de reconnaissance des commotions cérébrales CRT (Concussion Recognition Tool) , pour aider à l’identification des signes et symptômes d'une possible commotion cérébrale. c) Quiconque subit un traumatisme crânien doit être retiré immédiatement du jeu, de l'activité ou du travail et ne doit pas être autorisé à y retourner le même jour3 (que l’on soupçonne ou non une commotion cérébrale par la suite). i. Il faut surveiller chez ces personnes l’apparition ou l’évolution de symptômes de commotion cérébrale ou de tout signe alarmant (particulièrement au cours des quatre premières heures suivant le traumatisme, mais également pendant une période allant jusqu'à 48 heures lorsque des symptômes alarmants sont présents) . d) Conformément aux principes du secourisme, lorsqu’une personne présente des signes de traumatisme crânien ou rachidien grave, il faut qu’elle reste immobile (sans bouger la tête ou le cou) jusqu’à ce qu’une personne qualifiée l’ait évaluée pour déterminer s’il faut l’évacuer d’urgence pour un examen médical . e) Toute personne que l’on soupçonne d’avoir subi une commotion cérébrale (particulièrement en présence de symptômes alarmants) ou un traumatisme cérébral plus grave doit être évaluée rapidement par un médecin pour : i. que l’on écarte ou confirme le diagnostic au moyen d'un examen médical approprié; ii. que l’on prenne les dispositions nécessaires pour appliquer un plan de soins de suivi en fonction de l’âge (y compris un protocole de retour progressif à l'école, au travail ou au jeu) si un tel diagnostic est confirmé1. f) Idéalement, il reviendrait à un médecin qui connaît bien la prise en charge des commotions cérébrales de déterminer quand et comment la personne reprendra progressivement des activités cognitives (scolaires ou professionnelles) et physiques. g) Après une commotion cérébrale soupçonnée ou confirmée, personne ne doit retourner au jeu ou reprendre une activité qui entraîne un risque accru de traumatisme crânien avant d’avoir reçu l’autorisation d’un médecin1. Recommandations 1. Les médecins… … devraient : a) encourager dans la mesure du possible des pratiques sécuritaires dans le sport et, selon le cas, renseigner les patients au sujet de la possibilité de traumatismes crâniens (associés à des comportements à risque élevé dans le sport, le loisir et au travail); b) obtenir et maintenir, grâce à une formation médicale continue pertinente, les compétences requises pour l'évaluation, le diagnostic et la prise en charge des commotions cérébrales selon les recommandations de pratique clinique les plus à jour (par exemple, l’édition la plus récente des outils CRT, SCAT, SCAT chez l’enfant, et de l’outil d'évaluation de la commotion cérébrale aiguë, etc.); c) savoir qu’il existe des guides de pratique clinique et des outils d’évaluation pour aider à évaluer et traiter les personnes qui ont subi une commotion cérébrale (p. ex., documents de la Fondation ontarienne de neurotraumatologie, de Parachute Canada, etc.); d) au moment d’évaluer un patient victime d’une commotion cérébrale présumée : i. écarter tout diagnostic de traumatisme crânien ou de blessure musculosquelettique plus grave; ii. tenir compte des antécédents de commotion cérébrale, des facteurs de risque et des complications émergentes; iii. renseigner et former les parents, les athlètes et toute personne ayant subi une commotion cérébrale sur ce qu'il faut faire et ce à quoi il faut s’attendre durant la phase post-traumatique. (Cela devrait se fonder sur les plus récentes lignes directrices thérapeutiques pour les commotions cérébrales en fonction de l’âge)4; iv. formuler des recommandations personnalisées sur la façon d’appliquer de manière optimale les stratégies de retour progressif à l’école, au travail et au jeu en tenant compte des activités et des responsabilités habituelles du patient4; v. chercher à fournir aux victimes d’une commotion cérébrale un accès rapide à une réévaluation médicale si les symptômes s’aggravent ou persistent (y compris en ce qui concerne la santé mentale); vi. lorsque des symptômes persistent ou s’aggravent (y compris sur le plan de la santé mentale), déterminer les ressources externes factuelles en matière de commotions cérébrales qui peuvent être nécessaires, ainsi que les demandes de consultation auprès d’autres professionnels de la santé qui peuvent s’imposer. 2. Les écoles de médecine et les facultés de médecine… … devraient : a) promouvoir et soutenir l’éducation médicale portant sur la sensibilisation, le dépistage, le diagnostic et la prise en charge appropriée des commotions cérébrales, tout au long de la formation médicale (premier cycle, cycles supérieurs et éducation médicale continue); b) appuyer la recherche sur la prévention, la détection, le traitement ou la prise en charge des commotions cérébrales. 3. Les athlètes pratiquant des sports de contact ou de collision… … devraient : a) (avant le début de la saison sportive) recevoir une formation appropriée à l’âge2 pour comprendre : i. comment déterminer les signes et les symptômes d’une commotion cérébrale possible en utilisant l’édition la plus récente de l’outil de reconnaissance des commotions cérébrales de renommée internationale CRT (p. ex., reconnaissance des commotions cérébrales ou outil de formation à la sensibilisation aux commotions cérébrales [CATT]); ii. les risques (y compris à long terme et pour la santé mentale) associés à la commotion cérébrale; surtout les risques de complications qui peuvent mettre la vie en danger associés à la poursuite du sport en cause, en présence de signes ou de symptômes de commotion cérébrale possible; iii. ce qu’il faut faire et à quoi s’attendre si on soupçonne éventuellement une commotion cérébrale (y compris pour les coéquipiers) et le rôle attendu de l'athlète et des coéquipiers; iv. les politiques et protocoles de retrait suivi de retour progressif à l'école, au travail et au jeu, et le rôle attendu de l'athlète dans le processus de rétablissement; v. comment promouvoir une saine culture sportive chez l’athlète (qui favorise la sécurité dans le jeu, la prévention et le signalement des commotions cérébrales et des blessures, le soutien par les pairs et la lutte contre la stigmatisation à la suite d’une blessure); b) recevoir un rappel périodique de ces notions tout au long de la saison sportive au besoin; c) être conscients des problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale et se faire traiter. 4. Les parents dont les enfants mineurs participent à des sports de contact ou de collision… … devraient : a) avant le début d’une saison de sport, demander de l’information2 et y être réceptif sur : i. la façon de déterminer les signes et les symptômes d’une commotion cérébrale possible en utilisant l’édition la plus récente de l’outil de reconnaissance des commotions cérébrales de renommée internationale CRT (p. ex., reconnaissance des commotions cérébrales ou outil de formation à la sensibilisation aux commotions cérébrales [CATT]); ii. les risques associés à la commotion cérébrale; surtout les risques de complications potentiellement gravissimes associés à la poursuite de ce sport, en présence de signes ou symptômes d'une possible commotion cérébrale; iii. ce qu’il faut faire et à quoi s’attendre si l’on soupçonne éventuellement une commotion cérébrale chez un athlète; iv. les politiques et protocoles de retrait suivi de retour progressif à l'école, au travail et au jeu, et le rôle attendu de l'athlète dans le processus de rétablissement; v. la façon de promouvoir une saine culture sportive chez l’athlète qui favorise la sécurité dans le jeu, la prévention et le signalement des commotions cérébrales et des blessures, le soutien par les pairs et la lutte contre la stigmatisation à la suite d’une blessure; b) recevoir un rappel périodique de ces notions tout au long de la saison sportive au besoin; c) être prêts à aborder des problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale. 5. Les victimes d’un traumatisme crânien dans d’autres contextes que les sports organisés… … devraient : a) connaître les signes et les symptômes d’une commotion cérébrale possible, se retirer immédiatement de l'activité et consulter un médecin si l’on soupçonne une commotion cérébrale1; i. consulter le plus récent ajout à l’outil de renommée internationale de reconnaissance des commotions cérébrales CRT (Concussion Recognition Tool) pour d'autres conseils sur les signes et les symptômes3; b) comprendre les risques associés à la commotion cérébrale; surtout les risques de complications qui peuvent mettre la vie en danger associés à des traumatismes crâniens répétés en présence de signes ou de symptômes d'une commotion cérébrale possible; c) en cas de diagnostic de commotion cérébrale, appliquer judicieusement les recommandations médicales reçues en ce qui concerne le retour progressif aux activités cognitives et physiques (y compris la nécessité d’une réévaluation médicale en présence de symptômes persistants); d) verbaliser leurs besoins en matière de rétablissement et travailler avec tout groupe ou toute personne susceptible de les aider dans le processus de récupération (p. ex., employeur, proches, personnel de l’école, etc.); e) être conscients des problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale et se faire traiter. 6. Les entraîneurs, les arbitres et les premiers répondants… … devraient : a) recevoir une formation agréée en premiers soins; b) recevoir une formation périodique (idéalement annuelle) sur les normes nationales concernant les signes et les symptômes, les conséquences potentielles à long terme, les étapes appropriées d’une intervention initiale et d’une prise en charge immédiate (y compris retrait du jeu, observation, détermination de la nécessité d’une consultation médicale et procédures de retour progressif à l'école, au travail et au jeu); c) avoir reçu une formation sur l'utilisation de l’édition la plus récente de l’outil de reconnaissance de la commotion cérébrale de renommée internationale CRT (Concussion Recognition Tool) pour déterminer si la victime souffre d'une commotion cérébrale2; d) détenir les connaissances appropriées, et assurer la sécurité générale et des pratiques de jeu sécuritaires tout au long de la saison sportive; e) promouvoir chez l’athlète une culture sportive saine (qui favorise des pratiques de jeu sécuritaires, la prévention et le signalement des commotions cérébrales et des blessures, le soutien par les pairs et la lutte contre la stigmatisation en cas de blessure); f) être prêts à aborder les problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale. 7. Les professionnels de la santé autorisés qui œuvrent comme thérapeutes dans le milieu du sport… … devraient : a) être membres en règle de leur ordre professionnel et suivre les activités de développement professionnel continu pour maintenir leurs compétences concernant les commotions cérébrales et les traumatismes crâniens; b) promouvoir l'application de protocoles adéquatement adaptés pour la prise en charge de commotions cérébrales (conformes aux recommandations cliniques les plus récentes et fondés sur les enjeux spécifiques de chaque milieu sportif et les ressources disponibles); c) travailler avec des médecins qualifiés pour instaurer et appliquer des protocoles adaptés de prise en charge des commotions cérébrales supervisée par des médecins, qui : i. définissent les responsabilités mutuelles et partagées des professionnels de la santé afin d’optimiser la qualité et la sécurité des soins (compte tenu du champ d’exercice de chaque profession); ii. assurent des canaux optimaux pour un accès rapide à une évaluation ou une réévaluation médicale en tenant compte des ressources disponibles; d) être prêts à aborder les problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale. 8. Les établissements d’enseignement et les organisations sportives… … devraient : a) (surtout lorsqu'il est question de personnes mineures) appliquer des stratégies de prévention et en assurer une mise à jour continue afin d’inclure : i. des normes de sécurité comportant des politiques de jeu sécuritaires; ii. le port obligatoire d’équipement de sécurité et de protection (en fonction de chaque sport); b) connaître les protocoles obligatoires pour les commotions cérébrales et les traumatismes crâniens afin de : i. prévenir les commotions cérébrales et les traumatismes crâniens en favorisant des pratiques de jeu sécuritaires et en encourageant la prévention et le signalement des commotions cérébrales et traumatismes crâniens, le soutien par les pairs et la lutte contre la stigmatisation à la suite de blessures; ii. veiller à un dépistage rapide et à une prompte prise en charge standardisée des commotions cérébrales et des traumatismes crâniens, en informant tous les intervenants potentiels (durant la phase présaison) au sujet de la nature et des risques de commotions cérébrales et de traumatismes crâniens, et expliquer comment de telles situations seraient gérées le cas échéant; iii. intégrer à la pratique le retrait du jeu et l'observation post-traumatique des athlètes; iv. réintégrer progressivement les étudiants dans leurs activités éducatives et physiques en fonction de leurs symptômes et selon les recommandations les plus à jour2; v. réintégrer sans restriction les athlètes blessés dans les entraînements et dans le sport une fois l’autorisation médicale obtenue; vi. améliorer les canaux de communication entre les parents, les athlètes, les entraîneurs, le personnel des écoles, les thérapeutes et les médecins pour la prise en charge des blessures et le rétablissement; vii. aborder les problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale. 9. Les employeurs (considérations professionnelles)… … devraient : a) se conformer aux lois concernant la sécurité au travail et appliquer les normes de sécurité qui peuvent réduire l'incidence des traumatismes crâniens au travail; b) intégrer les considérations concernant les commotions cérébrales et les traumatismes crâniens dans les protocoles de santé et sécurité afin : i. de prévenir les commotions cérébrales et les traumatismes crâniens en favorisant les pratiques sécuritaires, la prévention et le signalement des commotions cérébrales et traumatismes crâniens, le soutien par les pairs et la lutte contre la stigmatisation à la suite de blessures; ii. de veiller à un dépistage rapide et à une prompte prise en charge standardisée des commotions cérébrales et des traumatismes crâniens, en informant tous les intervenants potentiels sur la nature et les risques de commotions cérébrales et de traumatismes crâniens, et expliquer comment de telles situations seraient gérées le cas échéant; iii. intégrer à la pratique et à la culture en milieu de travail le retrait du travail et l'observation post-traumatique des employés; iv. réintégrer progressivement les employés dans leurs activités cognitives et physiques en fonction de leurs symptômes et des recommandations les plus à jour2; v. réintégrer progressivement les travailleurs blessés qui ont subi une commotion cérébrale confirmée dans les activités professionnelles une fois l’autorisation médicale obtenue; vi. améliorer les canaux de communication entre employés, employeurs, professionnels de la santé et assureurs, de même que le soutien pour la prise en charge des blessures; vii. aborder les problèmes de santé mentale graves que pourrait entraîner une commotion cérébrale. 10. Les ordres de gouvernements et instances de réglementation professionnelle… … devraient : a) appliquer des stratégies exhaustives de santé publique pour la population canadienne afin : i. de sensibiliser la population aux commotions cérébrales et au fait qu’elles peuvent survenir à la suite d’accidents, dans le sport et le loisir, ainsi qu’au travail; ii. d’expliquer que les traumatismes crâniens doivent être pris au sérieux; iii. d’expliquer comment et pourquoi il faut prévenir les commotions cérébrales et pourquoi un médecin doit les traiter rapidement lorsqu’on en soupçonne la présence; b) définir clairement le champ d’exercice des différentes professions de la santé chargées du dépistage, de la prise en charge et du traitement des commotions cérébrales; c) collaborer avec les principales parties prenantes afin d’établir des structures d’indemnisation pour aider les médecins à affecter le temps nécessaire pour : (1) effectuer des évaluations appropriées afin d’exclure la présence d’une commotion cérébrale, (2) fournir des traitements continus de la commotion cérébrale et (3) établir des plans détaillés d’autorisation médicale; d) collaborer avec les principales parties prenantes afin de créer des outils éducatifs normalisés que les médecins pourront fournir aux patients victimes d’une commotion cérébrale; i. cette étape inclurait idéalement des outils contextualisés pour les équipes sportives, les écoles et les employeurs; e) adopter une loi ou un règlement concernant les établissements d’enseignement et les organisations sportives communautaires pour établir clairement les attentes et les obligations en ce qui concerne la sensibilisation aux commotions cérébrales et leur prise en charge chez les jeunes qui pratiquent des sports (p. ex., Loi Rowan en Ontario); i. pour qu’elles aient un effet important, il faut conjuguer de telles initiatives à un soutien financier adéquat afin d’appuyer le développement et l’application de protocoles de prise en charge des commotions cérébrales propres au sport, en plus de programmes de surveillance et de conformité; f) mettre sur pied un système national de surveillance des commotions cérébrales et des blessures dans le sport (comportant des paramètres normalisés) qui réunirait des données détaillées sur les traumatismes crâniens et les blessures sportives, ce qui permettrait d’effectuer rapidement et de manière continue de la recherche sur ce type de blessures; g) offrir des possibilités et du soutien financier pour la recherche sur les commotions cérébrales. Voici quelques exemples typiques de secteurs de recherche à prioriser : i. stratégies de prévention efficaces à la fois pour les adultes et pour les enfants dans tout un éventail d’environnements de sport, de loisir ou de travail; ii. mesurer l’incidence et l’impact des commotions cérébrales chez les enfants et déterminer comment en réduire le nombre (dans le sport et ailleurs); iii. déterminer comment combler le manque de connaissances sur l’identification et le traitement des commotions cérébrales, ainsi que sur les autorisations médicales pour les médecins qui ne sont pas des spécialistes du traitement des commotions cérébrales; iv. explorer la participation de tous les professionnels de la santé à la prise en charge des commotions cérébrales en précisant leur compétence, leur savoir-faire, leur rôle approprié respectif et la collaboration interdisciplinaire; v. déterminer comment les nouveaux diagnostics cliniques et les examens par biomarqueurs seront intégrés dans les environnements de sport, de loisir et de travail; vi. assurer pour les médecins la mise au point continue de stratégies et d’outils de prise en charge plus efficaces, conviviaux et adaptés à l’âge en ce qui concerne le dépistage et le traitement de la commotion cérébrale, ainsi que les autorisations médicales; vii. acquérir une compréhension harmonisée des facteurs et concepts entourant la « commotion cérébrale » et le « traumatisme crânien léger », pour que les adultes qui présentent des signes et des symptômes de commotion cérébrale ne répondant pas aux critères plus restrictifs du traumatisme crânien léger soient pris en charge comme il se doit. Approuvé par le Conseil d’administration de l’AMC - mars 2019
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Résistance aux antimicrobiens

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14079
Date
2019-03-02
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Soin de santé et sécurité des patients
  2 documents  
Type de politique
Documents de politique
Date
2019-03-02
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Soin de santé et sécurité des patients
Text
Les antimicrobiens (notamment les antibiotiques) sont une ressource publique précieuse et un outil essentiel pour combattre des infections tant chez l’être humain que chez l’animal. On ne peut sous-estimer leur importance pour la sécurité médicale, alimentaire et économique. À l’échelle mondiale, les antimicrobiens perdent toutefois leur efficacité plus rapidement que l’on trouve et lance sur le marché de nouveaux médicaments, traitements et thérapies de cette nature . Au fil du temps, cette dynamique a miné l’arsenal antimicrobien humain, ce qui met en danger la vie et l’avenir d’un nombre inacceptable de personnes. La résistance aux antimicrobiens (RAM) survient lorsque des micro-organismes comme les bactéries, champignons, virus et parasites évoluent quand ils sont exposés à des agents antimicrobiens - comme les antibiotiques, les antifongiques, les antiviraux, les antipaludiques et les anthelminthiques. Ces médicaments perdent leur efficacité et ne peuvent contrer les infections dans l’organisme. La RAM constitue un défi international qui menace de réduire à néant plus d’un siècle de progrès réalisés au niveau de la santé publique, des soins de santé et du développement humain attribuables à l’usage des antimicrobiens. Les effets de la RAM se font en fait déjà sentir dans tout le système de soins de santé du Canada. L’investissement actuel du Canada dans des solutions visant à atténuer la propagation de la RAM et dans des programmes de gestion des antimicrobiens (PGA) (aux échelons tant fédéral que provincial et territorial) peut être considéré simplement comme tout à fait insuffisant pour contrer l’envergure du problème et les risques qu’il représente pour la santé de la population canadienne. C’est pourquoi, pour : 1) faire mieux connaître la RAM; 2) stimuler l’investissement dans les stratégies d’atténuation de la RAM; et 3) appuyer la mobilisation d’un éventail efficace de pratiques et de politiques de gestion plus efficientes sur le plan clinique, les recommandations suivantes sont présentées aux destinataires visés . Principe clé de la RAM – L’approche Une seule santé a) La complexité de la RAM met en évidence le besoin d’une intervention coordonnée appelée Une seule santé, expression qui sous-entend des stratégies intégrées chevauchant les secteurs humain, animal/agricole et environnemental. C’est pourquoi la coopération entre un vaste éventail de parties prenantes s’impose compte tenu de la nature collective de la RAM. Ces parties prenantes comprennent les pouvoirs publics, les professionnels de la santé, des partenaires des secteurs privé et public et la population en général. b) L’approche Une seule santé obligera à porter attention aux domaines suivants et à y investir : 1) surveillance de la prescription et de l’utilisation des antimicrobiens; 2) méthodes de prévention et de contrôle des infections qui atténuent la propagation d’agents pathogènes résistants; 3) programmes et pratiques de gestion qui éduquent à la fois les professionnels de la santé, la population et le secteur privé, et incitent chaque partie prenante à adopter des habitudes plus appropriées de gestion de l’offre et de la demande; et 4) un programme d’innovation, de recherche et de développement visant avant tout le diagnostic, les vaccins et des traitements parallèles afin de réduire la dépendance aux antimicrobiens. Ces activités comprennent la mise au point d’antimicrobiens nouveaux qui élargissent la panoplie actuellement disponible. c) Compte tenu des dimensions mondiales de la RAM, pour connaître le succès, l’approche Une seule santé exigera des investissements ambitieux dans des mesures mondiales d’atténuation de la RAM. Comme l’infrastructure et les ressources de la santé y sont limitées, les répercussions de la RAM se feront sentir principalement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Recommandations 1. Les médecins et les professionnels paramédicaux… … devraient : a) reconnaître que la RAM constitue une grave crise de santé publique; b) savoir qu’il existe diverses aides ou lignes directrices canadiennes sur la prescription pour aider les médecins à choisir les antibiotiques appropriés et améliorer leur pratique (p. ex., Choisir avec soin); c) savoir que l’utilisation judicieuse des antibiotiques peut aider à lutter contre la RAM et que les tests de diagnostic et de laboratoire jouent un rôle clé, ce qui inclut prescrire seulement des antibiotiques pour des problèmes infectieux sur le plan clinique, et de nature non virale. Les infections virales constituent la principale cause de mauvais usage des antibiotiques; d) envisager de retarder les prescriptions ou prioriser le suivi des patients lorsque le diagnostic n’est pas différencié au début ou lorsque les symptômes s’aggravent, évoluent ou persistent; e) savoir que la prévention des infections par l’hygiène des mains, la vaccination et l’usage approprié d’une prophylaxie aux antibiotiques est démontrée par des éléments de preuve et qu’elle est efficace; f) savoir que la durée du traitement et les posologies servant à traiter de nombreuses infections évoluent avec le temps et qu’il faudrait prescrire des antimicrobiens pendant la période efficace la plus courte (en utilisant le spectre le plus étroit possible); g) tenir compte des effets secondaires possibles des antibiotiques (y compris les infections à C. difficile et les réactions allergiques) lorsqu’ils les prescrivent et qu’ils en indiquent aux patients les effets secondaires possibles; h) avoir avec les patients des conversations sur les antimicrobiens, notamment : i. leur utilisation appropriée; ii. leur potentiel de risque; iii. savoir quand retarder une prescription d’antimicrobiens, la commencer ou y mettre fin (p. ex., ordonnances différées); iv. savoir quand consulter à nouveau un professionnel de la santé si les symptômes persistent ou s’aggravent; i) s’informer auprès de l’hôpital local ou de l’organisation de leur spécialité au sujet des initiatives d’éducation portant sur la prescription d’antibiotiques; j) collaborer dans la mesure du possible avec des collègues prescripteurs d’autres professions afin de réduire l’usage inutile des antimicrobiens. 2. Les patients et la population canadienne… … devraient : a) savoir que la RAM constitue un problème important lié à l’usage inapproprié d’antimicrobiens comme les antibiotiques et, par conséquent, s’engager à prendre des antibiotiques seulement s’ils sont prescrits et seulement de la façon prescrite par un professionnel de la santé autorisé; i. ne jamais partager des antibiotiques ni utiliser ceux d’autres personnes, ce qui peut contribuer à la RAM et avoir de graves répercussions sur leur santé; b) réfléchir au fait que leurs attentes à l’égard des antimicrobiens pourraient pousser indûment les médecins, ou d’autres prescripteurs, à prescrire des antimicrobiens même si ces derniers ne sont ni appropriés ni utiles; c) avoir avec les prescripteurs une conversation sur : i. la nécessité d’un antimicrobien; ii. les risques associés à la prise d’un antimicrobien; iii. les options plus simples et plus sécuritaires; iv. le moment approprié où prendre des mesures supplémentaires si les symptômes s’aggravent ou ne s’atténuent pas; d) pratiquer l’attitude Une seule santé et retourner tous les antimicrobiens inutilisés ou périmés à la pharmacie, au lieu de les garder dans leur armoire à pharmacie, de les jeter aux ordures ou dans la toilette ou de les partager avec des membres de la famille ou des amis, ce qui limitera la propagation de la résistance et évitera que des antimicrobiens se retrouvent dans l’environnement; e) aider à limiter la résistance en tenant tous les vaccins recommandés à jour et en pratiquant une bonne hygiène des mains; f) envisager de faire connaître les expériences personnelles de RAM à leurs politiciens locaux (provinciaux, territoriaux et fédéraux), si un membre de leur famille ou eux-mêmes en ont eu. 3. Les ordres de gouvernements (fédéral, provinciaux et territoriaux)… … devraient : a) faire immédiatement des investissements financiers importants, à long terme, coordonnés et consacrés directement à la lutte contre la RAM et aux programmes de gestion des antimicrobiens (notamment à l’échelle internationale). Les priorités comprennent les suivantes : i. des campagnes de sensibilisation à la RAM et aux PGA qui visent le public; ii. des campagnes qui aident les professionnels de la santé à intégrer les principes des PGA dans leurs activités quotidiennes; iii. des plans d’action détaillés et intégrés basés sur des paramètres de succès clairs et qui répondent aux besoins de communautés, des professionnels des soins primaires, des patients et des organisations de soins de santé (y compris les établissements de soins de longue durée); iv. la surveillance pratique de la résistance aux antimicrobiens, de leur achat, de leur prescription et de leur utilisation qui maximise la possibilité de réagir aux paysages des soins de santé en constante évolution; v. l’étude approfondie des liens entre la santé animale et les pratiques agricoles, et des risques associés pour la santé humaine; vi. le développement d’initiatives locales de gestion des antimicrobiens aux échelons provincial, territorial et national de la prestation des soins de santé; vii. des processus de développement du pipeline pharmaceutique et de la recherche d’options de traitement non pharmacologiques pour les infections résistantes aux antimicrobiens; viii. des tests de diagnostic cliniques peu coûteux, exacts et rapides (utilisables dans la communauté, en milieu clinique ou dans un cabinet) afin d’optimiser la prescription; ix. du soutien à la recherche clinique, au développement et à l’innovation dans le domaine de la RAM et de la gestion des antimicrobiens; b) augmenter la coordination entre les activités fédérales, provinciales et territoriales portant sur la RAM et les PGA; c) tenir des réunions périodiques de haut niveau des ministres de la Santé, de l’Agriculture et des Finances (tant fédéraux que provinciaux et territoriaux) afin de discuter des répercussions de la RAM non contrôlée et de la meilleure façon de mobiliser les finances publiques pour s’y attaquer; d) envisager fermement de créer un groupe de travail national indépendant sur la RAM et les PGA; e) renforcer les rôles de l’administrateur en chef de la santé publique et des médecins hygiénistes en chef des provinces et des territoires dans la lutte contre la RAM et les PGA; f) entreprendre rapidement un examen du Système canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (SCSRAM) qui visera avant tout à : i. développer le système; ii. normaliser à l’échelon national tous les paramètres de déclaration obligatoire de la RAM; iii. injecter des ressources suffisantes dans la surveillance de la RAM et les taux d’utilisation des antimicrobiens; g) établir un organe d’examen permanent constitué d’experts des maladies infectieuses, comprenant notamment des pharmaciens, des microbiologistes et d’autres spécialistes, qui évaluerait le futur plan d’action pancanadien sur la RAM et qui publierait des rapports d’étape périodiques. 4. Les établissements et les organismes de soins de santé… … devraient : a) mettre en œuvre des plans stratégiques sur la lutte contre la RAM qui sont coordonnés, interservices et à l’échelle des établissements. Ces plans devraient reposer sur les prémisses suivantes : i. des paramètres normalisés et intégrés de déclaration obligatoire portant sur la RAM et l’usage des antimicrobiens; ii. des programmes personnalisés de prévention et de contrôle des infections afin de dépister de nouvelles infections causées par la RAM et de les prévenir efficacement; iii. l’amélioration des connaissances du public et des professionnels en matière de RAM, dans toute l’organisation; iv. l’amélioration des mesures de conservation, comme les habitudes de prescription (p. ex., audit et rétroaction, programmes de mesures incitatives); v. appui et stimulation de la prescription appropriée d’antimicrobiens; b) évaluer si les politiques et les procédures, les capacités de test et de diagnostic, ainsi que les cultures multidisciplinaires et organisationnelles actuelles, sont axées stratégiquement sur la lutte contre la RAM; c) établir dans la mesure du possible des collaborations avec d’autres établissements de santé, chercheurs cliniciens, la communauté et des partenaires des secteurs public et privé locaux afin de promouvoir les PGA. 5. Les organismes d’agrément et de réglementation… … devraient : a) évaluer et mettre à jour régulièrement l’agrément, les codes d’éthique et les normes de pratique réglementaires entourant la RAM afin que les praticiens et les établissements de santé soient au courant des tendances, des pratiques et des enjeux émergents en matière de RAM; b) adopter des exigences obligatoires propres à la profession dans le cas de la RAM et des PGA (c. à d. reconnaissance des titres et de la formation appropriés, mise à jour régulière des connaissances et des compétences nécessaires pour prescrire des antimicrobiens, collecte de données appropriées portant sur l’usage des antimicrobiens, etc.) dans le contexte de la reconnaissance des titres; c) chercher à promouvoir, à soutenir et à améliorer les programmes et les pratiques actuels de gestion des antimicrobiens; d) collaborer avec des établissements de santé, des associations de professionnels de la santé et d’autres organismes d’agrément et de réglementation pour atteindre les objectifs des plans de gestion des antimicrobiens. 6. Les collèges et les facultés de médecine et de professions paramédicales… … devraient : a) promouvoir et soutenir des ressources plus nombreuses d’éducation sur la RAM et les PGA, tout au long des études (premier cycle, cycles supérieurs et formation médicale continue); i. plus précisément en ce qui concerne 1) la connaissance de la RAM et des PGA; 2) les tests de diagnostic appropriés; 3) les stratégies visant à minimiser l’usage des antimicrobiens; et 4) les habitudes personnelles de prescription; b) promouvoir et appuyer la recherche sur la RAM, ainsi que la mise en œuvre et la diffusion de stratégies efficaces de gestion des antimicrobiens. © 2019 Association médicale canadienne. Vous pouvez, à des fins personnelles non commerciales, reproduire en tout ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, un nombre illimité de copies des énoncés de politique de l'AMC, à condition d’en accorder le crédit à l’Association médicale canadienne. DOCUMENT CONTEXTUEL DE LA POLITIQUE DE L’AMC Résistance aux antimicrobiens Voir aussi la Politique de l’AMC sur la résistance aux antimicrobiens PD 19-08 APERÇU Le monde est au point de bascule de l’ère post-antibiotique. « Partout dans le monde, nous comptons davantage sur les antibiotiques pour assurer la sécurité médicale, nutritionnelle et économique, tout en déclenchant le déclin de leur utilité par une surutilisation et une utilisation malavisée1 ». Entre 2000 et 2015, on estime que l’utilisation mondiale d’antimicrobiens a augmenté de 65 %, principalement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire2. La Dre Margaret Chan, ancienne directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), considère la résistance aux antimicrobiens (RAM) comme un lent tsunami en santé publique. D’autres experts qualifient la RAM « d’apocalypse antibiotique » imminente et mettent en garde tous les pays qui « subiront des conséquences désastreuses si sa propagation n’est pas contenue3 ». D’autres qualifient maintenant la RAM de « changement climatique » des soins de santé. Selon l’étude du Royaume-Uni sur la RAM, environ 10 millions de personnes dans le monde mourront chaque année d’ici 2050. La RAM dépassera ainsi les taux de mortalité par cancer pour devenir la principale cause de décès4. La RAM « survient lorsque les micro-organismes (bactéries, champignons, virus et parasites) évoluent quand ils sont exposés à des agents antimicrobiens (comme les antibiotiques, les antifongiques, les antiviraux, les antipaludiques et les anthelminthiques). […] Il s’ensuit que les médicaments perdent leur efficacité et que les infections persistent dans l’organisme, ce qui augmente le risque de transmission à d’autres personnes »5. Les micro-organismes qui développent une résistance aux antimicrobiens sont parfois appelés « superbactéries ». Les « bactéries cauchemardesques », comme on les a baptisées, sont des souches bactériennes qu’aucun antimicrobien conventionnel ne peut traiter efficacement. Leur incidence est à la hausse6. La RAM pose un défi sans pareil à la profession médicale, car on estime que jusqu’à 50 % des ordonnances d’antibiotiques établies actuellement sont inappropriées ou inutiles7. La prise d’un antimicrobien n’est pas non plus sans entraîner une exposition qui peut être considérable aux effets secondaires ou au risque. De nombreux traitements médicaux courants et vitaux sont présentement menacés, notamment ceux qui s’attaquent à de nombreuses formes d’infections bactériennes ____________________________________________________________________________ 2 actuellement traitables et formes de traitements comme la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie, l’accouchement par césarienne et les soins en néonatalité, ce qui est critique4. ____________________________________________________________________________ 3 LA DYNAMIQUE SOUS-JACENTE DE LA RAM La RAM est mue par un ensemble complexe de facteurs interdépendants qui comprennent les suivants : 1) augmentation du tourisme mondial et médical; 2) utilisation indue et inutilement élevée d’antimicrobiens dans le secteur agroalimentaire; 3) mauvaises habitudes de prescription chez les médecins; 4) application inadéquate des mesures de prévention et de contrôle des infections; 5) manque de connaissance, attentes inappropriées et mauvais usage des antimicrobiens dans la population en général; 6) disponibilité d’antimicrobiens de mauvaise qualité; 7) manque d’accès à une infrastructure et à des outils rapides, abordables et exacts de diagnostic en temps opportun; 8) données de surveillance inadéquates et sous-utilisées tirées des systèmes de surveillance de la RAM; 9) taux des déplacements internationaux; et 10) faible intérêt commercial à l’égard ou à l’appui des activités de recherche et développement portant sur de nouveaux antimicrobiens8. Afin de réaliser des progrès dans le dossier de la RAM, nous devons réfléchir attentivement à la façon d’en aborder les divers facteurs. Les programmes de gestion des antimicrobiens (PGA) proposent des approches coordonnées à tous les niveaux visant à 1) promouvoir l’utilisation appropriée des antimicrobiens; 2) améliorer les résultats pour les patients; 3) réduire la résistance microbienne et préserver l’efficacité des antimicrobiens; et 4) réduire la propagation des infections causées par les organismes multirésistants9. Les efforts des PGA sont fondés sur l’approche Une seule santé, qui prévoit : 1) la surveillance; 2) la conservation de l’efficacité des antimicrobiens actuels; 3) l’innovation par la recherche et le développement; et 4) la prévention et le contrôle des infections10. On peut considérer fondamentalement la RAM comme un problème d’intervention collective dont la nature ressemble à celle du problème causé par les changements climatiques3,11. Toutes les parties prenantes ont certes un rôle à jouer dans la lutte contre la RAM, mais chacune a des ressources, des aptitudes et des perspectives très différentes face à la RAM12. Le Canada et une grande partie du monde industrialisé ont le luxe de bénéficier, dans le domaine de la santé, d’infrastructures, de ressources financières et de cadres de réglementation qui peuvent permettre d’atténuer la RAM. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les antibiotiques peuvent constituer les seuls soins de santé réels disponibles, la discussion même sur les PGA peut toutefois être considérée comme une menace. En termes simples, ces perceptions démontrent que les solutions à la RAM doivent passer par une stratégie collective aussi générale et branchée que possible. Pour réussir, il faudra procéder d’une manière qui tient compte de la réalité locale de la prestation des soins de santé13. L’investissement mondial dans les activités de recherche et de développement sur les antimicrobiens laisse à désirer, dynamique qualifiée d’« assèchement » du pipeline pharmaceutique8 marqué par le récent retrait généralisé des grandes sociétés pharmaceutiques du domaine de la recherche et du développement sur les antimicrobiens, ce qui reflète le manque de rentabilité dans ce domaine. Du côté pharmaceutique, il existe des obstacles évidents à l’investissement des entreprises dans le développement de nouveaux antimicrobiens. Les facteurs sous-jacents comprennent : 1) la durée du développement, estimée à 10 ans, et les coûts associés, estimés à au moins un milliard de dollars; 2) les taux élevés d’échec dans la mise au point de nouveaux antimicrobiens; 3) l’émergence inévitable d’une résistance à tout nouvel antimicrobien; 4) le prix de revient des antimicrobiens qui est relativement peu élevé par dose pendant des périodes d’utilisation plus courtes; 5) la nécessité de préserver l’efficacité de l’utilisation future de tout antimicrobien, ce qui en limite la viabilité économique8. ____________________________________________________________________________ 4 LES CONTEXTES CANADIENS La RAM constitue déjà un problème de santé publique majeur et coûteux aux États-Unis14 et au Canada. Il y a un lien clair entre les infections découlant de la RAM et de moins bons résultats de santé, des séjours plus longs à l’hôpital et des taux de mortalité plus élevés3. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) estime qu’environ 18 000 Canadiens hospitalisés contractent des infections résistantes aux médicaments chaque année15. L’Institut canadien pour la sécurité des patients estime que 8 000 patients canadiens meurent chaque année d’une infection liée à la RAM16. Selon les estimations, on établit presque 23 millions d’ordonnances d’antibiotiques par année pour des patients au Canada17, ce qui signifie qu’à peu près 1,6 % de la population prend des antibiotiques un jour donné. En principe, le plan d’action actuel est dirigé par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). De prime abord, le plan d’action semble complet, car il présente une approche Une seule Santé10. Or, même si l’on s’est engagé à prendre des mesures complètes et quantifiables sur les PGA, les dirigeants canadiens du secteur de la RAM ont toujours eu du retard à cause d’un manque de coordination concrète entre l’ASPC et les provinces et territoires, et de l’incapacité de localiser systématiquement des initiatives18. Les lacunes antérieures ont été mises en évidence dans le Rapport de 2015 du vérificateur général du Canada19 et de nouveau dans une note d’information produite en 2017 par SoinsSantéCAN18. Même si les efforts se poursuivent et si le plan d’action doit être dévoilé en 2019, des préoccupations persistent toutefois : 1) l’envergure des efforts coordonnés avec les provinces et les territoires passe obligatoirement par un intérêt à collaborer qui n’existe peut-être pas entre les ordres de gouvernement; 2) il se peut qu’on n’affecte pas des ressources suffisantes et spécialisées compte tenu de l’envergure du problème; et 3) il se peut que les efforts de l’industrie et du secteur agricole ne soient pas suffisamment coordonnés avec ceux qui portent sur la RAM dans le cas de la santé humaine. Au printemps de 2018, le Comité permanent de la santé de la Chambre des communes (HESA) a publié un rapport présentant 10 recommandations portant sur la lutte contre la RAM au Canada20. Le gouvernement fédéral a peut-être « accepté » la plupart des recommandations, mais aucun financement significatif (et ciblé) de la lutte contre la RAM n’a été annoncé avant le lancement du plan d’action. Dans sa réponse au rapport du Comité, le gouvernement fédéral a en fait cherché à atténuer la nécessité soit d’intervenir de toute urgence, soit d’augmenter les ressources. On a répondu en signalant les faibles efforts fédéraux déployés contre la RAM pendant plus d’une décennie21. Il convient de signaler qu’il existe quelques excellentes initiatives localisées de gestion des antimicrobiens qui ont commencé à produire des résultats prometteurs à l’échelle locale au Canada. Des champions de la RAM et des PGA comme la campagne Choisir avec soin, le programme Do Bugs Need Drugs et l’Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada soutiennent depuis longtemps que des ressources appropriées permettraient d’étendre des initiatives localisées au niveau systémique dans les systèmes provinciaux et territoriaux de soins de santé. LA RAM À L’ÉCHELLE MONDIALE ____________________________________________________________________________ 5 Des mesures urgentes s’imposent à l’échelle internationale pour combattre la résistance aux antimicrobiens. Même si la RAM demeure un problème de santé publique complexe, les avantages de la gestion des antimicrobiens sont clairs. La préservation de ces ressources précieuses sauvera des vies et peut avoir une incidence positive à la fois sur la qualité des soins et sur les coûts des soins de santé7,14. À l’échelle mondiale, de nombreux pays à revenu élevé et de plus en plus de pays à revenu intermédiaire ont élaboré des plans d’action de lutte contre la RAM par la gestion des antimicrobiens22. Comme au Canada, ces nouvelles stratégies et les stratégies d’action mondiales existantes demeurent en grande partie incomplètes. On commence à affecter des fonds à la mise au point, dans le « pipeline », de nouveaux médicaments antimicrobiens8. En dépit de tout cela, les experts lancent une mise en garde en affirmant que de tels investissements visent trop le court terme et demeurent totalement insuffisants face à l’ampleur de la crise de la RAM qui nous menace8,2324. Cette situation reflète les nombreuses complexités de la mise en oeuvre des plans d’action visant à contrer la RAM, en grande partie en raison des facteurs suivants : 1) manque général de ressources ou de priorisation; 2) complaisance face à la RAM comme problème de santé publique pressant; 3) difficultés que pose la généralisation des efforts locaux de gestion des antimicrobiens; 4) coordination entre les intervenants sectoriels24; et 5) absence de mesures et de données concrètes au sujet de la RAM25. Les gains efficaces au niveau des PGA devront tenir compte de l’effet des ressources limitées sur les pays à revenu faible et intermédiaire13. Il est réaliste de penser que ces pays auront besoin de diverses formes d’incitations et d’aide financière pour être en mesure d’adopter efficacement des programmes de lutte contre la RAM. Agir autrement aura une incidence sur les droits de la personne en matière de santé et minera les efforts mondiaux de lutte contre la RAM. Enfin, des appels sérieux se font maintenant entendre en faveur de la création d’un modèle international, voire d’un traité, sur la lutte contre la RAM par la gestion des antimicrobiens12,26. 1 Laxminarayan, R., Matsoso, P., Pant, S. et coll. Access to Effective antimicrobials: a Worldwide Challenge. The Lancet. 2016; vol. 387 : p. 168-175. [En ligne]. Accessible ici : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26603918 (consulté le 15 août 2018). 2 Klein, E.Y., Van Boeckel, T.P., Martinez, E.M. et coll. Global Increase & Geographic Convergence in Antibiotic Consumption Between 2000 and 2015. PNAS 2018; vol 115, no 15 : p. E3463-E3470. [En ligne]. 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