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Combler l’écart : Améliorer la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14384

Date
2020-12-15
Thèmes
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Santé des populations, équité en santé, santé publique
  1 document  
Type de politique
Approbations de politiques
Date
2020-12-15
Thèmes
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Text
Combler l’écart : Améliorer la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence 29 recommandations d’experts fondées sur les données probantes pour améliorer la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées du Canada aux situations d’urgence DÉCEMBRE 2020 COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES iii Collaborateurs à la rédaction du rapport....................................................................................1 Appuis organisationnels..................................................................................................................4 Abréviations........................................................................................................................................ 7 Résumé.................................................................................................................................................8 Genéralité et contexte.....................................................................................................................15 Domaine 1 : Personnes âgées et aidants non rémunérés.....................................................26 Domaine 2 : Services et programmes communautaires......................................................35 Domaine 3 : Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence............................................................................................................................................ 41 Domaine 4 : Établissements et organisations de soins.........................................................46 Domaine 5 : Lois et politiques...................................................................................................... 52 Domaine 6 : Recherche..................................................................................................................59 Glossaire............................................................................................................................................63 Références.........................................................................................................................................65 Annexes..............................................................................................................................................79 Annexe A : Index des recommandations et organismes compétents............................................................A1 Annexe B : Résumé des lois et cadres pertinents à la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence.....................................................................................................................................................................B1 Table des matières 1 COLLABORATEURS À LA RÉDACTION DU RAPPORT Collaborateurs à la rédaction du rapport En janvier 2019, la Croix-Rouge canadienne, en collaboration avec le National Institute on Ageing, s’est penchée sur les toutes dernières données et opinions d’experts pour éclairer les recommandations à l’intention des gouvernements, organisations et personnes visant à améliorer la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence. Les experts ayant participé à la rédaction du rapport sont les suivants. Coprésidents, Projet de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence de la Croix-Rouge canadienne/National Institute on Ageing Samir K. Sinha, M.D., D.Phil., FRCPC, AGSF Coprésident et directeur de la recherche en politiques sanitaires, National Institute on Ageing Directeur, département de gériatrie, Sinai Health et University Health Network, Toronto (Ontario) Professeur adjoint, département de médecine, École de médecine de l’Université Johns Hopkins Professeur agrégé, départements de médecine, de médecine familiale et communautaire, et Institut de gestion et d’évaluation des politiques sanitaires, Université de Toronto (Ontario) Sarah Sargent, M.A. Vice-présidente, Programme d’opérations canadiennes Croix-Rouge canadienne Ottawa (Ontario) Experts collaborateurs : Christina Baert-Wilson Directrice principale, Santé communautaire Croix-Rouge canadienne Dartmouth (Nouvelle-Écosse) Jane Barratt, Ph.D. Secrétaire générale International Federation on Ageing Toronto (Ontario) Sarah Burke, M.A. Directrice intérimaire, Éducation au respect Croix-Rouge canadienne Victoria (Colombie-Britannique) Dan Carbin, M.Sc. Directeur, Santis Health Toronto (Ontario) Nancy Cooper, MHSA Directrice, Qualité et rendement Ontario Long-Term Care Association Toronto (Ontario) Leslie Eckel Collaboratrice, échange des connaissances InterRAI Canada, Université de Waterloo Waterloo (Ontario) Sharon Goodwin, B.Sc.N., N.P., M.N., Ph.D. Vice-présidente principale, Soins à domicile et communautaires Victorian Order of Nurses (VON) Ottawa (Ontario) Tyler Hague, MPA Chef, Réduction des risques de catastrophe Croix-Rouge canadienne London (Ontario) Irene Hobuleic Directrice principale, Qualité de la pratique et risques Victorian Order of Nurses (VON) Toronto (Ontario) Jessica Hseih, M.SW., R.SW. Coordonnatrice de la recherche Initiative nationale pour le soin des personnes âgées (NICE) Toronto (Ontario) Andrea Iaboni, M.D., D.Phil., FRCPC Professeure adjointe, Département de psychiatrie, Université de Toronto Directrice du groupe médical, Psychiatrie gériatrique, Toronto Rehab, University Health Network Toronto (Ontario) COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 2 Sophia Ikura, MPA Directrice exécutive, Labo de solutions de santé des populations Sinai Health Toronto (Ontario) Mackenzie Kiemele Coordonnatrice Canadian Association of Retired Persons (CARP) Toronto (Ontario) Michael Nicin, M.A., MPP Directeur exécutif National Institute on Ageing Toronto (Ontario) Shawna Peddle, M.Sc. Ancienne directrice, Réduction des risques de catastrophe Croix-Rouge canadienne Guelph (Ontario) Arianne Persaud Chef, Communications et affaires publiques National Institute on Ageing Toronto (Ontario) Veronica Said, M.A. Consultante, Santis Health Toronto (Ontario) Jennifer Savoy, B.A. Chef, Direction des Programmes et gestion des urgences Sécurité publique Canada Ottawa (Ontario) Dallas Seitz, M.D., Ph.D. Professeur agrégé, Département de psychiatrie, Hotchkiss Brain Institute et O'Brien Institute for Public Health École de médecine Cumming, Université de Calgary Calgary (Alberta) Samina Talat, M.H.Sc. Vice-présidente associée, Innovations en santé Croix-Rouge canadienne Mississauga (Ontario) Laura Tamblyn-Watts, LLB Directrice juridique nationale, Politiques et recherche Canadian Association of Retired Persons (CARP) Toronto (Ontario) Sandy van Solm, Ph.D. Chef, Gestion des situations d’urgence/CEMC Région de Waterloo Waterloo (Ontario) Melinda Wells, MPA Directrice, Relations internationales et diplomatie humanitaire Opérations internationales Croix-Rouge canadienne Ottawa (Ontario) Ivy Wong, MPA Directrice des politiques National Institute on Ageing Toronto (Ontario) Caberry Yu, B.H.Sc., M.D.(c) Chercheuse universitaire junior National Institute on Ageing Toronto (Ontario) Lina Zita, BHA Coordonnatrice, Développement et marketing Older Adults Centres’ Association of Ontario Caledon (Ontario) 3 COLLABORATEURS À LA RÉDACTION DU RAPPORT Personnel affecté au projet Nicoda Foster MPH, Ph.D.(c) Chef de projet Projet de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence de la CRC/NIA Bureau du directeur de gériatrie Sinai Health et University Health Network Toronto (Ontario) Laura Romero, B.Sc. Adjointe de recherche Projet de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence de la CRC/NIA Bureau du directeur de gériatrie Sinai Health et University Health Network Toronto (Ontario) Remerciements Les auteurs souhaitent remercier Veronica Said, Dan Carbin, Peg Christensen, Daphne Horn, Chris Walsh et Allan McKee pour leur importante contribution à la rédaction du présent rapport. Shionne Hitchman, B.Sc.H. Adjointe de recherche Projet de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence de l’ARC/AAN Bureau du directeur de gériatrie Sinai Health et University Health Network Toronto (Ontario) Elsa Nana Nzepa, B.Sc. Assistante de programme Projet de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence de la CRC/NIA Bureau du directeur de gériatrie Sinai Health et University Health Network Toronto (Ontario) COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 4 Appuis organisationnels La Croix-Rouge canadienne en partenariat avec le National Institute on Ageing aimerait remercier les organisations ci-dessous pour leur aide et leur appui officiel au présent document. International Federation on Ageing ecagp lacgp <:JIW,Ot,Ui.r.u.DfMYOf A(;A0£1,11£ ( 1tt,1,1oDlf_tlNI: GC RIAT RIC PSYCIII.O.TltY OEG(ROHlO~YCHlAl lttE CAOT · ACE canadlan Association of Occupational Therapists Association canadienne des ergotherapeutes $ CAEPIACMU
CASW ACTS Canadian Frailty Network Reseau canadien des soins aux personnes fragilisees C GN~ ~ anadian Geron)ol?gical .f"'1.: Nursing Association ASSOCIATION (£ MEDICALE l CANADIENNE CANADIAN MEDICAL ASSOCIATION CANADIAN NURSES ASSOCIATION ~- CanAge. Alzheimer Society CANADA
CanadianAssociation .., .,. for Long Term Care CANAOl,6,N H:D[RATION OF NIJRSES UNIO»S LA F"EOERATION (ANAOIENNE DES SYNDIC ATS D'INFIRMIEAES ET INFIRHIERS t Canadian Home Care Association canadienne de soins et services a domicile Canadian Network for the Health and Housing of People Experiencing Homelessness 5 APPUIS ORGANISATIONNELS CARERS CANADA PROCHES AIDANTS au CANADA Canadian Physiotherapy Association ft NICE Association canadienne de physiotherapie National Initiative for the Care of the Elderly Initiative nationale pour le soin des personnes a.gees ' ( ' ,., Closing the Gap® HEALTHCARE - _.. ,._ CS TCM I Canadian Society for !IP L Long-Term Core Medicin1 National Pensioners f.ederat'on Nationale Federation ~ des Retra.ltes J.1Hnostmeae a SENIOR CARE ® HUllldll RKJhb do nol hc1ve d bf~I befoie d,He Health COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 6 Long Term & Continuing Care Association of Manitoba L’Association de soins continus et à long terme du Manitoba ALBERTA CONTTNUING CAREASSOC/ATTON
AdvantAge Ontario Advancing Senior Care OACAO The Voice of Older Adult Centres La voix des centres pour aines OCSA Ontario Community Support Association ¦ Provincial Geriatrics Leadership Office Region of Waterloo THE GERONTOLOGICAL NURSING ASSOCIATION ONTARIO ONTARIO LONG TERM CARE ASSOCIATION ~TDRDNm The New Brunswick Association of NURSING HOMES L'Association des FOYERS DE SOINS du Nouveau-Brunswick ~~E ONTARIO \ Bringing Health Care Home @ caAregiver ORGANIZATION OPS OUIUIIO PlfS OU, SJ PP 0 1 1 WOf)!PS A SSO CIJ 1 l II: HEALTH COMMONS SOLUTIONS LAB ~ 7 Abréviations AAN .......................................................................................................................American Academy of Nursing AVQ .........................................................................................................................Activités de la vie quotidienne ARC..........................................................................................................................................American Red Cross CARP ..................................................................................................... Canadian Association of Retired Persons CDC ................................................................ ................................... Centers for Disease Control and Prevention CVA ..................................................................................................................................Centres de vie autonome CRC ..................................................................................................................................Croix-Rouge canadienne SMU................................................................................................................................Soins médicaux d’urgence ESPT......................................................................................................................État de stress post-traumatique ANP........................................................................................................................Assistant numérique personnel EPI ............................................................................................................ Équipement de protection individuelle SAC .........................................................................................................................Conseil consultatif scientifique SMART ..............................................................................................................Triage simple et traitement rapide É.-U. ........................................................................................................................................................États-Unis ABRÉVIATIONS COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 8 Résumé Comparativement aux plus jeunes, les personnes âgées du Canada et du reste du monde subissent invariablement la plus grande proportion de décès durant et après les situations d’urgence (Fernandez, Byard, Lin, Benson, & Barbera, 2002; Mokdad, et al., 2005). En 1998 par exemple, la tempête de verglas a causé des pannes de courant dans la majorité des régions du Québec, ce qui a forcé le déplacement de 600 000 personnes, y compris des personnes âgées, et a entraîné un taux élevé de mortalité parmi les personnes âgées en raison de l’absence d’équipement de chauffage, de conditions d’hébergement sous-optimales et d’une mauvaise coordination entre les services d’urgence, et les services sociaux et de santé (Plouffe, Kang, & Kalache, 2008). Une décennie plus tard, en 2010, plus de la moitié des décès causés par la canicule au Québec touchait les personnes de 75 ans et plus (Bustinza, Lebel, Gosselin, Belanger, & Chebana, 2013). Pour les feux de forêt de 2017 en Colombie-Britannique et les inondations du printemps au Québec, les personnes âgées ont été touchées le plus durement et malheureusement, ont aussi été rendus vulnérables parce que les protocoles mal coordonnés ont causé le report des mesures d’évacuation (Global News, 2017; Roslin, 2018). Plus récemment, 97% des 10 000 premiers décès dus au COVID-19 au Canada sont survenus chez des Canadiens âgés de 60 ans et plus (Grant, 2020), et la plus grande proportion de ces décès se sont produits dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (Institut canadien d'information sur la santé, 2020; Gouvernement du Canada, 2020). Plusieurs études de recherche ont montré que ces piètres résultats sont liés à des changements physiologiques liés au vieillissement, comme les déficits liés aux sens, à la cognition et à la mobilité; les besoins en matière d’accès et de fonctionnement; l’isolement social et l’accès réduit à la famille et autres soutiens sociaux; des ressources financières limitées; et des politiques et procédures imparfaites (Al-Rousan, Rubenstein, & Wallace , 2014; Fernandez, Byard, Lin, Benson, & Barbera, 2002; Killian, Moon, McNeill, Garrison, & Moxley, 2017). En outre, l’interruption de la prestation ponctuelle des soins médicaux de routine est reconnue comme un facteur contribuant probablement à la mortalité et à la morbidité associées aux complications médicales durant les situations d’urgence, surtout dans les mois qui suivent les grandes catastrophes naturelles. La grande proportion de décès qui semble aussi se produire dans les lieux d’hébergement collectif pour les personnes âgées révèle également les problèmes fondamentaux auxquels il faudra réfléchir dans ces contextes. Le continuum des capacités des personnes âgées est vaste, il s’étend en effet de la réduction de la capacité et des déficiences physiques et cognitives, comme indiqué plus haut, aux membres actifs et engagés dans leur collectivité. Les personnes âgées devraient avoir les moyens nécessaires pour établir des liens avec leurs pairs, surtout les plus vulnérables, dans le but de s’entraider à prévoir et à se préparer à faire face aux situations d’urgence. L’on se doit également de reconnaître et d’appuyer le rôle essentiel que jouent les personnes âgées qui sont les seuls ou les principaux aidants d’autres personnes âgées, à titre de partenaire, de membre de la famille ou d’amis. Il est manifestement nécessaire de mieux préparer les Canadiens âgés vivant dans leur foyer dans la collectivité ou dans un lieu d’hébergement collectif à faire face aux situations d’urgence. Pour améliorer la préparation et la réponse aux situations d’urgence, le Canada doit bien réfléchir à des interventions de gestion des situations 9 d’urgence qui soient uniformes, collaboratrices et fondées sur les données probantes. Ces efforts exigeront plus de ressources et de capacités pour répondre aux besoins de toutes les personnes âgées en matière d’urgence, sans égard à la gamme de circonstances et de contextes dans lesquels elles vivent. En 2018, pour corriger les lacunes de préparation et de gestion des situations d’urgence et des catastrophes, les membres de la table ronde d’experts en politiques sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence du conseil consultatif scientifique de l’American Red Cross (ARC SAC) et de l’American Academy of Nursing (AAN) ont accepté de réaliser une revue de synthèse des données les plus récentes, et des lois et politiques en vigueur afin d’émettre une série de recommandations qui ont été examinées à nouveau et peaufinées par un comité élargi d’experts expérimentés précisément dans les domaines du travail social, de l’éducation, de la santé publique, de la recherche, des politiques en santé, de la gestion des urgences, de la gériatrie et des soins infirmiers. Après un rigoureux processus consensuel de décision, une série finale complète de 25 recommandations fondées sur les données probantes a été rédigée et entérinée par ce groupe. Le présent rapport est le prolongement et la continuité de ce travail, et il ajoute à sa cible les épidémies et pandémies. La pandémie de COVID-19 a frappé le plus durement les personnes âgées du Canada et du reste du monde. Les difficultés vécues par les Canadiens âgés ont jeté les projecteurs sur le besoin de mieux planifier la préparation ciblant l’un des groupes les plus vulnérables de la société. Ce rapport met en lumière les domaines où il est possible de mieux aider les Canadiens âgés, leurs aidants et le système au sens large à se préparer avant et à se relever après une urgence. Pour adapter les recommandations au contexte canadien, la Croix-Rouge canadienne et le National Institute on Ageing ont collaboré à un processus d’élaboration consensuel identique à celui utilisé par l’ARC et l’AAN. Le processus canadien a donné lieu à 29 recommandations d’experts fondées sur les données probantes. Ce document présente ces recommandations ainsi que leur justification pour améliorer la préparation, la réponse et les interventions de rétablissement des personnes âgées du Canada aux situations d’urgence. Aux fins d’approche collaboratrice à l’amélioration de la gestion des urgences partout au pays, les recommandations sont classées dans six domaines pertinents de gestion des urgences : 1) Personnes âgées et aidants non rémunérés; 2) Services et programmes communautaires; 3) Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence; 4) Établissements et organisations de soins; 5) Lois et politiques; et 6) Recherche. Ces recommandations visent à proposer des interventions pouvant combler l’écart actuel en matière de préparation, de réponse et de rétablissement afin de favoriser de meilleurs résultats auprès des personnes âgées du Canada. Sommaire des recommandations 1. Domaine des personnes âgées et aidants non rémunérés Recommandation 1.1 : Les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés doivent avoir accès à de l’information et à des ressources adaptées et faciles d’accès liées à la préparation aux situations d’urgence de même qu’à un guide d’élaboration d’un plan personnalisé de préparation aux RÉSUMÉ COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 10 situations d’urgence qui tienne compte des besoins fonctionnels et sanitaires individuels des personnes âgées ainsi que des stratégies appropriées pour favoriser la prévention des infections et des maladies. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Recommandation 1.2 : Les personnes âgées qui dépendent d’aides à la mobilité doivent éliminer ou réduire au minimum les obstacles pouvant obstruer l’évacuation, et prendre les mesures pour assurer leur sécurité dans leur environnement. Recommandation 1.3 : Si les agences locales de réponse aux situations d’urgence ont mis sur pied un registre de personnes ayant des besoins fonctionnels ou autres, y compris les personnes handicapées, les personnes âgées et/ou leur aidant non rémunéré devrait s’y inscrire afin de recevoir l’aide nécessaire durant les situations d’urgence. Recommendation 1.4: Les personnes âgées ayant un déficit sensoriel, comme une perte visuelle ou auditive, doivent prendre des précautions supplémentaires pour se préparer aux situations d’urgence. Recommandation 1.5 : Les personnes âgées vivant avec une maladie chronique doivent maintenir une liste à jour de leurs affections médicales, traitements (médicaments, équipement médical durable, fournitures et autres besoins de soins de santé), professionnels de la santé et personnes à contacter en cas d’urgence, y compris un mandataire. Recommandation 1.6 : Les personnes âgées qui prennent des médicaments doivent collaborer avec leurs professionnels de la santé pour veiller à avoir un approvisionnement d’au moins 30 jours de médicaments durant une situation d’urgence. Recommandation 1.7 : Les personnes âgées qui dépendent d’un dispositif médical électrique doivent s’assurer d’avoir une alimentation électrique de secours, surtout si le dispositif sera utilisé durant un confinement.
Les personnes âgées et/ou les aidants non rémunérés doivent communiquer à l’avance avec le distributeur d’électricité pour parler de leurs besoins et s’assurer de la disponibilité d’une source d’alimentation électrique de secours et surtout, parler du besoin de recharger les téléphones cellulaires et autres appareils sans fil.
Les personnes âgées et/ou les aidants non rémunérés doivent obtenir de l’aide pour avoir et entretenir une alimentation électrique de secours à domicile, au besoin, comme lorsqu’elle est nécessaire dans les régions rurales pour déplacer de l’équipement lourd et de l’essence ou accéder à ces ressources, et faire fonctionner cet équipement. Recommandation 1.8 : Il faut encourager les personnes âgées à continuer d’entretenir un réseau d’entraide local vers lequel elles peuvent se tourner durant une catastrophe ou une situation d’urgence imminente, surtout si elles vivent seules ou s’il est difficile d’accéder à la famille. Recommandation 1.9 : Les aidants non rémunérés des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et/ou d’autres démences doivent recevoir de l’aide pour détecter les signes de détresse, d’anxiété ou de confusion, faire appel à des stratégies pour détourner l’attention, et les aider à rester calmes durant les situations d’urgence. De plus, les aidants non rémunérés doivent être prêts à prévenir l’égarement, et doivent avoir un plan en place pour situer la personne qu’ils soignent si elle s’égare ou nécessite une intervention médicale durant une situation d’urgence. 11 RÉSUMÉ 2. Domaine des services et programmes communautaires Recommandation 2.1 : Faciliter l’accès aux programmes communautaires adaptés qui renseignent les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés sur les situations d’urgence pouvant survenir dans leur région et comment s’y préparer et y répondre. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété.
Les programmes et organisations communautaires doivent collaborer avec les autorités de santé publique de la région pour créer et distribuer des ressources d’éducation sur le contrôle des infections, et les pratiques de prévention des maladies et des blessures à l’intention des personnes âgées et leurs aidants non rémunérés durant les situations d’urgence. Recommandation 2.2 : Les programmes qui offrent aux personnes âgées des services de secours aux sinistrés et/ou des services communautaires essentiels, comme les Popotes roulantes, et d’aide à la vie quotidienne (services financiers, médicaux, d’hygiène personnelle, d’alimentation et de transport) doivent recevoir une formation sur la préparation aux situations d’urgence. Ces programmes doivent également élaborer un plan et protocole afin de répondre adéquatement aux besoins de leurs clients durant une situation d’urgence, et y adhérer. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Recommandation 2.3 : Les programmes communautaires qui fournissent aux personnes âgées des services de santé et d’hygiène à domicile doivent intégrer des stratégies visant à réduire au minimum le contact personnel non nécessaire et à utiliser les ressources (p. ex. équipement de protection individuelle, tel que jaquettes, masques, gants, désinfectant pour les mains, etc.) dans leurs plans et protocoles de préparation aux situations d’urgence. Recommandation 2.4 : Les gouvernements locaux doivent avoir recours aux données identifiant les personnes à risque afin de permettre aux intervenants d’urgence de prioriser les efforts de recherche et de sauvetage après une situation d’urgence. 3. Domaine des professionnels de la santé et du personnel de réponse aux situations d’urgence Recommandation 3.1 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent recevoir une formation sur les soins gériatriques pertinents à leur discipline et comment venir en aide aux personnes âgées et à leurs aidants non rémunérés avant, durant et après une urgence. La formation supplémentaire doit également les sensibiliser aux pratiques exemplaires et précautions nécessaires pour réduire le risque de contagion durant la réponse à une situation d’urgence. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Recommandation 3.2 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent s’efforcer de réduire les conséquences négatives chez les personnes âgées durant et après une situation d’urgence en adoptant des stratégies conçues pour protéger COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 12 la santé physique et mentale des personnes âgées avec lesquelles ils pourraient entrer en contact. Ces stratégies consistent à évaluer le bien-être psychologique des personnes âgées à la recherche de signes de détresse et de dispenser les traitements appropriés ou de les aiguiller en spécialité, le cas échéant. Recommandation 3.3 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent recevoir une formation de sensibilisation aux cultures afin de dispenser des soins et de l’aide appropriés aux personnes âgées de différentes origines culturelles et religieuses avant, durant et après une urgence. Les prestataires doivent avoir des options à leur disposition pour venir en aide aux personnes âgées et leur aidants non rémunérés qui se heurtent à la barrière de la langue ou à des obstacles culturels pour accéder aux services d’aide (p. ex. traducteurs, matériel écrit en langues autres que l’anglais et le français, etc.). Cela est d’importance particulière pour le personnel qui intervient auprès des peuples autochtones, dans des milieux communautaires diversifiés et durant une évacuation en réponse à une urgence. 4. Domaine des établissements et organisations de soins Recommandation 4.1 : Les établissements et organisations de soins doivent inclure une formation sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence dans leur programme de formation systématique du personnel.
Utiliser les pratiques et outils éducatifs multimodaux pour favoriser l’acquisition des connaissances et le changement de comportement.
Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Recommandation 4.2 : Durant le processus standardisé actuel de transfert des soins, il convient d’ajouter d’autres stratégies visant à améliorer la collecte et le transfert des renseignements pouvant identifier une personne et des anamnèses médicales pour favoriser le suivi efficace, la relocalisation et les soins du patient durant une situation d’urgence. Recommandation 4.3 : Les établissements et organisations de soins doivent s’efforcer d’élaborer des plans d’urgence complets qui incluent une stratégie de réponse efficace pour protéger les personnes âgées contre les éclosions de maladie infectieuse. Ces stratégies doivent refléter les normes fondées sur les données probantes auxquelles des organisations telles Prévention et contrôle des infections Canada (PCI) souscrivent.
Les établissements de soins doivent aussi évaluer régulièrement et faire tomber les obstacles à la mise en oeuvre du plan d’urgence qui repose sur leurs pratiques habituelles. 5. Domaine des lois et politiques Recommandation 5.1 : Un comité consultatif national doit être mis sur pied pour éclairer l’élaboration d’un programme de préparation, de réponse et de rétablissement des Canadiens âgés. Les représentants des Canadiens âgés et de leurs aidants non rémunérés doivent participer afin de veiller à ce que leur point de vue y soit reflété. Recommandation 5.2 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent encourager la mise en place durant l’année ou avant une urgence imminente d’une période d’achats de produits hors taxes de préparation aux situations d’urgence. 13 RÉSUMÉ Les gouvernements doivent également verser un financement ciblé pour aider/subventionner directement l’achat de trousses de préparation aux situations d’urgence par les Canadiens âgés. Les articles couverts doivent inclure une liste convenue d’accessoires d’urgence (telles que piles, générateurs portatifs, échelles de secours, radios, sacs de glace), d’airs climatisés, d’équipement de protection individuelle (p. ex. masques, gants, désinfectant pour les mains) et d’autres aides à la mobilité (canes, déambulateurs, etc.). Recommandation 5.3 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent encourager la création d’un processus ou d’un programme national d’octroi de permis d’exercer au personnel infirmier, médecins, personnel paramédical et autres prestataires de services médicaux d’urgence leur permettant de dispenser bénévolement des soins médicaux d’urgence à l’extérieur des frontières provinciales et territoriales durant un état d’urgence déclaré. Recommandation 5.4 : Tous les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent appuyer les exigences législatives qui obligent les lieux d’hébergement collectif (p. ex. centres de soins infirmiers, résidences-services et maisons de retraite) de mettre à jour et de soumettre régulièrement leur plan d’urgence qui décrit les mesures et les contingences à prendre en situation d’urgence. Ces plans doivent inclure :
Un générateur de secours en cas de panne de courant prolongée, et un plan coordonné avec les agences communautaires pertinentes (p. ex. service municipal d’incendies) pour assurer l’évacuation efficace.
Les directives concernant les interventions appropriées (p. ex. isolement, port du masque, éloignement physique) pour contrôler et prévenir les éclosions et la contagion dans la population durant une situation d’urgence.
Seuils clairs de régulation de la température, précisément les températures maximales et minimales permises en fonction des normes de santé professionnelles et environnementales, et les mesures à prendre pour régler la température et réduire les fluctuations au minimum.
Un résumé du nombre d’employés devant être maintenu durant une situation d’urgence pour minimiser les interruptions des soins et/ou des services. Toutes les provinces et tous les territoires doivent s’efforcer d’uniformiser les exigences en matière de plan d’urgence dans les lieux d’hébergement collectif conformément aux priorités énoncées dans la Stratégie de sécurité civile pour le Canada 2019 et veiller à ce que les plans d’urgence des lieux d’hébergement collectif soient alignés aux directives énoncées dans les plans d’urgence et de pandémie de leur province ou territoire. Recommandation 5.5 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent adopter une approche uniforme favorisant la collaboration entre prescripteurs et dispensateurs (c.-à-d. pharmaciens communautaires) locaux de produits pharmaceutiques, médecins et infirmières praticiennes afin de pouvoir remettre aux personnes atteintes d’une affection chronique un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance avant ou durant une situation d’urgence. Cette approche doit également souligner le besoin que les prestataires pharmaceutiques, les hôpitaux et les organismes de secours collaborent pour veiller à ce que les hôpitaux, organismes de secours et refuges d’évacuation aient à leur disposition un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance.
Toute personne doit pouvoir obtenir un approvisionnement de 30 jours de ses médicaments d’ordonnance d’urgence avant et durant une situation d’urgence. COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 14 6. Domaine de la recherche Recommandation 6.1 : Il faut prioriser la création d’efforts de financement et de recherche afin de mieux contribuer à l’élaboration d’un cadre commun de mesure de la qualité et du niveau de préparation aux situations d’urgence au sein des établissements, organisations, fournisseurs rémunérés, organisations communautaires et autres groupes qui travaillent principalement auprès des personnes âgées et de leurs aidants non rémunérés durant et après une situation d’urgence. Recommandation 6.2 : Un plus grand effort concerté est nécessaire pour utiliser les conclusions découlant des données étayant la planification, la conception et le peaufinage de plus d’interventions, de politiques et de règlements fondés sur les données probantes liés à la préparation aux situations d’urgence des personnes âgées et des aidants non rémunérés, de même que des organisations et fournisseurs rémunérés qui auront la responsabilité de répondre à leurs besoins durant et après une situation d’urgence. Recommandation 6.3 : Il faut créer un réseau de chercheurs, de personnes âgées, d’aidants non rémunérés, de bénévoles et de prestataires dédié à la préparation aux situations d’urgence afin d’encourager les partenariats à poursuivre l’évaluation non rémunérée des interventions de préparation aux situations d’urgence ciblant les personnes âgées. Les membres du réseau doivent revendiquer une plus grande concentration de la recherche sur la préparation aux situations d’urgence auprès des sociétés et revues savantes dont ils sont membres. Recommandation 6.4 : La recherche sur les aidants non rémunérés et la préparation aux situations d’urgence est nécessaire afin de mieux informer les aidants non rémunérés de la façon de prendre soin de leurs parents et amis vulnérables durant une situation d’urgence. Recommandation 6.5 : La recherche sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence dans les collectivités canadiennes et les lieux d’hébergement collectif pour personnes âgées (p. ex. centres de soins infirmiers, maisons de retraite et foyers de groupe et résidences-services) est nécessaire. Elle doit :
Déterminer le niveau actuel de préparation dans ces environnements de même que souligner les défis qui font obstacle à la préparation.
Caractériser l’impact de l’urgence sur la population âgée et nommer les pratiques exemplaires émergentes sur la façon de composer avec les urgences futures. 15 GÉNÉRALITÉ ET CONTEXTE L’état actuel des conséquences d’une urgence sur les personnes âgées du Canada Les catastrophes naturelles et pandémies de maladies infectieuses sont les deux urgences les plus fréquentes qui posent un grand risque à la santé et la sécurité publiques parce qu’elles bousculent le fonctionnement quotidien d’une population. Ainsi, les efforts de préparation et de réponse aux situations d’urgence doivent inclure des stratégies à petite et à grande échelle conçues pour minimiser les effets nocifs, surtout au sein des groupes vulnérables comme les personnes âgées, définies comme les personnes de 65 ans et plus. Depuis dix ans, plusieurs urgences d’envergure ont mis au jour les vulnérabilités particulières des personnes âgées qui ont été le plus touchées par ces urgences. En 1998 par exemple, la tempête de verglas a causé des pannes de courant dans la majorité des régions du Québec, ce qui a forcé le déplacement de 600 000 personnes, y compris des personnes âgées, et a entraîné un taux élevé de mortalité parmi les personnes âgées en raison de l’absence d’équipement de chauffage, de conditions d’hébergement sous-optimales et d’une mauvaise coordination entre les services d’urgence, et les services sociaux et de santé (Plouffe, Kang, & Kalache, 2008; Steuter-Martin & Pindera, 2018). Une décennie plus tard, en 2010, plus de la moitié des décès causés par la canicule au Québec touchait les personnes de 75 ans et plus (Bustinza, Lebel, Gosselin, Belanger, & Chebana, 2013). Pour les feux de forêt de 2017 en Colombie-Britannique et les inondations du printemps au Québec, les personnes âgées ont été touchées le plus durement et malheureusement, ont aussi été rendus vulnérables parce que les protocoles mal coordonnés ont causé le report des mesures d’évacuation (Global News, 2017; Roslin, 2018). Plus récemment, 97% des 10 000 premiers décès dus au COVID-19 au Canada sont survenus chez des Canadiens âgés de 60 ans et plus (Grant, 2020), et la plus grande proportion de ces décès se sont produits dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (Institut canadien d'information sur la santé, 2020; Gouvernement du Canada, 2020). Près de 1700 éclosions ont été signalées dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée, ce qui représente environ 80% de tous les décès dus au COVID-19 au Canada (Institut canadien d'information sur la santé, 2020; NIA Long-Term Care COVID-19 Tracker Open Data Working Group, 2020). L’impact des urgences comme les catastrophes naturelles et les pandémies de maladie infectieuse sur les personnes âgées se limite rarement à la situation d’urgence en soi. L’interruption des soins médicaux, surtout pour les personnes atteintes d’une maladie chronique, multiplie les morbidités et mortalités durant une situation d’urgence d’envergure et dans les mois subséquents. Malgré les lacunes des efforts de préparation et de réponse aux situations d’urgence mis en lumière depuis dix ans, les personnes âgées subissent toujours une plus grande proportion de mortalité et de déclin de la santé liés aux situations d’urgence, tout en continuant de rapporter un taux inférieur de préparation aux situations d’urgence. (Al- Rousan, Rubenstein, & Wallace , 2014; Brunkard, Namulanda, & Ratard, 2008; Cherniack, Sandals, Brooks, & Mintzer, 2008; Gibson & Hayunga, 2006; Kosa, Cates, Karns, Godwin, & Coppings, 2012; Mokdad, et al., 2005; Marshall, Ryan, Robertson, Street, & Watson, 2009). Alors que les baby-boomers continuent de vieillir, on s’attend à ce que la population de personnes de 65 ans et plus explose au Canada dans les prochaines décennies. En 2030, la proportion de la population totale canadienne de 65 ans et plus Généralité et contexte COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 16 passera de 17,2 à 23,4 % de la population totale de 2018 (Statistique Canada, 2020). On projette que cette proportion augmente pour atteindre plus de 29,5 % de la population totale en 2068 (Statistique Canada, 2020). Cette croissance rapide de la population de Canadiens âgés intensifiera la demande de services d’urgence pour répondre aux besoins en matière de préparation, de réponse et de rétablissement des personnes le plus à risque de conséquences négatives aux situations d’urgence. Le besoin de multiplier les services appropriés à l’âge de réponse aux situations d’urgence est aussi souligné par l’augmentation prévue de la fréquence et de la sévérité des phénomènes météorologiques extrêmes pouvant en retour entraîner des épidémies de maladie infectieuse lorsqu’ils changent les conditions humaines ou exacerbent des affections de santé existantes (Field, Barros, Dokken, Mach, & Mastrandrea, 2014; Kouadio, Aljunid, Kamigaki, Hammah, & Oshitani, 2012). Outre les épidémies de maladie infectieuse après une catastrophe, la fréquence et le risque d’épidémie et de pandémie sont toujours imminents vu la densité de la population dans les métropoles et l’ouverture des frontières qui facilitent les voyages et la migration d’un pays à l’autre. En conséquence, plus d’efforts seront nécessaires pour assurer la sécurité des personnes âgées dans le domaine général de la gestion des situations d’urgence auprès de cette population grandissante, et surtout ceux qui vivent en lieu d’hébergement collectif. Les études ont mis en lumière les facteurs socioéconomiques qui rendent les personnes âgées plus vulnérables aux conséquences négatives durant et après les situations d’urgence, et les déficits présents à divers niveaux de la gestion des situations d’urgence pour répondre aux vulnérabilités de ce groupe (Aldrich & Benson, 2008; Banks, 2013; Bustinza, Lebel, Gosselin, Belanger, & Chebana, 2013; Tricco, Lillie, Soobiah, Perrier, & Straus, 2013). Notamment, on a observé que comparativement à leurs cadets, les personnes âgées subissaient plus de conséquences négatives durant une situation d’urgence en raison de leurs capacités et défis complexes et individuels. Des changements commencent à s’opérer avec le vieillissement, tel que l’affaiblissement naturel et graduel du système immunitaire appelé immunosénescence, de plus grandes chances d’être atteint d’une maladie chronique ou de plusieurs morbidités, l’isolement social et le déclin du fonctionnement sensoriel, cognitif et physique (Aldrich & Benson, 2008; Kosa, Cates, Karns, Godwin, & Coppings, 2012). Alors que ces changements sont suffisamment bien gérés par la personne âgée au quotidien, les situations d’urgence comme une catastrophe naturelle et une pandémie de maladie infectieuse bouleversent l’accès aux ressources et au soutien, et exposent les personnes âgées qui ont des besoins complexes à un plus grand risque de conséquences négatives. La gestion déjà faible des situations d’urgence auprès des personnes âgées est encore plus affaiblie par le faible niveau d’éducation et de formation précisément sur les situations d’urgence et les personnes âgées; la prestation limitée de programmes de formation communautaires à l’intention des personnes âgées et de leurs aidants non rémunérés; les lois et règlements qui font obstacle à la préparation individuelle; et l’absence d’une approche uniformisée de préparation aux situations d’urgence au pays (Pesiridis, Galanis, Sourtzi, & Kalokairinou, 2014; Scott, Carson, & Greenwell, 2010; Wyte-Lake, Claver, Griffin, & Dobalian, 2014). Le continuum des capacités des personnes âgées est vaste, il s’étend en effet de la réduction de la capacité et des déficiences physiques et cognitives, comme indiqué plus haut, aux membres actifs et engagés dans leur 17 GÉNÉRALITÉ ET CONTEXTE collectivité. Les personnes âgées devraient avoir les moyens nécessaires pour établir des liens avec leurs pairs, surtout les plus vulnérables, dans le but de s’entraider à prévoir et à se préparer à faire face aux situations d’urgence. L’on se doit également de reconnaître et d’appuyer le rôle essentiel que jouent les personnes âgées qui sont les seuls ou les principaux aidants d’autres personnes âgées, à titre de partenaire, de membre de la famille ou d’amis. Pour combler les lacunes de la préparation aux situations d’urgence, les membres de la table ronde d’experts en politiques sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence du conseil consultatif scientifique de l’American Red Cross (ARC SAC) et de l’American Academy of Nursing (AAN) ont accepté de réaliser une revue de synthèse des données les plus récentes, et des lois et politiques en vigueur afin d’émettre une série de recommandations qui ont été examinées à nouveau et peaufinées par un comité élargi d’experts expérimentés précisément dans les domaines du travail social, de l’éducation, de la santé publique, de la recherche, des politiques sanitaires, de la gestion des urgences, de la gériatrie et des soins infirmiers. Après un rigoureux processus consensuel de décision, une série finale complète de 25 recommandations fondées sur les données probantes a été rédigée et entérinée par ce groupe. Pour adapter ces travaux au contexte canadien, les membres du conseil consultatif scientifique de l’ARC de la Croix-Rouge canadienne (CRC) et du National Institute on Ageing (NIA) se sont penchés sur les conclusions de l’ARC/AAN, ont examiné d’autres publications canadiennes pertinentes et les aspects politiques et législatifs et ont tenu, en mai 2019, une table ronde d’experts en politiques sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence du Canada à Toronto, en Ontario. La table ronde canadienne a réuni 18 experts d’une gamme de secteurs, dont travail social, éducation, recherche, politiques sanitaires, gestion des situations d’urgence, gériatrie et soins infirmiers. La table ronde d’experts en politiques a examiné les 25 recommandations originales de l’ARC/AAN, en particulier les recommandations législatives, qui avaient été adaptées au contexte canadien, et toute donnée supplémentaire s’appliquant aux Canadiens âgés. La majorité des recommandations s’appliquaient généralement au Canada et la table ronde les a jugées appropriées et les a entérinées. L’arrivée subséquente de la pandémie de COVID-19 a invité un examen élargi des publications savantes pour se concentrer sur les pandémies de maladie infectieuse et les occasions de réduire l’écart dans la préparation. Le groupe de référence du présent rapport a initialement émis 26 recommandations finales qui visaient à mettre en place des changements liés à la préparation aux situations d’urgence dans les domaines pertinents de gestion des urgences suivants : 1) personnes âgées et aidants non rémunérés; 2) services et programmes communautaires; 3) professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence; 4) établissements et organisations de soins; 5) lois et politiques; et 6) recherche. La décision prise plus tard par la CRC/NIA d’élargir la portée du rapport pour inclure la préparation aux pandémies de maladie infectieuses a finalement donné un total de 29 recommandations présentées dans le présent document. Approche d’élaboration des recommandations du rapport Examen exploratoire initial et élaboration d’un cadre analytique écologique Au début de ce projet, les membres de la table ronde d’experts en politiques sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence du conseil consultatif scientifique de l’American Red Cross COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 18 (ARC SAC) et de l’American Academy of Nursing (AAN) ont entrepris un examen exploratoire des facteurs liés à l’âge rendant les personnes âgées plus vulnérables aux conséquences néfastes durant et après une situation d’urgence, avec comme cible principale les catastrophes naturelles d’envergure. Aux fins de l’examen exploratoire, une catastrophe désignait un phénomène naturel ou causé par l’homme qui entraîne interruptions ou pertes de vie. Les catastrophes s’inscrivant dans cette définition étaient : inondations, ouragans, tornades, explosions nucléaires et catastrophes complexes. Les catastrophes découlant d’agents malicieux biologiques ou chimiques, et le terrorisme étaient exclus. L’impact des catastrophes naturelles est de grande portée et entraîne parfois d’autres types de catastrophes qui, quoiqu’elles soient non intentionnelles, sont importantes et causent des dommages. Les catastrophes des soins de santé pouvant être définies comme une catastrophe qui empêche l’accès aux soins de santé durant une situation d’urgence en est un exemple (Swathi, Gonzalez, & Delgado, 2017). Une catastrophe des soins de santé se produit également lorsque les effets destructeurs d’une catastrophe naturelle paralyse la réponse d’une région ou d’une collectivité à la demande en matière de soins de santé (Zibulewsky, 2001). Il importe de souligner le lien causal certain entre les catastrophes naturelles et les catastrophes des soins de santé, puisque les catastrophes naturelles entraînent parfois des ratés de la réponse du système de santé aux besoins de services après une situation d’urgence laissant les collectivités touchées sans services de santé. La portée et la cible de cette recherche se limitaient principalement aux catastrophes naturelles, et la recherche a parfois produit des résultats dont le contenu se chevauche. On a observé que sept facteurs rendaient les personnes âgées plus vulnérables aux conséquences néfastes durant et après une situation d’urgence : une prévalence accrue de maladies chroniques, des déficits physiques, cognitifs et sensoriels, un faible réseau social, des problèmes d’accessibilité et d’équité et des ressources financières limitées. Cette revue de synthèse a également relevé les domaines des personnes âgées et aidants non rémunérés, des programmes et services communautaires, des professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence, des établissements et organisations de soins, des politiques et lois et de la recherche comme des domaines pertinents pouvant contribuer à la gestion des catastrophes et urgences auprès des personnes âgées. Il a été déterminé que la préparation adéquate aux situations d’urgence dépend de la synergie entre les domaines pertinents de la gestion des urgences dans le but de limiter les facteurs qui créent une plus grande vulnérabilité chez les personnes âgées durant les urgences. Le domaine de la recherche enveloppe cinq des six domaines de gestion des urgences, et les sept facteurs de vulnérabilité. La recherche relève et comble les lacunes en matière de connaissances et de comportements. La théorie écologique de Bronfenbrenner a été adaptée pour illustrer l’interaction entre les sept facteurs de vulnérabilité et les six domaines de gestion des urgences identifiés (Figure 1). 19 GÉNÉRALITÉ ET CONTEXTE Processus de revue systématique Une revue systématique des publications scientifiques a subséquemment été réalisée avec la portée élargie de la version canadienne qui mettait l’accent sur la préparation aux pandémies et la propagation des maladies infectieuses en plus du thème original de la préparation aux catastrophes naturelles. La revue systématique visait à examiner parmi les six domaines de gestion des urgences auprès des personnes âgées préalablement cités, les lacunes existantes de la préparation aux situations d’urgence causées par une pandémie (voir la Figure 1) et de déterminer quelles étaient les interventions réussies. Aux fins de la portée élargie, une pandémie était définie comme « une épidémie survenant dans le monde entier, ou dans une région très vaste qui traverse les frontières internationales et qui touche habituellement un grand nombre de personnes » (Kelly, 2011). La préparation était définie comme la capacité de répondre à une menace de santé publique, dont les catastrophes naturelles et les éclosions de maladie infectieuse (Patel, et al., 2008). La revue était guidée par les six questions de recherche ci-dessous, à partir desquelles des recommandations fondées sur les données probantes ont été formulées. 1. Domaine des personnes âgées et aidants non rémunérés Question 1 : Quels sont les facteurs qui rendent les personnes âgées plus vulnérables aux conséquences Recherche Personnes âgées et aidants Finances Établissements et organisations de soins (politiques et procédures du système) Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Services et programmes communautaires Recherche Politiques/Lois Figure 1. D’après : Bronfenbrenner, U (1977). Toward an experimental ecology of human development. American Psychologist, 32, 513- 531. / COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 20 négatives durant une situation d’urgence comparativement à leurs cadets? 1.1. Y a-t-il des facteurs liés à l’âge et/ou à la capacité fonctionnelle qui font que les personnes âgées sont plus vulnérables aux conséquences négatives que leurs cadets? 1.2.
Quelle est l’incidence de la détresse psychologique chez les personnes âgées après une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie) comparativement à leurs cadets?
Y a-t-il une différence de l’incidence de détresse psychologique chez les personnes âgées entre les différents facteurs sociodémographiques (c.-à-d. éducation, revenu, race, géographie, etc.) après une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)?
Y a-t-il une différence de l’incidence de détresse psychologique chez les personnes âgées atteintes de démence, de troubles liés à la démence ou d’autres déficits cognitifs? 1.3. Y a-t-il des mesures spécifiques devant être prises par les aidants des personnes âgées pour réduire au minimum les conséquences négatives sur les personnes âgées qu’ils soignent durant ou après une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 2. Domaine des programmes et services communautaires Question 2 : Quelles sont les stratégies et ressources pouvant être utilisées dans la communauté et les programmes pour améliorer la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 2.1. Avons-nous besoin de plus de stratégies de soins de soutien axés sur la population âgée pour mieux préparer les personnes âgées et/ ou leurs aidants familiaux aux situations d’urgence? 2.2. Les ressources classiques de préparation aux situations d’urgence sont-elles efficaces pour favoriser l’acquisition de connaissances et les changements de comportement parmi les personnes âgées et/ou leurs aidants familiaux à faible niveau d’alphabétisation ou qui ne parlent pas le français ni l’anglais couramment? 2.3. Quelles formes de communication sont les plus efficaces pour communiquer aux personnes âgées et/ou à leurs aidants familiaux les instructions sur la préparation, les avertissements et les messages concernant l’accès aux ressources de rétablissement durant l’imminence d’une situation d’urgence?
Quels types d’intervention communautaire ou à but non lucratif peuvent être mis de l’avant pour favoriser le rétablissement positif des personnes âgées et/ou de leurs aidants familiaux après une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 3. Domaine des professionnels de la santé et du personnel de réponse Question 3 : Quelles sont les stratégies et ressources pouvant être utilisées pour améliorer la réponse urgente des professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence durant et après une urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 21 3.1. Faut-il augmenter le recours aux stratégies de triage gériatrique durant l’évaluation des besoins des personnes âgées avant et durant une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 3.2. Quelles sont les méthodes de formation axées sur l’âge et la capacité fonctionnelle que les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent adopter lorsqu’ils soignent et viennent en aide à des personnes âgées à capacités et limites variées durant une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)?
Quelles sont les méthodes d’enseignement du contenu axé sur l’âge et la capacité fonctionnelle qui favorisent le plus efficacement l’acquisition des connaissances et les changements de comportement? 3.3. Quelles sont les compétences de base ou les aptitudes dont les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence ont besoin pour favoriser la prestation de soins sécuritaires et adaptés aux différences culturelles durant une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie) auprès des personnes âgées dont les croyances et préférences culturelles et religieuses diffèrent des leurs?
Des accommodements précis sont-ils nécessaires dans les cas de déplacement des anciens des peuples autochtones après une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)?
Les méthodes d’aide aux Autochtones (dans les réserves et à l’extérieur) et aux autres personnes âgées racialisées vivant au Canada sont-elles différentes? 4. Domaine des établissements et des organisations de soins Question 4 : Quelles sont les stratégies et les ressources pouvant être utilisées dans les établissements et organisations pour améliorer les efforts de préparation et de rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 4.1 Avons-nous besoin de plus de stratégies de soins de soutien ou d’éléments de conception gériatriques pour mieux préparer les établissements et les organisations (agences de secours et refuges) qui pourraient devoir dispenser des soins aux personnes âgées durant ou après une situation d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 5. Domaine des lois et politiques Question 5 : A-t-on formulé ou adopté des lois ou des politiques locales, provinciales ou fédérales visant à améliorer les efforts de préparation et de rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? 5.1. Existe-t-il des données montrant l’efficacité ou l’impact positif d’une loi ou d’une politique en particulier? 5.2. Y a-t-il des données qui laissent entendre que toute loi ou politique actuelle pourrait contrevenir à ce que les données existantes pourraient étayer? 6. Domaine de la recherche Question 6 : Quelles lacunes en matière de recherche ou de données ont été relevées dans les publications qui pourraient mieux éclairer les efforts visant à améliorer la préparation et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence? GÉNÉRALITÉ ET CONTEXTE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 22 Stratégie de la recherche La recherche dans les publications savantes comptait deux phases. La phase un portait sur les catastrophes naturelles et a eu lieu entre les mois de juin 2017 et avril 2019. La phase deux portait sur les pandémies de maladie infectieuse et a eu lieu entre les mois de mars et mai 2020. Dans les deux phases, la recherche s’est limitée aux bases de données MEDLINE, HealthStar, UpToDate, Clinical Key, EBSCOhost, Cochrane, CINAHL, Scopus et Google Scholar contenant des publications pertinentes aux domaines de la médecine, de la santé publique, des soins infirmiers et des soins de santé. Une recherche manuelle dans les références des articles pertinents a également été effectuée. La recherche de la phase un était limitée aux articles publiés en anglais entre 2008 et 2019. La phase deux n’était pas limitée à une date, mais elle s’en est tenue aux articles publiés en anglais. Les paramètres de la recherche visaient à relever les lacunes des données existantes fondées sur les lignes directrices publiées par des agences et autorités de santé publique établies telles que l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Santé publique Ontario (SPO), etc. Sélection des études Le processus de sélection et de présélection était identique dans les deux phases. Les titres et résumés des articles proposés ont été épluchés pour en tirer les articles révisés par les pairs pouvant faire l’objet d’un examen du texte intégral. Les articles ont été choisis en fonction des critères d’inclusion suivants : titres et résumés contenant les mots-clés de la recherche ou un contenu pertinent aux résultats de la gestion des situations d’urgences liés à l’un des six domaines identifiés. Les populations pertinentes de personnes âgées étaient celles vivant en résidence-service, centre de soins infirmiers, indépendamment dans leur domicile, et celles qui étaient confinées ou sansabri. La population de l’étude n’était pas limitée par l’emplacement géographique. Tous les articles qui répondaient aux critères d’inclusion ont été sauvegardés dans le gestionnaire de références Mendeley aux fins d’examen et de référence futures. Les documents législatifs et politiques ont été relevés à l’aide de Google. Une recherche visant à identifier les lignes directrices établies sur les pratiques exemplaires de contrôle des infections a également été réalisée sur Google. Au total, les recherches ont abouti à 4390 articles de revues savantes ainsi qu’à 15 documents législatifs et politiques et 19 lignes directrices. Après la sélection et l’examen du texte intégral, 52 articles révisés par les pairs ont été choisis aux fins d’extraction des données et d’inclusion, en plus des 15 documents législatifs et politiques et des 19 lignes directrices. L’examen des conclusions a généré 29 recommandations fondées sur les données probantes. Revue des médias et analyse du contenu des rapports Vu que le domaine 5 portait sur les politiques et les lois, une revue des médias a été réalisée parallèlement afin de repérer les rapports médiatiques, documents de discussion et documents législatifs et politiques à l’échelle provinciale et fédérale. Une analyse du contenu des rapports médiatiques surtout a été réalisée afin d’identifier les catastrophes ou situations d’urgence survenues au Canada sans avoir attiré l’attention des publications savantes entre 2008 et 2018. Les rapports médiatiques ont été examinés pour y relever les statistiques rapportées sur les victimes ou le nombre de personnes touchées. La revue portait surtout sur les régions rurales et éloignées et sur les populations des Premières Nations, des Inuit et des Métis du Canada. Les thèmes clés ont 23 été déterminés à partir de l’analyse du contenu puis ont été intégrés dans le livre blanc. Entrevues auprès des experts Pour recueillir l’information sur la préparation, la réponse et le rétablissement des anciens des peuples autochtones du Canada, la Croix-Rouge canadienne (CRC) a entrepris une série d’entrevues auprès du personnel provincial de réponse aux situations d’urgence de quatre provinces afin de mettre en lumière les principaux enjeux et pratiques exemplaires observés durant la collaboration avec les peuples autochtones aux activités de préparation, de même que lorsque la CRC a participé aux opérations d’évacuation et de rétablissement. Les thèmes ressortis de ces entrevues ont éclairé le texte de la recommandation 3.3. Processus de prise de décision consensuelle En juin 2018, la table ronde d’experts en politiques sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence du conseil consultatif scientifique de l’American Red Cross (ARC SAC) et de l’American Academy of Nursing (AAN) a évalué les conclusions de notre revue scientifique et la faisabilité des recommandations sur la table. Pour favoriser l’évaluation des recommandations et des éventuelles lacunes qu’il restait dans la préparation aux situations d’urgence, un processus de prise de décision consensuelle a été adapté à la table ronde d’experts en politiques puisqu’il est une méthode efficace pour faciliter la contribution de tous à une solution ou à une intervention en encourageant le dialogue dans le but de tenir compte de l’opinion et des préoccupations de chacun des experts participant et d’y réfléchir (Seeds for Change, 2010). La prise de décision consensuelle est un processus de résolution des problèmes dont le but est d’élaborer des solutions avec lesquelles tous les collaborateurs sont d’accord. Elle s’oppose au vote, lequel génère des solutions qui reflètent l’opinion et la satisfaction de la majorité des collaborateurs et non du groupe en entier (Seeds for Change, 2010). Dix-neuf experts ont été invités à siéger à la table ronde des experts en politiques; cependant, seuls 15 ont pu y participer. Le groupe final était composé d’experts de milieux variés liés à la préparation des personnes âgées aux catastrophes, dont travail social, éducation, santé publique ou recherche en santé publique, politiques sanitaires, gestion des situations d’urgence, gériatrie et soins infirmiers. Pour susciter au mieux l’intérêt à l’égard des sujets de discussions en groupe, tous les participants ont reçu par courriel une copie du résumé des tableaux synoptiques créés après la revue systématique américaine de la littérature. Cela a donné aux participants la chance de se familiariser avec les conclusions ayant servi à formuler les recommandations initiales et d’orienter leur propre recherche pouvant servir aux discussions et modifications des recommandations. En août 2018, une version préliminaire de ce rapport américain a été distribuée à tous les membres de la table ronde d’experts en politiques, et à tous les membres et toutes les organisations n’ayant pu participer à la table ronde d’experts en politiques. Cela a donné aux membres l’occasion de soumettre leurs observations finales sur les recommandations, et à tous les membres non participants la chance de donner leurs commentaires sur les recommandations. Cette collaboration jumelée des deux rondes d’examen a, au final, généré 25 recommandations présentées dans un livre blanc intitulé «Combler l’écart : Améliorer la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence». GÉNÉRALITÉ ET CONTEXTE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 24 En mai 2019, la Croix-Rouge canadienne et le National Institute on Ageing ont organisé ensemble une table ronde d’experts en politiques semblable ayant fait appel à un processus identique pour adapter les recommandations initiales au contexte canadien. La table ronde a réuni 18 experts de secteurs variés, dont travail social, éducation, recherche, politiques sanitaires, gestion des situations d’urgence, gériatrie et soins infirmiers. La table ronde d’experts en politiques a eu recours à un processus de prise de décision consensuelle pour examiner et critiquer les données scientifiques actuelles ayant été relevées durant la revue scientifique, de même que pour entériner les recommandations de la table ronde d’experts en politiques sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence du conseil consultatif scientifique de l’American Red Cross et de l’American Academy of Nursing. L’examen des recommandations a généré 26 recommandations initiales fondées sur les données probantes qui visaient à réduire l’incidence des conséquences indésirables liées aux situations d’urgence chez les personnes âgées en permettant aux personnes âgées et leurs aidants non rémunérés d’être mieux préparés à faire face aux situations d’urgence et en utilisant les ressources et stratégies appropriées liées aux situations d’urgence dans les autres domaines de gestion des urgences. Pour lancer le processus de prise de décision, les enjeux existants liés à la préparation aux situations d’urgence et les recommandations proposées pour intervenir ont été présentées et expliquées à tous les participants d’un seul grand groupe. Cela a donné aux participants l’occasion de se pencher brièvement sur la méthodologie, un résumé des tableaux synoptiques et les recommandations d’intervention. Les recommandations ont été divisées en six sections en fonction du domaine de gestion des situations d’urgence que l’on avait déterminé être responsable de l’adoption ou de la mise en application d’une recommandation donnée. Après examen des documents à l’appui, les participants se sont divisés en trois rondes de séances en petits groupes. La séance en petit groupe un a examiné la liste des recommandations relatives aux personnes âgées et leurs aidants non rémunérés, aux services et programmes communautaires et aux professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence. La séance en petit groupe deux a examiné la liste des recommandations relatives aux établissements et organisations de soins et aux lois et politiques. La séance en petit groupe trois a examiné la liste des recommandations relatives à la recherche. Les participants pouvaient choisir le groupe dans lequel ils souhaitaient être placés en indiquant leur préférence durant la semaine ayant précédé la table ronde des experts en politiques. Puisqu’il y avait 18 participants et six séries de recommandations, chaque panéliste participait à une discussion sur une recommandation par séance. Dans leur groupe de discussion, on demandait à chaque participant de réfléchir aux questions ci-dessous durant la revue de la recommandation :
Quels enjeux ou sujets liés à ce domaine sont absents des données disponibles?
Les recommandations actuelles sont-elles suffisantes pour régler les enjeux liés à ce domaine?
Quels ajouts ou modifications suggérez-vous aux recommandations actuelles et pourquoi? Les questions de recherche visaient à faciliter la discussion quant à la faisabilité de la recommandation et si oui ou non la recommandation proposée corrigeait suffisamment les lacunes actuelles en matière de préparation, de réponse et de rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence. Le temps alloué aux séances en petits groupes a été utilisé par les participants pour émettre commentaires et critiques des recommandations initiales, y apporter des modifications ou proposer de nouvelles 25 recommandations exclues de la version initiale, de même que pour discuter et arriver à un consensus sur les questions liées à la compréhension et à la syntaxe de chaque recommandation déléguée à un groupe en particulier. Le consensus était nécessaire avant que la nouvelle recommandation soit ajoutée à la liste, ou que des omissions ou modifications soient ajoutées aux recommandations initiales. Si les participants d’un groupe ne s’entendaient pas sur un point, les animateurs demandaient des commentaires additionnels, des clarifications, des justifications ou une nouvelle approche pour résoudre le problème dans le but d’arriver à un consensus au sein du groupe. Après que les participants aient examiné toutes les recommandations dans leur petit groupe, la table ronde des experts en politiques s’est terminée par une rencontre en personne des 18 participants. Cette rencontre a donné à chaque petit groupe l’occasion de présenter la version finale de leurs recommandations proposées ayant été formulées à partir des conclusions de leurs discussions, et a également donné aux participants qui étaient absents des deux autres groupes l’occasion de discuter de la faisabilité de ces recommandations. L’examen des recommandations par le comité a généré 26 recommandations fondées sur les données probantes qui visaient à réduire l’incidence des conséquences indésirables liées aux situations d’urgence chez les personnes âgées en permettant aux personnes âgées et leurs aidants non rémunérés d’être mieux préparés à faire face aux situations d’urgence et en utilisant les ressources et stratégies liées aux situations d’urgence appropriées aux autres domaines de gestion des urgences. En mai 2020, vu l’impact dévastateur de la pandémie de COVID-19 sur les personnes âgées, la CRC et NIA se sont entendus pour élargir la portée du rapport afin d’inclure les éclosions de maladie infectieuse. Cela a donné lieu à une deuxième phase de la revue systématique pour éclairer la mise à jour des recommandations existantes et en créer trois autres. Le rapport et son nouveau total de 29 recommandations a circulé parmi les participants de la table ronde des experts en politiques et les autres experts et organisations n’ayant pu participer à la table ronde d’août 2019. Ainsi, tous les participants ont pu émettre leurs critiques et recommandations finales et tous les non-participants ont pu donner leurs commentaires sur les recommandations. Les contributions jumelées des rondes d’examen ont, au final, généré 29 recommandations fondées sur les données probantes présentées dans le présent livre blanc. GÉNÉRALITÉ ET CONTEXTE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 26 Domaine 1 : Personnes âgées et aidants non rémunérés Les personnes âgées, surtout celles vivant avec une maladie chronique, à faible revenu et/ou à faible niveau d’alphabétisation ont tendance à subir des conséquences négatives disproportionnées durant les situations d’urgence. Les personnes âgées moins vulnérables ont également l’occasion de jouer un rôle important pour établir un lien avec leurs pairs (et leurs aidants non rémunérés) afin de les aider à prévoir les situations d’urgence et à s’y préparer. Les personnes âgées sont les mieux placées pour veiller à ce que leurs besoins et préoccupations soient représentés dans l’espace de gestion des situations d’urgence, et il faut les encourager à se porter bénévoles avant, durant et après une situation d’urgence. L’occasion se présente pour créer, mettre en place et évaluer les activités individuelles de préparation et de réponse aux situations d’urgence pouvant améliorer les connaissances et le rétablissement des personnes âgées et de leurs aidants non rémunérés. L’investigation des vulnérabilités des personnes âgées durant une catastrophe a été guidée par la question de recherche 1 : Quels sont les facteurs qui rendent les personnes âgées plus vulnérables aux conséquences négatives durant une situation d’urgence comparativement à leurs cadets? (voir Approche de développement). Les stratégies de recherche utilisées ont donné lieu à un total de 4390 articles de revues savantes révisés par les pairs, dont 13 ont été utilisés avec cinq documents d’orientation aux fins d’extraction des données liées à cette question. L’examen de ces 18 ressources a révélé que les personnes âgées qui sont dépendantes de médicaments et de dispositifs d’aide ou de maintien des fonctions vitales présentent un risque accru de conséquences négatives durant une situation d’urgence. Les personnes âgées sont également plus prédisposées aux maladies infectieuses ou aux pandémies pouvant exacerber leur affection préexistante. En conséquence, pour combler ce fossé, neuf recommandations d’experts fondées sur les données probantes visent à augmenter le niveau de préparation des personnes âgées qui présentent un déclin de la santé et/ou de la capacité fonctionnelle, et de leurs aidants non rémunérés. Recommandation 1.1 : Les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés doivent avoir accès à de l’information et à des ressources adaptées et faciles d’accès liées à la préparation aux situations d’urgence de même qu’à un guide d’élaboration d’un plan personnalisé de préparation aux situations d’urgence qui tienne compte des besoins fonctionnels et sanitaires individuels des personnes âgées ainsi que des stratégies appropriées pour favoriser la prévention des infections et des maladies. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Recommandation 1.2 : Les personnes âgées qui dépendent d’aides à la mobilité doivent éliminer ou réduire au minimum les obstacles pouvant obstruer l’évacuation, et prendre les mesures pour assurer leur sécurité dans leur environnement. Recommandation 1.3 : Si les agences locales de réponse aux situations d’urgence ont mis sur pied un registre de personnes ayant des besoins fonctionnels ou autres, y compris les personnes handicapées, les personnes âgées et/ ou leur aidant non rémunéré devrait s’y inscrire afin de recevoir l’aide nécessaire durant les situations d’urgence. Recommandation 1.4: Les personnes âgées ayant un déficit sensoriel, comme une perte visuelle ou auditive, doivent 27 DOMAINE 1 : PERSONNES ÂGÉES ET AIDANTS NON RÉMUNÉRÉS prendre des précautions supplémentaires pour se préparer aux situations d’urgence. Comprendre les besoins personnels et fonctionnels uniques des personnes âgées durant une situation d’urgence L’accès d’une personne âgée aux services d’aide qui nécessitent de maintenir la qualité de vie et l’indépendance générales, comme les services de soins à domicile et communautaires, pourrait être perturbé durant une situation d’urgence ou durant une évacuation ou un confinement. Cette situation est aggravée par l’absence de services adaptés à leur âge et d’accommodements pour les personnes âgées dans les refuges, et par l’inquiétude causée par la sécurité et l’évacuation des animaux de compagnie. En effet, les ménages avec animal de compagnie ont moins tendance à évacuer leur domicile que les ménages sans animal de compagnie. Cela s’explique probablement par le fait que les personnes s’inquiètent que leur animal ne soit pas évacué avec elles, ce qui est souvent cité comme l’un des principaux facteurs de refus d’évacuer durant une situation d’urgence (Benson, 2017; Whitehead, et al., 2000). L’une des stratégies pouvant être utilisée pour améliorer la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence consiste à les encourager à se préparer en leur donnant accès à du matériel éducatif et à des guides de planification sur la préparation aux situations d’urgence qui sont adaptés à la situation des personnes âgées. Beaucoup d’organisations affichent sur leur site Web des ressources de préparation aux situations d’urgence, comme la campagne Préparez-vous du gouvernement du Canada et la campagne Soyez prêt de la Croix-Rouge canadienne, qui fournissent des ressources liées à une gamme de situations d’urgence et des liens vers d’autres ressources communautaires (Croix-Rouge canadienne, 2019; Gouvernement du Canada, 2015). Bien que nombre de ces ressources visent à encourager les personnes âgées à se préparer à des situations d’urgence variées, elles ne fournissent pas de solution pour surmonter les défis uniques auxquels les personnes âgées font face lorsqu’elles se préparent et répondent à une situation d’urgence et s’y rétablissent. Pour combler cette lacune actuelle des ressources de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence, la Recommandation 1.1 vise à encourager les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés à accéder aux ressources et à l’information en matière de préparation qui sont adaptées à la situation des personnes âgées, et de particulièrement tenir compte de leurs besoins sanitaires et fonctionnels lorsqu’ils élaborent un plan d’urgence. Quant aux organisations qui développent et distribuent ces ressources, il est essentiel qu’elles fassent participer les personnes âgées à la préparation et la distribution des ressources afin que ces dernières tiennent compte des besoins, des préoccupations et du point de vue des Canadiens âgés (Marshall, Ryan, Robertson, Street, & Watson, 2009; Al-Rousan, Rubenstein, & Wallace , 2014). Les ressources doivent également être adaptées aux besoins en matière de langue des diverses communautés afin d’en accroître la disponibilité lorsqu’elles sont nécessaires aux personnes âgées appartenant à des communautés non francophones. Les situations d’urgence, comme les pandémies affectent de façon disproportionnée les groupes les plus vulnérables, en particulier ceux qui font face à des inégalités sociales exacerbées par l’intersection de facteurs tels que l’âge, la race et le revenu (Navaranjan, Rosella, Kwong, Campitelli, & Crowcroft, 2014; Tricco, Lillie, Soobiah, Perrier, & Straus, 2013; Blackmon, et al., 2017). En facilitant l’accès à l’information sur la préparation aux situations d’urgence et en encourageant les personnes âgées de divers groupes et leurs aidants non rémunérés à prendre l’initiative pour évaluer leurs propres besoins et formuler un plan adapté à leurs propres COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 28 difficultés, on insuffle confiance en leur capacité à dépendre de soi lorsqu’ils répondent à une situation d’urgence ou fournissent les ressources additionnelles nécessaires pour permettre au personnel de réponse aux situations d’urgence de mieux aider les personnes âgées qui présentent des limites fonctionnelles. Le vieillissement est souvent associé à un déclin de la fonction motrice, ce qui met les personnes âgées en danger de blessures si elles sont incapables d’accéder à leur appareil fonctionnel, c’est-à-dire déambulateur ou fauteuil roulant, ou encore à leur aidant non rémunéré durant une évacuation (Bhalla, Burgess, Frey, & Hardy, 2015). Les professionnels de la santé, tels les ergothérapeutes sont une ressource précieuse pour préparer et formuler un plan d’urgence qui tienne compte des besoins fonctionnels des personnes âgées dépendantes d’un appareil fonctionnel. Les ergothérapeutes peuvent également déterminer quels sont les obstacles présents dans l’environnement et les éliminer pour répondre aux besoins des personnes âgées et des personnes handicapées afin de favoriser la préparation efficace aux situations d’urgence (Jeong, Law, DeMatteo, Stratford, & Kim, 2016). Par exemple, aux refuges où elles sont évacuées, les personnes handicapées ont besoin de rampes d’accès qui sont assez larges pour recevoir un fauteuil roulant (American Occupational Therapy Association, 2006). En plus des besoins fonctionnels, les plans d’urgence doivent également contenir des stratégies de prévention des urgences sanitaires découlant d’une pandémie ou d’infections suivant une catastrophe naturelle comme une inondation (Kouadio, Aljunid, Kamigaki, Hammah, & Oshitani, 2012). En conséquence, les ressources de préparation des personnes âgées aux situations d’urgence doivent inclure des stratégies de prévention primaire de la contagion à domicile (Centers for Disease Control and Prevention, 2020; Finkelstein, Prakash, Nigmatulina, McDevitt, & Larson, 2013). Toutefois, comme le souligne la Recommandation 1.2, en se préparant à surmonter les obstacles à la préparation, tels que les obstacles présents dans l’environnement qui empêchent l’évacuation ponctuelle réussie, les personnes âgées peuvent indépendamment formuler un plan plus efficace d’évacuation en cas d’urgence. Les stratégies visant à faire tomber les obstacles présents dans l’environnement consistent à installer une rampe d’accès pour fauteuil roulant, une chaise d’évacuation et/ou à organiser l’évacuation du domicile et le transport assisté en recrutant un membre de la famille, un ami ou un aidant non rémunéré (Gouvernement du Canada, 2018). Les professionnels paramédicaux comme les ergothérapeutes peuvent adapter l’espace de vie d’une personne âgée dans le but d’optimiser l’indépendance et la sécurité et d’ainsi pouvoir planifier une évacuation sécuritaire et efficace (Fagan & Sabata, 2011; Stark, Landsbaum, Palmer, Somerville, & Morris, 2009). Le rôle potentiel des registres de personnes ayant des besoins fonctionnels ou autres, y compris les personnes handicapées Les registres de personnes ayant des besoins fonctionnels ou autres, y compris les personnes handicapées vivant en communauté sont des ressources et sources de données mises sur pied dans de nombreuses municipalités pour donner aux agences de réponse aux situations d’urgence une référence quant aux besoins fonctionnels des résidants d’une collectivité afin d’aider le personnel de réponse aux situations d’urgence à mieux les servir. Alors que les registres sont une bonne ressource pour situer rapidement les personnes ayant des besoins fonctionnels ou autres, ils ne sont pas recommandés comme principale source de préparation et de réponse aux situations d’urgence aux agences d’aide aux personnes âgées ou de réponse aux situations d’urgence. C’est parce que les gouvernements et agences de services d’aide ne peuvent garantir leur aide en raison de la forte 29 DOMAINE 1 : PERSONNES ÂGÉES ET AIDANTS NON RÉMUNÉRÉS demande d’aide durant une situation d’urgence, ce qui limite la disponibilité de ces services. En outre, les discussions de la table ronde sur les limites des registres ont soulevé le fait que les vulnérabilités sont parfois liées à un événement précis, et ces registres deviennent rapidement désuets et se montrent aussi parfois inefficaces pour identifier les personnes de leur public cible, car beaucoup d’entre elles ne sont pas inscrites au registre puisqu’elles jugent ne pas être vulnérables ou elles craignent la stigmatisation liée au fait d’être étiquetées comme « des personnes vulnérables ». Sont également ressorties, des préoccupations à l’effet que les registres instillent souvent chez les personnes inscrites l’impression qu’elles recevront une aide prioritaire durant une situation d’urgence, alors que ce n’est pas le cas. En réalité, les situations d’urgence graves comme les catastrophes naturelles et les pandémies peuvent tellement restreindre et solliciter les ressources à l’extrême qu’il soit impossible de garantir les services d’urgence, peu importe la gravité de l’état ou des besoins d’une personne. Avec ces limites à l’esprit, les participants de la table ronde sont arrivés à un consensus selon lequel les personnes âgées vivant dans une municipalité ayant mis sur pied un tel registre doivent envisager de s’y inscrire, toutefois, l’établissement de ces registres ne doivent pas être une exigence, comme le note la Recommandation 1.3. L’on s’attend plutôt à ce que de la Recommandation 1.1 à la Recommandation 1.9, la préparation individuelle sera suffisante pour fournir les conseils nécessaires pour formuler un plan d’urgence personnalisé visant à répondre aux besoins sanitaires et fonctionnels individuels d’une personne âgée en particulier. Aide aux personnes âgées ayant un déficit sensoriel Les déficits de la vue ou de l’audition font qu’il est difficile pour les personnes âgées de répondre en toute sécurité à une situation d’urgence, comme lorsqu’il faut sortir de chez soi la nuit ou naviguer un environnement inconnu, ou encore savoir reconnaître les alarmes d’urgence (Cloyd & Dyer, 2010). Alors que beaucoup de ressources sur la préparation recommandent déjà aux personnes ayant un déficit sensoriel d’apporter des changements à leur environnement ou de prendre des précautions supplémentaires pour assurer leur protection durant une situation d’urgence, la Recommandation 1.4 propose d’autres considérations pour mieux préparer les personnes âgées ayant un déficit sensoriel à répondre aux situations d’urgence. Durant une situation d’urgence, il pourrait être difficile pour les personnes âgées ayant une perte auditive d’entendre les mises à jour et instructions ou de communiquer dans un environnement bruyant (Banks, 2013; Cloyd & Dyer, 2010). Pour mieux aider les personnes âgées ayant une perte auditive à communiquer avec le personnel d’urgence, il faut qu’elles adoptent des stratégies pour aviser le personnel aidant de leur perte auditive, comme le souligne le Guide de préparation aux urgences à l'intention des personnes ayant une incapacité ou des besoins particuliers publié par le Gouvernement du Canada (Gouvernement du Canada, 2018). Certaines des stratégies consistent à bouger les lèvres sans émettre de sons ou de pointer vers l’oreille ou l’appareil auditif. Une stratégie efficace pour aviser autrui de la perte auditive aidera le personnel d’aide à comprendre qu’il doit ajuster son approche de communication pour se faire comprendre des personnes ayant une perte auditive. De nombreux guides de préparation aux situations d’urgence préconisent l’installation de dispositifs d’alarme et des plans d’urgence qui incorporent la communication orale avec les membres du réseau de soutien; ces guides négligent toutefois de fournir des recommandations spécifiques aux personnes COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 30 ayant une perte auditive qui sont incapables d’utiliser les dispositifs d’urgence traditionnels (Gouvernement du Canada, 2018). Pour adapter les plans de communication d’urgence afin de mieux répondre aux capacités des personnes ayant une perte auditive, il faut adopter des dispositifs de communication non verbale, tels textos et téléscripteurs pour communiquer. Puisque ces dispositifs de communication ne dépendent pas de la communication verbale, ils permettent aux personnes ayant une perte auditive de communiquer rapidement et efficacement avec les membres de leur réseau de soutien pour demander de l’aide, fournir des mises à jour sur leur état et leur emplacement, et ils imitent mieux les dispositifs de communication utilisés tous les jours par les personnes qui n’ont pas de perte auditive. Aussi, l’installation de dispositifs d’alarme ayant recours aux lumières ou aux vibrations en plus du son, comme les dispositifs d’alarme qui secouent le lit, seraient plus efficaces pour alerter les personnes ayant une perte auditive que les dispositifs d’alarme classiques qui ne produisent que des sons lorsqu’ils sont activés. Les plans doivent également inclure des piles supplémentaires pour activer les dispositifs dans les cas de panne de courant prolongée. Les personnes ayant une perte visuelle auront probablement des difficultés à naviguer leur environnement durant une situation d’urgence, surtout dans un refuge mal éclairé ou dans des endroits inconnus, ce qui pourrait ralentir leur réponse aux situations d’urgence ou leur causer des difficultés à suivre les instructions des protocoles d’urgence (Lamb & O'Brien, 2010). Les appareils fonctionnels, tels que les aides à la mobilité (canes, déambulateurs) et les stratégies, telles qu’un système de compagnon ou un chien-guide, doivent être incorporés au plan d’urgence pour veiller à répondre efficacement aux situations d’urgence. Pour planifier les interruptions ou évacuations inattendues, il est également recommandé que les personnes âgées ayant une perte visuelle et/ ou leur aidant non rémunéré incluent une route d’évacuation et un mode de transport dans le plan d’urgence. En adaptant leur environnement et leur plan d’urgence à leurs besoins individuels, les personnes âgées ayant un déficit sensoriel peuvent créer un plan qui leur permet d’être prêtes à faire face à une situation d’urgence. Recommandation 1.5 : Les personnes âgées vivant avec une maladie chronique doivent maintenir une liste à jour de leurs affections médicales, traitements (médicaments, équipement médical durable, fournitures et autres besoins de soins de santé), professionnels de la santé et personnes à contacter en cas d’urgence, y compris un mandataire. Recommandation 1.6 : Les personnes âgées qui prennent des médicaments doivent collaborer avec leurs professionnels de la santé pour veiller à avoir un approvisionnement d’au moins 30 jours de médicaments durant une situation d’urgence. Recommandation 1.7 : Les personnes âgées qui dépendent d’un dispositif médical électrique doivent s’assurer d’avoir une alimentation électrique de secours, surtout si le dispositif sera utilisé durant un confinement.
Les personnes âgées et/ou les aidants non rémunérés doivent obtenir de l’aide pour avoir et entretenir une alimentation électrique de secours à domicile, au besoin, comme lorsqu’elle est nécessaire dans les régions rurales pour déplacer de l’équipement lourd et de l’essence ou accéder à ces ressources, et faire fonctionner cet équipement. 31 DOMAINE 1 : PERSONNES ÂGÉES ET AIDANTS NON RÉMUNÉRÉS Aide aux personnes âgées atteintes de maladies chroniques L’effet de sollicitation à l’extrême des ressources exercé par les situations d’urgence graves continue de menacer les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins complexes des personnes âgées atteintes de maladies chroniques durant une situation d’urgence. Les situations d’urgence, telles que les catastrophes naturelles, ont un effet néfaste sur la santé de tous, non seulement en perturbant les services de santé, mais aussi en causant des pannes de courant pouvant interrompre les interventions médicales qui demandent de l’électricité, comme les systèmes de maintien des fonctions vitales ou les médicaments devant être entreposés au froid. Durant la tempête de verglas de 1998, au moins 600 000 personnes, y compris des personnes âgées vivant dans des centres d’hébergement et de soins de longue durée, ont été déplacées hors de leur domicile et dans des hôtels ou autres refuges dotés de courant de secours (Steuter-Martin & Pindera, 2018). La réduction de la mobilité, les affections préexistantes, l’absence d’équipement de chauffage, des conditions d’hébergement sous-optimales et une piètre coordination entre les services d’urgence, et les services sociaux et de santé ont contribué au taux élevé de mortalité des Québécois âgés. Les personnes âgées présentaient un risque accru en raison de leur fragilité jumelée à leur isolement social (van Solm A. , 2016). Les obstacles à l’accès à l’électricité et aux médicaments peuvent nuire à la santé des personnes âgées en raison de la forte prévalence d’affections chroniques, telles que l’hypertension, l’hypercholestérolémie et le diabète dans cette sous-population (National Council on Aging, 2018). La Recommandation 1.5 vise à encourager la création et/ou l’incorporation d’une ressource visant à intégrer le dossier médical dans le plan de préparation en encourageant les personnes âgées à rédiger un résumé de leurs affections médicales et traitements médicaux, de même que de leurs professionnels de la santé et personnes à contacter en cas d’urgence à ajouter à leur trousse d’urgence. La présence dans la trousse d’urgence d’un résumé des antécédents médicaux peut réduire au minimum la perturbation des soins des personnes âgées durant une situation d’urgence (Centers for Disease Control and Prevention, 2020; Kosatky, et al., 2009). Ainsi, les aidants non rémunérés et professionnels de la santé qui ne connaissent pas l’état de la personne qu’ils aident auront en main l’information médicale nécessaire pour répondre efficacement à leurs besoins médicaux, ou poursuivre leurs soins en cas d’urgence médicale ou après le déplacement dans un établissement de soins ou un refuge. Meilleur accès aux médicaments nécessaires durant une situation d’urgence Les pénuries de médicaments essentiels exacerbent souvent les affections chroniques préexistantes. Pour empêcher les pénuries de médicaments et les hausses extrêmes subséquentes des renouvellements de médicaments durant une situation d’urgence, comme on l’a vu à l’urgence de l’Hôpital Staten Island University Hospital durant l’ouragan Sandy et dans les refuges durant l’ouragan Katrina, la Recommandation 1.6 encourage les personnes âgées à collaborer avec leur professionnel de la santé pour ajouter à leur trousse d’urgence un approvisionnement de médicaments. Il est essentiel que les personnes âgées explorent les options possibles pour obtenir un approvisionnement additionnel de médicaments lorsqu’elles se préparent à faire face à une situation d’urgence (Ford, Trent, & Wickizer, 2016). Les revues rétrospectives des services médicaux dispensés durant les situations d’urgence ont cité plus d’une fois les hausses soudaines des demandes de renouvellement de médicaments comme première cause de services médicaux (Currier, King, Wofford , Daniel, & deShazo , 2006; Greenstein, Chacko, Ardolic, & Berwald, 2016; COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 32 Jhung, et al., 2007; Kraushar & Rosenberg, 2015; Ochi, Hodgson, Landeg, Mayner, & Murray, 2014). Cette forte demande de médicaments d’ordonnance laisse penser que les personnes évacuées profiteraient d’une réduction des obstacles à l’accès aux médicaments durant une situation d’urgence, d’une meilleure éducation offerte par les professionnels de la santé sur les bienfaits de se préparer en ayant un approvisionnement suffisant de médicaments durant une situation d’urgence ou d’un meilleur accès à plus d’information sur la façon d’accéder à un approvisionnement d’urgence de médicaments avant une situation d’urgence. Il importe que les personnes âgées reçoivent les ressources leur permettant de bien se préparer à combler leurs besoins pharmaceutiques durant une situation d’urgence. Aide aux personnes âgées qui utilisent un dispositif électronique de maintien des fonctions vitales Pour empêcher les interruptions de courant alimentant les dispositifs électroniques de maintien des fonctions vitales, comme le souligne la Recommandation 1.7, il faut déployer des efforts préliminaires pour communiquer avec le distributeur d’électricité de l’utilisateur afin de s’informer du rétablissement prioritaire du service durant les situations d’urgence aux personnes qui utilisent un dispositif de maintien des fonctions vitales à domicile, de même que des autres sources de courant pouvant être utilisées en toute sécurité à domicile. Il faut prendre note que les personnes âgées pourraient nécessiter de l’aide pour obtenir et entretenir une autre source de courant à domicile, comme, dans les régions rurales, lors du déplacement d’un générateur et d’essence, ou lors de l’accès à d’autres ressources et de leur utilisation. Dans ces cas, les membres du réseau d’entraide seraient une source fiable d’aide. En formulant des plans pour subvenir sans danger, efficacement et indépendamment à la santé d’une personne âgée qui dépend d’un dispositif de maintien des fonctions vitales durant une situation d’urgence, on peut prévenir et éviter les scénarios pouvant entraîner la détérioration de la santé et les hospitalisations. Recommandation 1.8 : Il faut encourager les personnes âgées à continuer d’entretenir un réseau d’entraide local vers lequel elles peuvent se tourner durant une catastrophe ou une situation d’urgence imminente, surtout si elles vivent seules ou s’il est difficile d’accéder à la famille. Création et maintien d’un réseau personnel d’entraide Un réseau d’entraide peut grandement assister les personnes âgées en leur fournissant les ressources émotionnelles et matérielles dont elles ont besoin pour réduire le stress lié à la préparation à une situation d’urgence et y survivre. De nombreuses personnes âgées vivent sans conjoint ni famille, et elles sont donc plus vulnérables à l’isolement social et/ou elles dépendent des aidants non rémunérés pour obtenir de l’aide (Gibson & Hayunga, 2006). La dépendance aux aidants non rémunérés est si grande parmi les personnes âgées que 90 pour cent des personnes de 65 ans et plus vivant avec un handicap qui rapportent recevoir de l’aide reçoivent cette aide d’aidants non rémunérés (Gibson & Hayunga, 2006), alors que quelque 50 pour cent des personnes de 85 ans et plus rapportent vivre seules (Fernandez, Byard, Lin, Benson, & Barbera, 2002). Une situation d’urgence peut laisser à elles-mêmes et incapables de prendre soin de soi les personnes qui dépendent de l’aide quotidienne si les secours et les aidants non rémunérés sont incapables de les atteindre. Pour réduire les conséquences négatives sur l’isolement social, la Recommandation 1.8 conseille à toutes les personnes âgées d’établir un réseau d’entraide sur lequel elles peuvent compter pour obtenir de l’aide à se préparer et à répondre 33 DOMAINE 1 : PERSONNES ÂGÉES ET AIDANTS NON RÉMUNÉRÉS à toutes les situations d’urgence pertinentes à leur région. Les réseaux d’entraide sont une protection contre les situations d’urgence, surtout parmi les personnes âgées. Selon une étude réalisée au Québec, un réseau social solide profite à la santé générale des personnes âgées durant les canicules extrêmes (Laverdiere, et al., 2016). Pour les personnes âgées vivant avec une maladie chronique, chaque membre du réseau d’entraide doit pouvoir fournir de l’aide de base favorisant la santé, comme l’accès à la liste de médicaments, et doivent savoir localiser et faire fonctionner l’équipement médical nécessaire. En fournissant l’aide de base, les membres du réseau d’entraide collaborent avec la personne qu’ils aident pour lui fournir l’assistance dont elle a besoin afin d’éviter l’interruption des soins de santé et ainsi éviter les hospitalisations. Il importe également que le réseau d’entraide compte au moins deux personnes vivant à proximité, car l’aide est parfois nécessaire en quelques minutes, ce qui élimine les périodes d’attente prolongées où la personne est immobilisée ou en détresse. Recommandation 1.9 : Les aidants non rémunérés des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et/ou d’autres démences doivent recevoir de l’aide pour détecter les signes de détresse, d’anxiété ou de confusion, faire appel à des stratégies pour détourner l’attention, et les aider à rester calmes durant les situations d’urgence. De plus, les aidants non rémunérés doivent être prêts à prévenir l’égarement, et doivent avoir un plan en place pour situer la personne qu’ils soignent si elle s’égare ou nécessite une intervention médicale durant une situation d’urgence. Réponse aux besoins uniques des personnes âgées vivant avec une démence Le déclin de la mémoire de travail et l’affaiblissement de la capacité de filtrer les renseignements non pertinents sont deux changements de la fonction cognitive associés à la maladie d’Alzheimer et aux démences connexes. Ces changements empêchent les plus de 500 000 Canadiens âgés vivant avec la maladie d’Alzheimer et démences connexes d’identifier une catastrophe, de suivre les recommandations en matière de préparation aux situations d’urgence, de s’adapter aux changements à la routine et à leur milieu ou de répondre aux alarmes et aux instructions d’urgence (Société Alzheimer du Canada, 2019; Société Alzheimer du Canada, 2018). En outre, de nouveaux problèmes comportementaux peuvent survenir, des comportements existants peuvent être exacerbés ou la capacité fonctionnelle peut se détériorer rapidement lorsque l’administration des médicaments contre la démence est interrompue (Cloyd & Dyer, 2010). Le rétablissement de la routine et des activés valorisées aide également les survivants d’une catastrophe à composer avec le stress et l’anxiété (American Occupational Therapy Association, 2006). La démence est également aggravée par le délire. Le délire est un état confusionnel qui survient soudainement, il se caractérise par l’incapacité de penser clairement et de se concentrer, de même que par l’ignorance de son environnement (American Delirium Society, 2015). Les causes les plus fréquentes de délire sont les infections, les médicaments, les perturbations des électrolytes ou de la glycémie, l’hypoxémie et une faible tension artérielle (Cloyd & Dyer, 2010). Puisque les personnes qui présentent un cas avancé de démence nécessitent quotidiennement de l’aide pour vaquer à leurs activités de la vie quotidienne et les protéger des dangers, il est impératif que les aidants non rémunérés connaissent les précautions uniques devant être prises pour réduire les comportements et résultats indésirables chez la personne qu’ils soignent durant une situation d’urgence. En particulier, les aidants non rémunérés doivent recevoir une formation et COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 34 de l’aide pour faire face à la détresse, à l’anxiété, aux égarements et à la confusion; sur les approches telles que la validation et la persuasion en douceur pour faire face aux moments d’agitation; sur la façon de communiquer avec la personne vivant avec la maladie d’Alzheimer et démences connexes et l’apaiser lorsqu’elle traverse une crise; et sur les modes de communication qui favorisent l’orientation et la rétention en mémoire. Garde Confort Canada est une organisation qui dispense des services de soins à domicile aux personnes âgées. En raison de sa vaste expérience auprès des personnes âgées atteintes de démence, Garde Confort Canada propose des façons d’empêcher les personnes âgées atteintes de démence de s’égarer, ce qui inclut de maintenir un environnement calme et exempt de stress, surtout durant une situation d’urgence. Avec l’aide des professionnels de la santé, les aidants sont mieux équipés pour dispenser des soins durant une situation d’urgence. Par exemple, personnel infirmier, thérapeutes et travailleurs sociaux peuvent tous intervenir en donnant de l’éducation, de la formation et de l’aide aux aidants des personnes atteintes de démence. Ces interventions prennent la forme de stratégies de gestion du comportement, d’aptitudes de communication, de recadrage cognitif, et de techniques de pleine conscience ayant démontré pouvoir accroître grandement la capacité des aidants à prendre soin de la personne chère (Etters, Goodall, & Harrison, 2008; Piersol, et al., 2017; Sorensen, Pinquart, Habil, & Duberstein, 2002). En outre, les aidants non rémunérés se heurtent à des difficultés uniques durant les situations d’urgence telles les pandémies de maladie infectieuse. Il importe que les aidants non rémunérés d’adultes atteints de maladie d’Alzheimer ou de démence avancée restent au courant de toute information pertinente liée à la pandémie afin de pouvoir adopter des stratégies de prévention visant à se protéger et à protéger la personne qu’ils aident (Centers for Disease Control and Prevention, 2020). À titre de précaution additionnelle, les aidants non rémunérés doivent inscrire le récipiendaire de soins à un service de réponse d’urgence pour les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et démence connexe (Dyer, Regev, Burnett, Fest, & Cloyd, 2008), comme le programme Medic Alert Sécu-Retour, afin de fournir de l’aide de réponse d’urgence si la personne dont ils prennent soin s’égare. 35 Les organisations communautaires et leur personnel sont probablement engagés dans les efforts de réponse et de rétablissement visant les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés, selon le niveau auquel leurs services et programmes viennent en aide à cette population. Ainsi, l’occasion de créer, de mettre en oeuvre et d’évaluer des activités de préparation et de réponse à l’intention des services et programmes communautaires pouvant favoriser le transfert et l’échange des connaissances au sein de la collectivité et intensifier les efforts de préparation, de réponse et de rétablissement de même que les résultats de ces efforts auprès des populations désignées et du personnel ayant la responsabilité de les aider ne fait aucun doute. L’investigation des ressources communautaires existantes pouvant contribuer à améliorer les résultats de la préparation, de la réponse et du rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence a été guidée par la Question de recherche 2 : Quelles sont les stratégies et ressources pouvant être utilisées dans la communauté et les programmes pour améliorer la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? (voir Approche de développement). Les stratégies de recherche utilisées ont donné lieu à un total combiné de 4390 articles de revues savantes révisés par les pairs dont cinq ont été utilisés avec huit documents d’orientation aux fins d’extraction des données liées à cette question. Les conclusions tirées de ces ressources ont pointé vers un besoin criant de services intégrés dans la communauté de préparation et de réponse qui sont adaptés aux besoins des personnes âgées afin d’encourager et de favoriser une meilleure préparation et une meilleure aide au rétablissement. En réponse à cette lacune, quatre recommandations d’experts fondées sur les données probantes ont été formulées dans le but de saisir les occasions identifiées afin que les services et programmes communautaires puissent mieux épauler la préparation et la réponse aux situations d’urgence. Recommandation 2.1 : Faciliter l’accès aux programmes communautaires adaptés qui renseignent les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés sur les situations d’urgence pouvant survenir dans leur région et comment s’y préparer et y répondre. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété.
Les programmes et organisations communautaires doivent collaborer avec les autorités de santé publique de la région pour créer et distribuer des ressources d’éducation sur le contrôle des infections, et les pratiques de prévention des maladies et des blessures à l’intention des personnes âgées et leurs aidants non rémunérés durant les situations d’urgence. Amélioration des programmes d’éducation communautaire de préparation aux situations d’urgence Beaucoup de conséquences indésirables auxquelles font face les personnes âgées durant et après une situation d’urgence peuvent être évitées en s’informant tout simplement des dangers liés à l’urgence pouvant toucher leur région, des précautions devant être prises pour se garder en sécurité et des changements de comportement qui favorisent la préparation adéquate. Durant une entrevue portant sur la préparation aux situations d’urgence, les personnes âgées ont rapporté un faible niveau de préparation. Dans une étude ayant porté sur la préparation des personnes âgées à l’échelle nationale, 23,6 % des 1304 personnes interrogées ont dit avoir un plan d’évacuation d’urgence, 24,8 % n’avaient pas accès à un véhicule DOMAINE 2 : SERVICES ET PROGRAMMES COMMUNAUTAIRES Domaine 2 : Services et programmes communautaires COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 36 ni à un autre mode de transport en cas d’urgence et à peine 4,9 % ont affirmé qu’au moins un de leurs professionnels de la santé leur avait parlé de ce qu’il faut faire durant une situation d’urgence (Al- Rousan, Rubenstein, & Wallace , 2014). Une autre étude menée par Marshall, Ryan, Robertson, Street et Watson visait à mesurer les connaissances communautaires et les attitudes à l’égard de la menace d’une pandémie de grippe, ainsi que l’acceptabilité au sein de la collectivité des stratégies visant à en réduire l’effet (Marshall, Ryan, Robertson, Street, & Watson, 2009). Des entrevues téléphoniques assistées par ordinateur ont été réalisées auprès d’un échantillon transversal de 1975 ménages vivant en milieux ruraux et urbains d’Australie du Sud. Parmi les personnes ayant répondu, 50 % ont indiqué n’avoir jamais entendu parler d’une pandémie de grippe ou ne connaissait pas la signification du terme. Seule une proportion de 10 % était extrêmement inquiète de la menace d’une pandémie de grippe (Marshall, Ryan, Robertson, Street, & Watson, 2009). Malgré une campagne de publicité d’envergure sur la grippe et les efforts de sensibilisation visant à établir un niveau de conscience de base au sein de la population, on a observé que la majorité des adultes de la collectivité, surtout des personnes âgées, ignoraient l’existence d’une souche du virus de la grippe pouvant causer une pandémie (Marshall, Ryan, Robertson, Street, & Watson, 2009). Pour rehausser le faible niveau de préparation aux situations d’urgence observé dans le grand public, des cours de préparation aux situations d’urgence ont été mis à l’essai à l’échelle communautaire et se sont avérés être des outils efficaces pour encourager le changement de comportement. Aux États-Unis par exemple, PrepWise est un programme de préparation aux catastrophes conçu pour aider les personnes âgées à formuler un plan personnalisé de préparation aux catastrophes (Catizone, 2017). Durant les séances de formation, les participants parcourent sept modules : 1) connaître les types de situations d’urgence et ce qu’il faut faire, 2) évaluer les vulnérabilités (alarmes/avertissements, évacuations, transport, communication, refuges, hygiène personnelle, et soins et équipement médicaux), 3) former son propre réseau d’aide durant les situations d’urgence (liste formelle des membres de la famille/amis et de la collectivité locale), 4) formuler un plan d’urgence, 5) assurer l’approvisionnement de médicaments, 6) préparer une trousse d’urgence et 7) rendre son domicile, son école, son travail et le transport en voiture plus sécuritaires (Ashida, Robinson, Gay, Slagel, & Ramirez, 2017). Lors du suivi, on a rapporté que le programme PrepWise permettait de mieux comprendre les exigences de préparation aux situations d’urgence, comme préparer une trousse d’urgence et désigner les refuges à utiliser en cas d’urgence (Ashida, Robinson, Gay, & Ramirez, 2016; Ashida, Robinson, Gay, Slagel, & Ramirez, 2017). On a également observé que le programme PrepWise encourageait les participants à ajouter des membres à leur réseau d’entraide en cas d’urgence vers qui ils peuvent se tourner pour obtenir de l’aide, en plus des membres de la famille que la plupart des participants avaient identifiés avant de s’inscrire au programme PrepWise (Ashida, Robinson, Gay, Slagel, & Ramirez, 2017). Le programme d’éducation à la préparation aux catastrophes Ready CDC qui visait à approfondir les connaissances, influencer les attitudes et renforcer la résilience communautaire par des séances communautaires de formation sur la préparation aux situations d’urgence a obtenu un succès comparable. Ready CDC fait appel aux tactiques suivantes : 1) attirer l’attention, 2) présenter du matériel d’incitation, 3) fournir de l’aide à l’apprentissage, 4) susciter l’exécution et donner des commentaires et 5) améliorer la rétention et le transfert des connaissances dans le but de changer les comportements (Thomas, et al., 2018). Lorsque le niveau de changement 37 de comportement a été évalué par l’entremise du modèle transthéorique du changement auprès d’un échantillon de 212 employés des CDC et des autorités de santé publique ayant suivi le programme d’éducation aux catastrophes Ready CDC, 44 pour cent des personnes inscrites avaient progressé à au moins au stade suivant ou étaient demeurées au stade de «maintien» pour préparer une trousse d’urgence, et 45 pour cent des participants avaient progressé à au moins au stade suivant ou étaient demeurés au stade de «maintien» pour formuler un plan d’urgence écrit (Thomas, et al., 2018). En outre, durant le suivi, les 25 pour cent, 27 pour cent et 43 pour cent des participants se trouvant initialement aux stades de «précontemplation», de «contemplation» et de «préparation», respectivement pour préparer une trousse d’urgence étaient passés au stade de «préparation» (Thomas, et al., 2018). Ces résultats laissent penser que les séances communautaires de préparation aux situations d’urgence sont une méthode efficace pour transmettre au public l’information en matière de préparation et pour favoriser les changements de comportement. La Recommandation 2.1 décrit une stratégie nationale d’élaboration de programmes communautaires d’éducation sur la préparation aux situations d’urgence s’adressant aux personnes âgées. Le contenu du programme doit inclure, sans s’y limiter, des modules traitant des différents types de catastrophes naturelles ou causées par l’homme touchant une région donnée, et traitant des effets et dangers connexes de ces catastrophes, et doit aussi inclure conseils et apprentissage participatif sur la façon d’évaluer sa propre vulnérabilité et de formuler un plan et préparer une trousse d’urgence, l’importance de créer et de maintenir un réseau social d’entraide, et les stratégies et ressources favorisant le rétablissement. Il est essentiel que les organisations qui développent et distribuent ce matériel fassent participer les personnes âgées et les autorités locales de santé publique à sa préparation et distribution afin de veiller à ce qu’il tienne compte des besoins, des préoccupations et du point de vue des Canadiens âgés. L’engagement des autorités locales de santé publique à la mise au point et l’évaluation des interventions de santé visant à atténuer les conséquences sanitaires négatives est un niveau supplémentaire d’expertise et d’infrastructure. Au Canada, l’Université du Manitoba, en association avec le Natural Resources Institute, a organisé un atelier à l’intention des praticiens sur la gestion du risque et du danger intitulé Canadian Risks and Hazards in 2004. Les organisateurs sont d’avis qu’un atelier dont le titre mentionne la gestion des catastrophes ou la gestion des situations d’urgence n’attirerait pas la diversité de participants qu’ils souhaitent, car ces domaines pourraient être perçus comme étant trop étroits (Sécurité publique et Protection civile Canada, 2004). Ce problème fait ressortir l’absence de connaissances communautaires quant au lien entre les dangers, les risques, les catastrophes et la préparation au Canada. Les programmes communautaires de préparation aux situations d’urgence doivent être accessibles aux personnes à faible niveau d’alphabétisation, aux personnes qui parlent une langue autre que le français et aux anciens des peuples autochtones, et doivent incorporer dans leur structure des points de vue liés à l’âge, comme des images appropriées et la distribution de trousses d’urgence faciles à transporter, le cas échéant. Les formations communautaires de préparation aux situations d’urgence ayant été adaptées pour répondre aux besoins uniques des personnes âgées doivent maximiser l’impact positif qu’elles ont auprès des personnes âgées. Recommandation 2.2 : Les programmes qui offrent aux personnes âgées des services de secours aux sinistrés et/ou des DOMAINE 2 : SERVICES ET PROGRAMMES COMMUNAUTAIRES COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 38 services communautaires essentiels, comme les Popotes roulantes, et d’aide à la vie quotidienne (services financiers, médicaux, d’hygiène personnelle, d’alimentation et de transport) doivent recevoir une formation sur la préparation aux situations d’urgence. Ces programmes doivent également élaborer un plan et protocole afin de répondre adéquatement aux besoins de leurs clients durant une situation d’urgence, et y adhérer. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Mieux utiliser les services d’aide communautaire pour épauler les efforts de réponse aux situations d’urgence Les ressources accessibles dans la collectivité se sont avérées être associées à une meilleure préparation parmi les personnes âgées. Dans une étude menée en 2017 s’étant penchée sur les facteurs socio-démographiques qui influent sur la préparation aux situations d’urgence chez les personnes de 50 ans et plus, les participants qui avaient discuté d’un plan d’urgence avec leur médecin avaient plus tendance à être préparés que les personnes âgées qui ne l’avaient pas fait (Killian, Moon, McNeill, Garrison, & Moxley, 2017). Tout comme les consultations chez le médecin, les agences et programmes communautaires qui comptent un grand nombre d’utilisateurs âgés pourraient tenir lieu de portail d’accès pour encourager les personnes âgées à accéder aux services et aux outils de préparation aux situations d’urgence et de rétablissement. La Recommandation 2.2 souligne le besoin de services et de programmes communautaires qui dispensent une formation sur la préparation aux situations d’urgence ainsi que de l’éducation visant à fournir l’aide appropriée aux personnes âgées (Centers for Disease Control, 2020). L’incorporation des efforts de préparation aux situations d’urgence et de rétablissement au domaine des services dispensés aux personnes âgées par les agences et programmes communautaires de même que par les gestionnaires d’hébergement a comme autre avantage l’aide sociale additionnelle fournie par ces ressources. Une étude canadienne laisse penser que la base de données d’évaluation interRAI qui identifie les personnes âgées à risque et vulnérables qui subiront plus probablement des conséquences négatives durant une situation d’urgence serait favorable à toutes les phases de la gestion des urgences. InterRAI est un réseau de chercheurs travaillant en collaboration pour mettre au point des outils d’évaluation des patients dotés de mesures courantes à l’intention des cliniciens. Les outils InterRAI sont aujourd’hui utilisés partout au Canada et dans le monde dans une gamme de contextes, dont les soins communautaires et à domicile (van Solm, Hirdes, Eckel, Heckman, & Bigelow, 2017). Ces données pourraient aider les agences de services communautaires à identifier et prioriser les personnes âgées qui sont le plus à risque de conséquences négatives après une situation d’urgence. Aussi, pour favoriser le rétablissement complet, les services communautaires et les gouvernements locaux pourraient fournir une aide sociale supplémentaire, en plus de ressources concrètes, surtout aux personnes âgées pour lesquelles on sait que le soutien social est limité, voire absent. Recommandation 2.3 Les programmes communautaires qui fournissent aux personnes âgées des services de santé et d’hygiène à domicile doivent intégrer des stratégies visant à réduire au minimum le contact personnel non nécessaire et à utiliser les ressources (p. ex. équipement de protection individuelle, tel que jaquettes, masques, gants, désinfectant pour les mains, etc.) dans leurs plans et protocoles de préparation aux situations d’urgence. 39 Permettre aux programmes communautaires de fournir de l’aide à domicile sécuritaire aux personnes âgées durant les situations d’urgence Beaucoup de personnes âgées, surtout celles vivant à domicile, reçoivent des services communautaires à domicile de nature médicale et/ou d’aide de nature non médicale. Les personnes âgées qui présentent des comorbidités médicales et sociales souvent interreliées dépendent souvent de ces services au quotidien. Une situation d’urgence découlant d’une catastrophe naturelle ou d’une pandémie peut perturber la prestation de ces services à domicile, comme on l’a vu durant la pandémie de COVID-19. La pandémie de COVID-19 a présenté de nouveaux défis aux équipes de soins qui offrent des services à domicile aux personnes âgées puisque des protocoles d’urgence étaient nécessaires pour assurer que le risque de propagation du virus soit réduit au minimum. En permettant aux programmes communautaires de fournir des soins à domicile sécuritaires durant une situation d’urgence, on réduit au minimum le risque d’interruption de service, et ainsi, les répercussions sur les personnes âgées. La Recommandation 2.3 note l’importance que les programmes communautaires fournissant de l’aide à domicile fassent appel aux stratégies qui exigent un contact personnel minimal ou le recours à des ressources telles que l’équipement de protection individuelle (EPI) dans la préparation aux situations d’urgence. Les situations d’urgence telles que les pandémies et catastrophes naturelles présentent de nouveaux défis en matière de contrôle des infections où de nouveaux pathogènes peuvent continuellement faire surface. Durant une pandémie, l’hygiène et l’équipement de protection individuelle sont vus comme deux lignes de défense importantes (Bloomfield, Exner, Carlo, Nath, & Scott, 2012). Par exemple, durant la pandémie de COVID-19, plusieurs lignes directrices de pratiques exemplaires sur l’emploi de l’équipement de protection individuelle ont été rédigées et préconisées par Prévention et contrôle des infections Canada (PCI) (Prévention et contrôle des infections, 2020), Santé Ontario (Santé Ontario, 2020) et l’Organisation mondiale de la Santé (World Health Organization, 2020). Les données probantes ont montré que le virus se transmettait d’une personne à l’autre par gouttelettes et contact rapproché. Beaucoup des recommandations présentées ont été actualisées pour faciliter les décisions des soins de santé et d’autres organisations en matière de recours à l’EPI et de préservation de l’EPI afin de réduire le risque de pénurie. Là où le contact ne peut être évité, les lignes directrices de pratique exemplaire recommandent d’utiliser des mesures préventives telles que le maintien d’une distance physique et le lavage fréquent des mains à l’aide d’un gel désinfectant à base d’alcool. L’International Scientific Forum on Home Hygiene a élaboré une approche d’hygiène fondée sur le risque qui brise la chaîne de transmission de l’infection tout en s’attaquant à d’autres facteurs de risque. Les mains d’une personne et les autres lieux et surfaces font tous partie de la chaîne de transmission qui, si on la comprend, indique les endroits où des interventions basées sur l’hygiène peuvent stopper la transmission (Bloomfield, Exner, Carlo, Nath, & Scott, 2012). Encourager l’hygiène des mains (Agence de protection et de promotion de la Santé de l'Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2014) et le nettoyage de l’environnement (Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2018) à domicile et en milieux communautaires réduisent le risque de transmission de maladies infectieuses. Les prestataires de soins à domicile et communautaires peuvent faire appel à d’autres stratégies dont le dépistage chez les prestataires et les clients en plus DOMAINE 2 : SERVICES ET PROGRAMMES COMMUNAUTAIRES COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 40 de porter l’équipement de protection individuelle nécessaire durant la prestation de soins à domicile. Le ministère de la Santé de l’Ontario a émis des directives claires sur les mesures à prendre (Ministère de la Santé de l'Ontario, 2020; Ministère de la Santé de l'Ontario, 2020). Parmi les autres stratégies ayant fait surface durant la pandémie de COVID-19, citons l’augmentation de la prestation de soins virtuels par l’entremise de télésanté, de télémédecine et d’autres plateformes virtuelles. Les programmes de soins virtuels se sont intensifiés durant la pandémie de COVID-19 pour permettre aux professionnels de la santé qui travaillent dans des hôpitaux de soins aigus de tenir des consultations et rendez-vous de suivi auprès de leurs patients (Stamenova, et al., 2020). Les stratégies d’appel à télésanté en matière de soins aigus en physiothérapie, ergothérapie et orthophonie ont ajouté de la valeur en réduisant au minimum les effets nocifs liés à la COVID-19 tout en ayant un effet sur le rétablissement (Exum, et al.). Recommandation 2.4 : Les gouvernements locaux doivent avoir recours aux données identifiant les personnes à risque afin de permettre aux intervenants d’urgence de prioriser les efforts de recherche et de sauvetage après une situation d’urgence. Permettre la création de répertoires de données pour appuyer les efforts des gouvernements locaux à répondre aux situations d’urgence Durant la discussion, les experts du comité ont reconnu que bien qu’il existe de nombreux registres de personnes ayant des besoins fonctionnels, y compris les personnes handicapées, qui sont facilement accessibles aux autorités municipales, ces registres sont difficiles d’accès aux autorités territoriales et provinciales. Pour que le personnel de réponse aux situations d’urgence soit plus efficace et puisse mieux identifier les personnes à risque, on recommande que les gouvernements locaux créent un répertoire de sources de données. Un tel répertoire serait une référence unique et facile d’accès pour faciliter une réponse intégrée rapide des services d’urgence provinciaux ou fédéraux. Par exemple, l’on prévoit qu’un répertoire de sources de données, comme les registres disponibles, accessible à toutes les agences d’aide nationales et locales facilitera la collaboration des différentes agences d’aide qui pourront fournir le personnel nécessaire pour aider à l’évacuation, à la distribution d’approvisionnements d’urgence et à la prestation de soins médicaux. 41 Les efforts de réponse et de rétablissement auprès des personnes âgées varient selon le niveau de formation en matière d’urgence que les professionnels de la santé, le personnel de réponse aux situations d’urgence et autres premiers intervenants éventuels ont reçue. Les professionnels de la santé jouent un effet un rôle essentiel dans la préparation et la réponse aux situations d’urgence, car ils sont souvent le premier point de contact pour obtenir des directives sanitaires et des soins. L’investigation sur le niveau de compétences liées aux situations d’urgence des professionnels de la santé et du personnel de réponse aux situations d’urgence a été guidée par la Question de recherche 3 : Quelles sont les stratégies et ressources pouvant être utilisées pour améliorer la réponse urgente des professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence durant et après une urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? (voir Approche de développement). Les stratégies de recherche utilisées ont donné lieu à un total combiné de 4390 articles de revues savantes révisés par les pairs dont 12 ont été utilisés avec deux documents d’orientation aux fins d’extraction des données liées à cette question. L’examen de ces 14 ressources a révélé que certains professionnels de la santé sentaient qu’ils n’étaient pas suffisamment préparés pour dispenser les soins appropriés aux personnes âgées durant une situation d’urgence telle qu’une catastrophe naturelle. En outre, plus d’efforts sont nécessaires pour mieux connaître les précautions à prendre contre la propagation et le contrôle des maladies infectieuses durant une situation d’urgence. Pour combler ces lacunes, trois recommandations d’experts fondées sur les données probantes ont été formulées dans le but d’inclure dans la formation des professionnels de la santé et du personnel de réponse aux situations d’urgence d’autres critères culturels pour aider et soigner les personnes âgées et les résidents durant et après une situation d’urgence. Recommandation 3.1 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent recevoir une formation sur les soins gériatriques pertinents à leur discipline et comment venir en aide aux personnes âgées et à leurs aidants non rémunérés avant, durant et après une urgence. La formation supplémentaire doit également les sensibiliser aux pratiques exemplaires et précautions nécessaires pour réduire le risque de contagion durant la réponse à une situation d’urgence. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Amélioration des connaissances et des compétences des professionnels de la santé quant aux principes de soins de santé dans les disciplines de gériatrie et d’urgence Il est essentiel que les professionnels de la santé suivent une formation en soins gériatriques pour connaître les besoins uniques des personnes âgées et la meilleure façon de les aider, surtout dans les cas où ils pourraient être appelés à dispenser des soins durant une situation d’urgence. Dans un rapport rédigé par Karen V. Lamb (2010), An Overview: Disaster Preparedness for Gerontological Nurses, l’auteure mentionne que les déficits cognitifs liés à la démence seraient exacerbés durant une situation d’urgence et entraîneraient confusion et délire (Lamb & O'Brien, 2010). Une étude canadienne sur l’expérience du personnel infirmier dans la gestion des situations d’urgence recommande fortement que la formation en soins infirmiers comporte un programme d’études plus détaillé sur la façon de mieux aider les personnes âgées durant une situation d’urgence (Kulig, et al., 2017). Il est recommandé DOMAINE 3 : PROFESSIONNELS DE LA SANTÉ ET PERSONNEL DE RÉPONSE AUX SITUATIONS D’URGENCE Domaine 3 : Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 42 que les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence aient les compétences pour aider de la meilleure façon possible les personnes âgées dans ces situations. Une approche multimodale d’éducation serait efficace pour approfondir les connaissances, susciter la confiance et améliorer les compétences des professionnels de la santé à répondre aux situations d’urgence (Pesiridis, Galanis, Sourtzi, & Kalokairinou, 2014; Roush & Tyson, 2012; Scott, Carson, & Greenwell, 2010). Lamb a également insisté sur le besoin que le personnel infirmier soit mis au courant du risque lié à la prestation des soins durant une catastrophe (Lamb & O'Brien, 2010). Le traitement peut se compliquer, car il est possible que les dossiers médicaux ou autres ressources médicales comme les médicaments, l’oxygène et la dialyse soient hors d’accès (Lamb & O'Brien, 2010). Jumelées au stress, à des fournitures de base et médicaments limités, et à des changements extrêmes de l’environnement et de la température (Lamb & O'Brien, 2010), les situations d’urgence peuvent grandement exacerber les affections médicales et limiter l’accès aux interventions de soins (Ardalan, et al., 2010). Si l’on considère que 80 pour cent des personnes âgées sont atteintes d’au moins une maladie chronique nécessitant des médicaments et parfois de l’équipement médical, les fournisseurs de soins doivent bien connaître les méthodes de rechange efficaces de prise en charge des maladies chroniques, et doivent prendre une part active dans les stratégies de planification de la préparation aux situations d’urgence dans les refuges ou autres établissements temporaires de soins d’urgence de la localité (Bhalla, Burgess, Frey, & Hardy, 2015; Byrd, 2010). Ainsi, le personnel de réponse aux situations d’urgence doit être au fait des maladies qui touchent le plus souvent les personnes âgées, et de la façon d’interagir ou d’aider efficacement les personnes vivant avec la démence si elles sont agitées, confuses, anxieuses ou si elles s’égarent. L’enrichissement des connaissances des professionnels de la santé et du personnel de réponse aux situations d’urgence sur les pratiques de contrôle des infections vient également appuyer la prestation de soins sécuritaires aux personnes âgées durant une situation d’urgence. L’impact prolongé des catastrophes naturelles sur la collectivité peut causer l’effondrement des établissements et des réseaux de santé, ou perturber les programmes de santé (Kouadio, Aljunid, Kamigaki, Hammah, & Oshitani, 2012). L’amélioration de la formation des professionnels de la santé et du personnel de réponse aux situations d’urgence sur les pratiques de contrôle des infection, de même qu’une meilleure connaissance des pratiques exemplaires, peut avoir lieu dans tous les contextes (Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario, Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2012; Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario, Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2012). Recommandation 3.2 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent s’efforcer de réduire les conséquences négatives chez les personnes âgées durant et après une situation d’urgence en adoptant des stratégies conçues pour protéger la santé physique et mentale des personnes âgées avec lesquelles ils pourraient entrer en contact. Ces stratégies consistent à évaluer le bien-être psychologique des personnes âgées à la recherche de signes de détresse et de dispenser les traitements appropriés ou de les aiguiller en spécialité, le cas échéant. Mieux s’occuper des besoins en santé mentale des personnes âgées durant une situation d’urgence Bien que l’idée préconçue veuille que les personnes âgées soient plus fragiles émotivement que leurs cadets, les rapports sur l’existence d’une différence de l’incidence de détresse psychologique 43 suivant une urgence chez les personnes âgées comparativement à leurs cadets sont contradictoires, ce qui indique que le vieillissement serait un facteur de protection. Durant une investigation des différences potentielles entre les personnes âgées et leurs cadets quant à l’apparition d’un trouble psychologique après une catastrophe naturelle ou causée par l’homme, on a observé l’absence d’une différence significative de l’incidence de symptômes d’anxiété et de dépression chez les personnes âgées comparativement à leurs cadets (Parker, et al., 2016; Siskind, et al., 2016). Des différences ont toutefois été observées dans l’incidence de l’état de stress post-traumatique (ESPT). Dans une étude menée en 2016 par Parker et collaborateurs, l’ESPT s’est révélé avoir une incidence significativement plus marquée chez les personnes âgées que chez leurs cadets. Des résultats semblables ont également été observés par Jia et collaborateurs (2010), qui ont rapporté une prévalence supérieure de symptômes d’ESPT au sein d’un échantillon de survivants au tremblement de terre de 2008 au Sichuan (Jia, et al., 2010). Au contraire, Siskind et collaborateurs (2016) ont observé que les personnes âgées avaient 2,85 fois moins tendance à manifester des symptômes d’ESPT que leurs cadets dans une méta-analyse sur la santé mentale chez les personnes âgées suivant une catastrophe causée par l’homme (Siskind, et al., 2016). Des différences quant à l’apparition de détresse psychologique chez les personnes de différents statuts socioéconomiques ont également été rapportées. Une scolarité inférieure au diplôme d’études secondaires et/ou un baccalauréat, le chômage ou tomber au chômage durant une catastrophe, l’isolement social ou être témoin d’au moins trois événements liés à une catastrophe étaient associés à de plus grandes chances d’être atteint d’ESPT (Blackmon, et al., 2017; Ruskin, et al., 2018; Welch, et al., 2016). Une étude a été réalisée par Cheung, Chau et Yip (2008) afin d’évaluer l’impact de l’épidémie de SRAS de 2003 sur le taux de suicides à Hong Kong. L’étude a eu recours aux statistiques de 1993 à 2004 sur les suicides et a comparé le profil des cas de suicide chez les personnes âgées durant les périodes avant le SRAS, durant le SRAS et après le SRAS. Les résultats de l’étude ont montré un excès de suicides chez les personnes âgées en avril 2003 comparativement au mois d’avril des autres années. Les résultats corroboraient ceux d’une comparaison annuelle, puisque le taux de suicides chez les personnes âgées était significativement supérieur en 2003 et 2004 qu’il l’était en 2002, ce qui laisse penser que le taux de suicide n’est pas retombé au niveau d’avant l’épidémie de SRAS (Cheung, Chau, & Yip, 2008). Cheung, Chau et Yip ont émis l’hypothèse que la flambée des taux de suicide chez les personnes âgées était liée à la solitude et au détachement des autres personnes âgées vivant dans la collectivité. Ainsi, on pourrait dire qu’il est tout aussi important de maintenir et de rehausser le bien-être mental du public durant une épidémie que de ralentir la contagion (Cheung, Chau, & Yip, 2008). La prévention et/ou le traitement des effets psychologiques subis par les survivants durant et après une situation d’urgence a historiquement été laissé pour compte dans la gestion des urgences. Durant les inondations de 2017 au Québec, la difficulté la plus répandue parmi les survivants était la détresse psychologique, alors que 25 % des personnes que les autorités ont rencontrées présentaient des symptômes (CBC News, 2017). La formation des répondants en premiers soins psychologiques pourrait favoriser le traitement réfléchi et humain des personnes âgées durant la réponse et en route vers le rétablissement (Ardalan, et al., 2010). Dans l’ensemble, alors que les conclusions laissent croire qu’il n’est pas nécessaire de consacrer de vastes ressources supplémentaires à la protection du bien-être psychologique des personnes âgées durant une situation d’urgence, il est toujours recommandé que les professionnels de la santé et DOMAINE 3 : PROFESSIONNELS DE LA SANTÉ ET PERSONNEL DE RÉPONSE AUX SITUATIONS D’URGENCE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 44 le personnel de réponse aux situations d’urgence déploient plus d’efforts pour évaluer le bien-être psychologique des personnes âgées durant et après une situation d’urgence et dispenser le traitement approprié afin d’intervenir précocement auprès de la proportion de personnes âgées qui présentent effectivement un trouble psychologique. Il faut également insister davantage sur l’évaluation du bien-être psychologique des personnes âgées qui présentent au moins un des nombreux facteurs socio-démographiques ayant été liés à une probabilité accrue de trouble psychologique durant ou après une situation d’urgence. Un meilleur accès des personnes âgées aux services offerts par les conseillers, ergothérapeutes et travailleurs sociaux après une situation d’urgence en est un exemple, puisque ces personnes peuvent jouer un rôle dans le traitement de la détresse psychologique en offrant de l’éducation et une formation sur les aptitudes d’adaptation faisant appel à une approche de réadaptation communautaire (Jeong, Law, DeMatteo, Stratford, & Kim, 2016). Recommandation 3.3 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent recevoir une formation de sensibilisation aux cultures afin de dispenser des soins et de l’aide appropriés aux personnes âgées de différentes origines culturelles et religieuses avant, durant et après une urgence. Les prestataires doivent avoir des options à leur disposition pour venir en aide aux personnes âgées et leur aidants non rémunérés qui se heurtent à la barrière de la langue ou à des obstacles culturels pour accéder aux services d’aide (p. ex. traducteurs, matériel écrit en langues autres que l’anglais et le français, etc.). Cela est d’importance particulière pour le personnel qui intervient auprès des peuples autochtones, dans des milieux communautaires diversifiés et durant une évacuation en réponse à une urgence. La sensibilisation et la formation culturelles des professionnels de la santé et du personnel de réponse aux situations d’urgence est un principe clé qui veille à ce que les personnes âgées de différentes origines culturelles et religieuses reçoivent les soins et l’aide appropriés avant, durant et après une situation d’urgence (James, Hawkins, & Rowel, 2007). L’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada (2009), l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (2018), l’Association canadienne des ergothérapeutes (2011) et l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario (2019) ont formulé des directives de sensibilisation et de sécurité culturelle à l’intention des professionnels de la santé. En 2012, le Dr Samir Sinha a soumis le rapport Vivre bien et plus longtemps au ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario dans lequel il mentionnait que beaucoup de fournisseurs de soins de santé, et de services sociaux et communautaires ignoraient les besoins culturels et quels services de santé et de condition sociale étaient ou non offerts dans la localité pour aider les anciens des peuples autochtones. Dans la province d’Ontario, puisque la prévalence d’être atteint d’au moins trois maladies chroniques est plus élevée dans la population autochtone que dans la population non autochtone, on comprend pourquoi les personnes autochtones se fient de manière disproportionnée aux soins d’urgence et ont plus tendance à rapporter avoir une « piètre » ou « passable » santé (Sinha, 2012). Ainsi, une recommandation clé du rapport visait à encourager l’élaboration d’une formation en compétences culturelles pour tous les prestataires de services de santé, et de services sociaux et communautaires travaillant auprès des peuples autochtones. Certaines associations professionnelles ont adopté d’autres approches pour rehausser la sensibilisation culturelle dans les milieux de soins en augmentant la capacité des collectivités qui présentent des vulnérabilités à participer à la prestation des soins. Par exemple, l’Association canadienne des écoles 45 de sciences infirmières (ACESI), l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada (AIIA) et l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), en collaboration avec les écoles de soins infirmiers de partout au pays, ont activement encouragé le recrutement des personnes des Premières Nations, des Inuit et des Métis dans les programmes de soins infirmiers pour leur permettre de terminer ces programmes en faisant tomber les obstacles, tels que les obstacles financiers, et en adoptant des stratégies de soutien (Hart-Wasekeesikaw, 2009). Le fait de multiplier le nombre d’infirmières et d’infirmiers des Premières Nations, des Inuit et des Métis permet au peuple autochtone d’avoir un meilleur accès à des soins culturellement sûrs et appropriés. Cette collaboration avec l’ACESI, l’AIIA et l’AIIC visait également à intégrer les principes de compétence et de sécurité culturelle dans les programmes d’étude pour tous les étudiants en soins infirmiers leur permettant de saisir le contexte historique et contemporain des peuples autochtones (Hart- Wasekeesikaw, 2009). En 2018, l’Association canadienne des ergothérapeutes a publié un énoncé de position qui soulignait le rôle de l’ergothérapie dans la santé des peuples autochtones. L’objet du document était de « permettre aux ergothérapeutes de fournir des services de collaboration efficaces, respectueux, culturellement respectueux et culturellement adaptés aux personnes, aux familles, aux communautés et aux nations des Premières Nations, des Inuits et des Métis». Une recommandation fondamentale issue de ce rapport consistait à créer des partenariats et des alliances afin que la pratique de l’ergothérapie soit plus sûre sur le plan culturel et qu’elle offre une place pour la vision du monde, le savoir et l’autodétermination des peuples autochtones. Aller de l’avant est une responsabilité que nous partageons tous» (Association canadienne des ergothérapeutes, 2011). Les professionnels et le personnel qui offrent aux peuples autochtones de l’aide en matière de préparation, de réponse et de rétablissement doivent tenir compte de l’histoire de même que des connaissances, croyances et perspectives entretenues par les peuples autochtones et les reconnaître. Dans le contexte de la préparation aux situations d’urgence, il importe pour réussir la préparation de reconnaître le rôle des anciens à titre de leaders de la communauté et de concevoir des activités d’éducation à la préparation qui reconnaissent leur rôle important dans la communauté et y font appel. De plus, il serait utile au soutien des anciens qui se préparent aux situations d’urgence de concevoir du matériel de préparation qui inclut les articles traditionnels et cérémoniaux qui seraient retirés du domicile durant une évacuation, comme les sacs de médecine, les plumes d’aigle et le foin d’odeur. Lorsqu’il répond à une situation d’urgence, le personnel de réponse doit être sensible au fait que certaines interventions pourraient déclencher un traumatisme chez certains anciens ayant survécu aux pensionnats indiens, à la rafle des années 60 et à d’autres épisodes traumatisants. Les interventions qui déclenchent ces traumatismes doivent être remplacés par des pratiques sûres sur le plan culturel. En plus de la façon dont les peuples autochtones sont évacués, il est tout aussi important de reconnaître que de nombreux anciens vivent avec les membres de leur famille, et qu’il importe de les évacuer avec la famille. La séparation de la famille et des aidants non rémunérés pourrait s’avérer être particulièrement traumatisant. Durant le rétablissement d’une situation d’urgence, le personnel doit créer un espace qui reconnaît et fait le deuil des pertes culturelles associées à l’évacuation, et concevoir des activités qui maintiennent le lien avec la communauté d’origine (p. ex. huttes de sudation, cérémonie de purification par la fumée, activités de danse/de chant/de couture pour les enfants). DOMAINE 3 : PROFESSIONNELS DE LA SANTÉ ET PERSONNEL DE RÉPONSE AUX SITUATIONS D’URGENCE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 46 Domaine 4 : Établissements et organisations de soins Les établissements et organisations de soins qui sont responsables de la vie de leurs résidents ou patients durant une situation d’urgence doivent prendre des décisions qui favorisent la santé et le bien-être de ces personnes. Durant une situation d’urgence, ces établissements et organisations doivent, par exemple, savoir quand il convient d’évacuer ou de se confiner et quoi faire dans chaque cas. L’évaluation de la qualité et du niveau de préparation aux situations d’urgence dans les établissements et organisations de soins a été guidée par la Question de recherche 4 : Quelles sont les stratégies et les ressources pouvant être utilisées dans les établissements et organisations pour améliorer les efforts de préparation et de rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? (voir Approche de développement). Les stratégies de recherche utilisées ont donné lieu à un total combiné de 4390 articles de revues savantes révisés par les pairs dont 17 ont été utilisés avec neuf documents d’orientation aux fins d’extraction des données liées à cette question. L’examen de ces 26 ressources a révélé que des mesures plus importantes sont nécessaires pour éviter les situations pouvant faire surface lorsqu’une situation d’urgence grave perturbe les activités dans les établissements et organisations de soins et durant le processus de transfert des patients menaçant ainsi les patients et résidents âgés. En réponse à cette lacune, trois recommandations d’expert fondées sur les données probantes ont été formulées dans le but d’enrichir les connaissances des professionnels de la santé et du personnel des établissements de santé en matière de préparation aux situations d’urgence, et dans le but de faciliter le transfert efficace des patients durant une situation d’urgence. Recommandation 4.1 : Les établissements et organisations de soins doivent inclure une formation sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence dans leur programme de formation systématique du personnel.
Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. Une étude réalisée en 2012 par Roush et Tyson qui évaluait les connaissances en matière de préparation aux situations d’urgence du personnel infirmier inscrit à un atelier communautaire de préparation aux situations d’urgence, et dont beaucoup travaillaient dans un centre de soins infirmiers, a révélé que la majorité des participants n’avaient reçu aucune formation formelle sur la planification et la réponse aux situations d’urgence et beaucoup ont rapporté un faible score de connaissances, voire que leurs connaissances n’avaient pas été évaluées sur la préparation aux situations d’urgence (28 %). Après l’atelier, le score des connaissances a grimpé à 76 % et la majorité des participants ont rapporté vouloir inclure des portions du contenu de l’atelier dans des cours à l’intention des étudiants, des collègues et/ou des patients (Roush & Tyson, 2012). Les conclusions de cette étude, entre autres, laissent penser que certains professionnels de la santé qui travaillent en contexte de soins gériatriques ou à l’extérieur de ce contexte profiteraient d’une formation supplémentaire sur la façon de répondre aux situations d’urgence et de soigner les personnes âgées dans ces situations (Lamb & O'Brien, 2010). 47 Pour combler cette lacune d’éducation et améliorer la gestion des catastrophes dans les hôpitaux, le Department of Health and Mental Hygiene de New York (NYC DOHMH) a mis au point la trousse Elderly Populations in Disasters: Hospital Guidelines for Geriatric Preparedness (Ahronheim, Arquilla, & Gambale Greene, 2009). La trousse décrit la formation des professionnels de la santé en soins gériatriques, dont les lignes directrices sur la prise en charge des patients gériatriques, les diagnostics erronés courants liés à l’âge, le moment d’obtenir une consultation en gériatrie, les doses des médicaments de santé mentale courants pour les personnes âgées qui sont frêles, et la création de tableaux de référence qui aident à l’évaluation médicale des personnes âgées durant une situation d’urgence (Ahronheim, Arquilla, & Gambale Greene, 2009). Étant donné que cette trousse se concentre sur les besoins des personnes âgées dans les hôpitaux qui traitent une gamme de circonstances survenant fréquemment chez les personnes âgées durant une situation d’urgence, il serait utile que tous les établissements et organisations de soins créent une trousse d’urgence semblable en fonction des services qu’ils offrent. Les professionnels de la santé peuvent contribuer à une trousse multidisciplinaire qui intègre différentes approches de soins pour les personnes âgées, et ce, pour chaque discipline. Par exemple, les infirmières et thérapeutes peuvent appliquer la théorie intégrée du changement de comportement en matière de santé afin de créer un programme d’études qui favorise les connaissances et améliore les résultats de santé chez les personnes âgées (Ryan, 2009). En outre, les théories d’apprentissage des adultes sont au centre de la formation reçue par les physiothérapeutes et ergothérapeutes. Ils pratiquent l’apprentissage axé sur le client, qui adapte la réponse pour répondre principalement aux besoins de leurs clients (Papadimitriou & Carpenter, 2013). Les ressources qui sont créées en faisant appel à des approches multidisciplinaires et collaboratrices permettent de dispenser des soins plus efficaces et de répondre aux besoins des personnes âgées durant une situation d’urgence. Au Canada, le domaine des cours avancés d’éducation et de certification en gestion ou préparation aux situations d’urgence est petit; en 2004, on comptait en effet moins de 10 personnes qui étaient à la fois praticiens et universitaires dans le domaine de la gestion des situations d’urgence (Sécurité publique et Protection civile Canada, 2004). Les participants à la table ronde ont relevé la croissance de l’éducation en gestion ou préparation aux situations d’urgence comme une lacune attribuable, en partie, à l’absence d’une entité prônant l’importance de cette éducation au pays. Chaque province a adopté une approche différente à l’éducation et à la certification du domaine de la gestion ou préparation aux situations d’urgence, ce qui a eu l’effet de réduire la collaboration et la coordination. Pour résoudre ce problème, Sécurité publique et Protection civile Canada a mis sur pied un groupe de travail fédéralprovincial- territorial pour étudier les exigences en matière d’éducation des gestionnaires canadiens des situations d’urgence. De plus, l’United Nations Office for Disaster Risk Reduction a publié un rapport d’évaluation mondial sur la réduction du risque de catastrophe qui souligne le besoin d’adopter des stratégies de réduction du risque de catastrophe pour améliorer la préparation aux catastrophes et situations d’urgence, les efforts de réponse et de rétablissement, et souligne les qualifications et la scolarité nécessaires pour assurer une expertise professionnelle future dans le domaine de la réduction du risque de catastrophe. La Recommandation 4.1 traite du besoin que les établissements incluent une formation sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence donnée sur une plateforme multimodale. DOMAINE 4 : ÉTABLISSEMENTS ET ORGANISATIONS DE SOINS COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 48 Durant l’enseignement aux professionnels de la santé et au personnel des hôpitaux sur la préparation aux situations d’urgence, les méthodes d’enseignement multimodales se sont avérées être un outil efficace. Une étude menée en 2016 par Collander et collaborateurs s’est penchée sur l’efficacité d’un cours de formation multimodale sur la préparation aux catastrophes à l’intention des professionnels de la santé travaillant dans des hôpitaux, intitulé Hospital Disaster Life Support (HDLS) (Collander, et al., 2008). La formation comptait des cours magistraux, des exercices liés aux catastrophes (simulations de pneumonies et d’attaques à la bombe), des séances sur les aptitudes et des séances de travail sur table. À l’évaluation des changements des comportements et d’acquisition des connaissances des participants liés à la préparation aux situations d’urgence, les résultats sur une échelle Likert de 1 à 5 points, où 5 était le plus favorable, ont montré que la réponse moyenne était de 4,24. La comparaison des scores aux tests administrés avant et après la formation a révélé que tous les participants avaient significativement amélioré leur score moyen de connaissances sur la préparation aux situations d’urgence, le score moyen du groupe au test était de 89,5 %. Recommandation 4.2 : Durant le processus standardisé actuel de transfert des soins, il convient d’ajouter d’autres stratégies visant à améliorer la collecte et le transfert des renseignements pouvant identifier une personne et des anamnèses médicales pour favoriser le suivi efficace, la relocalisation et les soins du patient durant une situation d’urgence. Amélioration du transfert des soins des patients durant une situation d’urgence Aux É.-U., la Joint Commission on Accreditation of Healthcare Organizations (JCAHO) exige que tous les établissements se dotent d’une approche uniformisée de transfert des patients qui favorise la communication entre professionnels durant le transport des patients pour recevoir un test diagnostique ou une intervention (Nursing, 2006). De même, au Canada, les établissements de santé adoptent habituellement des politiques liées au transfert des patients qui favorisent la communication entre prestataires durant le transport des patients. Il existe d’autres politiques relatives au transport des patients qui s’adressent à certaines populations précises de patients, telles que la Politique concernant les malades en phase critique des Services ontariens de soins aux malades en phase critique, élaborée en collaboration avec les Services ontariens de soins aux malades en phase critique, CritiCall Ontario, les réseaux locaux d’intégration des services de santé, les services de santé d’urgence et plusieurs administrateurs d’hôpitaux (Ministère de la Santé et des Soins de longue durée, 2013). La politique veille à ce que les patients en phase critique, c’est-à-dire qui sont à risque de perdre la vie ou un membre, reçoivent des soins en 4 heures et décrit en toutes lettres la procédure à suivre durant le transport des patients. Le guide de mise en oeuvre contient le processus téléphonique en cinq étapes de CritiCall Ontario qui est lancé lorsque CritiCall Ontario communique avec les standards téléphoniques des hôpitaux afin de faire une demande de transfert pour un cas en phase critique, et prend fin lorsque l’hôpital met en oeuvre son Plan de gestion de l’affluence des patients en phase critique pour réserver un lit et permettre le transfert du patient. Ce processus simplifié garantit la communication rapide entre médecins et le transfert rapide du patient. Bien que ces politiques ne concernent pas précisément les catastrophes naturelles, elles forment un cadre pouvant être opérationnalisé pour réduire au minimum les effets nocifs et les erreurs dans les cas où les patients doivent être transportés d’urgence durant des situations critiques. 49 Il faut cependant ajouter des stratégies de suivi aux procédures classiques de transfert de pattients pour mieux faciliter le transfert des patients ou résidents durant une situation d’urgence. Pour empêcher les interruptions thérapeutiques après la relocalisation, il faut faire appel à des méthodes électroniques et non électroniques pour que le patient et son dossier médical soient bien transférés à l’organisation d’accueil après la relocalisation. Plus précisément, il est recommandé que les documents incluent les caractéristiques démographiques, une description de l’apparence et les renseignements médicaux. Il est nécessaire d’inclure des renseignements qui identifient le patient afin d’apparier les patients à leur dossier médical dans les cas où le dossier médical serait perdu ou inaccessible durant une catastrophe, ou pour identifier les patients, surtout ceux qui ne peuvent le faire eux-mêmes. Les méthodes électroniques de suivi recensées par une revue systématique des méthodes de suivi des patients utilisées par plusieurs pays sont les étiquettes électroniques de triage comme les étiquettes intelligentes et autres capteurs qui déterminent le niveau du triage, l’identification par radiofréquence ou radio-étiquettes, et les assistants numériques personnels (ANP) aux fins de triage dans ces situations (Smith & Macdonald, 2006). Une approche de cette nature doit être adoptée au Canada. Une forte corrélation a également été mise au jour entre l’impact des évacuations et la hausse du nombre d’hospitalisations, de la mortalité, du stress et des traumatismes, surtout parmi les résidents des centres de soins infirmiers ayant un déficit cognitif (Brown, et al., 2013). Cela réitère le besoin criant pour que les établissements de soins se dotent d’un plan de gestion des situations d’urgence, et d’un plan robuste de transfert des soins pour les cas où les patients doivent être évacués. Il souligne également l’importance de revoir ces plans régulièrement et les mettre à jour (Blanchard & Dosa, 2009; Dosa, et al., 2010; Laditka, Laditka, Cornman, Davis, & Richter, 2009; Nomura, et al., 2013; Thomas, et al., 2012; Willoughby, et al., 2017). En intégrant les hôpitaux dans les plans communautaires de préparation aux situations d’urgence, on améliore les transferts (Braun, et al., 2006). Le fait d’intégrer les hôpitaux et établissements de soins communautaires dans les plans facilite le suivi des patients et la communication durant les situations d’urgence et facilite les transferts après l’urgence. Recommandation 4.3 : Les établissements et organisations de soins doivent s’efforcer d’élaborer des plans d’urgence complets qui incluent une stratégie de réponse efficace pour protéger les personnes âgées contre les éclosions de maladie infectieuse. Ces stratégies doivent refléter les normes fondées sur les données probantes auxquelles des organisations telles Prévention et contrôle des infections Canada (PCI) souscrivent.
Les établissements de soins doivent aussi évaluer régulièrement et faire tomber les obstacles à la mise en oeuvre du plan d’urgence qui repose sur leurs pratiques habituelles. Création de stratégies complètes de préparation aux situations d’urgence qui incluent la prévention des maladies infectieuses à déployer dans toute l’organisation Les établissements de soins comme les hôpitaux, et centres de soins de longue durée et de soins infirmiers sont sujets aux éclosions de maladies infectieuses. Les éclosions sont souvent localisées à une unité ou à une section de l’établissement et peuvent être contenues si elles sont reconnues rapidement et qu’on intervient précocement. Ces établissements de soins sont vulnérables aux éclosions d’envergure durant une situation DOMAINE 4 : ÉTABLISSEMENTS ET ORGANISATIONS DE SOINS COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 50 d’urgence comme une pandémie, puisque la maladie infectieuse se répand rapidement parmi les patients et résidents. La Recommandation 4.3 souligne l’importance que les établissements de soins et autres organisations se dotent d’un plan d’urgence qui inclut des stratégies efficaces de réponse à la propagation et aux éclosions de maladie infectieuse. Durant la pandémie de COVID-19, le Canada s’est démarqué parmi les autres pays industrialisés en rapportant la plus grande proportion de décès dans ses centres d’hébergement et de soins de longue durée (Institut canadien d'information sur la santé, 2020). Il est reconnu que les centres de soins de longue durée sont vulnérables aux éclosions de maladie respiratoire, comme la COVID-19, la grippe et autres (McMichael, et al., 2020). Une étude menée dans un centre de soins infirmiers spécialisés de Kings County, à Washington, a nommé les employés travaillant dans différents centres alors qu’ils étaient malades et les transferts de résidents d’un centre à un autre comme des défis potentiels ayant permis au virus d’entrer dans ces centres, ce qui corroborait les résultats d’autres études (McMichael, et al., 2020; Lai, et al., 2020). La vaccination des travailleurs des établissements et organisations de soins et l’introduction en temps voulu d’antiviraux serait l’une des stratégies les plus efficaces pour réduire au minimum le risque d’éclosion de maladie infectieuse (Cheng, Chen, Chou, Huang, & Huang, 2018; Rainwater- Lovett, Chun, & Lessler, 2014). Les études ayant évalué la vaccination parmi le personnel des établissements ont nommé le scepticisme à l’égard des vaccins comme un obstacle à l’adoption (Huhtinen, Quinn, Hess, Najjar, & Gupta, 2019). Les établissements qui offraient aux employés un programme d’immunisation sur place et qui avaient adopté des politiques exigeant l’immunisation comme condition d’emploi avaient un taux élevé de vaccination du personnel (Lai, et al., 2020). Les approches non pharmaceutiques sont aussi efficaces pour prévenir la contagion, comme l’a indiqué le recours à l’EPI comme mesure préventive de la contagion (World Health Organization, 2020; Rainwater-Lovett, Chun, & Lessler, 2014). La fermeture des établissements et centres de soins réduit aussi au minimum la contagion parmi le personnel et les résidents. Durant la pandémie de COVID-19, de nombreux établissements de soins, comme les hôpitaux, les centres de soins prolongés ont fermé leurs portes aux visiteurs non essentiels et l’accès y était limité au personnel seulement. La fermeture précoce de ces établissements serait efficace pour contenir les éclosions de maladie infectieuse et ainsi raccourcir l’éclosion (Inns, et al., 2018). L’interruption des nouvelles admissions, la formation de cohortes de patients ou résidents par unité, le renforcement actif de l’hygiène systématique et l’utilisation de désinfectants pour le nettoyage régulier des surfaces sont d’autres stratégies efficaces (Buffington, et al., 1993; Lee, Lee, Lee, & Park, 2020). La surveillance systématique et les rapports réguliers sont également recommandés pour reconnaître une infection précocement (Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2020). Les interventions groupées se sont montré être les plus efficaces pour gérer les éclosions dans les établissements de soins (Hayden, et al., 2015). Prévention et contrôle des infections Canada (PCIC) fournit un répertoire de lignes directrices fondées sur les données probantes et leurs recommandations découlant d’études épidémiologiques ayant démontré l’efficacité des interventions de contrôle des infections comme l’hygiène des mains, le nettoyage systématique, l’isolement, entre autres, dans les différents milieux de soins de santé (Agence de protection et de promotion de la Santé de l'Ontario (Santé publique 51 Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2014; Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2018; Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario, Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2012; Agence de protection et de promotion de la santé de l'Ontario, Comité consultatif provincial des maladies infectieuses, 2012; Siegel, Rhinehart, Jackson, & Chiarello, 2007; Canadian Committee on Antibiotic Resistance, 2007). Beaucoup de ces lignes directrices sont approuvées et publiées par des agences telles que Santé publique Ontario. Les centres de soins canadiens doivent utiliser ces lignes directrices et ressources d’éducation pour appuyer l’élaboration de plans d’urgence. DOMAINE 4 : ÉTABLISSEMENTS ET ORGANISATIONS DE SOINS COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 52 Domaine 5 : Lois et politiques Tant à l’échelle fédérale, provinciale que locale, les organes directeurs ont un rôle réglementaire à jouer dans la préparation et la réponse aux situations d’urgence en décrivant et imposant par l’entremise de leurs politiques et de leur pouvoir législatif la façon, et l’ampleur à laquelle les organisations doivent contribuer aux efforts plus efficaces de préparation et de réponse aux situations d’urgence. Une revue des lacunes existantes dans les lois et politiques en matière de préparation, de réponse et de rétablissement aux situations d’urgence visant les résultats chez les personnes âgées a été effectuée. L’investigation a été guidée par la Question de recherche 5 : A-t-on formulé ou adopté des lois ou des politiques locales, provinciales ou fédérales visant à améliorer les efforts de préparation et de rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence (catastrophe naturelle ou pandémie)? (voir Approche de développement). Les stratégies de recherche utilisées ont donné lieu à un total combiné de 4390 articles de revues savantes révisés par les pairs dont neuf ont été utilisés avec 15 documents d’orientation sur les lois et politiques aux fins d’extraction des données liées à cette question. L’examen de ces documents a révélé que bien que certaines provinces et certains territoires aient formulé et adopté des politiques et lois en réponse à leur expérience antérieure liée à des situations d’urgence, un fossé persiste dans l’application de ces politiques pour répondre aux besoins des personnes âgées et de leurs aidants non rémunérés. Dans le cas des provinces n’ayant pas adopté de lois en matière de préparation aux situations d’urgence, les lois en vigueur ainsi que les ressources utilisées durant la pandémie de COVID-19 peuvent servir de guide pour veiller à ce que les personnes âgées soient protégées durant une situation d’urgence. Les lacunes législatives sont un obstacle pour assurer l’aide suffisante pour continuellement répondre aux besoins des personnes âgées durant les situations d’urgence partout au Canada. Les cinq recommandations d’experts fondées sur les données probantes sur les politiques et les lois proposent une occasion d’adopter des lois qui améliorent les résultats chez les personnes âgées durant les situations d’urgence. Recommandation 5.1 : Un comité consultatif national doit être mis sur pied pour éclairer l’élaboration d’un programme de préparation, de réponse et de rétablissement des Canadiens âgés. Les représentants des Canadiens âgés et de leurs aidants non rémunérés doivent participer afin de veiller à ce que leur point de vue y soit reflété. Établissement d’un comité consultatif national sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence En 2017, le Sénat américain a adopté le projet de loi S. 1834 pour amender le titre XXVIII de la Public Health Service Act afin d’y inclure la formation d’un comité consultatif national sur les personnes âgées et les catastrophes (Protecting Seniors During Disasters Act, 2017). Le comité consultatif devait être formé par le secrétaire du Sénat, en consultation avec les secrétaires des départements Homeland Security et Veterans Affairs. Le comité consultatif avait pour tâches d’évaluer et de commenter les activités liées aux besoins médicaux et de santé publique des personnes âgées durant toutes les situations d’urgence, et de conseiller le secrétaire et lui proposer des recommandations quant aux personnes âgées, aux subventions médicales et de santé publique et aux ententes de collaboration relatives aux activités de préparation et de réponse autorisées par le secrétaire. Pour veiller à ce que le comité ait l’expertise nécessaire pour exécuter ses tâches, le projet de loi S. 1834 désigne les représentants devant siéger au comité, dont : le directeur des 53 Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’administrateur du Center for Medicare & Medicaid Services (CMS), l’administrateur de la Federal Emergency Management Agency (FEMA) et au moins deux professionnels de la santé non affiliés au gouvernement fédéral expérimentés dans la planification et la préparation des catastrophes médicales, ainsi que la réponse ou le rétablissement à ces catastrophes, et des représentants d’autres agences fédérales pertinentes, telles que le Department of Energy et le Department of Homeland Security (DHS). Bien que l’efficacité de ce comité n’ait pas encore été évaluée, les experts canadiens ont reconnu l’importance du mandat du comité formé aux É.-U. et l’impact qu’il pourrait avoir sur la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence. Aucun comité de cette nature n’a encore été formé au Canada. Les ressources qui existent, tel le Cadre de sécurité civile pour le Canada (voir le résumé des lois et cadres pertinents à l’Annexe B), pourraient coordonner la création d’un comité consultatif national visant à éclairer les décisions et la planification liées à la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence. Les groupes fédéraux, tels que Sécurité publique Canada auraient également un rôle à jouer dans la gestion et les activités du comité. En outre, la participation des personnes âgées à titre de membres du comité veillerait à ce que le point de vue de cette population soit intégré dans tous les résultats et produits mis de l’avant par le comité. On a constaté que les personnes âgées jouent un rôle essentiel dans l’élaboration des politiques, car elles connaissent « les principaux obstacles au vieillissement actif et proposent des options de redéveloppement après un tremblement de terre n’ayant jamais été considérés auparavant » (Annear, Keeling, & Wilkinson, 2014). Les fournisseurs pertinents du secteur privé, les professionnels de la santé spécialisés en gériatrie (gériatres, gérontopsychiatres, personnel infirmier en gérontologie, travailleurs sociaux et pharmaciens, physiothérapeutes et ergothérapeutes et autres experts en gériatrie) et les organisations non gouvernementales qui oeuvrent dans la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées, comme l’Armée du Salut et la Croix-Rouge canadienne seraient parmi les autres membres recommandés du comité. Les gérontologues pourraient également fournir observations et conseils sur les syndromes courants en gériatrie, comme la démence, le délire et la psychose, de même que les situations où les personnes âgées ont fréquemment besoin d’aide comme la prise de médicaments, la mobilité, la compréhension des instructions d’urgence et l’accès au soutien social, qui sont fréquemment gérés par des professionnels de la santé spécialisés en gériatrie. Recommendation 5.2 Toutes les provinces et tous les territoires doivent encourager la mise en place durant l’année ou avant une urgence imminente d’une période d’achats de produits hors taxes de préparation aux situations d’urgence. Les gouvernements doivent également verser un financement ciblé pour aider/ subventionner directement l'achat de trousses de préparation aux situations d’urgence par les Canadiens âgés. Les articles couverts doivent inclure une liste convenue d’accessoires d’urgence (telles que piles, générateurs portatifs, échelles de secours, radios, sacs de glace), d’airs climatisés, d’équipement de protection individuelle (p. ex. masques, gants, désinfectant pour les mains) et d’autres aides à la mobilité (canes, déambulateurs, etc.). Appui aux activités de préparation Lorsqu’elles sont confrontées au fardeau financier associé aux situations d’urgence, les personnes âgées se relèvent moins complètement que leurs cadets (Fernandez, Byard, Lin, Benson, & Barbera, 2002). Les groupes moins âgés sont moins DOMAINE 5 : LOIS ET POLITIQUES COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 54 vulnérables aux dégâts matériels, car ils sont probablement assurés, ont une plus grande valeur de crédit, plus d’économies et ont moins de chance de vivre au seuil de la pauvreté, ou près de celui-ci (Fernandez, Byard, Lin, Benson, & Barbera, 2002). Les conditions d’admissibilité à l’aide financière expliqueraient également pourquoi les personnes âgées n’y ont pas recours aussi souvent que leurs cadets. C’est souvent parce que les personnes âgées ont un revenu fixe ou ne travaillent pas. En outre, dans les cas où elles reçoivent de l’aide, l’argent reçu est souvent insuffisant pour renflouer les pertes, ce qui rend les personnes âgées plus dépendantes des organismes caritatifs et de leurs prestations de sécurité sociale (Fernandez, Byard, Lin, Benson, & Barbera, 2002). Au Canada, la Semaine de la sécurité civile est une initiative nationale de sensibilisation qui a lieu tous les ans depuis 1996 durant le mois de mai. Il s’agit d’une activité organisée en collaboration par des organisations fédérales, provinciales et territoriales de gestion des situations d’urgence qui appuient les activités de préparation aux situations d’urgence à l’échelle locale. La Semaine de la sécurité civile encourage les Canadiens à prendre trois mesures simples pour mieux se préparer à faire face à une situation d’urgence 1) Connaître les risques, 2) Préparer un plan d'urgence et 3) Avoir une trousse d'urgence (Gouvernement du Canada, 2015). La vente d’articles d’urgence hors taxes est un incitatif pour que les personnes âgées se procurent les ressources nécessaires à leur trousse d’urgence ou abaisse les prix suffisamment pour que les personnes âgées dont les ressources financières sont limitées puissent avoir accès à ces articles essentiels. Pour l’heure, 16 états américains ont adopté les fins de semaine hors taxes, cependant, seuls trois états ont inclut les articles de préparation « liée aux intempéries » ou « liée aux intempéries graves » dans les articles admissibles à l’élimination de la taxe. Pour donner à toutes les personnes âgées l’accès aux ressources d’urgence à prix réduit, il est recommandé que toutes les provines et tous les territoires adoptent la vente hors taxes d’articles d’urgence et/ou mettent sur pied un fonds pour aider les personnes âgées à faible revenu à acheter des trousses d’urgence. Les articles devraient inclure, sans s’y limiter, piles, générateurs portatifs, aides à la mobilité (canes et déambulateurs), airs climatisés, échelles de secours, radios et sacs de glace. En outre, les données probantes montrent que la présence à domicile d’une trousse de base contenant des interventions non pharmaceutiques telles que des produits d’hygiène des mains, des masques et des mesures de contrôle de la température (p. ex. ventilateurs) réduit grandement la contagion et contribue indirectement à éviter les hospitalisations (Finkelstein, Prakash, Nigmatulina, McDevitt, & Larson, 2013). Il est ainsi essentiel de subventionner ces articles d’urgence à l’intention des personnes âgées afin d’améliorer les efforts de préparation aux situations d’urgence. Recommandation 5.3 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent encourager la création d’un processus ou d’un programme national d’octroi de permis d’exercer au personnel infirmier, médecins, personnel paramédical et autres prestataires de services médicaux d’urgence leur permettant de dispenser bénévolement des soins médicaux d’urgence à l’extérieur des frontières provinciales et territoriales durant un état d’urgence déclaré. Amélioration de la portabilité de l’expertise des professionnels de la santé durant une situation d’urgence Il apparaît que l’accès aux services médicaux doit être continu durant la réponse aux situations d’urgence afin de répondre aux besoins médicaux émergents. Il est recommandé de prendre des mesures pour appuyer le recrutement préliminaire de professionnels de la santé afin de réunir rapidement et de façon standardisée une 55 équipe médicale émergente durant les situations d’urgence. Aux États-Unis, le Medical Reserves Corps (MRC) tient lieu de base de données de bénévoles médicaux et non médicaux pouvant offrir de l’aide médicale dans leur collectivité durant une situation d’urgence, et cela s’est avéré être très efficace. La création d’une ressource semblable est recommandée au Canada. Pour accroître la disponibilité des bénévoles médicalement formés durant une situation d’urgence, il faut prendre des mesures visant à adopter l’octroi de permis d’exercer interprovinciaux, et ce, dans toutes les provinces et tous les territoires. Tous les professionnels de la santé pertinents doivent collaborer avec leurs commission et législateurs provinciaux ou territoriaux pour adopter les lois nécessaires dans leur province ou territoire respectif. Au Canada, l’octroi de permis relève des provinces. Durant une situation d’urgence, les provinces utilisent d’abord leurs propres ressources; mais dans les cas où elles ont besoin d’experts, le Canada s’est doté de mécanismes pour appeler des ressources supplémentaires. Par exemple, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a en place des mécanismes lui permettant d’autoriser assez rapidement les professionnels de la santé à pratiquer au Canada. La création d’un programme national d’octroi de permis d’exercer nous permettrait d’accélérer notre réponse et de veiller à ce que l’aide soit disponible lorsqu’elle est nécessaire. Par exemple, les collèges des médecins et chirurgiens des provinces de l’Atlantique travaillent ensemble pour harmoniser un certain nombre de procédures et pour créer des approches qui leur sont communes pour octroyer certains permis d’exercer aux médecins. Les É.-U. ont adopté un modèle semblable où 31 états ont formé un pacte pour le permis d’exercer en soins infirmiers (Nurse Licensure Compact, n.d.), 14 états et un territoire ont formé un pacte pour le personnel de service de gestion des urgences (National Registry of Emergency Medical Technicians, n.d.) et 24 états ont formé un pacte pour les médecins (Interstate Medical Licensure Compact, n.d.). Une option possible pour le Canada serait de permettre aux professionnels de la santé de pratiquer dans différentes provinces et différents territoires en offrant leurs services à l’avance, par l’entremise de l’ASPC pour travailler dans différentes provinces durant une situation d’urgence. Recommandation 5.4 : Tous les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent appuyer les exigences législatives qui obligent les lieux d’hébergement collectif (p. ex. centres de soins infirmiers, résidences-services et maisons de retraite) de mettre à jour et de soumettre régulièrement leur plan d’urgence qui décrit les mesures et les contingences à prendre en situation d’urgence. Ces plans doivent inclure :
Un résumé du nombre d’employés devant être maintenu durant une situation d’urgence pour minimiser les interruptions des soins et/ou des services. Toutes les provinces et tous les territoires doivent s’efforcer d’uniformiser les exigences en matière DOMAINE 5 : LOIS ET POLITIQUES COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 56 de plan d’urgence dans les lieux d’hébergement collectif conformément aux priorités énoncées dans la Stratégie de sécurité civile pour le Canada 2019 et veiller à ce que les plans d’urgence des lieux d’hébergement collectif soient alignés aux directives énoncées dans les plans d’urgence et de pandémie de leur province ou territoire. Amélioration des efforts de contrôle de l’environnement dans les centres de soins infirmiers et résidences-services En Ontario, la Loi sur les foyers de soins de longue durée (2007) prévoit que tous les centres de soins infirmiers doivent être munis d’air climatisé et d’un générateur de secours pour alimenter tout l’équipement d’aide et de maintien de la vie en cas d’urgence. Si le système central d’air climatisé n’est plus fonctionnel dans l’établissement, chaque groupe de 40 résidents doit se voir désigner une aire de rafraîchissement. Mais ce n’est pas le cas dans toutes les provinces et tous les territoires. Par exemple, en Colombie-Britannique, la loi ne prévoit pas que tous les centres ajoutent à leur plan d’urgence des contingences garantissant que, en cas de panne de courant, les températures soient maintenues à un niveau raisonnable afin d’éviter l’exacerbation des problèmes de santé existants dans les centres de soins infirmiers et dans les centres de soins de longue durée. Le comité recommande de demander à toutes les provinces et tous les territoires d’uniformiser leurs exigences et de veiller à ce que les mesures appropriées soient en place pour rétablir le courant dans un délai raisonnable, et qu’ils obligent les établissements à adopter des contingences supplémentaires pour veiller à ce que la température soit maintenue à un niveau approprié. En plus de maintenir une température intérieure favorable et d’assurer l’alimentation constante en électricité, les plans d’urgence des lieux d’hébergement collectif doivent inclure des contingences visant à maintenir un personnel suffisant durant les situations d’urgence. La pandémie de COVID-19 a mis au jour des barrières insurmontables pour maintenir un personnel suffisant dans les établissements comme les foyers de groupe et centres d’hébergement pour les personnes âgées. Participation House, un foyer de groupe situé à Markham, en Ontario a affiché un taux élevé de démissions durant la pandémie alors que la dotation en personnel était décrite comme « critique » (Rocca, 2020). Le foyer de groupe a subi une éclosion grave du virus durant la pandémie alors que 95 % de ses résidents (40 sur 42) et 38 de ses employés ont été infectés (Riedner, 2020). Les études ont montré que, entre autres choses, le niveau de personnel aurait un impact significatif sur les résultats dans les lieux d’hébergement collectif (Trivedi, et al., 2012; Li, Birkhead, Strogatz, & Coles, 1996; Lin, et al., 2011; Harrington, Zimmerman, Karon, Robinson, & Beutel, 2000; Horn, Buerhaus, Bergstrom, & Smout, 2005; Kim, Kovner, Harrington, Greene, & Mezey, 2009). En conséquence, la planification efficace des situations d’urgence exige des mesures qui visent à maintenir un niveau approprié de personnel afin de réduire au minimum le risque d’éclosions généralisées et prolongées dans ces établissements. Pour améliorer les efforts visant à éviter les éclosions dans les centres de soins infirmiers et résidences-services, il faut également s’assurer que le personnel ait reçu une formation adéquate et qu’il est bien préparé à faire face aux situations d’urgence. Une étude menée en 2020 qui visait à déterminer comment les 50 états américains avaient exigé que les établissements d’hébergement et de soins de longue durée réduisent, se préparent et répondent aux infections parmi leurs résidents a conclu que 31 états avaient adopté des politiques de contrôle des infections et certains états exigeaient que le personnel reçoivent une formation sur le contrôle des infections (Bucy, 57 Smith, Carder, Winfree, & Thomas, 2020). Les politiques de 10 états contenaient un libellé sur les épidémies, principalement en matière de maladies à divulgation obligatoire et des exigences de les divulguer aux départements de santé publique, et deux décrivaient la préparation d’urgence à une pandémie. Seuls 6 états mentionnaient les pratiques d’isolement des résidents comme une façon efficace de lutter contre la contagion (Bucy, Smith, Carder, Winfree, & Thomas, 2020). De façon semblable, au Canada, la Loi sur la gestion des urgences de 2007 (Gouvernement du Canada, 2007) prévoit que le ministère fédéral de la Santé formule, mette à l’essai et maintienne un plan d’urgence spécifique à son mandat dans le portefeuille fédéral de la Santé. Dans les provinces et territoires, la gestion des urgences en santé est réglementée par une loi spécifique à chaque province et territoire exigeant que le gouvernement ait adopté un plan exhaustif d’urgence. En vertu de la loi, chaque province et territoire a formulé un plan d’urgence, dont certains citent précisément la grippe et/ou les pandémies. Dans certaines provinces, comme en Alberta, la loi stipule dans son Pandemic Influenza Plans des mesures à l’intention des groupes vulnérables, comme les personnes âgées, et des travailleurs et services de santé (Gouvernement de l'Alberta, 2014). La pandémie de COVID-19 a poussé les gouvernements des provinces à émettre des directives spécifiques aux établissements communautaires et de santé pour appuyer les décisions et mesures fondées sur les données probantes dans ces contextes. Finalement, les lois doivent tenir compte de plans d’urgence dans les situations où l’absence d’infrastructure devient un obstacle à l’éloignement social ou à l’isolement. L’isolement est recommandé pour contrôler les éclosions de maladie dans les lieux d’hébergement collectif; de nombreux établissement ont cependant rapporté des difficultés liées à l’infrastructure comme étant un obstacle à l’application des protocoles d’isolement parmi leurs résidents (Huhtinen, Quinn, Hess, Najjar, & Gupta, 2019; McMichael, et al., 2020). L’incapacité à se séparer physiquement durant une situation d’urgence est un obstacle à la gestion et au contrôle des éclosions de la maladie. Recommandation 5.5 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent adopter une approche uniforme favorisant la collaboration entre prescripteurs et dispensateurs (c.-à-d. pharmaciens communautaires) locaux de produits pharmaceutiques, médecins et infirmières praticiennes afin de pouvoir remettre aux personnes atteintes d’une affection chronique un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance avant ou durant une situation d’urgence. Cette approche doit également souligner le besoin que les prestataires pharmaceutiques, les hôpitaux et les organismes de secours collaborent pour veiller à ce que les hôpitaux, organismes de secours et refuges d’évacuation aient à leur disposition un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance.
Toute personne doit pouvoir obtenir un approvisionnement de 30 jours de ses médicaments d’ordonnance d’urgence avant et durant une situation d’urgence. Accès assuré aux médicaments nécessaires durant une situation d’urgence Les personnes âgées vivent souvent avec plusieurs affections chroniques qui nécessitent une prise en charge continue, ce qui peut inclure les médicaments d’ordonnance. Au Canada, les politiques sur la durée des ordonnances reposent grandement sur les organismes réglementaires provinciaux de médecins et pharmaciens. Bien qu’on n’ait relevé aucune étude sur l’accès aux médicaments durant une situation d’urgence au Canada, de nombreux rapports ont émergé aux É.-U. et autres territoires portant sur les difficultés d’accès aux médicaments vécues par les personnes DOMAINE 5 : LOIS ET POLITIQUES COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 58 ayant été évacuées dans des refuges. Par exemple, au lendemain de l’ouragan Katrina, beaucoup de personnes âgées ont été déplacées dans des refuges publics à plusieurs milles de leur domicile. Des discussions de réflexion sur les soins médicaux dispensés à l’Astrodome à Houston, au Texas, et au Mississippi Coliseum et au Mississippi Trade Mart à Jackson, au Mississippi ont exposé l’impact que les obstacles existants à l’accès à un approvisionnement d’au moins 30 jours de médicaments d’ordonnance ont sur la santé d’une personne. À Jackson, MS, le Department of Medicine, en partenariat avec les établissements locaux de santé ont ouvert des cliniques Katrina temporaires dans les refuges établis au Mississippi Coliseum et au Mississippi Trade Mart (Currier , King, Wofford , Daniel, & deShazo , 2006). Bien que beaucoup des 2394 personnes évacuées aient quitté leur domicile avec l’approvisionnement de médicaments recommandé de trois jours, la plupart des personnes ont dû demander des médicaments supplémentaires pour prendre en charge leur maladie chronique (Aldrich & Benson, 2008; Currier , King, Wofford , Daniel, & deShazo , 2006). On a rapporté que les besoins médicaux les plus fréquents à la clinique étaient les renouvellements d’ordonnance, surtout de médicaments pour traiter des affections cardiovasculaires, des antihistaminiques ou décongestionnants, des psychotropes, des analgésiques et des antidiabétiques (Currier , King, Wofford , Daniel, & deShazo , 2006). L’examen de plusieurs politiques pharmaceutiques et de prescription de médicaments en vigueur au Canada a mis au jour le fait que les politiques de renouvellement d’urgence ne sont pas uniformes dans les provinces et territoires, et que le problème était rarement évoqué. Une province, la Colombie-Britannique, permet aux médecins de rédiger des ordonnances avec renouvellements pendant jusqu’à un an (deux ans pour la pilule contraceptive). Aussi, les pharmaciens peuvent indépendamment renouveler la plupart des médicaments pendant jusqu’à six mois. Durant des situations d’urgence graves, durant lesquelles les personnes sont déplacées pendant une période prolongée, soit de quelques jours à plusieurs mois, il est essentiel que les personnes qui dépendent de médicaments puissent évacuer leur domicile avec suffisamment de médicaments pour soutenir leur santé et leur bien-être, surtout si elles sont évacuées dans une région isolée ou si elles doivent rester dans un refuge où l’approvisionnement pharmaceutique peut être limité aux entrepôts et centres de coordination aux fins de réponse à la situation d’urgence (Currier, King, Wofford , Daniel, & deShazo , 2006). En conséquence, il est recommandé que toutes les provinces et tous les territoires adoptent une approche uniformisée de collaboration entre les prescripteurs et dispensateurs locaux de produits pharmaceutiques, plus précisément, les pharmaciens communautaires, médecins et infirmières praticiennes. Pour faciliter encore plus l’accès aux médicaments d’ordonnance durant une situation d’urgence, surtout dans les refuges, cette approche doit insister sur la collaboration entre organisations de fournisseurs de produits pharmaceutiques et agences de secours de manière à veiller à l’offre d’un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance. 59 Domaine 6 : Recherche L’examen global des publications mises en évidence a révélé que la recherche dans le domaine de la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence est très sous-développée. La nature imprévisible du type et du moment où une situation d’urgence peut survenir complique les méthodologies classiques de recherche. Il ne fait toutefois aucun doute que nous avons l’occasion de créer et d’évaluer les initiatives de préparation et leurs répercussions potentielles durant les efforts de réponse et de rétablissement, de même que les résultats attendus auprès des populations désignées, et le personnel et les organisations ayant la responsabilité de les aider. Recommandation 6.1 : Il faut prioriser la création d’efforts de financement et de recherche afin de mieux contribuer à l’élaboration d’un cadre commun de mesure de la qualité et du niveau de préparation aux situations d’urgence au sein des établissements, organisations, fournisseurs rémunérés, organisations communautaires et autres groupes qui travaillent principalement auprès des personnes âgées et de leurs aidants non rémunérés durant et après une situation d’urgence. Recommandation 6.2 : Un plus grand effort concerté est nécessaire pour utiliser les conclusions découlant des données étayant la planification, la conception et le peaufinage de plus d’interventions, de politiques et de règlements fondés sur les données probantes liés à la préparation aux situations d’urgence auprès des personnes âgées et des aidants non rémunérés, de même que des organisations et fournisseurs rémunérés qui auront la responsabilité de répondre à leurs besoins durant et après une situation d’urgence. Priorisation de la recherche sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence Une revue des publications existantes portant sur la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence a mis en lumière une lacune dans ce domaine de recherche. Les efforts actuels de recherche ont souligné que les personnes âgées sont beaucoup plus vulnérables aux conséquences négatives durant et après une situation d’urgence comparativement à leurs cadets; cependant, les recherches qui se sont penchées sur les interventions pouvant être mises de l’avant pour susciter des résultats positifs chez les personnes âgées sont limitées. Particulièrement, le nombre d’études ayant évalué les pratiques exemplaires d’aide et de soins aux personnes âgées ayant un déclin sanitaire ou fonctionnel, et les méthodes les plus efficaces pour leur dispenser des services et des ressources est insuffisant. Au sujet de l’opération des systèmes, la recherche décrit les effets de la surcharge des exigences opérationnelles dans les services d’urgence et les méthodes de suivi des patients qui sont utilisées à l’échelle internationale, mais aucune recherche ne porte sur les politiques et procédures les plus efficaces pour assurer un résultat favorable durant une surcharge des exigences opérationnelles et le transfert des patients durant une situation d’urgence. Il est essentiel de créer un programme de recherche lié à la préparation, la réponse et le rétablissement des personnes âgées aux situations d’urgence pour favoriser une meilleure exploration expérimentale des interventions d’urgence auprès des personnes âgées. Les chercheurs doivent également créer un cadre de travail commun pour mesurer la qualité et le niveau de préparation aux situations d’urgence dans divers établissements et organisations. Un cadre d’évaluation commun réduit la variabilité et les biais pouvant être associés à la comparaison des systèmes ayant été évalués par différents cadres DOMAINE 6 : RECHERCHE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 60 de travail, qui diffèrent par les mesures et les domaines de mesure choisis. Dans un rapport de recherche publié en 2004 par Sécurité publique et Protection civile Canada, les participants ont reconnu le peu de recherche liée à la gestion des urgences au Canada. Cela réitère le besoin d’encourager plus de diplômés à entreprendre des projets de recherche sur la gestion des situations d’urgence. En outre, les résultats de ces projets doivent être transférés aux praticiens afin de combler les lacunes entre les connaissances et la pratique (Sécurité publique et Protection civile Canada, 2004). Des travaux ayant mesuré la préparation générale des Canadiens ont été publiés dans le rapport de 2014 intitulé La protection civile au Canada. Le rapport a eu recours aux données tirées de l’Enquête sur la préparation aux situations d'urgence et sur la résilience au Canada (EPUR), une enquête transversale effectuée par Statistique Canada pour la première fois en 2014, dans le but d’investiguer les activités de préparation aux situations d’urgence et la sensibilisation au risque parmi les Canadiens de 15 ans et plus dans les 10 provinces. Selon l’enquête, les situations d’urgence faisant intervenir l’éclosion d’une maladie grave étaient nommées comme un danger potentiel par environ la moitié des résidents interrogés dans chaque province, à l’exception de Terre-Neuveet- Labrador (37 %), Île-du-Prince-Édouard (40 %) et Nouveau-Brunswick (44 %) (La préparation aux situations d'urgence au Canada, 2014). Les Canadiens sont d’avis que leur collectivité devra probablement faire face à un nombre de catastrophes naturelles et causées par l’homme. Les tempêtes hivernales (86 %) et les pannes de courant prolongées (76 %), suivies des éclosions de maladie grave ou menaçant la vie (51 %) et les accidents industriels et de transport (50 %) étaient les événements les plus fréquemment nommés (La préparation aux situations d'urgence au Canada, 2014). En outre, les personnes de 65 ans et plus ont été nommées comme ayant moins de chance d’avoir un vaste réseau social vers lequel se tourner en cas d’urgence (La préparation aux situations d'urgence au Canada, 2014). Bien que l’EPUR soit un point de départ pour comprendre le taux de préparation au Canada, les réponses n’ont pas été recueillies auprès des résidants des trois territoires. Il a également exclu les Canadiens vivant en établissement, tel que les centres d’hébergement et de soins de longue durée, qui hébergent des personnes âgées, lesquelles ont beaucoup plus besoin d’aide dans les situations d’urgence ou durant une catastrophe. Application des conclusions pertinentes de la recherche aux pratiques réelles de santé en situation d’urgence La Recommandation 6.2 appuie aussi l’utilisation de la recherche dans l’élaboration de politiques en proposant d’ouvrir l’accès aux études publiées portant sur la préparation et le rétablissement aux situations d’urgence. Le fait d’ouvrir l’accès à la recherche sur la préparation et le rétablissement aux situations d’urgence favorise un plus grand nombre d’investigations expérimentales dans le domaine de la préparation et la réponse aux situations d’urgence. Recommandation 6.3 : Il faut créer un réseau de chercheurs, de personnes âgées, d'aidants non rémunérés, de bénévoles et de prestataires dédié à la préparation aux situations d’urgence afin d’encourager les partenariats à poursuivre l’évaluation non rémunérée des interventions de préparation aux situations d’urgence ciblant les personnes âgées. Les membres du réseau doivent revendiquer une plus grande concentration de la recherche sur la préparation aux situations d’urgence auprès des sociétés et revues savantes dont ils sont membres. 61 Établissement d’un réseau de chercheurs en santé durant les urgences Malheureusement, la recherche sur la gestion des urgences n’est pas une priorité au Canada. Ainsi, la Recommandation 6.3 propose de créer un réseau national de gestion et de préparation aux situations d’urgence composé de prestataires, de personnes âgées et de bénévoles. Le réseau pourrait être utilisé pour partager l’information, mais il revendiquerait surtout de concentrer la recherche sur la préparation aux situations d’urgence. Les participants de la table ronde ont également proposé que le réseau pourrait être épaulé par une organisation connectée à toutes les universités offrant des programmes de gestion des situations d’urgence et qui effectuent de la recherche sur la gestion des situations d’urgence, de même que par les autorités fédérales et provinciales responsables de la gestion des situations d’urgence. Le comité recommande également que le réseau actuel de chercheurs sur la préparation aux situations d’urgence continue d’exister afin de soutenir la progression des efforts de recherche liés à la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence. Les tâches du groupe de recherche doivent comprendre l’évaluation de l’efficacité des politiques et procédures en vigueur dans les établissements et organisations et les gouvernements, l’identification des lacunes des connaissances et du transfert des connaissances, et la délégation des priorités de recherche. L’on souhaite que ce groupe de chercheurs comble la lacune actuelle de la recherche sur la préparation, la réponse et le rétablissement aux situations d’urgence pour étayer l’élaboration de politiques fondées sur les données probantes. Recommandation 6.4 : La recherche sur les aidants non rémunérés et la préparation aux situations d’urgence est nécessaire afin de mieux informer les aidants non rémunérés de la façon de prendre soin de leurs parents et amis vulnérables durant une situation d’urgence. Recherche sur la préparation des aidants non rémunérées aux situations d’urgence Il peut être très exigeant d’être un aidant non rémunéré. Composer avec une situation d’urgence, en plus des responsabilités d’aidant, peuvent rapidement dépasser les capacités de l’aidant, ce qui entraîne des conséquences dévastatrices. En conséquence, il est essentiel que les aidants non rémunérés soient bien soutenus, c’est-à-dire qu’ils puissent identifier les défis potentiels et prendre les mesures nécessaires pour que la personne âgée dont ils prennent soin soit prête. Les participants à la table ronde ont reconnu le rôle essentiel joué par les aidants non rémunérés durant la préparation aux situations d’urgence et la réduction des victimes après un événement majeur parmi les personnes âgées. La revue des publications a relevé différents niveaux de responsabilité et différents rôles dans la réduction des conséquences négatives après une situation d’urgence. Les articles de recherche ont toujours noté le besoin de mettre en place des stratégies fondées sur les données probantes pour régler les problèmes liés à la préparation aux situations d’urgence, surtout dans les ménages qui comptent des personnes âgées frêles et leur aidant non rémunéré (Levac, Toal-Sullivan, & O'Sullivan, 2012). La Recommandation 6.4 note l’importance de mener plus de recherche s’attardant particulièrement sur les aidants non rémunérés, ce qui pourrait encore plus combler la lacune et fournir les données pour appuyer les stratégies pouvant atténuer les conséquences négatives parmi les personnes âgées après une situation d’urgence. DOMAINE 6 : RECHERCHE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 62 Recommandation 6.5 : La recherche sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence dans les collectivités canadiennes et les lieux d’hébergement collectif pour personnes âgées (p. ex. centres de soins infirmiers, maisons de retraite et foyers de groupe et résidences-services) est nécessaire. Elle doit :
Caractériser l’impact de l’urgence sur la population âgée et nommer les pratiques exemplaires émergentes sur la façon de composer avec les urgences futures Préparation des lieux d’hébergement collectif à une situation d’urgence L’expérience récente du Canada avec la pandémie de COVID-19 et le nombre élevé de décès à ce jour dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (Institut canadien d'information sur la santé, 2020) a mis au jour les lacunes du système qui ont rendu les lieux d’hébergement collectif vulnérables durant une situation d’urgence. La Recommandation 6.5 décrit le besoin de plus de recherche afin de mieux comprendre le niveau actuel de préparation aux situations d’urgence des lieux d’hébergement collectif de personnes âgées. Des plans d’urgence exhaustifs doivent décrire les contingences pour une multitude de situations d’urgence d’ampleur et de nature variées, y compris les pandémies. Les plans d’urgence dans les lieux d’hébergement collectif de personnes âgées doivent inclure un protocole clair dans les cas de pandémie. Dans une étude réalisée par Lum, Mody, Lona et Ginde (2014), une enquête nationale visant à déterminer les caractéristiques des centres d’hébergement et de soins américains associés à la présence d’un plan en cas de pandémie a conclu que la majorité des centres d’hébergement et de soins qui ne s’étaient pas dotés d’un plan contre une pandémie de grippe étaient de petite taille, à but lucratif et non affiliés à une chaîne, et le taux de vaccination du personnel était faible (Lum, Mody, Levy, & Ginde, 2014). Si l’on comprend ces caractéristiques, on pourrait mieux cibler les centres qui doivent élaborer un plan pour composer avec une pandémie, ou une autre situation d’urgence. Un programme robuste de recherche sur la préparation à une situation d’urgence des lieux d’hébergement collectif des personnes âgées favorise l’accumulation de données probantes étayant les pratiques exemplaires visant à composer avec les situations d’urgence en temps voulu. Les chercheurs doivent cibler tous les niveaux de la gestion des situations d’urgence, y compris les résidents ou patients, les prestataires ou personnel, les programmes et établissements. Les données de surveillance, comme les données tirées de la pandémie de COVID-19, peuvent servir de pierre d’assise pour les nouvelles études et les études en cours. . 63 Maladie d’Alzheimer : Une forme de démence qui cause des problèmes de mémorisation, de pensée, de comportement et de fonctionnement indépendant; elle est une cause courante de démence (https://www.alz.org/alzheimers- dementia/whatis- alzheimers). Établissements de soins : Une organisation qui dispense des soins de santé et des services connexes aux patients hospitalisés ou ambulatoires, tels que des services diagnostiques ou thérapeutiques, des services de laboratoire, des médicaments et autres services de santé. Lieux d’hébergement collectif : Désigne un ensemble de lieux d’hébergements (centres de soins et maisons de retraite) où les personnes âgées vivent ou passent la nuit et utilisent des aires communes (https://www.publichealthontario.ca/fr/diseasesand- conditions/infectious-diseases/respiratorydiseases/ novel-coronavirus/congregate-livingsettings- resources). Démence : Un terme général utilisé pour désigner un groupe de maladies liées au déclin progressif des capacité cognitives, y compris la mémoire, la communication, le langage, l’attention, le raisonnement, le jugement et la perception visuelle qui a des conséquences négatives sur l’état fonctionnel (https://www.alz. org/alzheimers-dementia/what-is-dementia). Épidémie : La survenue de cas de maladie dépassant les attentes normales (https://www. who.int/environmental_health_emergencies/ disease_outbreaks/en/). Situation d’urgence : Un état où un territoire fait face à un événement ayant des conséquences sur la santé publique; utilisé ici pour désigner les catastrophes naturelles ou les pandémies (https://www.who.int/emergencies/crises/en/). Personnel de réponse aux situations d’urgence : Personnel responsable de fournir des services d’aide durant une situation d’urgence, y compris les pompiers, les policiers, les autorités de défense civile ou de gestion des situations d’urgence, les shérifs ainsi que le personnel militaire et de fabrication ou de transport. Professionnels des soins gériatriques : Praticiens spécialisés dans le traitement des problèmes physiques, mentaux, émotionnels et/ou sociaux des personnes âgées, y compris, les infirmières, dentistes, travailleurs sociaux, ergothérapeutes et physiothérapeutes, et pharmaciens. Catastrophe de soins de santé : Une situation qui survient lorsque les effets destructeurs d’une catastrophe naturelle submergent la capacité d’une région ou d’une collectivité donnée de répondre à la demande de soins de santé (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/ PMC1291330/). Professionnel de la santé : Une personne ayant été certifiée et autorisée à dispenser des services de prévention, de guérison, de réadaptation et de promotion de la santé (http://www.who.int/hrh/statistics/Health_ workers_classification.pdf). Glossaire GLOSSAIRE COMBLER L’ÉCART : AMÉLIORER LA PRÉPARATION, LA RÉPONSE ET LE RÉTABLISSEMENT DES PERSONNES ÂGÉES 64 Système de commandement en cas d'incident : Un outil standardisé qui facilite le commandement, le contrôle et la coordination efficaces de la réponse à une situation d’urgence, permettant ainsi aux agences de collaborer pour uniformiser la réponse (https://ops.fhwa.dot.gov/publications/ics_guide/ glossary.htm). Catastrophe naturelle : Un acte de la nature de magnitude telle qu’elle crée une situation catastrophiques où les habitudes de vie quotidienne sont soudainement perturbées et les personnes sont plongées dans l’impuissance et la souffrance et, en conséquence, ont besoin de nourriture, de vêtements, de refuge, de soins médicaux et infirmiers ainsi que d’autres nécessités de la vie, et la protection contre les facteurs et conditions environnementaux défavorables (https://www.who.int/environmental_health_ emergencies/natural_events/en/) Pandémie : Une épidémie survenant dans le monde entier, ou dans une région très vaste qui traverse les frontières internationales et qui touche habituellement un grand nombre de personnes (https://www.who.int/bulletin/ volumes/89/7/11-088815/en/#:~:text=A%20 pandemic%20is%20defined%20as,are%20not%20 considered%20pandemics.). Équipement de protection individuelle (EPI) : Articles portés ou utilisés comme barrière pour aider à prévenir l’exposition potentielle à une maladie infectieuse. Confinement : Une précaution prise lorsque des substances dangereuses (chimiques, biologiques ou radiologique) sont libérées dans l’air. Cela nécessite de trouver une petite pièce sans fenêtre ou avec peu de fenêtres de l’édifice où se trouve la personne. État d’urgence : Une circonstance déclarée par un gouvernement lorsqu’une catastrophe est survenue et être grave ou imminente et pour laquelle on prévoit que de l’aide gouvernementale sera nécessaire pour aider les ressources locales afin de prévenir ou d’atténuer les dommages, les pertes et la souffrance dans un région (http:// ready.nj.gov/about-us/state-of-emergency.shtml). Aidants non rémunérés : Personnes qui fournissent de l’aide et des soins à un membre de leur famille ou aux personnes qui vivent dans d’autres domiciles. 65 Agence de protection et de promotion de la Santé de l’Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses. (2014). Pratiques exemplaires d’hygiène des mains dans tous les établissements de soins de santé, 4e éd. Toronto: Imprimeur de la Reine pour l’Ontario. Agence de protection et de promotion de la santé de l’Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses. (2018). Pratiques exemplaires de nettoyage de l’environnement en vue de la prévention et du contrôle des infections dans tous les milieux de soins de santé, 3e éd. Toronto: Imprimeur de la Reine pour l’Ontario. Agence de protection et de promotion de la santé de l’Ontario (Santé publique Ontario), Comité consultatif provincial des maladies infectieuses. (2020). Pratiques exemplaires de prévention, de surveillance et de contrôle des nouvelles infections respiratoires dans tous les milieux de soins. Toronto: Imprimeur de la Reine pour l’Ontario. Agence de protection et de promotion de la santé de l’Ontario, Comité consultatif provincial des maladies infectieuses. (2012). Pratiques de base et précautions supplémentaires dans tous les établissements de soins de santé, 3e éd. Toronto: Imprimeur de la Reine pour l’Ontario. Agence de protection et de promotion de la santé de l’Ontario, Comité consultatif provincial des maladies infectieuses. (2012). Pratiques exemplaires pour les programmes de prévention et de contrôle des infections en Ontario dans tous les établissements de soins de santé, 3e éd. Toronto: Imprimeur de la Reine pour l’Ontario. Ahronheim, J. C., Arquilla, B., & Gambale Greene, R. (2009). Elderly populations in disasters: Hospital guidelines for geriatric preparedness. New York: New York City Department of Health and Mental Hygiene. 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Recommandations Agences fédérales pertinentes Gouvernements provinciaux et locaux Établissements et organisations de soins Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Programmes et services communautaires Personnes âgées et aidants non rémunérés Domaine 1: Personnes âgées et aidants non rémunérés Recommandation 1.1 : Les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés doivent avoir accès à de l’information et à des ressources adaptées et faciles d’accès liées à la préparation aux situations d’urgence de même qu’à un guide d’élaboration d’un plan personnalisé de préparation aux situations d’urgence qui tienne compte des besoins fonctionnels et sanitaires individuels des personnes âgées ainsi que des stratégies appropriées pour favoriser la prévention des infections et des maladies. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. X X X X X X Recommandation 1.2 : Les personnes âgées qui dépendent d’aides à la mobilité doivent éliminer ou réduire au minimum les obstacles pouvant obstruer l’évacuation, et prendre les mesures pour assurer leur sécurité dans leur environnement X X Recommandation 1.3 : Si les agences locales de réponse aux situations d’urgence ont mis sur pied un registre de personnes ayant des besoins fonctionnels ou autres, y compris les personnes handicapées, les personnes âgées et/ou leur aidant non rémunéré devrait s’y inscrire afin de recevoir l’aide nécessaire durant les situations d’urgence. X X X X Recommandation 1.4 : Les personnes âgées ayant un déficit sensoriel, comme une perte visuelle ou auditive, doivent prendre des précautions supplémentaires pour se préparer aux situations d’urgence. X X X Recommandation 1.5 : Les personnes âgées vivant avec une maladie chronique doivent maintenir une liste à jour de leurs affections médicales, traitements (médicaments, équipement médical durable, fournitures et autres besoins de soins de santé), professionnels de la santé et personnes à contacter en cas d’urgence, y compris un mandataire. X X ecommandation 1.6 : Les personnes âgées qui prennent des médicaments doivent collaborer avec leurs professionnels de la santé pour veiller à avoir un approvisionnement d’au moins 30 jours de médicaments durant une situation d’urgence. X X Recommandations Agences fédérales pertinentes Gouvernements provinciaux et locaux Établissements et organisations de soins Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Programmes et services communautaires Personnes âgées et aidants non rémunérés Recommandation 1.7 : Les personnes âgées qui dépendent d’un dispositif médical électrique doivent s’assurer d’avoir une alimentation électrique de secours, surtout si le dispositif sera utilisé durant un confinement.
Les personnes âgées et/ou les aidants non rémunérés doivent communiquer à l’avance avec le distributeur d’électricité pour parler de leurs besoins et s’assurer de la disponibilité d’une source d’alimentation électrique de secours et surtout, parler du besoin de recharger les téléphones cellulaires et autres appareils sans fil.
Les personnes âgées et/ou les aidants non rémunérés doivent obtenir de l’aide pour avoir et entretenir une alimentation électrique de secours à domicile, au besoin, comme lorsqu’elle est nécessaire dans les régions rurales pour déplacer de l’équipement lourd et de l’essence ou accéder à ces ressources, et faire fonctionner cet équipement. X X X Recommandation 1.8 : Il faut encourager les personnes âgées à continuer d’entretenir un réseau d’entraide local vers lequel elles peuvent se tourner durant une catastrophe ou une situation d’urgence imminente, surtout si elles vivent seules ou s’il est difficile d’accéder à la famille. X X X Recommandation 1.9 : Les aidants non rémunérés des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et/ou d’autres démences doivent recevoir de l’aide pour détecter les signes de détresse, d’anxiété ou de confusion, faire appel à des stratégies pour détourner l’attention, et les aider à rester calmes durant les situations d’urgence. De plus, les aidants non rémunérés doivent être prêts à prévenir l’égarement, et doivent avoir un plan en place pour situer la personne qu’ils soignent si elle s’égare ou nécessite une intervention médicale durant une situation d’urgence. X X X Domaine 2 : Services et programmes communautaires Recommandation 2.1 : Faciliter l’accès aux programmes communautaires adaptés qui renseignent les personnes âgées et leurs aidants non rémunérés sur les situations d’urgence pouvant survenir dans leur région et comment s’y préparer et y répondre. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété.
Les programmes et organisations communautaires doivent collaborer avec les autorités de santé publique de la région pour créer et distribuer des ressources d’éducation sur le contrôle des infections, et les pratiques de prévention des maladies et des blessures à l’intention des personnes âgées et leurs aidants non rémunérés durant les situations d’urgence. X X X ANNEXE A – A1 Recommandations Agences fédérales pertinentes Gouvernements provinciaux et locaux Établissements et organisations de soins Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Programmes et services communautaires Personnes âgées et aidants non rémunérés Recommandation 2.2 : Les programmes qui offrent aux personnes âgées des services de secours aux sinistrés et/ou des services communautaires essentiels, comme les Popotes roulantes, et d’aide à la vie quotidienne (services financiers, médicaux, d’hygiène personnelle, d’alimentation et de transport) doivent recevoir une formation sur la préparation aux situations d’urgence. Ces programmes doivent également élaborer un plan et protocole afin de répondre adéquatement aux besoins de leurs clients durant une situation d’urgence, et y adhérer. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. X Recommandation 2.3 : Les programmes communautaires qui fournissent aux personnes âgées des services de santé et d’hygiène à domicile doivent intégrer des stratégies visant à réduire au minimum le contact personnel non nécessaire et à utiliser les ressources (p. ex. équipement de protection individuelle, tel que jaquettes, masques, gants, désinfectant pour les mains, etc.) dans leurs plans et protocoles de préparation aux situations d’urgence. X Recommandation 2.4 : Les gouvernements locaux doivent avoir recours aux données identifiant les personnes à risque afin de permettre aux intervenants d’urgence de prioriser les efforts de recherche et de sauvetage après une situation d’urgence. X Domaine 3 : Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Recommandation 3.1 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent recevoir une formation sur les soins gériatriques pertinents à leur discipline et comment venir en aide aux personnes âgées et à leurs aidants non rémunérés avant, durant et après une urgence. La formation supplémentaire doit également les sensibiliser aux pratiques exemplaires et précautions nécessaires pour réduire le risque de contation durant la réponse à une situation d’urgence. Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. X X X Recommandation 3.2 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent s’efforcer de réduire les conséquences négatives chez les personnes âgées durant et après une situation d’urgence en adoptant des stratégies conçues pour protéger la santé physique et mentale des personnes âgées avec lesquelles ils pourraient entrer en contact. Ces stratégies consistent à évaluer le bien-être psychologique des personnes âgées à la recherche de signes de détresse et de dispenser les traitements appropriés ou de les aiguiller en spécialité, le cas échéant. X X Recommandations Agences fédérales pertinentes Gouvernements provinciaux et locaux Établissements et organisations de soins Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Programmes et services communautaires Personnes âgées et aidants non rémunérés Recommandation 3.3 : Les professionnels de la santé et le personnel de réponse aux situations d’urgence doivent recevoir une formation de sensibilisation aux cultures afin de dispenser des soins et de l’aide appropriés aux personnes âgées de différentes origines culturelles et religieuses avant, durant et après une urgence. Les prestataires doivent avoir des options à leur disposition pour venir en aide aux personnes âgées et leur aidants non rémunérés qui se heurtent à la barrière de la langue ou à des obstacles culturels pour accéder aux services d’aide (p. ex. traducteurs, matériel écrit en langues autres que l’anglais et le français, etc.). Cela est d’importance particulière pour le personnel qui intervient auprès des peuples autochtones, dans des milieux communautaires diversifiés et durant une évacuation en réponse à une urgence. X X Domaine 4 : Établissements et organisations de soins Recommandation 4.1 : Les établissements et organisations de soins doivent inclure une formation sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence dans leur programme de formation systématique du personnel.
Utiliser les pratiques et outils éducatifs multimodaux pour favoriser l’acquisition des connaissances et le changement de comportement.
Il faut recruter des représentants bénévoles parmi les Canadiens âgés et leurs aidants non rémunérés pour élaborer et distribuer les ressources et le matériel de formation, afin que leur point de vue soit entendu et y soit reflété. X X X Recommandation 4.2 : Durant le processus standardisé actuel de transfert des soins, il convient d’ajouter d’autres stratégies visant à améliorer la collecte et le transfert des renseignements pouvant identifier une personne et des anamnèses médicales pour favoriser le suivi efficace, la relocalisation et les soins du patient durant une situation d’urgence. X Recommandation 4.3 : Les établissements et organisations de soins doivent s’efforcer d’élaborer des plans d’urgence complets qui incluent une stratégie de réponse efficace pour protéger les personnes âgées contre les éclosions de maladie infectieuse. Ces stratégies doivent refléter les normes fondées sur les données probantes auxquelles des organisations telles Prévention et contrôle des infections Canada (PCI) souscrivent.
Les établissements de soins doivent aussi évaluer régulièrement et faire tomber les obstacles à la mise en oeuvre du plan d’urgence qui repose sur leurs pratiques habituelles. X ANNEXE A – A2 Recommandations Agences fédérales pertinentes Gouvernements provinciaux et locaux Établissements et organisations de soins Professionnels de la santé et personnel de réponse aux situations d’urgence Programmes et services communautaires Personnes âgées et aidants non rémunérés Domaine 5 : Lois et politiques Recommandation 5.1 : Un comité consultatif national doit être mis sur pied pour éclairer l’élaboration d’un programme de préparation, de réponse et de rétablissement des Canadiens âgés. Les représentants des Canadiens âgés et de leurs aidants non rémunérés doivent participer afin de veiller à ce que leur point de vue y soit reflété. X X X X X Recommandation 5.2 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent encourager la mise en place durant l’année ou avant une urgence imminente d’une période d’achats de produits hors taxes de préparation aux situations d’urgence. Les gouvernements doivent également verser un financement ciblé pour aider/subventionner directement l’achat de trousses de préparation aux situations d’urgence par les Canadiens âgés. Les articles couverts doivent inclure une liste convenue d’accessoires d’urgence (telles que piles, générateurs portatifs, échelles de secours, radios, sacs de glace), d’airs climatisés, d’équipement de protection individuelle (p. ex. masques, gants, désinfectant pour les mains) et d’autres aides à la mobilité (canes, déambulateurs, etc.). X Recommandation 5.3 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent encourager la création d’un processus ou d’un programme national d’octroi de permis d’exercer au personnel infirmier, médecins, personnel paramédical et autres prestataires de services médicaux d’urgence leur permettant de dispenser bénévolement des soins médicaux d’urgence à l’extérieur des frontières provinciales et territoriales durant un état d’urgence déclaré. X Recommandation 5.4 : Tous les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent appuyer les exigences législatives qui obligent les lieux d’hébergement collectif (p. ex. centres de soins infirmiers, résidences-services et maisons de retraite) de mettre à jour et de soumettre régulièrement leur plan d’urgence qui décrit les mesures et les contingences à prendre en situation d’urgence. Ces plans doivent inclure :
Un générateur de secours en cas de panne de courant prolongée, et un plan coordonné avec les agences communautaires pertinentes (p. ex. service municipal d’incendies) pour assurer l’évacuation efficace.
Les directives concernant les interventions appropriées (p. ex. isolement, port du masque, éloignement physique) pour contrôler et prévenir les éclosions et la contagion dans la population durant une situation d’urgence.
Seuils clairs de régulation de la température, précisément les températures maximales et minimales permises en fonction des normes de santé professionnelles et environnementales, et les mesures à prendre pour régler la température et réduire les fluctuations au minimum.
Un résumé du nombre d’employés devant être maintenu durant une situation d’urgence pour minimiser les interruptions des soins et/ou des services. Toutes les provinces et tous les territoires doivent s’efforcer d’uniformiser les exigences en matière de plan d’urgence dans les lieux d’hébergement collectif conformément aux priorités énoncées dans la Stratégie de sécurité civile pour le Canada 2019 et veiller à ce que les plans d’urgence des lieux d’hébergement collectif soient alignés aux directives énoncées dans les plans d’urgence et de pandémie de leur province ou territoire. X X Recommendations Relevant Federal Agencies Provincial & Local Governments Care Institutions & Organizations Health Care Professionals & Emergency Response Personnel Community-Based Services & Programs Individuals & Unpaid Caregivers Recommandation 5.5 : Toutes les provinces et tous les territoires doivent adopter une approche uniforme favorisant la collaboration entre prescripteurs et dispensateurs (c.-à-d. pharmaciens communautaires) locaux de produits pharmaceutiques, médecins et infirmières praticiennes afin de pouvoir remettre aux personnes atteintes d’une affection chronique un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance avant ou durant une situation d’urgence. Cette approche doit également souligner le besoin que les prestataires pharmaceutiques, les hôpitaux et les organismes de secours collaborent pour veiller à ce que les hôpitaux, organismes de secours et refuges d’évacuation aient à leur disposition un approvisionnement adéquat de médicaments d’ordonnance.
Toute personne doit pouvoir obtenir un approvisionnement de 30 jours de ses médicaments d’ordonnance d’urgence avant et durant une situation d’urgence. X X X X Domaine 6 : Recherche Recommandation 6.1 : Il faut prioriser la création d’efforts de financement et de recherche afin de mieux contribuer à l’élaboration d’un cadre commun de mesure de la qualité et du niveau de préparation aux situations d’urgence au sein des établissements, organisations, fournisseurs rémunérés, organisations communautaires et autres groupes qui travaillent principalement auprès des personnes âgées et de leurs aidants non rémunérés durant et après une situation d’urgence. X Recommandation 6.2 : Un plus grand effort concerté est nécessaire pour utiliser les conclusions découlant des données étayant la planification, la conception et le peaufinage de plus d’interventions, de politiques et de règlements fondés sur les données probantes liés à la préparation aux situations d’urgence auprès des personnes âgées et des aidants non rémunérés, de même que des organisations et fournisseurs rémunérés qui auront la responsabilité de répondre à leurs besoins durant et après une situation d’urgence. X Recommandation 6.3 : Il faut créer un réseau de chercheurs, de personnes âgées, d’aidants non rémunérés, de bénévoles et de prestataires dédié à la préparation aux situations d’urgence afin d’encourager les partenariats à poursuivre l’évaluation non rémunérée des interventions de préparation aux situations d’urgence ciblant les personnes âgées. Les membres du réseau doivent revendiquer une plus grande concentration de la recherche sur la préparation aux situations d’urgence auprès des sociétés et revues savantes dont ils sont membres. X Recommandation 6.4 : La recherche sur les aidants non rémunérés et la préparation aux situations d’urgence est nécessaire afin de mieux informer les aidants non rémunérés de la façon de prendre soin de leurs parents et amis vulnérables durant une situation d’urgence. X X Recommandation 6.5 : La recherche sur la préparation et la réponse aux situations d’urgence dans les collectivités canadiennes et les lieux d’hébergement collectif pour personnes âgées (p. ex. centres de soins infirmiers, maisons de retraite et foyers de groupe et résidences-services) est nécessaire. Elle doit :
Déterminer le niveau actuel de préparation dans ces environnements de même que souligner les défis qui font obstacle à la préparation.
Caractériser l’impact de l’urgence sur la population âgée et nommer les pratiques exemplaires émergentes sur la façon de composer avec les urgences futures. X X ANNEXE A – A3 Annexe B : Résumé des lois et cadres pertinents à la préparation des personnes âgées aux situations d’urgence Politique/ Loi Provincial / National Lien Alberta’s Pandemic Influenza Plan par le gouvernement de l’Alberta Alberta https://open.alberta.ca/publications/alberta-s-pandemic-influenza-plan Community Care and Assisted Living Act Colombie-Britannique https://www.bclaws.ca/civix/document/id/complete/statreg/02075_01 Pharmacy Disaster Preparedness (2009) un énoncé de politique sur la pratique professionnelle Colombie-Britannique http://library.bcpharmacists.org/6_Resources/6-2_PPP/5003-PGP-PPP25.pdf Dispositions pour une pandémie de grippe au Manitoba (préparation et réponse de la santé publique aux situations d’urgence) Manitoba https://www.gov.mb.ca/health/publichealth/pandemic.fr.html Loi sur les foyers de longue durée Ontario https://www.ontario.ca/fr/lois/loi/07l08 Plan ontarien de lutte contre la pandémie de grippe (2013) Ontario http://www.health.gov.on.ca/fr/pro/programs/emb/pan_flu/pan_flu_plan.aspx Plan québécois de lutte à une pandémie d’influenza Mission (2006) Québec https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-001256/ Un cadre de sécurité civile pour le Canada (2017) par Sécurité publique Canada National https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/rsrcs/pblctns/2017-mrgnc-mngmnt-frmwrk/index-fr.aspx Préparation du Canada en cas de grippe pandémique par le Réseau pancanadien de santé publique National https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/grippe-influenza/preparation-canada-cas-grippe-pandemique-guideplanification- secteur-sante.html Loi sur le ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile National https://laws.justice.gc.ca/fra/lois/P-31.55/ Loi sur la gestion des urgences (L.C. 2007, ch. 15) National https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/E-4.56/ Préparation aux urgences au Canada (refer to the highlights on Page 3) National https://www.preparez-vous.gc.ca/cnt/rsrcs/pblctns/yprprdnssgd/index-fr.aspx Plan d'intervention fédéral-provincial-territorial en matière de santé publique dans les cas d'incidents biologiques par le Réseau pancanadien de santé publique (voir l’Annexe L pour le plan de réponse National https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/mesures-interventions-urgence/plan-intervention-matiere-sante-publique-casincidents- biologiques.html Plan nord-américain contre l'influenza animale et la pandémie d'influenza (par Santé publique Canada) National https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/rsrcs/pblctns/nml-pndmc-nflnz/index-fr.aspx Loi sur la mise en quarantaine (2005) National https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/q-1.1/page-1.html ANNEXE B – B1 253901-05 1/20

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Des normes nationales pour les soins de longue durée : L'art du possible?

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Date
2020-12-08
Thèmes
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Santé des populations, équité en santé, santé publique
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Type de politique
Approbations de politiques
Date
2020-12-08
Thèmes
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Text
INTRODUCTION La pandémie de COVID-19 a tragiquement sonné l’alarme au sujet des lacunes du secteur des soins de longue durée (SLD), négligé depuis longtemps au Canada. À la fin juin, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) signalait qu’en date du 25 mai 2020, les résidents de centres de SLD représentaient 81 % des décès causés par la COVID-19 au Canada : plus de deux fois la moyenne de 38 % de 17 autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)1. Les politiques de confinement des établissements de SLD ont malheureusement empêché des membres de la famille d’accompagner leurs proches dans leurs derniers moments2. La COVID-19 a aussi eu de lourdes conséquences sur les travailleurs de la santé. L’ICIS a signalé qu’au 23 juillet, les travailleurs de la santé constituaient près d’un cas de COVID-19 sur cinq (19,4 %), mais on ne dispose pas d’information sur la répartition du lieu de travail de ces cas (p. ex., établissements de SLD ou autres)3. Il convient de signaler que les SLD sont majoritairement fournis en dehors des centres de SLD, au domicile des bénéficiaires, un fait auquel on a peu prêté attention depuis le début de la pandémie. Selon le Recensement de 2016, 425 755 Canadiens vivaient dans un foyer de soins, une résidence pour personnes âgées ou un établissement offrant les deux types de services4. En guise de comparaison, selon l’édition 2019 de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 1,8 million de Canadiens de 12 ans et plus ont déclaré qu’un membre de leur ménage ou eux-mêmes avaient reçu des soins à domicile au cours des 12 mois précédents, le plus souvent des soins infirmiers, reçus par 870 000 personnes. En outre, 733 500 autres Canadiens ont déclaré qu’un membre de leur ménage ou eux-mêmes avaient eu besoin, toujours au cours des 12 mois précédents, de soins à domicile qu’ils n’avaient pas reçus5. DES NORMES NATIONALES POUR LES SOINS DE LONGUE DURÉE : L’ART DU POSSIBLE? 2 L’APPEL DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL POUR DES NORMES NATIONALES POUR LES SLD Réagissant au rapport publié en juin par l’ICIS au sujet des 81 % de décès causés par la COVID-19 dans les établissements de SLD, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré : « Nous continuerons à travailler avec les premiers ministres pour que nos centres de soins de longue durée reçoivent l’appui nécessaire, que ce soit en imposant des normes nationales, en augmentant le financement ou en révisant la Loi canadienne sur la santé6. » Il a aussi été question de normes sur les SLD dans le discours du Trône du 23 septembre 2020. « En outre, le gouvernement : n collaborera avec les provinces et les territoires en vue d’établir de nouvelles normes nationales pour les soins de longue durée afin que les personnes âgées bénéficient du meilleur soutien possible; n prendra des mesures supplémentaires pour aider les gens à vivre chez eux plus longtemps7. » Le 15 octobre 2020, avant une téléconférence avec les premiers ministres des provinces et des territoires, M. Trudeau a indiqué qu’il exercerait sur ces derniers des pressions en faveur de « normes harmonisées » ou de règles normalisées régissant le niveau de soins dans les foyers de SLD8. Dans son énoncé économique du 30 novembre, le gouvernement fédéral a annoncé la création d’un fonds de 1 milliard de dollars pour la prévention et le contrôle des infections en soins de longue durée afin d’appuyer les activités des provinces et des territoires en la matière, ainsi que l’allocation de 9,8 millions de dollars pour des initiatives connexes. Il y réitère également son engagement à établir, avec les provinces et les territoires, des normes nationales sur les SLD9. LES PREMIERS MINISTRES DES PROVINCES ET DES TERRITOIRES DEMANDENT PLUS DE FINANCEMENT Les premiers ministres n’ont pas répondu publiquement et collectivement à l’appel lancé par le premier ministre fédéral en faveur de normes nationales sur les SLD et ont plutôt réclamé plus de financement, sans condition. Le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré à la fin mai : « Nous disons à M. Trudeau que s’il veut vraiment aider les établissements de soins de longue durée, il doit augmenter les transferts en santé à toutes les provinces. Nous pourrons alors embaucher du personnel, le payer mieux et en avoir plus dans nos établissements10. » Avant le discours du Trône du 23 septembre, les premiers ministres ont monté la barre des années précédentes et demandé au fédéral de porter de 25 % à 35 % sa part des dépenses de santé des gouvernements provinciaux et territoriaux, ce qui représenterait une augmentation annuelle de 28 milliards de dollars du Transfert canadien en matière de santé (TCS), pour commencer11. Dans leur réponse au discours du Trône, les premiers ministres ont exigé qu’on procède « à l’injection immédiate et sans condition de fonds dans le TCS afin de ramener la part du gouvernement fédéral de 22 % à 35 %12. » 3 Le 30 octobre 2020, les premiers ministres ont publié un rapport du Conference Board du Canada afin d’étayer leur demande, soit que le gouvernement fédéral paie 35 % des dépenses provinciales et territoriales en santé. Le rapport indique qu’entre le 1er janvier et le 5 juin 2020, les provinces et les territoires avaient affecté près de 11,5 milliards de dollars directement à la lutte contre la pandémie de COVID-19. Le rapport présente trois scénarios qui laissent entendre que l’augmentation des coûts de santé attribuable à la COVID-19 variera entre 20,1 et 26,9 milliards de dollars en 2020-2021, et totalisera de 80 à 161 milliards de dollars pour la période de 2020-2021 à 2030-203113. En publiant le rapport, les premiers ministres des provinces et des territoires ont demandé au premier ministre fédéral de fixer une date de réunion pour discuter du TCS14. Le budget 2020 de l’Ontario, qui prévoit 15,2 milliards de dollars pour appuyer le système de santé et le secteur des SLD, est un exemple illustrant l’augmentation des coûts15. Il va sans dire que toute intervention nationale concertée visant des normes sur les SLD est peu probable sans l’ajout de fonds fédéraux et qu’il y a peu de chances que le TCS augmente sans condition compte tenu de l’évolution, au cours des deux dernières décennies, du financement fédéral ciblé pour la santé. L’ÉVOLUTION DU FINANCEMENT CIBLÉ La Loi canadienne sur la santé ne traite explicitement que des services médicaux, dentaires et hospitaliers assurés, et même si elle est permissive au sujet de l’ajout d’autres services, on continue de l’interpréter comme si elle s’appliquait aux services hospitaliers et médicaux seulement. De plus, le principe de l’accessibilité, qui interdit le paiement par le secteur privé de services assurés, est le seul critère jamais appliqué. On signale toutefois qu’en 1977, lorsque le Financement des programmes établis (FPE) a remplacé le partage des coûts à parts égales, on a lancé le Programme des services complémentaires de santé, qui visait à couvrir les soins intermédiaires en foyer de soins, les soins aux adultes en établissement, les hôpitaux psychiatriques convertis, les soins à domicile et les soins ambulatoires. Le paiement initial prévu par le programme avait été fixé à 20 $ par habitant en 1977-1978, et il devait augmenter par la suite en fonction de l’indexation du FPE16. Cette affectation théorique est disparue à la suite des manoeuvres budgétaires visant les transferts survenues au cours des décennies qui ont suivi la mise en oeuvre du FPE. Depuis, le gouvernement fédéral utilise son pouvoir de dépenser pour inciter les provinces et les territoires à faire l’essai de nouveaux programmes et à les adopter en contrepartie d’engagements en matière de rapports; ces efforts ont connu un succès mitigé. Dans son budget de 1995, le gouvernement fédéral a annoncé le regroupement des transferts en santé et en services sociaux dans le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS) et une diminution de six milliards de dollars du transfert en argent sur deux ans à compter de 1996-1997. Cette décision a causé de longues périodes d’attente pour l’obtention de soins, qui persistent encore aujourd’hui. Les gouvernements provinciaux et territoriaux ont exercé sur le gouvernement fédéral d’importantes pressions pour qu’il rétablisse les transferts, ce qu’il a commencé à faire modestement dans le budget de 1999. L’Accord sur la santé signé par les premiers ministres en 2000 lançait un important financement ciblé. L’augmentation totale de 21,2 milliards de dollars du TCSPS comprenait un Fonds pour l’adaptation des soins de santé primaires de 800 millions de dollars et deux subventions de 4 500 millions pour les technologies de l’information en santé et l’équipement diagnostique et médical. Les provinces et les territoires ont convenu en échange de présenter à leur population des rapports sur les indicateurs communs convenus entre les parties à compter de 200217. Cette stratégie a été prolongée dans l’Accord de 2003 sur le renouvellement des soins de santé : les provinces et les territoires ont alors consenti à l’établissement du Conseil canadien de la santé pour surveiller les engagements pris dans l’Accord et en faire rapport. Dans le Plan décennal pour consolider les soins de santé (accord de 2004), les premiers ministres ont choisi une approche plus vigoureuse pour le financement ciblé et la responsabilité. L’entente de 41,3 milliards de dollars comprenait un Fonds pour la réduction des temps d’attente de 5,5 milliards de dollars, qui prévoyait l’établissement de valeurs de référence fondées sur des données probantes pour des temps d’attente acceptables sur le plan médical dans le cas de cinq domaines d’interventions prioritaires, au plus tard le 31 décembre 2005, ainsi que des objectifs pluriannuels à respecter pour atteindre ces valeurs au plus tard le 31 décembre 200718. L’accord de 2004 définissait aussi le « fédéralisme asymétrique », dans le cadre duquel le Québec convenait d’appuyer les objectifs et les principes globaux énoncés dans l’accord, mais établirait son propre plan de réduction des temps d’attente et d’autres paramètres19. Les provinces et les territoires ont réussi à s’entendre sur des points de repère communs pour les temps d’attente des interventions prévues appartenant aux domaines prioritaires annoncés le 12 décembre 200520. Le gouvernement Harper a annoncé l’étape suivante dans son budget de 2007, dans lequel 612 millions de dollars étaient affectés à une Fiducie pour les garanties de délai d’attente pour les patients, financement qui serait mis à la disposition des administrations consentant à mettre en oeuvre une garantie de délai d’attente pour les patients dans au moins un des cinq domaines prioritaires. Toutes les administrations ont souscrit au projet presque sur-le-champ21. Le changement le plus récent au financement ciblé, soit la série d’ententes bilatérales conclues entre le fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux en 2017-2018, prévoyait que ces derniers recevraient 11 milliards de dollars sur 10 ans pour les soins à domicile et communautaires, et les services de santé mentale et de lutte contre la toxicomanie. Les ententes bilatérales reposent sur l’Énoncé de principes communs sur les priorités partagées en santé. Dans le cas des services de soins à domicile et de soins communautaires, les engagements précis consistent notamment à : n diffuser et déployer des modèles de soins à domicile et de soins communautaires; n augmenter l’accès aux soins palliatifs et de fin de vie; n améliorer le soutien aux proches aidants; n améliorer les infrastructures pour les services à domicile22. Conformément au principe du fédéralisme asymétrique, le Québec n’a pas signé l’énoncé de principes communs, mais comme les autres administrations, il a signé une entente de financement dont une annexe décrit les interventions proposées. La province a aussi indiqué qu’elle utiliserait des indicateurs comparables pour comparer ses services de santé et ses programmes sociaux à ceux des autres administrations et qu’elle observerait le travail effectué par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour les élaborer23. 5 L’ICIS a dirigé l’élaboration d’une série de 12 indicateurs communs dans les deux domaines. Dans le cas des soins à domicile, les six indicateurs sont les suivants : n Séjour à l’hôpital prolongé jusqu’à ce que les services ou le soutien à domicile soient disponibles n Détresse des aidants naturels n Nouveaux résidents en SLD qui auraient pu recevoir des soins à domicile n Temps d’attente pour des services à domicile n Maintien à domicile du bénéficiaire grâce aux services à domicile n Décès à domicile et hors hôpital On a fait rapport des résultats pour les trois premiers indicateurs, et il est prévu de le faire pour les trois autres en 2021-202224. Le financement ciblé a connu un certain succès jusqu’à maintenant. Par exemple, le financement affecté aux technologies de l’information en santé a considérablement favorisé l’adoption des dossiers médicaux électroniques, et le Fonds pour l’adaptation des soins de santé primaires a entraîné l’adoption importante de modèles de soins en équipe en Alberta, en Ontario et au Québec. Le Fonds pour la réduction des temps d’attente a connu un succès mitigé : les administrations mesurent les temps d’attente dans les domaines prioritaires, mais rares sont celles qui sont allées plus loin. Il semblerait que les garanties pour les temps d’attente n’aient pas été maintenues. L’ICIS a de plus signalé que dans de nombreuses administrations, les temps d’attente ont augmenté pour l’arthroplastie et la chirurgie de la cataracte depuis 201725. En général, les gouvernements provinciaux et territoriaux ont résisté à toute obligation individuelle ou collective de rendre compte au gouvernement fédéral des transferts en matière de santé. FINANCEMENT CIBLÉ EN SLD : OPTIONS Depuis les premiers commentaires du premier ministre, plusieurs rapports ont abordé la question des normes pour les SLD. Dans un rapport sur les soins de longue durée, la Société royale du Canada a établi une série de principes, y compris celui selon lequel « le gouvernement fédéral doit assumer un rôle majeur et mettre en place un mécanisme permettant d’aider les gouvernements provinciaux et territoriaux à atteindre des normes élevées d’excellence partout au Canada dans le secteur des SLD. Cela pourrait être assuré par l’intermédiaire d’un cadre semblable à la Loi canadienne sur la santé, qui établit des normes de base. Les gouvernements provinciaux et territoriaux qui se conformeraient à ces normes recevraient des paiements de transferts fédéraux supplémentaires26. » De même, l’organisme de représentation CanAge a proposé des normes nationales de qualité qui lieraient le financement fédéral à leur mise en oeuvre27. Carolyn Tuohy a proposé, toujours pour les soins de longue durée, un modèle de prise de décision conjointe basé sur une stratégie d’assurance sociale dotée d’un mécanisme de gouvernance fédéral, provincial et territorial mixte inspiré du Régime de pensions du Canada et du Régime des rentes du Québec28. 6 Le gouvernement fédéral pourrait aussi utiliser son pouvoir de dépenser pour adopter une mesure législative établissant des critères qui régiraient le financement fédéral affecté aux soins de longue durée. Par exemple, le Nouveau parti démocratique a déposé, en février 2020, le projet de loi C-213 visant à établir un programme national d’assurance médicaments. Ce projet inclut quatre des principes de la Loi canadienne sur la santé, soit l’intégralité, l’universalité, la transférabilité et l’accessibilité, mais il laisse à chaque administration le loisir d’arrêter les détails du programme29. Il a fait l’objet d’un premier débat le 18 novembre 202030. Il serait utile de passer en revue l’expérience internationale en matière de financement et de réglementation des SLD. Contrairement au Canada, l’Australie a réparti la compétence entre le Commonwealth et les États. L’assurance maladie et l’assurance médicaments sont des programmes fédéraux, tandis que les soins hospitaliers relèvent de la compétence des États. La loi fédérale Aged Care Act 1997 prévoit du financement et des normes pour les foyers de soins aux personnes âgées. Huit normes nationales de qualité régissent les soins aux personnes âgées : n Dignité et choix du consommateur n Évaluation et planification continues n Soins personnels et soins cliniques n Services et aides pour les activités quotidiennes n Environnement de service de l’organisme n Rétroaction et plaintes n Ressources humaines n Gouvernance organisationnelle31 Chaque foyer de soins aux personnes âgées est évalué en fonction des normes de qualité et son rendement est coté en fonction de quatre paramètres qui varient de 1 (peu d’exigences respectées) à 4 (toutes les exigences respectées). Il faut obtenir l’agrément de la Commission de la qualité et de la sécurité des soins aux personnes âgées pour toucher des subventions du gouvernement de l’Australie. Le gouvernement accorde aux fournisseurs de services de soins aux personnes âgées des subventions et des compléments, des subventions d’immobilisation pour les soins aux personnes âgées en établissement et le financement de programmes32. Des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Japon ont des programmes d’assurance sociale pour les SLD, et on pourrait se pencher sur leur expérience de la réglementation de la qualité et des normes. En ce qui concerne les dépenses, selon l’OCDE, le Canada a consacré 1,3 % de son produit intérieur brut (PIB) aux SLD en 2017. Même si le Canada est ex aequo avec la France et l’Irlande en dixième place sur 36 pays, les pays nordiques comme le Danemark (2,3 %), la Norvège (2,6 %) et la Suède (2,7 %) dépensent deux fois plus que le Canada33. 7 CONSIDÉRATIONS RELATIVES À DES NORMES NATIONALES POUR LES SLD Toutes les provinces et tous les territoires du Canada, à l’exception du Nunavut, ont adopté des mesures législatives sur les soins de longue durée en établissement. L’étude publiée récemment par la Société royale contenait des tableaux utiles sur les mesures législatives pertinentes26. L’Organisation de normes en santé affiliée à Agrément Canada a adopté une norme d’agrément des services de SLD34 et applique aussi des normes aux maisons de retraite et aux services de soins à domicile. Les foyers de SLD, les maisons de retraite et les programmes de soins à domicile peuvent obtenir du programme Qmentum d’Agrément Canada l’agrément en fonction de ces normes35. L’ICIS fait état de données sur 14 indicateurs pour plus de 1 600 établissements de SLD au Canada, et on a commencé à réunir des données sur les indicateurs communs convenus dans les ententes bilatérales de 2017 mentionnées ci-dessus, et à produire des rapports à ce sujet. En 2013, l’Association canadienne de soins et services à domicile a lancé une consultation nationale détaillée pour établir, dans le cas des soins à domicile, les six principes et descripteurs suivants : n Soins centrés sur le patient et ses proches n Soins accessibles n Soins responsables n Soins fondés sur des données probantes n Soins intégrés n Soins durables36 Ces principes ont servi d’assise à un cadre d’élaboration de normes sur les soins à domicile37. Cette approche intéressante pourrait être appliquée de façon plus générale au continuum des SLD. Depuis le début de la pandémie de COVID-19, plusieurs rapports ont présenté des recommandations portant sur le secteur des SLD, et les commissions et les enquêtes à venir en produiront encore beaucoup d’autres : n L’Association des infirmières et infirmiers du Canada a demandé l’établissement d’une commission d’enquête fédérale sur le vieillissement et une augmentation des investissements dans les soins communautaires, à domicile et en établissement38; n En mai, les Forces armées canadiennes ont fait part de leurs constatations sur les conditions déplorables régnant dans les établissements de SLD en Ontario où elles ont été appelées en renfort; n Dans une note de breffage, la Société royale a défini 16 principes directeurs et recommandé neuf interventions pour lutter contre la crise des effectifs dans les établissements de SLD26; n L’Institut national du vieillissement de l’Université Ryerson a élaboré des principes directeurs et des politiques provisoires pour les familles et les visiteurs en général qui se présentent aux établissements de SLD39, ainsi que d’autres ressources; 8 n La Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé et l’Institut canadien pour la sécurité des patients ont produit, après consultation des parties prenantes, un rapport dégageant six pratiques prometteuses40; n CanAge a présenté 135 recommandations comme plan directeur à suivre pour rendre le Canada inclusif pour la population vieillissante27; n La Commission ontarienne d’enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée a formulé 11 recommandations portant sur les effectifs des SLD, sur les liens entre les SLD et les hôpitaux, ainsi que sur la prévention et le contrôle des infections41. Le gouvernement a accepté la recommandation de la Commission que chaque bénéficiaire reçoive en moyenne au moins quatre heures de soins directs par jour, et il l’a incluse dans son budget de 2020 (mais le coût n’en a pas été établi)15. Il est clair que pour instaurer une norme nationale sur la qualité de vie des résidents en SLD, il faudra faire plus que s’entendre sur des indicateurs communs. Il faut aussi intégrer dans les processus de soins un mécanisme d’amélioration de la qualité fonctionnelle, pour lequel la capacité est actuellement minime ou nulle. Le 3 septembre 2020, des représentants de 10 organisations nationales du secteur de la santé ont tenu une discussion préliminaire sur des normes nationales pour les SLD. La discussion a dégagé plusieurs points clés : n Les SLD doivent inclure le continuum complet, des soins à domicile aux soins palliatifs en passant par les soins de longue durée en établissement; n L’engagement du personnel médical varie considérablement dans les foyers de SLD au Canada; n Les normes doivent reposer sur l’évolution de l’état de santé des bénéficiaires et sur des pratiques éclairées par des données probantes qui assurent des soins sécuritaires et fiables; n Il faut reconnaître qu’il y a, à différents niveaux, de multiples normes qui varient d’un bout à l’autre du Canada. Si l’on réfléchit au financement ciblé du TCS par le passé, on pourrait imaginer tout un éventail d’engagements quantifiables qu’il serait possible d’intégrer à un transfert supplémentaire pour les SLD ou à une mesure législative inspirée de la Loi canadienne sur la santé. Les conditions pourraient notamment être les suivantes : n Obligation d’agrément pour les services de SLD de tout le continuum; n Création d’un moyen pour les bénéficiaires de SLD et les membres de leur famille de se faire vraiment entendre; n Adoption d’une politique basée sur les risques au sujet des visites des membres de la famille et des proches aidants; n Adoption de cadres de compétences pour les ressources humaines en santé dans le secteur des SLD; 9 n Adoption d’indicateurs nationaux sur la qualité de vie et l’évolution de l’état de santé des bénéficiaires, et production de rapports publics; n Définition d’objectifs pour le passage aux établissements de SLD à chambres individuelles; n Adoption de normes d’emploi qui appuient les soins de grande qualité et la sécurité des fournisseurs comme des bénéficiaires; n Normes sur les foyers de soins infirmiers qui garantissent a) la formation et les ressources nécessaires en matière de contrôle des maladies infectieuses, y compris l’utilisation optimale de l’équipement de protection individuelle et b) des protocoles d’augmentation du personnel et de restriction du nombre de visiteurs en période d’éclosion; n Moyens de soutien de la santé mentale du personnel fournissant des SLD; n Immunisation obligatoire des bénéficiaires contre la grippe, la pneumonie et le zona, et saisie des données d’immunisation dans un dossier numérisé. CONCLUSION La pandémie de COVID-19 a démontré qu’il est urgent de se pencher sur la capacité du secteur des SLD et la qualité des soins qui y sont prodigués sur tout le continuum de soins. Un rapport produit en 2017 par le Conference Board du Canada donne une idée de l’ampleur du défi à relever : on y prévoit qu’il faudra 199 000 lits de SLD de plus d’ici 2035, ce qui doublerait presque le parc actuel de 255 000 lits. Il en coûterait quelque 64 milliards de dollars pour la construction et 7 milliards de dollars par année en frais de fonctionnement42. Le recrutement des effectifs nécessaires posera un défi encore plus important. RECOMMANDATION Compte tenu de ce qui précède, il est recommandé que les discussions à venir sur le TCS entre le premier ministre fédéral et ses homologues provinciaux et territoriaux portent notamment sur le secteur des SLD afin d’inclure des engagements quantifiables comme condition d’augmentation des transferts fédéraux. 30 novembre 2020 10 1 Institut canadien d’information sur la santé. La pandémie dans le secteur des soins de longue durée : où se situe le Canada par rapport aux autres pays? Ottawa (Ont.). [En ligne] 2020. Accessible ici : https://www.cihi.ca/sites/default/files/document/covid-19-rapid-response-long-term-care-snapshot-fr.pdf (consulté le 2 novembre 2020). 2 Payne, E. ‘It is inhumane’: daughter kept from dying mother’s bedside because of limits on long-term care visitors. Ottawa Citizen. [En ligne] 9 juin 2020. 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Couverture des soins de santé pour les migrants en situation irrégulière: Lettre ouverte au gouvernement fédéral canadien

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique13940

Date
2018-12-15
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Éthique et professionnalisme médical
Systèmes de santé; financement et rendement du système
  1 document  
Type de politique
Approbations de politiques
Date
2018-12-15
Thèmes
Santé des populations, équité en santé, santé publique
Éthique et professionnalisme médical
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Text
Monsieur le Premier ministre Trudeau et les ministres Taylor et Hussen, En tant que membres de la communauté de la santé, nous vous écrivons aujourd’hui pour vous exhorter à agir dans un dossier crucial en matière de santé et de droits de l’homme. Vous savez sans doute que le Comité des droits de l'homme des Nations Unies (CDH) a récemment rendu une décision historique condamnant le Canada pour avoir refusé l'accès à des soins de santé essentiels sur la base du statut d'immigration fondé sur le cas de Nell Toussaint. Nell est une femme de la Grenade âgée de 49 ans qui vit au Canada depuis 1999 et qui a subi des conséquences néfastes pour la santé du fait de un déni d' accès aux services de soins de santé essentiels. La décision du CDH condamne les politiques discriminatoires existantes du Canada et conclut que le Canada viole à la fois le droit à la vie, ainsi que le droit à l’égalité et à l’absence de discrimination. À la suite de son examen du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le CDH a déclaré que le Canada devait indemniser de manière adéquate Nell pour le préjudice important qu'elle avait subi. En outre, ils ont demandé au Canada de faire rapport sur son examen de la législation nationale dans un délai de 180 jours, afin de «garantir que les migrants en situation irrégulière ont accès aux soins de santé essentiels pour prévenir un risque raisonnablement prévisible pouvant entraîner des pertes de vies humaines. ”Le Rapporteur spécial des Nations Unies a plaidé en faveur de la même chose, appelant le gouvernement à “protéger les droits à la vie liés à la santé, la sécurité de la personne et l'égalité des individus et des groupes en situation de vulnérabilité ”. Nell est l'une des quelque 500 000 personnes que l'on compte en Ontario à qui l'accès à une couverture maladie et à des soins de santé est refusé, ce qui met leur santé en danger. En tant que membres du milieu de la santé au Canada, nous sommes consternés par les détails de cette affaire ainsi que par ses vastes implications. Nous invitons le gouvernement à: 1. Se conformer à l'ordre du CDH de réviser les lois et les politiques existantes concernant la couverture des soins de santé pour les migrants en situation irrégulière. 2. Veiller à ce que les ressources soient affectées de manière appropriée, afin que toutes les personnes au Canada bénéficient d'un accès universel et équitable aux services de soins de santé, quel que soit leur statut d'immigration. 3. Fournir à Nell Toussaint une indemnisation adéquate pour le préjudice important qu'elle a subi du fait qu'elle ne reçoit pas de services de santé essentiels. Cordialement, Arnav Agarwal, MD, résident en médecine interne, Université de Toronto, Toronto, Ontario Nisha Kansal, BHSc., candidate au doctorat en médecine, Université McMaster, Hamilton, Ontario Michaela Beder, MD, psychiatre, Toronto, Ontario Ritika Goel, MD, médecin de famille, Toronto, Ontario

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Lettre ouverte au premier ministre Doug Ford et à la ministre de la Santé Christine Elliott en appui aux sites de consommation supervisée et de prévention des surdoses

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique13931

Date
2018-08-30
Thèmes
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
  1 document  
Type de politique
Approbations de politiques
Date
2018-08-30
Thèmes
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
Text
Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre, Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous faire part de notre crainte pour la santé et le bien-être de certains des Ontariens les plus vulnérables, en réaction à la nouvelle que votre administration prévoit entreprendre un examen des preuves inutile sur le bien-fondé des sites de consommation supervisée (SCS)1, et à la nouvelle autrement plus inquiétante que vous prévoyez suspendre l’approbation de nouveaux sites de prévention des surdoses (SPS)2. Toutes les données disponibles, y compris un volume considérable de publications scientifiques évaluées par des pairs, démontrent de façon concluante que ces services de santé sauvent des vies et contribuent à améliorer l’état de santé des utilisateurs de drogues, notamment par l’accès accru aux traitements. Plutôt que de planifier un examen inutile et de retarder l’expansion de ces services, le gouvernement de l’Ontario devrait travailler de concert avec les organisations communautaires et les fournisseurs de soins de santé à accélérer cette expansion. Tout délai entraînera des décès par surdose et de nouvelles infections par le VIH, le virus de l’hépatite C et d’autres pathogènes qui auraient pu être évités. De multiples évaluations des données probantes ont déjà été effectuées, et ont conclu que les SCS et les SPS :
fournissent des services de santé essentiels en réduisant le nombre de décès par surdose et le partage du matériel d’injection (et le risque de propagation d’infections transmissibles par le sang associé);
améliorent l’accès au traitement de la toxicomanie et à d’autres services de santé essentiels;
contribuent au maintien de l’ordre public par une diminution des épisodes d’injection publique3. Comme vous le savez, le Canada est actuellement aux prises avec une crise majeure de surdoses d’opioïdes. En Ontario seulement, les décès par surdose associés aux opioïdes ont connu une hausse de 45 % en 2017, ce qui représente plus de trois décès par jour4. L’épidémie de surdoses d’opioïdes a même été appelée « la pire crise liée aux médicaments de toute l’histoire du Canada »5. Infections par le VIH, hépatite C et autres infections, décès par surdose : tous sont évitables, à condition de prendre les mesures appropriées. Il faudra notamment améliorer l’accès au traitement sur une base volontaire pour les cas de consommation problématique de médicaments (l’Ontario accuse un fort retard), tout en procédant à une expansion des services de réduction des préjudices fondés sur des données probantes comme les SCS et les SPS. Nous vous exhortons à suivre les recommandations des experts en santé publique, des cliniciens de première ligne, du personnel spécialisé en réduction des préjudices et des personnes qui ont une expérience vécue de la consommation de drogues. Plutôt que d’empêcher l’accès à des services qui pourraient sauver des vies, nous vous exhortons à collaborer avec les organisations communautaires et les autres fournisseurs de services de santé pour offrir à toute la population ontarienne un meilleur accès plus équitable aux sites de consommation supervisée et de prévention des surdoses. Signataires Aboriginal Legal Services ACAS – Asian Community AIDS Services Action Canada pour la santé et les droits sexuels Addictions and Mental Health Ontario Africains en partenariat contre le sida (APAA) AIDS Coalition of Nova Scotia AIDS Committee of Cambridge, Kitchener, Waterloo and Area AIDS Committee of Toronto AIDS Committee of Windsor AIDS Committee of York Region AIDS Vancouver Island Alliance pour des communautés en santé Association canadienne de santé publique Association canadienne des centres de santé communautaire Association canadienne pour la santé mentale – division de Thunder Bay Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario Association des infirmières et infirmiers du Canada Association des infirmiers et infirmières en réduction des méfaits Association médicale canadienne Atlantic Interdisciplinary Research Network on Social and Behavioural Issues in Hepatitis C and HIV Black Coalition for AIDS Prevention Breakaway Addiction Services Butterfly (Asian and Migrant Sex Workers Support Network) CACTUS Canadian Students for Sensible Drug Policy Casey House CATIE Centre de santé communautaire Côte-de-Sable Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) Centre for Social Innovation Centre on Drug Policy Evaluation Chinese and Southeast Asian Legal Clinic Cliniques juridiques communautaires – Ottawa Coalition interagence sida et développement (CISD) Comité du SIDA de North Bay et de la région Community Legal Assistance Sarnia Community YWCA of Muskoka Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements Courage Co-Lab inc. Direction 180 Dopamine Dr. Peter AIDS Foundation Elevate NWO Elgin-Oxford Legal Clinic Four Counties Addiction Services Team Gerstein Crisis Centre Guelph Community Health Centre Haliburton, Kawartha, Pine Ridge Drug Strategy Halifax Area Network of Drug Using People (HANDUP) Health Providers Against Poverty HIV & AIDS Legal Clinic Ontario HIV Edmonton HIV/AIDS Regional Services HIV/AIDS Resources and Community Health Houselink Community Homes Housing Action Now Huron Perth Community Legal Clinic Income Security Advocacy Centre (ISAC) Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances – Prairies Injured Workers Community Legal Clinic Inner City Health and Wellness Program Institut Broadbent Interfaith Coalition to Fight Homelessness Kensington-Bellwoods Community Legal Services L’Anonyme L’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario (RNAO) Lake Country Community Legal Clinic Lakeside HOPE House Lanark County Interval House Legal Clinic of Guelph and Wellington County Maggie’s: The Toronto Sex Workers Action Project Maison Fraternité Mental Health Consumer Survivor Project for Simcoe County Mission Services of Hamilton Mississauga Community Legal Services MODIFY: Drug Insight From Youth Moms Stop the Harm mumsDU – moms united and mandated to saving the lives of Drug Users Native Youth Sexual Health Network Neighbourhood Legal Services (London & Middlesex) Nipissing Community Legal Clinic OHIP for All Ontario AIDS Network (OAN) Ontario Positive Asians (OPA+) Ottawa Salus Overdose Prevention Ottawa Parkdale Activity-Recreation Centre Parkdale Community Legal Services Parkdale Queen West Community Health Centre PASAN PHS Community Services Society Planned Parenthood Toronto Queer Ontario Racial Health Equity Network Réalise Reelout Arts Project Regent Park Community Health Centre Regional HIV/AIDS Connection Réseau canadien autochtone du sida Réseau canadien des personnes séropositives Réseau juridique canadien VIH/sida Rideauwood Addiction and Family Services Services de toxicomanie de Thames Valley Société canadienne du sida South Riverdale Community Health Centre Stonegate Community Health Centre Street Health Students for Sensible Drug Policy – Ryerson Superior North Emergency Medical Service Syme Woolner Neighbourhood and Family Centre Tanner Steffler Foundation The Children’s Aid Society of the District of Thunder Bay Thunder Bay Catholic District School Board Thunder Bay Drug Strategy Timmins-Temiskaming Community Legal Clinic Toronto Overdose Prevention Society Toronto People With AIDS Foundation Waterloo Region Community Legal Services WellFort Community Health Services West Neighbourhood House West Toronto Community Legal Services Women and HIV/AIDS Initiative – Ontario YW Kitchener–Waterloo YWCA Hamilton YWCA Niagara Region YWCA Toronto Notes de fin 1 Merali, F. « PCs “playing politics with people’s lives” on injection sites, drug policy expert warns », CBC News, 4 août 2018. [En ligne]. Accessible ici : www.cbc.ca/news/canada/toronto/supervised-injection-sites-waiting-1.4771143. 2 Bueckert, K. « Ontario puts new overdose prevention sites approvals on hold », CBC News, 11 août 2018. [En ligne]. Accessible ici : www.cbc.ca/news/canada/kitchener-waterloo/ontario-overdose-prevention-sites-approval-hold-1.4782132. 3 P. ex., Kennedy, M., M. Karamouzian et T. Kerr. « Public Health and Public Order Outcomes Associated with Supervised Drug Consumption Facilities: A Systematic Review », Current HIV/AIDS Reports, 2017; vol. 14, no 5, p. 161-183. doi: 10.1007/s11904-017-0363-y. [En ligne]. Accessible ici : www.salledeconsommation.fr/_media/public-health-and-public-order-outcomes-associated-with-supervised-drug-consumption-facilities-a-systematic-review.pdf. 4 Santé publique Ontario. Morbidité et mortalité liées aux opioïdes en Ontario, 23 mai 2018. [En ligne]. Accessible ici : https://www.publichealthontario.ca/fr/dataandanalytics/pages/opioid.aspx. 5 Municipal Drug Strategy Coordinators’ Network of Ontario. « Opioid Epidemic: Call for Urgent Action That Can Save Lives Now », 9 décembre 2015.

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Directives canadiennes d’usage de cannabis à faible risque

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique13726

Date
2017-05-26
Thèmes
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
  1 document  
Type de politique
Approbations de politiques
Date
2017-05-26
Thèmes
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
Text
Directives canadiennes d’usage de cannabis à faible risque Recommandations
L’usage de cannabis comporte des risques pour ta santé que tu peux éviter en t’abstenant de prendre du cannabis
Attends d’être plus âgé/âgée avant de commencer à prendre du cannabis
Trouve des produits de cannabis à faible risque
Évite les cannabinoïdes synthétiques
Évite de fumer du cannabis brûlé – choisis des modes d’usage sécuritaires
Si tu fumes du cannabis, évite les pratiques d’inhalation nocives
Réduis ta fréquence d’usage de cannabis
Ne prends pas de cannabis avant de conduire un véhi­cule motorisé ou d’utiliser une autre machine
Évite complètement le cannabis si tu es vulnérable aux problèmes de santé mentale ou si tu es enceinte
Évite de combiner les risques décrits plus haut Référence summary Fischer, B., C. Russell, P. Sabioni, W. van den Brink, B. Le Foll, W. Hall, J. Rehm et R. Room. (2017). « Lower-Risk Cannabis Use Guidelines (LRCUG): An evidence-based update ». American Journal of Public Health, vol. 107, no 8. DOI: 10.2105/AJPH.2017.303818. Approbations summary Les directives canadiennes d’usage de cannabis à faible risque ont été approuvées par les organismes suivants : Conseil des médecins hygiénistes en chef (appui de principe) Remerciements Les directives canadiennes d’usage de cannabis à faible risque sont le fruit d’un projet d’intervention fondé sur des données probantes, réalisé par l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances (ICRAS) et financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Professionnels de la santé, vous trouverez un sommaire plus détaillé de ces directives dans le site camh.ca. Prendre du cannabis est un choix personnel. Or, la prise de cannabis comporte des risques pour ta santé et ton bien-être. Suis ces recomman­dations pour réduire tes risques. Prendre du cannabis est un choix personnel. Or, la prise de cannabis comporte des risques pour ta santé et ton bien-être. Suis ces recomman­dations pour réduire tes risques. Risques pour la santé liés à l’usage de cannabis Selon de solides preuves scientifiques, l’usage de cannabis est associé à divers risques pour la santé. Ces risques dépendent de ta constitution, du type de can­nabis que tu prends, de la manière dont tu le prends et de ta fréquence d’utilisation. Les principaux risques pour ta santé sont les suivants :
difficultés à réfléchir, problèmes de mémoire ou de coordination physique ;
facultés affaiblies ou hallucinations ;
blessures mortelles et non mortelles, dont celles causées par des accidents automo­biles dus aux facultés affaiblies ;
problèmes de santé mentale et dépendance au cannabis ;
problèmes respiratoires ou pulmonaires chroniques ;
troubles de la reproduction. Si tu choisis d’utiliser du cannabis, tu peux réduire les risques pour ta santé. Pour ce faire, suis ces 10 recommandations des scientifiques portant sur l’usage non médical de cannabis. L’usage de cannabis comporte des risques pour ta santé que tu peux éviter en t’abstenant de prendre du cannabis Pour éviter tout risque, ne prends pas de cannabis. Si tu choisis d’en prendre, tu cours des risques à la fois immédiats et à long terme pour ta santé et ton bien-être. Chaque fois que tu t’abstiens de prendre du cannabis, tu évites les risques qui y sont liés. Attends d’être plus âgé/âgée avant de commencer à prendre du cannabis Si tu commences à prendre du cannabis à un jeune âge, surtout avant tes 16 ans, tu augmentes tes risques de dévelop­per des problèmes sociaux, de santé et d’apprentissage. Évite de prendre du cannabis pendant ton adolescence. En général, plus tu retardes ta première prise de cannabis, moins tu risques d’avoir des problèmes. Trouve des produits de cannabis à faible risque Le cannabis dont la puissance est élevée – c’est-à-dire le can­nabis à forte concentration de tétrahydrocannabinol (THC) – présente pour l’usager un risque plus élevé de méfaits. Certains produits du cannabis ont une plus forte concentration de can­nabidiol (CBD), lequel agit contre certains des effets néfastes du THC. Autrement dit, les produits à teneur élevée en CBD comportent moins de risques que les produits à teneur élevée en THC. Sache reconnaître le produit que tu prends : dans l’idéal, choisis celui qui a le moins de risques de méfaits. Évite les cannabinoïdes synthétiques Comparés au cannabis naturel, les produits synthétiques (p. ex., « K2 », « Spice ») peuvent causer des problèmes de santé plus graves, voire la mort. Si tu prends du cannabis, choisis le cannabis naturel et évite tout produit synthétique. Évite de fumer du cannabis brûlé – choisis des modes d’usage sécuritaires Fumer du cannabis brûlé (dans un joint par exemple), surtout lorsqu’il est combiné à du tabac, peut endommager tes pou­mons et ton système respiratoire. Choisis plutôt un vaporisa­teur ou un aliment contenant du cannabis, tout en sachant que ceux-ci ne sont pas non plus sans risques. Par exemple, les aliments contenant du cannabis sont certes moins dangereux pour tes poumons, mais tu pourrais ingérer une dose de can­nabis plus élevée et éprouver des perturbations plus graves à cause de l’effet psychoactif retardé. Si tu fumes du cannabis, évite les pratiques d’inhalation nocives Si tu fumes du cannabis, évite de prendre de grandes bouffées ou de retenir ta respiration. Bien que ces gestes intensifient l’effet psychoactif, ils augmentent également la quantité de substances toxiques absorbée par tes poumons et ton corps. Réduis ta fréquence d’usage de cannabis L’usage fréquent (chaque jour ou presque) de cannabis est fortement lié à un risque plus élevé de problèmes sociaux et de santé. Que tu le fasses seul/e ou avec d’autres personnes ou amis avec qui tu as l’habitude de prendre du cannabis, utilise le cannabis occasionnellement, par exemple, seulement les fins de semaine ou un seul jour par semaine. Ne prends pas de cannabis avant de conduire un véhicule motorisé ou d’utiliser une autre machine La conduite avec facultés affaiblies par le cannabis augmente considérablement tes risques d’avoir un accident automobile entraînant des blessures ou la mort. Ne prends pas le volant et garde-toi de faire fonctionner toute autre machine après avoir pris du cannabis. Attends au moins six heures après en avoir pris, même plus longtemps au besoin. Prendre du cannabis et de l’alcool en même temps affaiblit encore davantage tes facultés. Assure-toi d’éviter cette combinaison si tu envisages de prendre le volant. Évite complètement le cannabis si tu es vulnérable aux problèmes de santé mentale ou si tu es enceinte Certaines personnes ayant un profil de risque particulier doivent éviter de prendre du cannabis. Si toi ou un membre de ta famille immédiate avez eu des troubles de psychose ou de toxicomanie, tes risques d’avoir un problème de santé mentale lié au cannabis augmentent. Tu dois donc t’abstenir de prendre du cannabis. Les femmes enceintes ne doivent pas prendre de cannabis du tout, car ce dernier peut endommager le fœtus ou le nouveau-né. Évite de combiner les risques décrits plus haut Lorsque tu prends du cannabis, plus ton comportement est risqué, plus tu risques de te faire du mal. Par exemple, si tu commences à prendre du cannabis à un jeune âge ou si tu fumes du cannabis très puissant tous les jours, le risque d’avoir des problèmes immédiats et à long terme est multiplié. Évite de combiner ce genre de choix à risque élevé. Comment réduire les risques pour ta santé liés à l’usage de cannabis © 2017 CAMH 5638 / 06-2017

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Chaoulli : mémoire de l' AMC–ACO sur l’accès en temps opportun aux soins de santé [Contenu anglais]

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique1956

Dernière révision
2011-03-05
Date
2004-03-19
Thèmes
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Type de politique
Mémoire devant la Cour
Dernière révision
2011-03-05
Date
2004-03-19
Thèmes
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Moins de détails

Insite : mémoire de l'AMC sur le site d’injection supervisée Insite et son programme

https://policybase.cma.ca/fr/permalink/politique14129

Date
2011-02-17
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
  1 document  
Type de politique
Mémoire devant la Cour
Date
2011-02-17
Thèmes
Soin de santé et sécurité des patients
Produits pharmaceutiques, ordonnances, cannabis, marijuana, médicaments
Text
Numéro de dossier de la CSC : 33556 COUR SUPRÊME DU CANADA (APPEL D’UNE DÉCISION DE LA COUR D’APPEL DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE) ENTRE : LE PROCUREUR GÉNÉRAL DU CANADA ET LE MINISTRE DE LA SANTÉ DU CANADA Appelants (Appelants/Intimés au pourvoi incident) — et — PHS COMMUNITY SERVICES SOCIETY, DEAN EDWARD WILSON et SHELLY TOMIC, VANCOUVER AREA NETWORK OF DRUG USERS (VANDU) Intimés (Intimés/Appelants au pourvoi incident) — et — PROCUREUR GÉNÉRAL DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE Intimé (Intimé) — et — PROCUREUR GÉNÉRAL DU QUÉBEC, DR. PETER AIDS FOUNDATION, VANCOUVER COASTAL HEALTH AUTHORITY, ASSOCIATION CANADIENNE DES LIBERTÉS CIVILES, RÉSEAU JURIDIQUE CANADIEN VIH/SIDA, INTERNATIONAL HARM REDUCTION ASSOCIATION ET CACTUS MONTRÉAL, ASSOCIATION DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DU CANADA, ASSOCIATION DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS AUTORISÉS DE L’ONTARIO ET ASSOCIATION OF REGISTERED NURSES OF BRITISH COLUMBIA, ASSOCIATION CANADIENNE DE SANTÉ PUBLIQUE, ASSOCIATION MÉDICALE CANADIENNE, BRITISH COLUMBIA CIVIL LIBERTIES ASSOCIATION, BRITISH COLUMBIA NURSES’ UNION Intervenants MÉMOIRE DE L’INTERVENANTE, L’ASSOCIATION MÉDICALE CANADIENNE BORDEN LADNER GERVAIS LLP 100, rue Queen – bureau 1100 Ottawa (Ontario) K1P 1J9 Guy J. Pratte/Nadia Effendi Tél. : 613 237-5160 Téléc. : 613 230-8842 Avocats de l’intervenante, l’Association médicale canadienne DESTINATAIRE : Roger Bilodeau, c.r. REGISTRAIRE COUR SUPRÊME DU CANADA AUTRES DESTINATAIRES : Robert J. Frater Procureur général du Canada Édifice de la Banque du Canada 234, rue Wellington, local 1161 Ottawa (Ontario) K1A 0H8 Téléphone : 613 957-4763 Télécopie : 613 954-1920 Courriel : robert.frater@justice.gc.ca Avocat de l’appelant/intimé au pourvoi incident, le procureur général du Canada Robert J. Frater Procureur général du Canada Édifice de la Banque du Canada 234, rue Wellington, local 1161 Ottawa (Ontario) K1A 0H8 Téléphone : 613 957-4763 Télécopie : 613 954-1920 Courriel : robert.frater@justice.gc.ca Avocat de l’appelant/intimé au pourvoi incident, le ministre de la Santé du Canada Joseph H. Arvay, c.r. Arvay Finlay 1350 – 355, rue Burrard Vancouver (Colombie-Britannique) V6C 2G8 Téléphone : 604 689-4421 Télécopie : 604 687-1941 Courriel : jarvay@arvayfinlay.com Avocat de l’intimé, PHS Community Services Society Jeffrey W. Beedell McMillan LLP 300 – 50, rue O’Connor Ottawa (Ontario) K1P 6L2 Téléphone : 613 232-7171 Télécopie : 613 231-3191 Courriel : jeff.beedell@mcmillan.ca Représentant de l’intimé, PHS Community Services Society Joseph H. Arvay, c.r. Arvay Finlay 1350 – 355, rue Burrard Vancouver (Colombie-Britannique) V6C 2G8 Téléphone : 604 689-4421 Télécopie : 604 687-1941 Courriel : jarvay@arvayfinlay.com Avocat des intimés, Dean Edward Wilson et Shelly Tomic John W. Conroy, c.r. Conroy & Company 2459, rue Pauline Abbotsford (Colombie-Britannique) V2S 3S1 Téléphone : 604 852-5110 Télécopie : 604 859-3361 Courriel : jconroy@johnconroy.com Avocat de l’intimé/appelant au pourvoi incident, Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU) Craig E. Jones Procureur général de la Colombie-Britannique 1001, rue Douglas, 6e étage Victoria (Colombie-Britannique) V8V 1X4 Téléphone : 250 387-3129 Télécopie : 250 356-9154 Courriel : craig.jones@gov.bc.ca Avocat de l’intimé, le procureur général de la Colombie-Britannique Hugo Jean Procureur général du Québec 1200, route de l’Église, 2e étage Sainte-Foy (Québec) G1V 4MI Téléphone : 418 643-1477 Télécopie : 418 644-7030 Courriel : hjean@justice.gouv.qc.ca Avocat de l’intervenant, le procureur général du Québec Jeffrey W. Beedell McMillan LLP 300 – 50, rue O’Connor Ottawa (Ontario) K1P 6L2 Téléphone : 613 232-7171 Télécopie : 613 231-3191 Courriel : jeff.beedell@mcmillan.ca Représentant des intimés, Dean Edward Wilson et Shelly Tomic Henry S. Brown, c.r. Gowling Lafleur Henderson LLP 2600 – 160, rue Elgin C.P. 466, succursale « D » Ottawa (Ontario) KIP 1C3 Téléphone : 613 233-1781 Télécopie : 613 788-3433 Courriel : henry.brown@gowlings.com Représentant de l’intimé/appelant au pourvoi incident, Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU) Robert E. Houston, c.r. Burke-Robertson 70, rue Gloucester Ottawa (Ontario) K2P 0A2 Téléphone : 613 566-2058 Télécopie : 613 235-4430 Courriel : rhouston@burkerobertson.com Représentant de l’intimé, le procureur général de la Colombie-Britannique Pierre Landry Noël & Associés 111, rue Champlain Gatineau (Québec) J8X 3R1 Téléphone : 819 771-7393 Télécopie : 819 771-5397 Courriel : p.landry@noelassocies.com Représentant de l’intervenant, le procureur général du Québec Andrew I. Nathanson Fasken Martineau DuMoulin LLP 2900 – 550, rue Burrard Vancouver (Colombie-Britannique) V6C 0A3 Téléphone : 604 631-4908 Télécopie : 604 631-3232 Avocat de l’intervenant, Dr. Peter AIDS Foundation Ryan D. W. Dalziel Bull, Housser & Tupper LLP 3000 – 1055, rue Georgia Ouest Vancouver (Colombie-Britannique) V6E 3R3 Téléphone : 604 641-4881 Télécopie : 604 646-2671 Courriel : rdd@bht.com Avocat de l’intervenante, British Columbia Civil Liberties Association Sheila Tucker Davis LLP 2800 Park Place 666, rue Burrard Vancouver (Colombie-Britannique) V6C 2Z7 Téléphone : 604 643-2980 Télécopie : 604 605-3781 Courriel : stucker@davis.ca Avocate de l’intervenante, Vancouver Coastal Health Authority Paul F. Monahan Fasken Martineau DuMoulin LLP 333, rue Bay, bureau 2400 Bay Adelaide Centre, C.P. 20 Toronto (Ontario) M5H 2T6 Téléphone : 416 366-8381 Télécopie : 416 364-7813 Courriel : pmonahan@fasken.com Avocat de l’intervenante, Association canadienne des libertés civiles Scott M. Prescott Fasken Martineau DuMoulin LLP 1300 – 55, rue Metcalfe Ottawa (Ontario) K1P 6L5 Téléphone : 613 236-3882 Télécopie : 613 230-6423 Courriel : sprescott@fasken.com Représentant de l’intervenant, Dr. Peter AIDS Foundation Brian A. Crane, c.r. Gowling Lafleur Henderson LLP 2600 – 160, rue Elgin Ottawa (Ontario) K1P 1C3 Téléphone : 613 233-1781 Télécopie : 613 563-9869 Courriel : brian.crane@gowlings.com Représentant de l’intervenante, British Columbia Civil Liberties Association Marie-France Major McMillan LLP 300 – 50, rue O’Connor Ottawa (Ontario) K1P 6L2 Téléphone : 613 232-7171 Télécopie : 613 231-3191 Courriel : marie-france.major@mcmillan.ca Représentante de l’intervenante, Vancouver Coastal Health Authority Julia Kennedy Fasken Martineau DuMoulin LLP 55, rue Metcalfe, Bureau 1300 Ottawa (Ontario) K1P 6L5 Téléphone : 613 236-3882 Télécopie : 613 230-6423 Courriel : jkennedy@fasken.com Représentante de l’intervenante, Association canadienne des libertés civiles Michael A. Feder McCarthy Tétrault LLP 777 Dunsmuir Street, bureau 1300 Vancouver (Colombie-Britannique) V7Y 1K2 Téléphone : 604 643-5983 Télécopie : 604 622-5614 Courriel : mfeder@mccarthy.ca Avocat des intervenants, Réseau juridique canadien VIH/sida, International Harm Reduction Association et CACTUS Montréal Rahool P. Agarwal Ogilvy Renault LLP 3800 – 200, rue Bay Toronto (Ontario) M5J 2Z4 Téléphone : 416 216-3943 Télécopie : 416 216-3930 Courriel : ragarwal@ogilvyrenault.com Avocat des intervenantes, Association des infirmières et infirmiers du Canada, Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario et Association of Registered Nurses of British Columbia Owen M. Rees Stockwoods LLP 77, rue King Ouest Bureau 4130, C.P. 140 Toronto (Ontario) M5K 1H1 Téléphone : 416 593-7200 Télécopie : 416 593-9345 Courriel : owenr@stockwoods.ca Avocat de l’intervenante, Association canadienne de santé publique Brenda C. Swick McCarthy Tétrault LLP 200 - 440 Laurier Avenue West Ottawa (Ontario) K1R 7X6 Téléphone : 613 238-2000 Télécopie : 613 563-9386 Représentante des intervenants, Réseau juridique canadien VIH/sida, International Harm Reduction Association et CACTUS Montréal Sally A. Gomery Ogilvy Renault LLP 1500 – 45, rue O’Connor Ottawa (Ontario) KIP lA4 Téléphone : 613 780-8661 Télécopie : 613 230-5459 Courriel : sgomery@ogilvyrenault.com Représentante des intervenantes, Association des infirmières et infirmiers du Canada, Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario et Association of Registered Nurses of British Columbia Dougald E. Brown Nelligan O’Brien Payne LLP 1500 – 50, rue O’Connor Ottawa (Ontario) KIP 6L2 Téléphone : 613 231-8210 Télécopie : 613 788-3661 Courriel : dougald.brown@nelligan.ca Représentant de l’intervenante, Association canadienne de santé publique Marjorie Brown Victory Square Law Office 100, rue Pender Ouest Bureau 500 Vancouver (Colombie-Britannique) V6B 1R8 Téléphone : 604 684-8421 Télécopie : 604 684-8427 Courriel : mbrown@vslo.ca Avocate de l’intervenant, British Columbia Nurses’ Union Michael A. Chambers Maclaren Corlett 50, rue O’Connor, bureau 1625 Ottawa (Ontario) KIP 6L2 Téléphone : 613 233-1146 Télécopie : 613 233-7190 Courriel : mchambers@macorlaw.com Avocat de l’intervenant, REAL Women of Canada Colleen Bauman Sack Goldblatt Mitchell LLP 500 – 30, rue Metcalfe Ottawa, Ontario KIP 5L4 Téléphone : 613 235-5327 Télécopie : 613 235-3041 Courriel : cbauman@sgmlaw.com Représentante de l’intervenant, British Columbia Nurses’ Union TABLE DES MATIÈRES Partie I – Exposé des faits .1 A. Aperçu 1 B. Intérêt de l’Association médicale canadienne dans l’appel 1 C. Position de l’Association médicale canadienne à l’égard des faits 2 Partie II – Énoncé des questions en litige 3 Partie III – Exposé des arguments 3 A. L’interprétation de la Charte canadienne des droits et libertés doit être axée sur la réalité et non sur une idéologie 3 B. Les dispositions contestées portent atteinte à l’article 7 de la Charte 5 1) Le déni d’accès à des soins de santé nécessaires est contraire à l’article 7 de la Charte 5 2) Il y a eu atteinte aux droits à la vie et à la sécurité des patients 6 3) Les toxicomanes n’ont pas renoncé à leur droit légal et constitutionnel d’être traités 6 4) Il y a eu atteinte au droit à la liberté des intimés (personnes physiques) 8 5) Les principes de justice fondamentale n’ont pas été respectés 9 a) Les dispositions attaquées sont arbitraires 9 b) Les dispositions attaquées sont trop générales 9 C. S’il y a atteinte aux droits garantis à l’article 7, l’article 1 de la Charte ne saurait justifier la Loi 10 D. Redressement 10 Partie IV – Demandes relatives aux dépens 10 Partie V – Ordonnance sollicitée 11 Partie VI – Tableau des sources 12 Partie VII – Lois, règles et règlements 14 PARTIE I – EXPOSÉ DES FAITS A. Aperçu 1. L’accès juste et équitable aux soins de santé nécessaires et fondés sur des données probantes est d’une importance fondamentale pour les patients et les médecins canadiens, ce que la Cour a reconnu dans l’arrêt Chaoulli. 2. Quand la vie ou la sécurité d’une personne est menacée en raison d’un problème de santé tel que la toxicomanie, la Cour doit circonscrire les obligations constitutionnelles du gouvernement ou du législateur d’après les faits. Les partis pris idéologiques sans fondement sur la moralité du patient ne doivent jamais l’emporter sur les avis cliniques fondés sur la recherche médicale reconnue, à défaut de quoi on met arbitrairement en péril la vie, la liberté et la sécurité des patients, ce qui est contraire à l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés (« la Charte »). 3. La position des appelants voulant que les toxicomanes aient renoncé à tout droit d’accès aux soins médicaux est l’antithèse de la raison d’être du système de santé canadien; elle est contraire aux obligations du gouvernement fédéral énoncées à l’article 7 de la Charte. 4. Ni le droit législatif ni la Constitution n’autorisent l’État à refuser l’accès aux soins de santé en raison de choix de « mode de vie » ou par l’effet d’un renoncement présumé à des droits légaux ou constitutionnels. B. Intérêt de l’Association médicale canadienne dans l’appel 5. L’Association médicale canadienne (l’« AMC ») est la voix nationale des médecins canadiens, forte de plus de 74 000 membres d’un bout à l’autre du pays. Elle a pour mission de servir et d’unir les médecins du Canada et de défendre sur la scène nationale, en partenariat avec la population canadienne, les normes les plus élevées de santé et de soins de santé. 6. La réduction des préjudices est un pilier essentiel de la politique générale de l’AMC en matière de prévention des maladies et de promotion de la santé publique. De plus, l’AMC possède une expertise distincte et de vastes connaissances sur de nombreux aspects des lois et des politiques concernant la réduction des préjudices comme méthode de soins de santé éthique et justifiée cliniquement. C. Position de l’Association médicale canadienne à l’égard des faits 7. Par l’effet d’une ordonnance datée du 17 février 2011, l’AMC a été autorisée à intervenir dans le présent appel. 8. L’AMC ne conteste pas les faits déclarés par les intimés. 9. L’appel en l’espèce découle d’actions séparées introduites par certains des intimés sollicitant une mesure qui les dispenserait d’avoir à obtenir une exemption auprès du ministre fédéral de la Santé en vertu de l’article 56 de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (la « Loi »), L.C. 1996, ch. 19. Ainsi, lorsqu’ils se trouvaient dans le site d’injection sécuritaire de Vancouver (l’« Insite »), les patients utilisateurs de drogues n’étaient pas passibles de poursuite pour possession de substance désignée en infraction à l’article 4(1) de la Loi et le personnel ne l’était pas pour trafic de substances en infraction à l’article 5(1). Les exemptions initiales, fondées sur la « nécessité d’un but scientifique », furent accordées pour une période de trois ans commençant le 12 septembre 2003. Elles furent prolongées par la suite jusqu’au 31 décembre 2007, puis jusqu’au 30 juin 2008. L’existence de l’Insite dépendait de ces exemptions. Toutefois, il n’y a pas eu d’autres prolongations. 10. Les intimés, en plus d’invoquer la division des pouvoirs, ont fait valoir que les articles 4(1) et 5(1) de la Loi ne respectaient pas l’article 7 de la Charte, étaient inconstitutionnels et devaient être invalidés. Le juge de première instance et la Cour d’appel leur ont donné raison. 11. Le juge de première instance a conclu que les articles 4(1) et 5(1) de la Loi étaient contraires à l’article 7 de la Charte et les a déclarés nuls et non avenus. 12. Dans l’appel du procureur général du Canada et dans le pourvoi incident des intimés, PHS, Wilson et Tomic, la majorité de la Cour d’appel a déclaré les articles 4(1) et 5(1) de la Loi inapplicables à l’Insite par l’effet du principe d’exclusivité des compétences. 13. Dans ses motifs concordants, la juge d’appel Rowles a elle aussi conclu que les articles 4(1) et 5(1) tombaient sous le coup de l’article 7 de la Charte et que leur application ne s’accordait pas aux principes de justice fondamentale en raison d’une imprécision juridique. 14. L’AMC fait valoir que les conclusions du juge de première instance et de la juge d’appel Rowles, fondées sur la Charte, s’appuyaient sur le fait correct et attesté que la réduction des préjudices était une approche médicale fondée sur des données probantes pour le traitement des patients toxicomanes. Il est inconstitutionnel d’empêcher quelqu’un d’obtenir des soins sous prétexte d’une sanction pénale et de porter atteinte à ses droits à la vie, à la liberté et à la sécurité pour des raisons tenant davantage à des opinions qu’à des preuves. PARTIE II – ÉNONCÉ DES QUESTIONS EN LITIGE 15. Les questions posées dans l’appel en l’espèce ont été ainsi formulées par le juge en chef le 2 septembre 2010 : 1. Les articles 4(1) et 5(1) de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, L.C. 1996, ch. 19, sont-ils inapplicables constitutionnellement aux activités du personnel et des usagers d’Insite, un centre de services de santé de la Colombie-Britannique? 2. L’article 4(1) de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, L.C. 1996, ch. 19, porte-t-il atteinte aux droits garantis à l’art. 7 de la Charte canadienne des droits et libertés? 3. Dans l’affirmative, les droits sont-ils restreints par une règle de droit dans des limites qui sont raisonnables et dont la justification peut se démontrer dans une société libre et démocratique, au sens de l’article premier de la Charte canadienne des droits et libertés? 4. L’article 5(1) de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, L.C. 1996, ch. 19, porte-t-il atteinte aux droits garantis à l’art. 7 de la Charte canadienne des droits et libertés? 5. Dans l’affirmative, les droits sont-ils restreints par une règle de droit dans des limites qui sont raisonnables et dont la justification peut se démontrer dans une société libre et démocratique, au sens de l’article premier de la Charte canadienne des droits et libertés? 16. Les questions deux à cinq, qui ont trait à la Charte, sont particulièrement importantes pour l’AMC et font donc l’objet d’une analyse plus poussée ci-après. L’AMC fait observer que les articles 4(1) et 5(1) de la Loi portent atteinte aux droits garantis à l’article 7 de la Charte d’une manière qui ne saurait être justifiée au sens de l’article premier de cette dernière. PARTIE III – EXPOSÉ DES ARGUMENTS A. L’interprétation de la Charte canadienne des droits et libertés doit être axée sur la réalité et non sur une idéologie 17. Pour déterminer si les dispositions attaquées portent ou non atteinte à la Charte, le tribunal ne doit pas devenir l’arène de débats politiques, mais doit transcender ceux-ci en vérifiant si les politiques générales remplissent le critère constitutionnel. Chaoulli c. Québec (Procureur général), [2005] 1 R.C.S. 791, para 89 [sources de l’AMC, onglet 2]. R. c. Morgentaler, [1988] 1 R.C.S. 30, para 45-46 [sources de l’AMC, onglet 13]. 18. La position des appelants est manifestement fondée sur des idées préconçues au sujet des toxicomanes. Toutefois, comme nous l’enseigne l’histoire de la législation sur le contrôle des naissances au Canada, un cadre législatif établi sur la foi d’idées préconçues quant à la moralité des patients souhaitant réguler leur fécondité peut enfreindre les droits fondamentaux d’une personne. Voir R. c. Morgentaler, précité, au para 62 – La Cour a rejeté des arguments selon lesquelles elle devrait évaluer les structures administratives dans l’analyse : « […] lorsqu’un droit aussi fondamental que la sécurité de la personne est enfreint par la procédure et les structures administratives créées par la loi elle même, les tribunaux ont le pouvoir d’agir ». [sources de l’AMC, onglet 13] 19. Pour bien faire son travail lorsqu’il s’agit d’évaluer la constitutionnalité d’une loi, le tribunal doit examiner les dispositions législatives d’après la preuve disponible. D’ailleurs, il est bien établi qu’une atteinte aux droits à la vie, à la liberté ou à la sécurité d’une personne doit être justifiée par une preuve solide. Taylor, M. et Jamal, M., The Charter of Rights in Litigation, cahier (Canada Law Book : Aurora, 2010), par. 17:15 [sources de l’AMC, onglet 20]. 20. L’exposé des faits n’est pas une simple formalité; c’est un élément essentiel de tout examen sérieux d’une question constitutionnelle : Les affaires relatives à la Charte porteront fréquemment sur des concepts et des principes d’une importance fondamentale pour la société canadienne. Par exemple, les tribunaux seront appelés à examiner des questions relatives à la liberté de religion, à la liberté d’expression et au droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne. Les décisions sur ces questions doivent être soigneusement pesées, car elles auront des incidences profondes sur la vie des Canadiens et de tous les résidents du Canada. Compte tenu de l’importance et des répercussions que ces décisions peuvent avoir à l’avenir, les tribunaux sont tout à fait en droit de s’attendre et même d’exiger que l’on prépare et présente soigneusement un fondement factuel dans la plupart des affaires relatives à la Charte. Les faits pertinents présentés peuvent toucher une grande variété de domaines et traiter d’aspects scientifiques, sociaux, économiques et politiques. Il est souvent très utile pour les tribunaux de connaître l’opinion d’experts sur les répercussions futures de la loi contestée et le résultat des décisions possibles la concernant. MacKay c. Manitoba, [1989] 2 R.C.S. 357, à 361 [sources de l’AMC, onglet 5]. 21. Plus précisément, en ce qui concerne l’article 7 de la Charte, la Cour a confirmé que les tribunaux ont pour fonction de procéder à une évaluation « fondée sur la preuve et non seulement sur le bon sens ou des théories ». La Cour rejette les arguments théoriques sans fondement, se reposant plutôt sur les preuves empiriques et scientifiques produites par les parties : Pour étayer cet argument, le gouvernement a fait témoigner des experts en administration et politiques de la santé. Leurs conclusions reposaient sur la proposition « sensée » voulant que l’amélioration des services de santé passe par l’exclusivité (d.i., p. 591). Ils ne prétendaient pas être des experts en matière de délais d’attente pour un traitement. De plus, ils n’ont pas soumis d’études économiques ni invoqué la situation dans d’autres pays. Ils ont simplement présumé, apparemment en toute logique, que l’assurance accroîtrait l’accessibilité aux services de santé privés et que cela contribuerait à détériorer la qualité des services offerts par le système de santé public. Se fondant sur l’avis d’autres experts du domaine de la santé, les appelants ont exprimé leur désaccord et ont avancé leur propre argument contraire, fondé sur le « bon sens », pour étayer la proposition voulant que l’interdiction de souscrire une assurance maladie privée n’ait rien à voir avec le maintien d’un système de santé public de grande qualité, et ne soit pas nécessaire à cet égard. Selon eux, les soins publics de qualité ne sont pas subordonnés à l’existence d’un monopole, mais sont plutôt une question d’argent et de gestion. Ils ont témoigné qu’autoriser les gens à souscrire une assurance privée accroîtrait l’accessibilité aux soins médicaux parallèles et allégerait le fardeau du système public. Il en résulterait, d’après eux, une amélioration des soins offerts à l’ensemble de la population […] À ce stade, nous sommes aux prises avec des arguments opposés, mais non prouvés, qui sont fondés sur le « bon sens » et qui ne représentent rien de plus que des opinions. Nous nageons ici dans la théorie. Cependant, comme nous l’avons vu, une restriction théoriquement justifiable peut être arbitraire si, en fait, elle n’a aucun lien avec l’objectif visé. Cela nous amène à la preuve que les appelants ont présentée au procès au sujet de la situation qui existe dans d’autres pays développés où le système de santé public permet l’accès aux soins privés. La situation dans ces pays indique qu’en fait il n’existe aucun lien véritable entre l’interdiction de souscrire une assurance maladie et l’objectif de maintien d’un système de santé public de qualité. Chaoulli, précité, para 136 à 149 (voir aussi les paragraphes 115, 117, 136 à 149, 150 et 152, où la Cour cite des études de Statistique Canada et le cas d’autres démocraties occidentales) [sources de l’AMC, onglet 2]. Voir aussi Rodriguez c. Colombie-Britannique (Procureur général), [1993] 3 R.C.S. 519, à 601-602 [sources de l’AMC, onglet 16]. 22. Les toxicomanes ont un problème de santé qui se traite. C’est pourquoi l’Insite est là pour offrir des traitements qui réduisent les effets nuisibles de la consommation de drogue, et peut orienter ses patients vulnérables vers d’autres services de santé. Dans ce contexte, la loi fédérale et les mesures gouvernementales en question reviennent à un déni d’accès à un traitement médical fondé sur des données probantes, déni qui expose des patients à de graves risques pour leur vie et leur sécurité. 23. Une interprétation de la Charte doit reposer sur des faits et non sur la spéculation ou des positions idéologiques, surtout quand il s’agit d’un problème de santé (toxicomanie) pouvant mettre une personne (c’est-à-dire un patient) en danger. En pareil cas, la Cour doit circonscrire les obligations constitutionnelles d’après la médecine factuelle et d’après des avis cliniques indépendants. Chaoulli, précité, para 85 et 107 [sources de l’AMC, onglet 2]. Voir aussi Operation Dismantle Inc. c. La Reine, [1985] 1 R.C.S. 441 à 452-454 [sources de l’AMC, onglet 7]; Auton (Tutrice à l’instance de) c. Colombie-Britannique (Procureur général), [2004] 3 R.C.S. 657, para 66 [sources de l’AMC, onglet 1]. 24. Par conséquent, l’AMC avance que dans le domaine de la santé, où des vies sont en jeu, toute mesure législative ou gouvernementale ayant pour effet de refuser l’accès à des soins médicaux doit à tout le moins reposer sur des preuves solides. B. Les dispositions contestées portent atteinte à l’article 7 de la Charte 1) Le déni d’accès à des soins de santé nécessaires est contraire à l’article 7 de la Charte 25. Si le gouvernement a généralement le droit de promulguer des lois interdisant la consommation ou le trafic de drogue, ces lois (aussi bien intentionnées soient-elles) ne sauraient avoir pour effet de mettre en danger les personnes à risque concernées. Or, la Cour a déjà conclu dans l’arrêt Chaoulli qu’un gouvernement enfreignait l’article 7 de la Charte en empêchant un patient d’avoir accès rapidement à des soins de santé. 2) Il y a eu atteinte aux droits à la vie et à la sécurité des patients 26. Le juge de première instance et la Cour d’appel ont tous deux conclu que les droits à la vie et à la sécurité n’ont pas été respectés en l’espèce. La preuve à cet égard est très claire : [Traduction] 1. La dépendance est une maladie. L’un des aspects de cette maladie est l’état de manque ou le besoin constant de la personne qui en souffre de consommer la substance dont elle est dépendante. 2. L’injection de drogues fait augmenter l’incidence et la prévalence des maladies infectieuses comme le VIH/sida et l’hépatite A, B ou C, ainsi que des infections hématologiques ou cutanées; c’est un facteur important de morbidité et de mortalité se traduisant par des cas fréquents de surdose; et c’est un facteur d’augmentation du nombre d’hospitalisations et de visites aux services des urgences. 3. En s’injectant des drogues en présence de professionnels de la santé qualifiés à Insite, le toxicomane réduit ses risques de morbidité et de mortalité associés à sa dépendance et à sa consommation par injection. 4. Les patients de l’Insite qui souffrent d’une dépendance à l’héroïne, à la cocaïne ou à d’autres substances désignées ne consomment pas à des fins récréatives. Leur dépendance est une maladie souvent, sinon toujours, assortie de graves infections et d’un véritable danger de surdose. Motifs de la décision du juge de première instance, par. 87, 89, 135 et 136, dossier des appelants, vol. I, p. 24-25 et 34. Voir aussi les motifs de la décision de la Cour d’appel de la C.-B., par. 30., dossier des appelants, vol. I, p. 65. 3) Les toxicomanes n’ont pas renoncé à leur droit légal et constitutionnel d’être traités 27. Les appelants n’ont pas vraiment contesté le fait que la toxicomanie est une maladie. Ils ont plutôt défendu leur position en affirmant que les toxicomanes ont « choisi » leur mode de vie et qu’ils sont donc entièrement responsables de leur problème de santé. Pour les raisons exposées plus loin, cette « justification » ne remplit pas le critère constitutionnel. 28. Les appelants font valoir qu’il n’y a pas eu d’atteinte aux droits garantis à l’article 7 de la Charte puisque tout découle selon eux d’un « choix du consommateur », invoquant le fait que 95 % des injections qui se font dans l’Est du centre-ville de Vancouver se font ailleurs qu’à l’Insite. Ils n’expliquent pas en quoi cette affirmation démontre pourquoi les toxicomanes peuvent choisir de ne pas s’injecter de drogues, cette affirmation ne concernant que le lieu des injections. Dans tous les cas, contrairement à l’hypothèse du libre arbitre avancée par les appelants, la preuve dont disposait le juge de première instance et ses conclusions vont dans le sens contraire : les motifs de la dépendance et le besoin qui en découle sont le fait d’un ensemble complexe de facteurs personnels, gouvernementaux et légaux, certains laissant la place au libre choix, mais d’autres non . De plus, le juge de première instance a conclu que c’était la maladie qu’est la toxicomanie et l’échec de son traitement qui avaient causé l’aggravation du mal et le décès. Motifs du juge de première instance, par. 65, 89 et 142, dossier des appelants, vol. I, p. 21, 24-25 et 35. Voir aussi les motifs de la décision de la Cour d’appel de la C.-B., par. 39, dossier des appelants, vol. I, p. 67. Contrairement aux faits dans R. c. Malmo-Levine; R. c. Caine, [2003] 3 R.C.S. 571 [Malmo-Levine] [sources de l’AMC, onglet 12]. 29. La position des appelants revient à prétendre que les usagers de l’Insite auraient en fait renoncé à leurs droits garantis à l’article 7 de la Charte. Bien que la jurisprudence n’indique pas clairement s’il est effectivement possible ou non de renoncer à un droit garanti à l’article 7, il est bien établi que la personne qui renonce à tout droit garanti par la Charte doit le faire volontairement, exprimer ce choix librement et être parfaitement consciente de la raison d’être de ce droit et des conséquences du renoncement à la protection garantie par celui-ci. Or, il n’y a aucune preuve que les patients de l’Insite aux prises avec la toxicomanie auraient, en toute connaissance de cause et sans équivoque, renoncé à leurs droits constitutionnels et plus particulièrement à leur droit à un traitement médical. Voir, p. ex., Godbout c. Longueuil (Ville), [1997] 3 R.C.S. 844, para 71-72; Syndicat Northcrest c. Amselem, [2004] 2 R.C.S. 551, para 96-102; R. c. Richard, [1996] R.C.S. 525, para 22-26; R. c. L.T.H., [2008] 2 R.C.S. 739, para 41-42; R. c. Clarkson, [1986] 1 R.C.S. 383, p. 394-396; Korponay c. Canada (Procureur général), [1982] 1 R.C.S. 41, p. 49; Yorkton Union Hospital v. S.U.N. (1993), 16 Admin. L.R. (2d) 272, para 44 (C.A.) [sources de l’AMC, onglets 3, 17, 15, 11, 8, 4, 18 respectivement]. 30. En effet, les Canadiennes et les Canadiens qui font tel ou tel « choix de vie » ne renoncent pas pour autant à leur droit à des soins de santé ni à leur protection contre les atteintes aux droits garantis à l’article 7. En affirmant que les toxicomanes doivent assumer la responsabilité de leur choix, les appelants adoptent une position contraire à la raison d’être du système de santé canadien, à savoir le droit fondamental de la population canadienne d’accéder à des soins médicaux et les obligations déontologiques et cliniques de leurs fournisseurs de soins de santé (comme l’ont conclu le juge de première instance et la Cour d’appel). 31. Les appelants escamotent la question clinique qui touche les médecins et leurs patients : le médecin a l’obligation professionnelle et déontologique de traiter son patient, que celui-ci semble se faire lui-même du tort ou non. Au Canada, ni l’obligation déontologique de traiter les patients ni le droit légal de se faire traiter ne sauraient être assujettis à une évaluation morale des choix de vie d’un patient. Ce n’est pas parce qu’un patient adopte un comportement téméraire qu’il perd son droit aux soins qu’exigent les pratiques cliniquement établies. 32. Le Code de déontologie de l’AMC (que la Cour a invoqué par le passé ) prévoit à l’article 31 que tous les médecins ont l’obligation de « [r]econnaître que les médecins doivent favoriser l’accès équitable aux ressources consacrées aux soins de santé ». Or, les patients de l’Insite seraient privés d’une ressource bénéfique pour leur santé si l’Insite devait fermer ses portes, voire s’il devait poursuivre ses activités avec le risque constant de sa fermeture. 33. Accepter l’interprétation de la Charte avancée par les appelants créerait un précédent extrêmement dangereux. En effet, s’il fallait appliquer la logique du « choix » à d’autres cas médicaux, par exemple une maladie chronique, les patients devenus diabétiques en raison de facteurs de risque tels qu’une mauvaise alimentation ou le manque d’exercice perdraient, selon cette logique, leur droit d’être soignés. Or, il se trouve qu’en l’espèce, le juge de première instance a estimé qu’une grande partie des facteurs complexes allant au-delà des choix personnels, notamment les facteurs génétiques et socio-économiques, pouvaient contribuer aux causes d’une toxicomanie au même titre que de tout autre maladie. Donc, adopter cette interprétation serait contraire à l’éthique et aux principes cliniques et, surtout, inconstitutionnel. 4) Il y a eu atteinte au droit à la liberté des intimés (personnes physiques) 34. Les tribunaux ont reconnu que la menace d’une poursuite criminelle et la possibilité d’un emprisonnement pour une infraction étaient suffisantes pour justifier une vérification du respect du droit à la liberté garanti à l’article 7. Malmo-Levine, précité, para 84 [sources de l’AMC, onglet 12]. R. v. Parker (2000), 188 D.L.R. 4th 385, para 101 (C.A. Ont.) [sources de l’AMC, onglet 14]. 35. Les patients vulnérables souffrant d’une dépendance et les fournisseurs de soins de santé travaillant à l’Insite sont victimes d’atteintes à leurs droits garantis à l’article 7 de la Charte du fait de la menace d’une poursuite en vertu de la Loi. Par l’incertitude qui le caractérise, le processus ministériel d’exemption de l’Insite à certaines dispositions de la Loi impose un fardeau considérable à des personnes déjà éprouvées par la toxicomanie. En outre, le capricieux mécanisme d’exemption prévu à la Loi expose les professionnels de la santé à des risques qui hypothèquent leur capacité de fournir en temps voulu les services de santé nécessaires et éprouvés à tous les citoyens. 5) Les principes de justice fondamentale n’ont pas été respectés 36. Il est clairement établi qu’une loi arbitraire ou trop générale manque aux principes de justice fondamentale. L’AMC fait observer que le juge de première instance a eu raison de conclure que les dispositions contestées étaient, sinon arbitraires, du moins grossièrement exagérées et beaucoup trop générales. La Cour d’appel a elle aussi jugé les dispositions trop générales. P. Hogg, Constitutional Law of Canada, 5e éd., cahier (Carswell : Toronto, 2007), p. 47-52 à 47-60.1 [sources de l’AMC, onglet 19]. R. c. Heywood, [1994] 3 R.C.S. 761, p. 792-794 [sources de l’AMC, onglet 10]. Chaoulli, précité, para 127 [sources de l’AMC, onglet 2]. Rodriguez, précité, p. 590-591 [sources de l’AMC, onglet 16]. a) Les dispositions attaquées sont arbitraires 37. Une loi est arbitraire lorsque son contenu est sans rapport ou contradictoire avec son objectif. Si une restriction du droit garanti à l’article 7 ne présente que des liens théoriques avec l’objectif de la Charte, mais aucun lien factuel, elle est arbitraire. Chaoulli, précité, para 130-131 [sources de l’AMC, onglet 2]. 38. En l’espèce, le gouvernement a interdit l’accès à des soins médicaux nécessaires fondés sur des données probantes et, ce faisant, a lui-même contribué au problème auquel il veut s’attaquer, à savoir la possession de drogue et la toxicomanie. D’après les meilleures preuves médicales disponibles, les cliniques comme l’Insite sauvent des vies en plus de produire de bons résultats pour la santé et d’élargir les possibilités thérapeutiques pour les patients vulnérables. 39. Au surplus, l’orientation qui consiste à s’appuyer sur des opinions et non des faits pour justifier le refus d’accès aux soins médicaux nécessaires est arbitraire, étant par définition sans lien réel avec les faits. b) Les dispositions attaquées sont trop générales 40. Un principe de justice fondamentale reconnu veut qu’une loi pénale ne doive pas être trop générale. Si, dans la poursuite d’un objectif légitime, le gouvernement adopte des mesures plus générales que nécessaire pour remplir cet objectif, il y aura donc atteinte aux principes de justice fondamentale. Heywood, précité, p. 792-793 [sources de l’AMC, onglet 10]. Voir aussi Malmo-Levine, précité, para 130-131 [sources de l’AMC, onglet 12]. 41. C’est a fortiori le cas quand l’État lui-même a particulièrement intérêt à agir pour protéger les personnes vulnérables. En l’espèce, la preuve présentée au juge de première instance a démontré que la réduction des préjudices s’inscrivait dans la stratégie canadienne de lutte contre la drogue depuis des années. En 2002, le Comité spécial sur la consommation non médicale de drogues ou médicaments de la Chambre des communes a rejeté la dichotomie opposant la réduction des préjudices et un modèle thérapeutique fondé sur l’abstinence. Il a aussi envisagé spécifiquement la création d’un centre d’injection sécuritaire dans l’Est du centre-ville de Vancouver après avoir constaté que ce secteur était le théâtre d’un « désastre de santé publique ». 42. C’est pourquoi, même s’il peut avoir des raisons légitimes de prévenir la possession et le trafic de drogue, l’État ne saurait se doter de lois prohibitives à portée si générale qu’elles nuisent aux personnes ayant besoin de soins médicaux. C. S’il y a atteinte aux droits garantis à l’article 7, l’article 1 de la Charte ne saurait justifier la Loi 43. L’AMC fait observer que, si la Cour devait conclure que les articles 4(1) et 5(1) de la Loi portent atteinte aux droits garantis à l’article 7 de la Charte, les dispositions de ces articles ne sauraient être justifiées par l’article 1 de la Charte, car une loi qui ne respecte pas les principes de justice fondamentale est injustifiable et, plus précisément, ne répond pas au critère de l’atteinte minimale dont il est question dans l’analyse de l’article 1. Voir p. ex., Nouveau-Brunswick (Ministre de la Santé et des Services communautaires) c. G. (J.), [1999] 3 R.C.S. 46, para 99 [sources de l’AMC, onglet 6]; Heywood, précité, p. 802-803 [sources de l’AMC, onglet 10]. D. Redressement 44. La justice fondamentale exige, soit des exemptions permanentes, soit une déclaration selon laquelle la loi contestée est sans effet sur les usagers des sites d’injection supervisés. L’AMC fait valoir que cette position va dans le sens d’une interprétation sensée en droit constitutionnel de l’article 7 de la Charte et protège les patients les plus vulnérables comme l’exigent les obligations déontologiques des médecins et les pratiques médicales fondées sur des données probantes. PARTIE IV – DEMANDES RELATIVES AUX DÉPENS 45. L’AMC ne réclame pas de dépens et demande qu’il n’y ait pas de dépens accordés contre elle. PARTIE V – ORDONNANCE SOLLICITÉE 46. L’AMC demande des réponses affirmatives aux questions constitutionnelles deux et quatre. Toutefois, si la Cour donne ces réponses affirmatives, il conviendrait que les réponses aux questions constitutionnelles trois et cinq soient négatives. 47. L’AMC sollicite auprès de la Cour, en application de l’article 59(2) des Règles de la Cour suprême du Canada, l’autorisation de présenter une plaidoirie orale à l’audition de la présente demande d’autorisation d’appel. Règles de la Cour suprême du Canada, DORS/83-74, dans leur version modifiée, paragraphe 59(2) [Partie VII du mémoire]. LE TOUT RESPECTUEUSEMENT SOUMIS LE 13 AVRIL 2011. Guy Pratt/Nadia Effendi Borden Ladner Gervais LLP PARTIE VI – TABLEAU DES SOURCES ONGLET SOURCES Paragraphe du mémoire où la source est citée Décisions 1. Auton (Tutrice à l’instance de) c. Colombie-Britannique (Procureur général), [2004] 3 R.C.S. 657 23 2. Chaoulli c. Québec (Procureur général), [2005] 1 R.C.S. 791 17, 21, 23, 36, 37 3. Godbout c. Longueuil (Ville), [1997] 3 R.C.S. 844 29 4. Korponay c. Canada (Procureur général), [1982] 1 R.C.S. 41 29 5. MacKay c. Manitoba, [1989] 2 R.C.S. 357 20 6. Nouveau-Brunswick (Ministre de la Santé et des Services communautaires) c. G. (J.), [1999] 3 R.C.S. 46 43 7. Operation Dismantle Inc. c. La Reine, [1985] 1 R.C.S. 441 23 8. R. c. Clarkson, [1986] 1 R.C.S. 383 29 9. R. c. Dersch, [1993] 3 R.C.S. 768 32 10. R. c. Heywood, [1994] 3 R.C.S. 761 36, 40, 43 11. R. c. L.T.H., [2008] 2 R.C.S. 739 29 12. R. c. Malmo-Levine; R. c. Caine, [2003] 3 R.C.S. 571 28, 34, 40 13. R. c. Morgentaler, [1988] 1 R.C.S. 30 17, 18 14. R. v. Parker (2000), 188 D.L.R. 4th 385 (C.A. Ont.) 34 15. R. c. Richard, [1996] R.C.S. 525 29 16. Rodriguez c. Colombie-Britannique (Procureur général), [1993] 3 R.C.S. 519 21, 36 17. Syndicat Northcrest c. Amselem, [2004] 2 R.C.S. 551 29 18. Yorkton Union Hospital v. S.U.N. (1993), 16 Admin. L.R. (2d) 272 (C.A. Sask.) 29 Sources secondaires 19. P. Hogg, Constitutional Law of Canada, 5e éd., cahier (Carswell : Toronto, 2007), p. 47-52 à 47-60.1 36 20. Taylor, M. et Jamal, M., The Charter of Rights in Litigation, cahier (Canada Law Book : Aurora, 2010), par. 17:15 19 PARTIE VII – LOIS, RÈGLES ET RÈGLEMENTS · Charte canadienne des droits et libertés, articles 1 et 7 · Loi réglementant certaines drogues et autres substances, L.C. 1996, chap. 19, art. 4(1) et 5(1), art. 56 · Règles de la Cour suprême du Canada, DORS/83-74, dans leur version modifiée, article 59(2) Canadian Charter of Rights and Freedoms PART I OF THE CONSTITUTION ACT, 1982 Charte canadienne des droits et libertés PARTIE I DE LA LOI CONSTITUTIONNELLE DE 1982 Rights and freedoms in Canada 1. The Canadian Charter of Rights and Freedoms guarantees the rights and freedoms set out in it subject only to such reasonable limits prescribed by law as can be demonstrably justified in a free and democratic society. Life, liberty and security of person 7. Everyone has the right to life, liberty and security of the person and the right not to be deprived thereof except in accordance with the principles of fundamental justice. Droits et libertés au Canada 1. La Charte canadienne des droits et libertés garantit les droits et libertés qui y sont énoncés. Ils ne peuvent être restreints que par une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique. Vie, liberté et sécurité 7. Chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale. Controlled Drugs and Substances Act S.C. 1996, c. 19 Possession of substance 4. (1) Except as authorized under the regulations, no person shah possess a substance included in Schedule I, II or III. Trafficking in substance 5. (1) No person shah traffic in a substance included in Schedule I, II, III or IV or in any substance represented or held out by that person to be such a substance. Exemption by Minister 56. The Minister may, on such terms and conditions as the Minister deems necessary, exempt any person or class of persons or any controlled substance or precursor or any class thereof from the application of all or any of the provisions of this Act or the regulations if, in the opinion of the Minister, the exemption is necessary for a medical or scientific purpose or is otherwise in the public interest. Loi réglementant certaines drogues et autres substances L.C. 1996, ch. 19 Possession de substances 4. (1) Sauf dans les cas autorisés aux termes des règlements, la possession de toute substance inscrite aux annexes I, II ou III est interdite. Trafic de substances 5. (1) Il est interdit de faire le trafic de toute substance inscrite aux annexes I, II, III ou IV ou de toute substance présentée ou tenue pour telle par le trafiquant. Exemption par le ministre 56. S’il estime que des raisons médicales, scientifiques ou d’intérêt public le justifient, le ministre peut, aux conditions qu’il fixe, soustraire à l’application de tout ou partie de la présente loi ou de ses règlements toute personne ou catégorie de personnes, ou toute substance désignée ou tout précurseur ou toute catégorie de ceux-ci. Rules of the Supreme Court of Canada (in force on October 13, 2006) Règles de la Cour suprême du Canada. (en vigueur le 13 octobre 2006) 59. (1) In an order granting an intervention, the judge may (a) make provisions as to additional disbursements incurred by the appellant or respondent as a result of the intervention; and (b) impose any terms and conditions and grant any rights and privileges that the judge may determine, including whether the intervener is entitled to adduce further evidence or otherwise to supplement the record. (2) In an order granting an intervention or after the time for filing and serving all of the memoranda of argument on an application for leave to appeal or the facta on an appeal or reference has expired, a judge may, in their discretion, authorize the intervener to present oral argument at the hearing of the application for leave to appeal, if any, the appeal or the reference, and determine the time to be allotted for oral argument. (3) An intervener is not permitted to raise new issues unless otherwise ordered by a judge. 59. (1) Dans l’ordonnance octroyant l’autorisation d’intervenir, le juge peut : a) prévoir comment seront supportés les dépens supplémentaires de l’appelant ou de l’intime résultant de l’intervention; b) imposer des conditions et octroyer les droits et privilèges qu’il détermine, notamment le droit d’apporter d’autres éléments de preuve ou de compléter autrement le dossier. (2) Dans l’ordonnance octroyant l’autorisation d’intervenir ou après l’expiration du délai de dépôt et de signification des mémoires de demande d’autorisation d’appel, d’appel ou de renvoi, le juge peut, à sa discrétion, autoriser l’intervenant à présenter une plaidoirie orale à l’audition de la demande d’autorisation d’appel, de l’appel ou du renvoi, selon le cas, et déterminer le temps alloué pour la plaidoirie orale. (3) Sauf ordonnance contraire d’un juge, l’intervenant n’est pas autorisé à soulever de nouvelles questions.

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Une nouvelle vision pour le Canada: Pratique de médecine familiale — Le centre de médecine de famille 2019

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Date
2019-03-02
Thèmes
Pratique et rémunération des médecins; formulaires
Systèmes de santé; financement et rendement du système
  1 document  
Type de politique
Approbations de politiques
Date
2019-03-02
Thèmes
Pratique et rémunération des médecins; formulaires
Systèmes de santé; financement et rendement du système
Text
Les besoins changeants des patients et de leur communauté imposent au système de soins de santé de nouvelles demandes afin de maintenir, voire d’ améliorer la qualité des services. Les changements démographiques, la complexité grandissante du secteur de la santé et les nouvelles technologies contribuent au dynamisme du système de santé. Les médecins de famille jouent un rôle de premier plan dans ce système, puisqu’ils sont à la fois le premier point de contact des patients et une ressource médicale fiable pour les communautés qu’ils desservent. Par ailleurs, ils prennent soin de leurs patients et leur viennent en aide dans toutes leurs interactions avec le système de santé. La vision du Centre de médecine de famille (CMF) met l’accent sur le rôle de la médecine familiale et des médecins de famille dans la prestation de soins de qualité, avec compassion et en temps opportun. Le succès d’un CMF repose sur le travail d’équipe et la collaboration, allant de l’implication des patients dans leurs propres soins à la collaboration interprofessionnelle et intraprofessionnelle des fournisseurs de soins à la contribution des décideurs qui fournissent l’infrastructure et le financement nécessaires. Le CMF 2019 a été rédigé en tenant compte des commentaires de divers intervenants, ce qui traduit l’approche collaborative qu’il prône. Son but est de réaliser la vision du CMF pour tous les patients et les fournisseurs de soins du Canada. En 2011, le Collège des médecins de famille du Canada (CMFC) publiait Une vision pour le Canada : La pratique de la médecine familiale : Le Centre de médecine de famille1. Ce document présentait une vision pour l’avenir des soins primaires en transformant le système de soins de santé pour mieux répondre aux besoins de toutes les personnes qui habitent au Canada. La vision définissait les 10 piliers qui composent le CMF et fournissait des recommandations détaillées pour aider les médecins de famille et leurs équipes, ainsi que les responsables de l’élaboration des politiques et les administrateurs du système de soins de santé, à mettre en place ce nouveau modèle partout au pays. POURQUOI UNE RÉVISION DU CMF ? Depuis 2011, plusieurs principes de la vision du CMF ont été adoptés dans les réformes des soins primaires. De nouveaux modèles ont vu le jour au Canada (voir Les progrès au sujet du CMF jusqu’à maintenant). Afin de mieux refléter la réalité actuelle, de répondre aux besoins changeants des médecins de famille et de leurs équipes, et d’appuyer la mise en oeuvre continue du CMF, le CMFC a créé cette édition révisée de la vision. Elle reflète la réalité changeante des soins primaires au Canada, notamment l’adoption rapide des dossiers médicaux électroniques (DME)2,3 et une transition vers des structures interprofessionnelles de pratique2. Bien que des progrès aient été accomplis, il reste encore du travail à faire pour réaliser pleinement cette vision. En 2016, près de 75 pour cent des Canadiens et Canadiennes ont affirmé que la qualité des soins qu’ils recevaient de leurs médecins de famille était bonne ou excellente4. En 2017, un sondage effectué par le CMFC révélait que 79 pour cent des répondants affirmaient que les soins qu’ils recevaient de leurs médecins de famille étaient excellents ou bons5. Cependant, au même moment, 55 pour cent des Canadiens et Canadiennes croyaient aussi que le système de soins de santé global aurait besoin de changements fondamentaux4. De plus, le Canada se situe encore en dessous de la moyenne internationale pour certains aspects des soins axés sur les patients, par exemple, l’accès aux rendezvous le jour même ou le lendemain. Bien que la plupart des Canadiens et Canadiennes (84,7 pour cent) aient un médecin ou un établissement de soins qu’ils consultent régulièrement, ils rapportent généralement des temps d’attente plus longs pour les soins médicaux que d’autres adultes dans des pays comparables4. Le CMF 2019 tient compte de ces préoccupations et propose des solutions qui pourraient aider à améliorer davantage le système de soins primaires pour tous. Bien que certains aspects de la vision du CMF aient été mis à jour (voir Qu’est-ce que le Centre de médecine de famille ?), les principes fondamentaux demeurent les mêmes. La vision du CMF 2019 met l’accent sur la prestation de soins complets et globaux, axés sur le patient et de haute qualité aux patients et à leurs familles tout au long de leur vie. Elle englobe le rôle essentiel que les médecins de famille et les pratiques de médecine de famille jouent dans le système de soins de santé, et reflète le fait que les systèmes dotés de soins de santé primaires solides ont de meilleurs résultats, une plus grande efficacité et une meilleure qualité des soins6. Le CMF 2019 reconnaît qu’un patient ne pourra pas voir son médecin de famille lors de chaque visite, mais qu’un professionnel de la santé qualifié membre de l’équipe du CMF lui fournira les soins les plus appropriés en fonction de ses besoins, avec un soutien et un leadership continus de la part des médecins de famille. Le CMF 2019 souligne l’importance primordiale de s’adapter aux besoins de sa communauté et de la responsabilité sociale en soins primaires en ajoutant un nouveau pilier. L’importance de répondre aux besoins de la communauté par l’engagement et la prestation de soins équitables, culturellement sécuritaires et anti-oppressifs qui tentent d’évaluer les déterminants sociaux de la santé et d’intervenir est maintenant plus clairement mise en évidence. 2 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 L’OBJECTIF DE CE DOCUMENT Le CMF 2019 présente les 10 piliers révisés qui composent un CMF. Les attributs clés sont définis et expliqués par chacun des piliers. Des références sont fournies afin de démontrer les données probantes provenant de la recherche pour chaque attribut. Ce document vise à appuyer les médecins de famille qui travaillent actuellement dans un CMF afin de faire en sorte que leur pratique respecte davantage les piliers du CMF, ou à aider les pratiques qui désirent faire une transition vers un CMF. De plus, ce document peut guider les gouvernements, les responsables de l’élaboration des politiques, d’autres professionnels de la santé et les patients sur les façons de structurer un système de soins de santé primaires qui répond mieux aux besoins de la population canadienne. Plusieurs ressources pour le CMF ont été mises au point et continueront d’être disponibles. Elles comprennent des guides Conseil pratique sur divers sujets, ainsi que l’outil d’autoévaluation qui peut aider à quantifier les progrès de la pratique vers la vision du CMF. Au fil du temps, plus de matériel sur les nouveaux thèmes identifiés dans le CMF 2019, ainsi que des outils pour appuyer les médecins dans la transition vers l’adoption des structures du CMF — par exemple la trousse de mise en oeuvre du CMF — seront disponibles sur le site : centremedecinedefamille.ca. Qu’est-ce que le Centre de médecine de famille ? Le CMF est une pratique de médecine de famille définie par ses patients comme l’endroit où ils se sentent le plus à l’aise de parler de leur santé personnelle et familiale, ainsi que de leurs problèmes de santé. Le CMF peut être divisé en trois thèmes : Fondements, Fonctions et Développement continu (voir le Tableau 1 et la Figure 1). Les trois piliers des Fondements sont les structures de soutien qui facilitent la prestation de soins par le CMF. Les trois aspects sont essentiels au succès de la mise en oeuvre et à la viabilité d’un CMF. Les Fonctions sont des aspects centraux de l’opération d’une pratique de médecine de famille et sont composées des cinq piliers de base du CMF. Ces principes régissent les types de soins offerts par les CMF afin de s’assurer qu’ils répondent bien aux besoins des patients, des familles et des communautés desservies. Les piliers de cette section reflètent les quatre principes de la médecine familiale7, qui soulignent la place importante qu’ils occupent dans le CMF 2019 dans son ensemble. Les piliers du Développement continu sont essentiels à l’avancement de la vision du CMF. Ces aspects font en sorte que les médecins peuvent fournir les meilleurs soins possible aux patients dans divers contextes. En appliquant ces piliers, le CMF mettra en pratique les principes d’amélioration continue de la qualité (ACQ) pour atteindre les résultats nécessaires pour répondre aux besoins de leurs patients, de leurs communautés et de la communauté des soins de santé dans son ensemble, maintenant et à l’avenir. Le CMF est une vision à laquelle chaque pratique peut aspirer. Plusieurs pratiques partout au Canada ont déjà commencé la transition vers le CMF, grâce au dévouement et au leadership des médecins de famille et de leurs équipes. Cette vision est Tableau 1 : 10 piliers de la vision révisée du CMF THÈME PILIER Fondements 1. Administration et financement 2. Infrastructure appropriée 3. Soins interreliés Fonctions 4. Soins accessibles 5. Capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et responsabilité sociale 6. Soins complets et globaux prodigués en équipe sous le leadership d’un médecin de famille 7. Continuité des soins 8. Soins offerts en partenariat avec le patient et sa famille Développement continu 9. Mesure, amélioration continue de la qualité et recherche 10. Formation, éducation et développement professionnel continu UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 3 une ressource pour ces pratiques lorsqu’elles procèdent à une évaluation continue des façons de faire et à des initiatives en matière d’ACQ. Elle peut aussi aider d’autres intervenants, y compris les planificateurs gouvernementaux, les responsables de l’élaboration des politiques et les bailleurs de fonds, à mieux comprendre ce qui définit une pratique de médecine de famille axée sur le patient. En sollicitant la participation des patients à toutes les étapes des activités de développement, d’évaluation et d’ACQ de la pratique, le CMF peut contribuer de façon importante à faire progresser les objectifs de transformation vers un système de santé axé sur le patient8. Ce que le Centre de médecine de famille n’est pas Bien qu’il soit important de comprendre ce que le CMF veut être, il est aussi important de souligner qu’il ne s’agit pas d’une solution universelle. Les pratiques individuelles en milieux ruraux ou éloignés, ou les pratiques en grand groupe qui desservent les populations vulnérables des grands centres urbains peuvent respecter les principes du CMF en incorporant des stratégies qui correspondent aux réalités de leurs milieux de pratique. En fait, la responsabilité sociale et la capacité de s’adapter aux besoins de la communauté sont un nouvel ajout important à la vision révisée du CMF qui tient compte du besoin pour chaque pratique de médecine de famille de s’adapter et de répondre aux besoins des patients et des communautés qu’elle dessert. Ce qui fonctionne pour une pratique ne fonctionnera pas nécessairement pour toutes les pratiques. La vision du CMF ne nécessite pas le déménagement ou la refonde de toutes les pratiques ni que les médecins ou d’autres professionnels de la santé fassent des investissements financiers importants. C’est plutôt du soutien et une implication au niveau du système qui sont nécessaires pour atteindre cette vision. Les piliers et attributs énumérés dans ce document sont des indicateurs qui guident la réforme et qui aident les pratiques dans leur cheminement. Il est important de noter que cette vision n’a pas comme objectif d’entraver ou de changer les initiatives prometteuses qui sont actuellement en cours au Canada dans des pratiques de médecine de famille (dont plusieurs ont déjà adopté et incorporé le concept de centre de médecine ; voir Les progrès au sujet du CMF jusqu’à maintenant). Elle a plutôt comme objectif de s’appuyer sur ces efforts et de les renforcer. Plus les initiatives de soins de santé répondent aux objectifs du CMF, plus il est probable que les objectifs globaux de créer un système de soins de santé axé sur le patient partout au Canada se réalisent. DÉVELOPPEMENT
CONTINU FONCTIONS FONDEMENTS Mesure, amélioration continue de la qualité et recherche Soins accessibles Continuité des soins Soins complets et globaux prodigués en équipe sous le leadership d’un médecin de famille Capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et responsabilité sociale Soins offerts en partenariat avec le patient et sa famille Administration et financement Infrastructure appropriée Soins interreliés Formation, éducation et développement professionnel continu Figure 1 : Le Centre de médecine de famille 4 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 LES PROGRÈS AU SUJET DU CMF JUSQU’À MAINTENANT Depuis la publication du document de vision original du CMF, des changements dans le système ont eu lieu dans presque tous les territoires et provinces du Canada. Plus précisément, des pratiques qui s’inspirent du CMF gagnent du terrain dans plusieurs provinces et sont actuellement à divers stades de développement. Le CMFC a pris le pouls de l’adoption du CMF dans toutes les provinces dans son Bilan provincial sur le Centre de médecine de famille, publié au début de 20199. Ce rapport contient des cotes et des descriptions des progrès effectués dans chaque province jusqu’à la fin de 2018, ce qui constitue une bonne mesure de l’état de la vision au moment de la publication de la présente version. Alberta En Alberta, des réseaux de soins primaires (RSP)10 ont été mis sur pied pour établir un lien entre les groupes de médecins de famille et les autres professionnels de la santé. Au sein des RSP, les cliniciens collaborent à la prestation de soins qui répondent aux besoins particuliers de la communauté et de la population. À l’heure actuelle, il y a 42 RSP en Alberta, composés de plus de 3 700 (ou 80 pour cent des) médecins de famille et de plus de 1 100 autres professionnels de la santé. Les RSP fournissent des soins à près de 3,6 millions d’Albertains, soit 80 pour cent de la population de l’Alberta. Les cliniques de soins primaires doivent recueillir des données pour le troisième rendez-vous disponible afin d’améliorer l’accès pour les Albertains11. Le troisième rendez-vous disponible mesure le temps que les patients doivent attendre pour avoir un rendez-vous avec leurs prestataires de soins. Le troisième rendez-vous disponible est considéré comme un système de mesure plus précis de l’accès aux soins que le prochain rendez-vous disponible, étant donné que le prochain ou le deuxième rendez-vous disponible l’est peut-être à cause d’une annulation ou d’un autre événement qui n’est pas toujours prévisible ou fiable. Colombie-Britannique La nouvelle stratégie de soins primaires du gouvernement de la Colombie-Britannique met l’accent sur l’amélioration de l’accès à des soins offerts en équipe par l’intermédiaire des RSP12. Les RSP sont dans les phases initiales d’adoption et quand ils seront pleinement mis en oeuvre, ils entraîneront des changements à l’échelle du système : ils permettront d’établir un lien entre divers prestataires de soins afin d’améliorer l’accès aux soins et la qualité de ces soins. Ils permettront aux patients d’avoir accès à toute la gamme d’options de soins de santé, simplifieront l’orientation des patients et fourniront un meilleur soutien aux médecins de famille, aux infirmières praticiennes et à d’autres prestataires de soins de santé primaires. Le General Practice Services Committee13 (GPSC ; un partenariat entre le gouvernement provincial et Doctors of BC) fait spécifiquement mention du concept du CMF et s’appuie sur celui-ci pour élaborer sa vision pour l’avenir des soins de santé en Colombie-Britannique. Manitoba Au Manitoba, les CMF sont des Home Clinics et les RSP sont connus sous le nom de My Health Teams. L’initiative My Health Teams rassemble des équipes de fournisseurs de soins de santé (médecins, infirmières, infirmières praticiennes, etc.) afin d’assurer la collaboration dans la prestation de soins de haute qualité adaptés aux besoins de la communauté et des patients14. Comme le nom de l’initiative l’indique, l’objectif est d’améliorer les soins de santé en mettant en place des équipes de professionnels de la santé qui collaborent pour répondre aux besoins en matière de soins de santé primaires des Manitobains15. Les deux premières My Health Teams ont été mises en place en 2014 ; il y en a maintenant 15 dans toute la province16. Le Manitoba Centre for Health Policy a travaillé à évaluer l’impact de l’initiative My Health Teams. Nouveau-Brunswick En 2017, le gouvernement a annoncé le Plan pour les familles du Nouveau-Brunswick, qui met l’accent sur l’accès aux soins offerts en équipe. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement provincial et la Société médicale du Nouveau-Brunswick ont mis sur pied un programme volontaire intitulé Médecine familiale Nouveau-Brunswick. Dans ce modèle de soins prodigués en équipe, les médecins ont leurs propres patients inscrits, mais fournissent aussi des services à tous les patients des médecins qui font partie de leur équipe17. On a annoncé en 2018 que 25 médecins de famille seront ajoutés au système provincial de soins de santé afin que les résidents de la province aient accès à un médecin de soins primaires et pour aider à réduire les temps d’attente18. Terre-Neuve-et-Labrador En 2015, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a publié le document Healthy People, Healthy Families, Healthy Communities : A primary health care framework for Newfoundland and Labrador. Les objectifs de la stratégie comprennent notamment de garantir « un accès en temps opportun à du soutien et des services de soins de santé primaires complets et globaux axés sur la personne » et que « la réforme des soins de santé primaires vise à mettre en place des équipes de fournisseurs UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 5 de soins afin de faciliter l’accès à une gamme de services de santé et de services sociaux adaptés aux besoins des communautés desservies19. » Ces deux objectifs respectent les principes généraux du CMF. Des équipes de soins de santé primaires ont été mises en place à St. John’s et devraient l’être bientôt à Corner Brook et à Burin20. Plusieurs initiatives lancées dans le cadre de cette stratégie en sont aux premiers stades de développement. Le fait de continuer dans la direction établie permettra à Terre-Neuveet- Labrador de se rapprocher de l’intégration de la vision du CMF dans la prestation de soins de santé primaires. Territoires du Nord-Ouest La création récente d’une seule autorité sanitaire territoriale a permis d’améliorer les soins primaires partout aux Territoires du Nord-Ouest. En août 2018, le Conseil de leadership des services de santé et des services sociaux des Territoires du Nord-Ouest a voté à l’unanimité en faveur d’une résolution appuyant la refonte du système de soins de santé vers une approche de soins offerts en équipe et axée sur la relation, qui respecte les valeurs du CMF. Dans plusieurs régions, des médecins contractuels sont déjà affectés à des visites régulières dans des communautés isolées et travaillent en étroite collaboration avec le personnel local pour offrir une continuité dans le soutien à distance entre les visites. La planification est en cours pour mettre en place des équipes de soins multidisciplinaires basées sur la vision du CMF dans plusieurs plus grands centres régionaux, afin d’améliorer la continuité des soins et l’accès au médecin et au personnel infirmier, ainsi que le soutien en santé mentale sur place et d’autres disciplines des soins de santé. Les DME implantés à l’échelle du territoire ainsi que l’augmentation de l’utilisation du système de télésanté et d’autres modalités de soins virtuels facilitent ce travail. Nouvelle-Écosse Le rapport de 2017, Strengthening the Primary Health Care System in Nova Scotia, a recommandé la mise en place de maisons de santé, composées d’équipes collaboratives interprofessionnelles de médecine de famille. Le modèle est basé sur une approche de la santé de la population qui met l’accent sur le bien-être et la prise en charge/prévention des maladies chroniques et qui inclut des soins complets et globaux offerts en équipe. Il y a environ 50 équipes de pratique familiale collaborative21 et un certain nombre d’équipes de soins primaires partout en Nouvelle-Écosse. Ontario Le modèle qui correspond le plus au cadre du CMF est celui des équipes Santé familiale (ESF)22. Les ESF sont composées de médecins de famille, d’infirmières praticiennes et d’autres professionnels de la santé, et fournissent des programmes et services en soins primaires axés sur la communauté. Les 184 ESF desservent collectivement plus de trois millions d’Ontariens inscrits. Selon les résultats d’une évaluation sur cinq ans menée par le Conference Board du Canada en 2014, les ESF ont entraîné des améliorations sur le plan organisationnel et celui de la prestation des services23. Beaucoup de progrès ont été réalisés grâce aux modèles d’inscription des patients. L’inscription des patients est un processus selon lequel les patients sont inscrits formellement auprès d’un prestataire ou d’une équipe de soins primaires. Cela encourage la responsabilisation en définissant la population qui est sous la responsabilité du prestataire de soins. L’inscription formelle des patients auprès d’un médecin de soins primaires jette les bases d’une approche proactive de la prise en charge des maladies chroniques et des soins préventifs24. Les études montrent que les modèles ont atteint un certain degré de succès dans l’amélioration de l’efficacité du système de santé en Ontario grâce à la réduction du recours aux services d’urgence pour les soins non urgents25. Île-du-Prince-Édouard À l’Île-du-Prince-Édouard, les soins primaires sont offerts par l’intermédiaire de cinq RSP26. Chaque réseau est composé d’une équipe de médecins de famille, d’infirmières praticiennes, d’infirmières autorisées, d’éducateurs en diabète, d’infirmières auxiliaires autorisées, de personnel administratif et, dans certains cas, de diététistes et de travailleurs en santé mentale. Ils offrent une large gamme de services de santé, y compris le diagnostic, le traitement, l’éducation, la prévention des maladies et le dépistage. Québec Le Groupe de médecine de famille27 (GMF) est le modèle de soins offerts en équipe au Québec qui ressemble le plus au CMF. Le classement des GMF (obligations, soutien financier et professionnel) est basé sur l’inscription pondérée des patients. Un GMF peut desservir de 6 000 à plus de 30 000 patients. L’allocation des ressources (financières et en termes de professionnels de la santé) dépend du nombre cible pondéré de patients que dessert le GMF. Dans un GMF, chaque médecin prend soin de ses propres patients inscrits, mais tous les médecins du GMF peuvent avoir accès aux dossiers médicaux de tous les patients. Les GMF fournissent des soins en équipe par l’intermédiaire de médecins, infirmières, travailleurs sociaux ou autres professionnels de la santé qui collaborent pour offrir des soins appropriés en fonction des besoins de la communauté. Saskatchewan La Saskatchewan a investi dans l’initiative intitulée Connected Care Strategy, qui met l’accent sur une approche en équipe des soins impliquant le patient et ses proches, et qui s’étend de la communauté à l’hôpital et vice versa. L’objectif est d’établir le lien entre les équipes et de fournir des soins harmonieux aux personnes ayant de multiples besoins en matière de santé à long terme, en mettant l’accent sur des soins offerts dans la communauté28. 6 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 FONDEMENTS Les fondements du CMF sont les structures de soutien sous-jacentes qui permettent à la pratique d’exister et qui facilitent chacune des fonctions du CMF. Sans un fondement solide, le CMF ne peut pas fournir de soins de haute qualité axés sur les patients. Les fondements sont l’administration et le financement (qui comprennent le soutien financier et gouvernemental, ainsi qu’une gouvernance, un leadership et une gestion solides), l’infrastructure appropriée (qui comprend l’espace physique, les ressources humaines, les dossiers électroniques et d’autres supports numériques) et les soins interreliés (l’intégration de la pratique dans d’autres milieux de soins grâce aux TI en santé). ADMINISTRATION ET FINANCEMENT PAGE 7 INFRASTRUCTURE APPROPRIÉE PAGE 9 SOINS INTERRELIÉS PAGE 12 1er pilier : Administration et financement Gouvernance et gestion de la pratique L’exercice d’une gouvernance efficace de la pratique est essentielle pour garantir un processus intégré de planification, de coordination, de mise en oeuvre et d’évaluation30. Chaque CMF devrait clairement définir sa structure et ses fonctions administratives et de gouvernance, et déterminer quel membre du personnel est responsable de chaque fonction. Bien que la complexité de ces systèmes varie en fonction de la taille de la pratique, du nombre de membres dans l’équipe de professionnels de la santé et des besoins de la population desservie, chaque CMF devrait avoir un plan organisationnel en place qui permet de guider les activités de la pratique. Du point de vue de la gouvernance, des politiques et procédures devraient être mises en place, puis révisées et mises à jour régulièrement, particulièrement dans les plus grandes pratiques. Ces politiques et procédures offriront une orientation quant aux aspects relatifs à l’organisation des services cliniques, aux systèmes de gestion et de prise de rendez-vous, à la gestion de l’information, aux installations, à l’équipement et au matériel, aux ressources humaines, à la définition des rôles et responsabilités cliniques et administratifs des membres de l’équipe du CMF, au budget et aux finances, aux questions légales et relatives aux responsabilités, à la sécurité des patients et des professionnels de soins, et à l’ACQ. Dans certains cas, des valeurs normalisées par défaut peuvent être disponibles en fonction de la province où est située la pratique et des structures qui existent pour appuyer les équipes interprofessionnelles. Des structures et des systèmes doivent être en place pour permettre de rémunérer les professionnels de la santé pour le temps passé à exercer et à participer activement aux activités d’ACQ. Ces activités doivent être ajoutées à l’horaire et rémunérées afin d’être vues comme importantes et essentielles au même titre que le reste du temps en clinique. Afin de s’assurer que tous les membres de l’équipe du CMF peuvent s’acquitter de leurs rôles, des programmes de développement du leadership devraient être offerts. Permettre aux médecins de poursuivre ce développement professionnel nécessaire requiert du financement suffisant de Les pratiques ont besoin de personnel, de soutien financier, de mobilisation, de gouvernance, de leadership et de gestion afin de fonctionner au sein de la communauté et d’offrir des soins exceptionnels. 1.1 Les rôles et les responsabilités en matière de gouvernance, d’administration et de gestion sont clairement définis et appuyés dans chacun des CMF. 1.2 Le système investit suffisamment de fonds pour appuyer les CMF, y compris les rôles cliniques, administratifs, éducatifs et en recherche de chacun des membres de l’équipe du CMF. 1.3 Les modèles de rémunération mixte qui appuient le mieux les soins en équipe en partenariat avec les patients dans un CMF doivent être considérés pour encourager l’approche désirée. 1.4 Les futures ententes de financement des soins de santé fédérales/provinciales/territoriales fournissent des mécanismes de financement appropriés qui appuient les priorités du CMF, y compris les soins préventifs, la santé des populations, les dossiers électroniques, les soins communautaires et l’accès aux médicaments, aux services sociaux, ainsi qu’aux spécialistes et aux soins de courte durée appropriés. Prestation de soins en partenariat avec les patients Des soins axés sur le patient ou en partenariat avec le patient ? Comprendre et reconnaître les patients en tant que partenaires à part entière quant à leurs propres soins est une petite distinction dans la terminologie, mais qui est très éloquente. Tenir compte des patients et les respecter en tant que partenaires permet aux prestataires de soins de santé de mieux reconnaître et d’inclure les compétences et l’expérience propres à chaque patient. La perspective et la rétroaction des patients peuvent être incorporées de façon plus inclusive dans les processus d’ACQ en place afin d’améliorer la prestation des soins. Comprendre la nature des partenariats avec les patients peut aider les médecins à bâtir de meilleures relations de confiance avec les personnes dont ils s’occupent29. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 7 8 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 la part du gouvernement pour couvrir les frais de formation et le soutien financier permettant de garantir que la perte de revenus n’est pas un obstacle (voir le 10e pilier : Formation, éducation et développement professionnel continu). Soutien externe Chaque pratique de médecine de famille au Canada peut devenir un CMF, et un milieu d’apprentissage optimal est seulement possible avec la participation et le soutien de tous les intervenants dans l’ensemble du système de soins de santé. Ceci comprend les médecins de famille ; les autres professionnels de la santé qui jouent un rôle essentiel au sein des équipes des CMF ; les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ; les programmes de formation universitaire ; les ordres de médecins et autres associations de professionnels de la santé ; et surtout, les Canadiens et Canadiennes, individuellement et collectivement au sein de leurs communautés — les bénéficiaires des soins fournis par le CMF. Pour atteindre ces objectifs, les CMF ont besoin que les gouvernements canadiens assurent l’allocation de financement adéquat et d’autres ressources. Étant donné que la structure, la composition et l’organisation de chaque CMF diffèreront en fonction des besoins de la communauté et de la population, le financement doit être flexible. Plus précisément, les CMF diffèreront en fonction du personnel dont ils ont besoin (clinique, administratif, etc.). Le financement doit être disponible pour garantir que les CMF peuvent déterminer l’effectif optimal afin de mieux répondre aux besoins de la communauté. Le système de soins de santé doit aussi s’assurer que tous les professionnels de la santé qui font partie de l’équipe du CMF ont une protection de responsabilité appropriée, et que des ressources adéquates sont fournies pour garantir que chaque pratique du CMF peut offrir un contexte optimal pour enseigner aux étudiants et aux résidents, et pour effectuer de la recherche reliée à la pratique. Ces caractéristiques sont aussi reflétées dans les quatre principes de la médecine familiale, ce qui renforce la place centrale qu’occupe la médecine de famille dans la prestation des soins. L’expérience de nouveaux modèles de pratique de médecine de famille, comme des modèles d’inscription des patients en Ontario, suggère que les modèles de rémunération mixte sont en train de devenir la forme de rémunération de choix des médecins de famille31-33. Ces modèles conviennent bien à la prestation de soins en équipe en partenariat avec les patients. Le modèle actuel de rémunération à l’acte encourage une série de consultations courtes qui peuvent être insuffisantes pour répondre à tous les besoins des patients, tandis que la rémunération mixte incite des groupes de médecins à collaborer pour fournir des soins complets et globaux pendant et après les heures d’ouverture pour leurs patients inscrits. Le modèle de rémunération par capitation permet des consultations plus en profondeur en fonction des besoins de la population, plutôt qu’un modèle axé sur le volume. La recherche a aussi démontré que les modèles de rémunération par capitation mixte pouvaient entraîner de petites améliorations dans les processus de soins (par exemple, atteindre les cibles de qualité des soins préventifs)34 et peut être particulièrement utile pour appuyer les patients dans la gestion et la prévention des maladies chroniques35. Le CMFC recommande que les gouvernements mettent en place des modèles de rémunération mixte partout au pays pour atteindre de meilleurs résultats pour la santé. (Voir le guide Conseil pratique : La rémunération des médecins dans un centre de médecine de famille36 pour plus d’information.) Il est important de s’assurer que des fonds ou du temps sont spécialement alloués aux activités supplémentaires de la pratique, comme le développement du leadership, l’ACQ et l’enseignement, et qu’elles ne sont pas perçues comme étant financièrement désavantageuses. La viabilité du système de soins de santé au Canada dépend d’un fondement constitué de soins primaires et de pratiques de médecine de famille solides37. En fait, « les soins primaires de haute qualité sont largement reconnus comme le fondement d’un système de soins de santé efficace38. » Le financement futur pour les soins de santé — en particulier du gouvernement fédéral par l’intermédiaire d’ententes fédérales, provinciales et territoriales — doit être appuyé par des ententes de financement appropriées et bien conçues qui encouragent l’adoption de la vision du CMF pour les soins primaires ; d’autres priorités du CMF comme les soins préventifs, la santé des populations, les DME, les soins communautaires ; ainsi que l’accès à la médication, aux services sociaux, aux spécialistes appropriés et aux soins de courte durée. Pour que la vision du CMF soit un succès et qu’elle fasse partie de l’avenir de la pratique de la médecine de famille au Canada, nous avons besoin de l’engagement et du soutien de tous ceux qui font partie du système de soins de santé canadien, y compris les décideurs et les patients. En collaborant avec tous les paliers de gouvernement et avec les patients, nous pouvons améliorer le système de soins de santé, afin que toute la population canadienne ait accès à des soins complets et globaux offerts en équipe et axés sur le patient. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 9 2e pilier : Infrastructure appropriée Le passage des dossiers papier aux DME au Canada est presque complet. Comme la prestation des soins évolue et intègre davantage la technologie, les applications possibles qui en découlent s’élargissent aussi39. La proportion des médecins de famille qui utilisent des DME est passée de 16 pour cent en 2004 à 85 pour cent en 201740. La technologie de l’information est de plus en plus omniprésente dans la prestation de soins de santé et peut s’avérer très bénéfique dans le partage de l’information avec les patients ; elle facilite l’observance des plans de traitement et la prise régulière des médicaments. La technologie de l’information sur la santé (TIS) est aussi utilisée dans de nouvelles méthodes innovatrices de soins. Cependant, la TIS comporte aussi de nouveaux risques et peut créer de nouveaux obstacles. Les prestataires devraient être conscients que l’application de nouvelles technologies peut entraver la qualité des soins aux patients. Quand ils sont bien mis en oeuvre, les DME peuvent aider à faire le suivi des données au fil du temps, à cerner les patients qui doivent effectuer des visites préventives, à mieux surveiller les paramètres de base des patients (comme les vaccinations et les lectures de la tension artérielle) et à améliorer la qualité générale des soins dans une pratique1. Les DME peuvent améliorer la capacité de chaque pratique à conserver et à récupérer l’information médicale de chaque patient et de la population de la pratique dans son ensemble. Ils peuvent faciliter le partage d’information nécessaire pour orienter des patients et pour les consultations. L’information qui se trouve dans un dossier électronique peut être utilisée pour enseigner, pour effectuer de la recherche fondée sur la pratique et pour évaluer l’efficacité des changements apportés à la pratique dans le cadre d’un engagement envers l’ACQ1. Les DME et la TIS soutiennent activement les autres piliers de la vision du CMF. En plus de conserver et de partager l’information, les avantages les plus probants de cette technologie sont sa capacité de recueillir des données afin d’illustrer le rendement de la pratique et les résultats sur la santé des patients desservis par les pratiques de médecine de famille41. Les données permettent aux pratiques de mesurer le progrès L’espace physique, les effectifs, les dossiers électroniques et les autres supports numériques, ainsi que l’équipement et les réseaux virtuels facilitent la prestation en temps opportun de soins complets, globaux et accessibles. 2.1 Tous les CMF utilisent les DME dans leurs pratiques et ont accès aux supports numériques pour maintenir leur système de DME. 2.2 Les DME conçus pour être utilisés dans les CMF sont identifiés et approuvés par un processus centralisé qui comprend les médecins de famille et d’autres professionnels de la santé. Les pratiques peuvent sélectionner un DME à partir d’une liste de fournisseurs approuvés régionalement. 2.3 Les DME approuvés pour les CMF tiennent compte des normes appropriées de prise en charge des soins aux patients dans un établissement de soins primaires et offrent la possibilité d’émettre des ordonnances électroniques. Ils sont munis de programmes de soutien aux décisions cliniques ; d’outils de consultation et d’orientation électroniques ; d’outils de prise de rendez-vous électroniques qui favorisent l’accès anticipé aux soins ; et de systèmes qui appuient l’analyse des données, l’enseignement, la recherche, l’évaluation et l’ACQ. 2.4 Les dossiers électroniques utilisés dans un CMF sont interreliés, conviviaux et compatibles. 2.5 Les pratiques qui partagent des locaux dans un CMF sont des espaces physiques accessibles et créés pour favoriser la collaboration et l’interaction entre les membres des équipes. 2.6 Un CMF dispose du personnel approprié pour fournir un accès en temps opportun (p. ex., avoir des adjoints au médecin et/ou des infirmières autorisées pour atteindre les objectifs du CMF). 2.7 Un CMF possède la technologie nécessaire pour permettre des formes alternatives de soins, comme des soins virtuels ou des télésoins. 2.8 Du financement et des ressources suffisants sont fournis pour garantir que les exigences des enseignants et de l’établissement seront respectées par tous les sites d’enseignement des CMF. grâce aux objectifs d’ACQ. Une cueillette de données à plus grande échelle permet l’agrégation d’ensembles de données anonymisées et la mesure du rendement au-delà du niveau de la pratique41. Une réglementation stricte relative à la protection de la vie privée garantit que les données sur les patients demeurent sécuritaires et confidentielles. De façon générale, l’ACQ et la recherche profitent aux patients en favorisant des soins plus appropriés et efficaces, qui forment la base d’un autre pilier essentiel de la vision du CMF — le 9e pilier : Mesure, amélioration continue de la qualité et recherche. Plus l’utilisation des DME devient répandue, plus les problèmes passent de leur mise en place à l’optimisation du système de DME dans la pratique. Idéalement, les DME devraient être adéquatement appuyés financièrement et utiliser une terminologie universelle pour favoriser la gestion de données normalisées. De plus, les DME devraient être compatibles avec d’autres dossiers de santé électroniques (DSE) employés dans les soins du patient1. De la formation et du soutien technique sur l’utilisation efficace de la technologie doivent aussi être offerts sur une base continue. Les sources d’information numérique, particulièrement dans les domaines sensibles de l’information sur les patients et de la planification des soins, nécessitent un niveau plus élevé de soutien technique pour maintenir la confiance quant à leur utilisation et leur application au sein des groupes d’intervenants. Une analyse systématique et globale de la documentation grise révisée par les pairs a révélé que le partage des coûts ou les commandites financières des gouvernements sont nécessaires pour assumer le coût élevé de l’adoption et de l’entretien des DME. Les gouvernements de plusieurs pays européens munissent toutes leurs pratiques de soins primaires de dossiers de santé électroniques (DSE) compatibles axés sur les soins ambulatoires qui permettent à l’information de circuler entre les établissements pour améliorer la continuité et la coordination des soins1. S’assurer que le soutien gouvernemental permet l’adoption, l’entretien et l’utilisation efficace, la coordination et l’interopérabilité des outils électroniques est essentiel à l’utilisation judicieuse de cette technologie. Un CMF utilisera aussi la technologie pour des méthodes alternatives de soins. Les soins virtuels sont des interactions cliniques qui ne nécessitent pas que les patients et les prestataires de soins soient dans la même pièce en même temps42. Les consultations virtuelles seront rémunérées en vertu des régimes d’assurance-santé provinciaux. Les consultations peuvent être asynchrones, où les patients répondent à des questions cliniques structurées en ligne, puis reçoivent des soins d’un médecin plus tard (des consultations en ligne), ou synchrones, où les patients interagissent avec les médecins en temps réel par téléphone (téléconsultations), vidéoconférence (consultations virtuelles) ou par texto43. Les soins virtuels améliorent l’accès pour les personnes qui habitent en régions rurales et éloignées, mais aussi en zones urbaines où certains patients n’ont pas de médecin de soins primaires attitré ou ne peuvent avoir accès à leur médecin pour des rendez-vous en personne dans un délai qui répond à leurs besoins actuels43. Les soins virtuels peuvent aussi être une option pour les patients qui habitent dans des établissements de soins de longue durée ou qui ont des problèmes de mobilité43. Une bonne communication entre les membres de l’équipe permet aux pratiques situées dans un CMF de fonctionner sur une base virtuelle quand les professionnels de la santé ne sont pas situés dans le même espace physique. Il est important de reconnaître quand la colocation n’est pas possible et de maintenir une bonne circulation de l’information dans ces situations, ce qui peut être particulièrement pertinent en zones rurales et éloignées. Les pratiques devraient s’assurer que les dossiers électroniques qu’ils utilisent sont conçus pour favoriser la collaboration et les interactions entre membres de l’équipe autant que possible, ce qui comprend tous les prestataires de soins de santé du CMF, ainsi que ceux qui sont dans le cercle de soutien du patient. Par exemple, elles devraient s’assurer que lorsque les patients consultent quelqu’un d’autre que leur prestataire principal, cette visite est inscrite dans le système et les renseignements sont faciles à consulter pour permettre une continuité des soins. Ceci devient complexe dans des situations où les prestataires de soins ne partagent pas les mêmes locaux. Un soutien accru du système est nécessaire pour avoir des dossiers électroniques universels et compatibles pour l’application totale de ce principe. Avoir une infrastructure appropriée dans un CMF n’est pas seulement une question de technologie : il faut aussi que les zones cliniques, administratives et d’accueil du cabinet soient efficaces et conçues de façon ergonomique. Il s’agit d’un avantage considérable pour le personnel et les patients44. Le fait d’avoir un espace physique et/ou virtuel partagé où plusieurs membres de l’équipe peuvent se rencontrer pour établir des relations de confiance et communiquer les uns Satisfaction à l’égard des consultations virtuelles Une étude de la Colombie-Britannique a rapporté que plus de 93 pour cent des patients ont indiqué que leur consultation virtuelle était de grande qualité, et 91 pour cent ont indiqué que leur consultation virtuelle avait été très utile ou assez utile dans la résolution de leur problème de santé43. 10 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 11 avec les autres concernant les soins aux patients est essentiel à la création d’une pratique collaborative. Les soins en équipe fleurissent quand les soins sont intentionnels, quand des réunions régulières sur les soins aux patients sont incorporées dans la pratique courante des CMF, et quand ces étapes sont rémunérées. Cette collaboration fait en sorte que les patients participent à toutes les discussions pertinentes et qu’ils reçoivent les meilleurs soins de la part de professionnels dotés d’un éventail global de compétences. Une pratique de médecine de famille devrait être physiquement accessible aux patients et à leurs familles. Cela suppose que toutes les aires publiques, les toilettes et les bureaux sont accessibles en fauteuil roulant44. Une salle d’examen devrait pouvoir accueillir confortablement le patient et la personne qui l’accompagne, ou les professionnels de la santé, qui peuvent se trouver dans la salle en même temps. Le fait d’avoir des salles polyvalentes réduit ou élimine le risque d’avoir à attendre qu’une salle appropriée se libère. Pour atteindre leurs objectifs, les CMF ont besoin du soutien des gouvernements partout au Canada pour l’allocation de ressources financières suffisantes et d’autres ressources. La recherche démontre que les obstacles principaux à l’adoption des DME par les médecins de famille incluent les contraintes financières et de temps, le manque de personnel de soutien compétent, le manque de compatibilité avec les systèmes des hôpitaux et des pharmacies45, ainsi qu’avec les systèmes de DME provinciaux/ territoriaux. Par conséquent, le gouvernement doit garantir le financement requis pour appuyer l’équipe du CMF dans le cadre de ses responsabilités cliniques, administratives et en recherche. Il doit aussi y avoir du soutien pour les éléments de base de la pratique comme les DME, les stratégies de la pratique axées sur le patient comme les visites de groupe, et les communications électroniques entre les patients et les professionnels de la santé (voir le 1er pilier : Administration et financement). Les DME devraient améliorer la prestation des soins dans les pratiques de proximité en améliorant la productivité et les procédures. L’objectif de la mise en place des DME n’est pas de réduire le temps passé avec les patients ni de mener à l’épuisement professionnel chez les médecins. Elle ne devrait pas avoir de répercussions négatives sur leur bien-être. Bien que les structures qui appuient les CMF diffèrent d’une province à l’autre, il est important qu’elles couvrent un ensemble commun de principes afin d’intégrer les fonctionnalités de base décrites dans ce document. Le système doit aussi faire en sorte que tous les professionnels de la santé qui font partie de l’équipe du CMF aient une protection de responsabilité appropriée et que les ressources adéquates soient fournies afin que chaque CMF puisse fournir un contexte optimal pour enseigner aux étudiants et aux résidents, et pour effectuer de la recherche fondée sur la pratique. L’autonomie du prestataire de soins est essentielle à son bien-être. En effet, comme le leadership des médecins au sein du CMF est un des piliers principaux, il est important de maintenir l’autonomie du médecin, tout en respectant celle des patients et des autres professionnels de la santé, et en assurant leur responsabilisation. Services de soins à domicile et de longue durée Services de soutien social et communautaire Pharmacie Autres fournisseurs de soins de santé Services en santé mentale et toxicomanies VOISINAGE MÉDICAL DU PATIENT Autres médecins spécialistes Soins hospitaliers Laboratoire et services de diagnostic Figure 2 : Voisinage médical du patient 3e pilier : Soins interreliés La connectivité et la communication efficace au sein de et entre les établissements de soins sont des concepts essentiels d’un CMF. Ceci garantit que les soins que reçoivent les patients sont coordonnés et continus. Pour ce faire, chaque CMF devrait établir, maintenir et utiliser des liens définis avec des prestataires de soins secondaires et tertiaires, y compris les hôpitaux locaux ; d’autres spécialistes et cliniques de soins médicaux ; les unités de santé publique ; les laboratoires ; les services d’imagerie diagnostique, de physiothérapie, de santé mentale et toxicomanies, de réadaptation, et d’autres services sociaux et de santé. Les soins interreliés sont une priorité pour plusieurs organisations de soins de santé au Canada. Par exemple, la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS) a mis sur pied un programme unique en son genre qui a comme but d’améliorer les liens entre prestataires de soins grâce à une meilleure utilisation de la technologie41. (Voir l’encadré « Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé » pour plus d’information.) L’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), l’Association médicale canadienne (AMC) et Health Action Lobby (HEAL) reconnaissent que pour permettre aux Canadiens et Canadiennes d’être en bonne santé et leur fournir les meilleurs soins, il faut créer un système de soins de santé intégré de façon fonctionnelle dans tout le continuum de soins — un système basé sur des équipes collaboratives interprofessionnelles qui fournissent le bon prestataire de soins, au bon moment, au bon endroit pour offrir les bons soins46. De la même façon, Inforoute Santé du Canada met l’accent sur l’expansion de la santé numérique à l’échelle du système pour améliorer la qualité et l’accessibilité des soins. Le CMF fait partie du « voisinage » médical élargi du patient (voir la Figure 2) et assure les liens avec tous les autres professionnels de la santé dans la communauté. Il est important de conserver des liens avec des collègues en soins de santé, ainsi qu’avec les organismes d’aide sociale au sein de la communauté, conformément au 5e pilier : Capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et responsabilité sociale. Grâce aux liens dans le voisinage médical, les CMF collaborent avec d’autres prestataires pour faire en sorte que les patients puissent être orientés ou avoir une consultation en temps opportun, et pour définir des procédures de partage de l’information. Afin d’établir et d’entretenir ces liens, il est essentiel qu’il y ait une communication ouverte et fréquente entre toutes les personnes qui participent aux soins des patients. Le processus d’intégration de la pratique avec d’autres services et milieux de soins est rendu possible grâce à l’intégration de la technologie de l’information en santé. 3.1 Un CMF est en contact avec les services sociaux et de santé offerts dans la communauté pour l’orientation des patients. 3.2 Des liens définis sont établis entre le CMF et d’autres spécialistes, et les services de soins médicaux de la communauté locale ou la plus proche pour garantir l’orientation des patients en temps opportun. 3.3 Le CMF permet de centraliser la collecte et le partage de renseignements pertinents sur les patients grâce à la technologie de l’information. Il assure la continué de l’information sur les patients recueillie dans différents établissements de services sociaux et médicaux. Inforoute Santé du Canada Mise sur pied en 2001, Inforoute Santé du Canada47 est un organisme indépendant sans but lucratif financé par le gouvernement fédéral. Il a comme mission d’améliorer l’accès aux soins de santé, en allant au-delà des modèles de soins traditionnels offerts en personne et vers des stratégies novatrices qui accélèrent le développement, l’adoption et l’utilisation efficace de solutions de santé numériques partout au Canada. Les principales priorités en la matière comprennent les dossiers électroniques, les télésoins à domicile, les consultations virtuelles et les portails pour les patients. 12 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 Idéalement, les CMF permettent de centraliser les soins aux patients en recueillant l’information pertinente auprès des prestataires de soins externes et des patients, et en coordonnant celle-ci. Ces renseignements incluent les soins médicaux et les soins reçus auprès d’autres services sociaux et de santé ; par exemple, des services reçus par l’intermédiaire de programmes de soins à domicile. Les pratiques du CMF devraient aussi pouvoir partager l’information pertinente avec les prestataires de soins externes, le cas échéant et dans le contexte approprié, et ce, tout en respectant de façon stricte les règles sur la protection de la vie privée. Cette communication réciproque de l’information garantit que tous les prestataires du réseau de soins ont accès à l’information la plus précise et complète, afin de leur permettre « de passer moins de temps à chercher l’information et plus de temps sur ce qui importe le plus : soigner le patient49 ». En général, c’est grâce aux systèmes de TIS que les soins sont interreliés dans le CMF et le système de santé. Les CMF s’efforcent continuellement de travailler de façon efficace avec d’autres prestataires de soins dans le voisinage médical en tirant profit du développement technologique qui facilite la création et le maintien de liens rapides. Pour utiliser les systèmes de TIS pour les soins coordonnés, les éléments suivants sont essentiels51 : La normalisation des données La compatibilité des DME et des autres systèmes d’information sur la santé L’accès en temps réel aux données et la possibilité de transmettre l’information juste rapidement Des méthodes de communication fiables entre le CMF et les divers prestataires de services sociaux et de santé Protection des renseignements sur les patients Il est important de garder en tête que toute information sur le patient, obtenue pendant la prestation des soins, appartient au patient, conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels et des documents électroniques (LPRPDE). La pratique est responsable de l’archivage et du transfert sécuritaires et confidentiels de l’information. Consultez le module sur l’intendance des données dans le guide Conseil pratique : Utilisation avancée et éclairée des DME50 pour plus d’information. Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé La Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé appuie les services de consultation électronique RACE (Rapid Access to Consultative Expertise) et BASE ( Building Access to Specialists through eConsultation) qui utilisent les systèmes téléphoniques et le Web pour relier les patients et les spécialistes48. Ces programmes ont eu du succès et démontrent que les consultations à distance peuvent réduire le temps d’attente pour recevoir des soins spécialisés en permettant aux médecins de famille de prendre en charge plus efficacement leurs patients dans les établissements de soins primaires. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 13 14 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 FONCTIONS Les fonctions décrivent le noyau du CMF et les soins qu’il fournit. Il s’agit des éléments principaux qui différencient un CMF d’autres formes de soins primaires. Un CMF offre : des soins accessibles ; la capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et la responsabilité sociale ; des soins complets et globaux prodigués en équipe sous le leadership d’un médecin de famille ; la continuité des soins ; et des soins offerts en partenariat avec le patient et sa famille. SOINS ACCESSIBLES PAGE 15 CAPACITÉ DE S’ADAPTER AUX BESOINS DE LA COMMUNAUTÉ ET RESPONSABILITÉ SOCIALE PAGE 17 SOINS COMPLETS ET GLOBAUX PRODIGUÉS EN ÉQUIPE SOUS LE LEADERSHIP D’UN MÉDECIN DE FAMILLE PAGE 20 CONTINUITÉ DES SOINS PAGE 23 SOINS OFFERTS EN PARTENARIAT AVEC LE PATIENT ET SA FAMILLE PAGE 25 Pratiques équitables et éthiques L’AMC a déterminé que l’accès équitable aux soins était une priorité de premier ordre de la réforme du système de soins de santé53. De la même façon, l’accessibilité est un élément essentiel de l’approche des soins de santé primaires, qui est prônée par l’AIIC54. Grâce au Cadre d’évaluation de la juste sociale de l’AIIC et au développement plus approfondi de l’initiative sur la justice sociale, l’AIIC reste un fervent défenseur de la justice sociale et un chef de file en matière de pratiques équitables et éthiques en soins de santé et en santé publique55. 4e pilier : Soins accessibles L’accès aux soins primaires est fondamental pour un système de soins de santé très efficace et est considéré par les patients52 et d’autres organismes de soins de santé comme l’une des caractéristiques les plus importantes des soins de santé primaires. Pour que les soins soient accessibles, tous les patients devraient avoir accès à un médecin de famille qui agit à titre de prestataire principal et qui est appuyé par une équipe de professionnels de la santé qualifiés. Les patients doivent pouvoir avoir accès à des soins et à des traitements médicaux quand ils en ont besoin. Bien que la plupart des Canadiens et Canadiennes ont actuellement un médecin de famille qu’ils voient régulièrement4, il est important que toute la population canadienne ait accès à un médecin de famille attitré. L’accessibilité des soins ne signifie pas seulement l’accès rapide à des rendez-vous. Ceci comprend les principes d’accès en temps opportun, mais aussi les rendez-vous accélérés, l’accès virtuel et les approches de soins en équipe pour garantir que les patients peuvent être vus par le prestataire de soins qui leur convient le mieux quand ils en ont besoin. Étant donné que les patients consultent pour différentes raisons, il est inutile de définir les temps d’attente appropriés pour chaque type de visite comme dans d’autres secteurs des soins de santé, notamment en chirurgie. Par conséquent, en médecine de famille, l’accent devrait être mis sur l’amélioration de l’accès aux soins pour s’assurer que les patients peuvent les recevoir quand ils en ont besoin. Ceci ne signifie pas que les médecins de famille qui pratiquent dans un CMF devraient être sur appel 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par année, mais qu’il serait important de mettre en place des moyens permettant aux patients d’avoir accès à des soins en modifiant les activités de la clinique et la gestion des horaires. Par contre, même si les patients auront plus de choix (p. ex., par téléphone ou en ligne), ils devraient s’attendre à ce que les pratiques mettent en place des paramètres réalistes. Les pratiques devraient communiquer clairement les disponibilités des prestataires de soins et le temps de réponse auquel il est raisonnable de s’attendre selon les méthodes d’accès et la disponibilité des ressources. Faire que les patients de la pratique comprennent ce qui est réaliste et travailler Grâce à l’adoption de l’accès anticipé et des rendez-vous accélérés, de l’accès virtuel, des approches axées sur l’équipe et des soins accessibles, les patients peuvent être vus rapidement. 4.1 Un CMF garantit que les patients ont accès à des conseils médicaux et à l’information sur les options de soins offertes 24 heures par jour, 7 jours sur 7, 365 jours par année. 4.2 Chaque patient est inscrit auprès d’un CMF. 4.3 Les CMF offrent des options de prise de rendez-vous qui garantissent un accès en temps opportun aux soins appropriés. 4.4 Quand le médecin de famille personnel du patient n’est pas disponible, un rendez-vous est pris avec un autre médecin, une infirmière ou un autre professionnel de la santé qualifié membre de l’équipe du CMF. 4.5 Les patients peuvent participer à la planification et à l’évaluation du système de prise de rendez-vous de leur CMF. 4.6 Le nombre de patients inscrits par prestataire dans un CMF doit être approprié pour garantir un accès en temps opportun aux rendez-vous et à des soins sécuritaires de haute qualité. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 15 à répondre à ces attentes garantit que la pratique demeure axée sur le patient conformément au 1er pilier : Administration et financement. Les organismes de financement doivent appuyer ces changements importants pour permettre d’offrir aux patients plus d’options d’accès aux soins. La prise de rendez-vous le jour même a été mise en place dans plusieurs CMF afin de mieux répondre aux besoins des patients. Souvent décrits comme « faire le travail du jour le jour même », les rendez-vous accélérés offrent à la grande majorité de patients la possibilité de prendre rendez-vous la journée de leur appel, peu importe la raison de la consultation60. Pour de plus amples renseignements sur la prise de rendez-vous le jour même, consultez le guide Conseil pratique : Accès en temps opportun aux soins dans les cabinets ou cliniques de médecine familiale61. Dans la mesure du possible, les patients devraient avoir des raisons claires de vouloir un rendez-vous au moment même de la demande. Ceci garantit que suffisamment de temps est prévu pour chaque consultation. Si plusieurs problèmes de santé doivent être traités, ils seront évalués au triage par un des membres de l’équipe et des arrangements seront mis en place pour que ces problèmes soient pris en charge rapidement, soit au moment de la visite ou à un autre moment. Ce n’est pas toujours possible pour les patients de prendre rendez-vous avec leur médecin de famille principal. Pour assurer la continuité des soins, les rendez-vous peuvent être pris avec d’autres médecins ou professionnels de la santé qui font partie de l’équipe. La décision concernant qui fournit les soins dans de tels cas dépend des besoins du patient, de la disponibilité des membres de l’équipe et des champs de pratique de chaque membre de l’équipe. Dans ces cas, toute information pertinente recueillie lors du rendez-vous est communiquée au prestataire principal et l’on en tient compte lors de la prestation de soins à long terme du patient. Les CMF peuvent répondre encore mieux aux besoins des patients en offrant des heures d’ouverture prolongées, pendant lesquelles les responsabilités de la prestation des soins sont partagées entre les médecins de famille au sein d’une ou plusieurs pratiques, ainsi qu’avec les autres membres de l’équipe qui participent davantage aux soins. Les CMF remettent aussi à leurs patients une adresse courriel ou un numéro de téléphone à utiliser au besoin après les heures d’ouverture, et leur présentent des services virtuels pour les guider au bon endroit au bon moment afin de recevoir les soins dont ils ont besoin. Donner à un patient le prochain rendez-vous disponible ou bien le diriger vers un hôpital ou un autre service d’urgence est essentiel à la prise en charge efficace et à la viabilité de notre système de soins de santé62,63. Un CMF peut faire en sorte que les patients sachent où aller pour avoir accès à des soins et à de l’information sur la santé 24 heures sur 24, 365 jours par année en fournissant cette information aux patients en personne ou par l’intermédiaire d’autres systèmes (site Web, messages vocaux, etc.). Conformément au 9e pilier : Mesure, amélioration continue de la qualité et recherche, les CMF offrent la possibilité aux patients de donner leur avis sur l’accessibilité de la pratique. Les patients devraient notamment avoir l’occasion d’évaluer le système de prise de rendez-vous et de fournir une rétroaction sur celui-ci. Des mécanismes et du soutien doivent être mis en place pour faire en sorte que les pratiques et les organismes de réglementation puissent examiner la rétroaction et y réagir de façon appropriée, pour ensuite communiquer cette réponse aux patients. Déterminer le nombre optimal de patients pour chaque pratique du CMF est essentiel afin de garantir des soins accessibles, sécuritaires et de haute qualité64. Mettre en place et incorporer les recommandations de la vision du CMF peut permettre aux pratiques de penser à augmenter le nombre de patients inscrits. Le nombre de patients inscrits variera en fonction du nombre de médecins et autres membres de l’équipe, des obligations de la pratique, de l’engagement Soins après les heures normales d’ouverture Une étude effectuée à Waterloo (Ontario) a rapporté que de fournir des services après les heures normales d’ouverture de la clinique réduisait les temps d’attente, et que les services offerts par d’autres prestataires de soins de santé représentaient un élément clé dans l’amélioration de l’accès pour les patients59. Soins accessibles Les soins accessibles réduisent la redondance et le dédoublement des services (p. ex., quand un patient prend un rendezvous plus tard et consulte aussi un autre prestataire de soins entre-temps), améliorent les résultats sur la santé, entraînent une meilleure satisfaction du patient et du prestataire de soins, et réduisent les visites à l’urgence56-58. 16 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 17 La responsabilité sociale désigne l’obligation des médecins de famille de répondre aux besoins des communautés du Canada66. Pour que les soins de santé soient socialement responsables, ils doivent être accessibles par tous et répondre aux besoins des patients, des communautés et de la population en général4. Cette obligation est ancrée dans le Profil professionnel en médecine de famille et les quatre principes de la médecine familiale, et elle met en valeur la capacité des médecins de famille de s’adapter à leur communauté et de répondre aux besoins des patients et des communautés. Ces principes de la médecine de famille correspondent aux principes de responsabilité sociale. La pratique de médecine de famille est ancrée dans la relation avec le patient qui englobe tous les enjeux liés aux besoins, perdure dans le temps et se manifeste dans tous les emplacements où ces soins sont prodigués. Un généraliste traite la personne dans son ensemble tout en s’occupant d’aspects précis. Il tient compte du système quand il règle les problèmes individuels, et il tient compte du résultat quand il entame le processus. Il existe des outils pour aider les médecins de famille et les autres professionnels de la santé à améliorer leurs compétences et à approfondir leur formation concernant la responsabilité sociale et la sécurité. Ils sont offerts par plusieurs organisations professionnelles et centres de ressources partout au Canada comme le Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé67 et le Centre de collaboration nationale de la santé autochtone68, entre autres. Les CMF sont conscients de l’influence des déterminants sociaux de la santé sur les patients et les communautés. Les médecins de famille sont souvent les professionnels de la santé les mieux placés pour agir sur les problèmes qui touchent les déterminants sociaux de la santé des patients. Défendre 5e pilier : Capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et responsabilité sociale Un CMF doit rendre des comptes à la communauté qu’il dessert et répondre aux besoins de la population par l’intermédiaire d’interventions au niveau du patient, de la pratique, de la communauté et des politiques. 5.1 Les CMF ont comme objectif d’évaluer et d’aborder les déterminants sociaux de la santé (p. ex., le revenu, l’éducation, l’hébergement, le statut d’immigrant) comme des aspects pertinents relativement à la personne touchée, à la communauté et aux politiques. 5.2 Le nombre de patients inscrits tiendra compte des besoins de la communauté et de la sécurité du patient. 5.3 Les CMF utilisent les données sur les populations marginalisées/à risque pour adapter les soins, la programmation et son plaidoyer pour répondre aux besoins propres à la communauté. 5.4 Les médecins de famille du CMF agissent en fervents défenseurs de la santé auprès des personnes touchées et de la communauté, ainsi que sur le plan des politiques, à l’aide du cadre CanMEDS–Médecine familiale (CanMEDS-MF) qui les guide dans leurs efforts de représentation, et ils sont appuyés dans cette tâche. 5.5 Les médecins de famille et les membres de l’équipe du CMF fournissent des soins qui sont anti-oppressifs et culturellement sécuritaires, et tentent d’atténuer la discrimination à laquelle sont confrontés plusieurs patients à cause de leur âge, leur genre, leur race, leur classe, leur orientation sexuelle, leur identité de genre, leurs capacités, etc. envers l’enseignement et la recherche, et des besoins de la population desservie (voir le 5e pilier : Capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et responsabilité sociale). Lorsqu’elle détermine le nombre optimal de patients qu’elle peut recevoir, chaque pratique doit évaluer l’impact possible sur la population actuelle de l’inscription d’un plus grand nombre de patients, la viabilité de la charge de travail pour les médecins et les autres membres de l’équipe du CMF, et les conséquences de la taille de la population desservie sur la satisfaction à l’égard des soins. Consultez le guide Conseil pratique sur le nombre de patients inscrits pour de plus amples renseignements65. les intérêts des patients et du système de santé en général fait naturellement partie de la structure d’un CMF. Cette mobilisation peut se produire à trois niveaux69 : Micro : Dans le milieu clinique immédiat et le travail quotidien avec les patients individuels, et basé sur les principes de compassion. Méso : Dans la communauté locale, y compris la communauté culturelle du patient, la communauté locale des prestataires de soins, et dans la communauté civique élargie, où les professionnels de la santé sont des citoyens ainsi que des prestataires de soins. Macro : Au niveau humanitaire, où les médecins se préoccupent du bien-être de toute la population de patients et tentent d’améliorer le bien-être des personnes grâce à des politiques en matière de santé publique (comme la réduction des inégalités des revenus, le soutien d’une imposition équitable et progressive, et l’expansion du filet de sécurité sociale). Les principes de plaidoyer en médecine de famille sont présents dans le Référentiel de compétences CanMEDS–MF 201769, sous le rôle de Promoteur de la santé. Le guide Conseil pratique sur les déterminants sociaux de la santé70 décrit comment les médecins de famille du CMF peuvent faire de la promotion de la santé une partie bien réelle de leur pratique. La pauvreté est un facteur de risque important pour la maladie chronique, la santé mentale et d’autres problèmes de santé. Un faible revenu et d’autres déterminants sociaux de la santé présentent aussi des obstacles importants à l’accès aux soins71. Pour répondre aux besoins de ces patients, les pratiques pourraient devoir prolonger les heures d’ouverture, être plus flexibles et répondre plus rapidement, et passer plus de temps à aider les patients à trouver les soins dont ils ont besoin et à y accéder. Les CMF tiennent compte des autres besoins particuliers de la communauté quand ils déterminent le nombre approprié de patients inscrits. Les données démographiques et l’état de santé de la population de patients peuvent influencer la durée et la fréquence des rendez-vous dont ils auront besoin, ce qui a des répercussions sur la charge de patients d’un médecin65. Par exemple, un CMF dans une communauté où il y a des taux élevés de maladies chroniques pourrait devoir réduire le nombre de patients inscrits afin de fournir des soins de haute qualité en temps opportun, étant donné que les patients ont besoin de plus de temps et de ressources. De la même façon, la situation sociale d’un patient peut avoir des répercussions sur le temps qu’un médecin de famille passe avec lui. Les médecins de famille et les membres de l’équipe pourraient devoir avoir recours à un interprète lors des rendez-vous cliniques et fournir des ressources écrites dans d’autres langues, des facteurs qui ont une incidence sur le temps nécessaire pour fournir des soins. Permettre aux pratiques d’un CMF d’ajuster le nombre de patients inscrits en fonction des besoins de la communauté requiert que les gouvernements mettent en place des modèles de rémunération mixte. Ces modèles de rémunération garantissent que les médecins de famille sont rémunérés adéquatement, et qu’ils ne sont pas dissuadés de passer le temps nécessaire avec les patients pour des raisons financières (voir le 1er pilier : Administration et financement pour plus d’information). Responsabilité sociale et compétences culturelles Chacun des professionnels de la santé a un rôle à jouer pour assurer que les soins offerts dans la communauté sont plus socialement responsables. Bien que les cours sur les compétences culturelles fassent maintenant partie intégrante de la formation médicale, les médecins peuvent pousser cet apprentissage plus loin en tentant de réfléchir, de se conscientiser et de modifier tout préjugé préconçu qui se forme naturellement et qui persiste à cause des expériences de vie d’une personne. Tenter de résoudre les préjugés implicites est le travail d’une vie, mais fait de façon diligente, cela peut aider à améliorer la qualité des soins fournis72. Être un soignant efficace nous apporte de la satisfaction, ainsi qu’à nos patients et à nos sociétés. Importance de la responsabilité sociale La responsabilité sociale est une valeur essentielle pour les organisations de soins de santé et les professionnels de la santé. Par exemple, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (Collège Royal), Médecins résidents du Canada et l’Association des facultés de médecine du Canada, entre autres, ont adopté des politiques qui soulignent l’importance de la responsabilité sociale au sein de leur organisme et dans le travail qu’ils accomplissent. 18 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 Les médecins de famille et leurs équipes du CMF sont au coeur de la santé des personnes et des populations, et peuvent discuter avec leurs patients de la promotion de la santé et de la prévention des maladies de façon créative. Ils accompagnent les patients en profitant de certains moments propices à l’apprentissage (p. ex., le fumeur qui souffre d’une pneumonie et qui est prêt à arrêter) ; ils influencent les politiques civiques pour soulever les questions liées à l’itinérance — les histoires confiées aux médecins de famille dans leur pratique quotidienne sont des outils puissants pour le changement. Ces équipes constituent aussi des prestataires de soins essentiels dans plusieurs secteurs importants en santé publique, y compris la prévention des maladies et des blessures ; la promotion de la santé ; la détection et la prise en charge des maladies chroniques ; les immunisations ; et la surveillance de la santé. Les CMF accordent la priorité à la prestation de soins basés sur des données probantes pour la prévention des maladies et des blessures, et la promotion de la santé, en les renforçant lors de chaque consultation avec le patient et au cours d’autres occasions de counseling. Les CMF et les bureaux de santé publique locaux ou régionaux devraient tisser et maintenir des liens forts les uns avec les autres. Les professionnels de la santé qui font partie des équipes des CMF peuvent occuper des rôles de promotion, d’éducation, de soutien ou jouer des rôles actifs dans les initiatives de santé publique, dans plusieurs différents milieux professionnels, éducatifs ou récréatifs au sein de la communauté. Un système de santé publique efficace devrait être invariablement lié à des médecins de famille basés dans la communauté et aux CMF ; il devrait les reconnaître et les appuyer comme éléments essentiels à l’atteinte des objectifs plus larges relatifs à la santé publique et à la population. Bien que les CMF mettent principalement l’accent sur les soins aux personnes et à leurs familles, il est important que les membres de l’équipe comprennent et abordent les problèmes de santé auxquels sont confrontées la population de leur pratique et la communauté dans son ensemble. Ces enjeux plus vastes représentent des facteurs en amont (déterminants sociaux de la santé) qui ont une plus grande influence sur la santé des patients que les efforts des médecins individuellement. Cependant, les relations qui font partie intégrante des pratiques individuelles et collectives peuvent jouer un rôle central dans l’engagement des patients et des citoyens envers la création de communautés et de sociétés plus équitables et en santé. Par exemple, avec l’aide de la TIS, il est plus facile d’avoir accès à des renseignements sur les besoins des populations grâce à l’extraction de données du DME de la pratique, ou la participation à des programmes comme le Réseau canadien de surveillance sentinelle en soins primaires (RCSSSP)73. Les réseaux du RCSSSP recueillent des données sur la santé provenant du DME des prestataires de soins primaires participants, extraient des données rendues anonymes et partagent l’information sur les maladies chroniques avec les gouvernements, les prestataires de soins de santé et les chercheurs pour fournir de plus amples renseignements afin d’effectuer des changements importants au niveau de la pratique et des systèmes. Des programmes comme celui du RCSSSP permettent aux pratiques de mieux comprendre les besoins des communautés et de mettre en oeuvre des programmes spécifiques de prévention et de promotion de la santé qui peuvent contribuer au bien-être général de la population. Des initiatives comme celles-ci permettent aussi d’éviter le dédoublement des données et reconnaissent que les pratiques n’ont pas besoin de recueillir les données ellesmêmes (ou n’ont pas les ressources pour le faire). Cependant, ces données sont seulement une partie des soins — traiter la personne dans son ensemble tout en s’occupant des aspects plus pointus, que ce soit au niveau du patient, de la famille ou de la société est au coeur du généralisme. Pour répondre aux besoins des divers patients inscrits, les médecins de famille et les autres membres de l’équipe du CMF tentent d’offrir des soins anti-oppressifs et culturellement sécuritaires, et d’atténuer la discrimination vécue par plusieurs patients selon leurs déterminants sociaux de la santé. Ceci nécessite une compréhension de l’impact des injustices passées et actuelles sur le bien-être de certaines populations et un effort afin de créer un milieu de pratique sécuritaire et accueillant en mettant l’accent sur les principes de compassion. Avantages des données sociodémographiques L’équipe Santé familiale (ESF) à l’hôpital St. Michael’s recueille couramment des données sociodémographiques sur tous les patients. Les patients sont interrogés sur leur revenu, leur logement, l’identité de genre et d’autres déterminants sociaux de la santé importants. Leurs réponses sont compilées dans des DME sécurisées puis utilisées pour éclairer et orienter les soins individualisés axés sur le patient. Les données seront aussi utilisées pour la planification et l’évaluation des programmes de l’ESF74. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 19 6e pilier : Soins complets et globaux prodigués en équipe sous le leadership d’un médecin de famille Un vaste éventail de services est offert par une équipe interprofessionnelle. Le patient ne voit pas toujours son médecin de famille, mais les interactions avec tous les membres de l’équipe sont communiquées de façon efficace au sein d’un CMF. Il est possible que l’équipe ne partage pas les mêmes locaux, mais le patient est toujours vu par un professionnel de la santé qui possède les compétences pertinentes, et celui-ci peut rejoindre un médecin (idéalement le médecin de famille du patient) au besoin. 6.1 Un CMF inclut un ou plusieurs médecins de famille, qui sont les prestataires de soins principaux pour leurs patients inscrits. 6.2 Des médecins de famille dotés de compétences avancées, ainsi que d’autres spécialistes médicaux, font partie de l’équipe ou du réseau d’un CMF, et ils collaborent avec le médecin de famille personnel du patient pour fournir un accès en temps opportun à divers services de soins primaires et de consultation. 6.3 Des modèles de soins partagés sur place sont encouragés et soutenus au sein de chaque CMF afin de permettre des consultations médicales rapides et une continuité des soins. 6.4 L’emplacement et la composition de l’équipe d’un CMF sont flexibles, en fonction des besoins et de la réalité de la communauté ; les membres de l’équipe peuvent être au même endroit ou travailler dans des réseaux virtuels. 6.5 Un médecin de famille personnel et une infirmière qui possèdent des qualifications pertinentes sont au coeur des équipes des CMF; on encourage et appuie l’ajout d’autres membres (y compris, mais sans s’y limiter, les adjoints au médecin, les pharmaciens, les psychologues, les travailleurs sociaux, les physiothérapeutes, les ergothérapeutes, les diététistes et les chiropraticiens), au besoin. 6.6 Les médecins, les infirmières et les autres membres de l’équipe du CMF sont encouragés à entretenir des relations avec les patients et soutenus dans ces efforts. Chaque prestataire de soins est reconnu comme membre de l’équipe du centre de médecine du patient. 6.7 Les infirmières et les autres professionnels de la santé qui font partie de l’équipe d’un CMF fournissent des services conformément à leurs rôles définis, leurs champs d’activité professionnelle et leurs compétences acquises personnellement. Leur rôle consiste à fournir des soins épisodiques et continus afin de soutenir et de compléter — et non de remplacer — ceux du médecin de famille. Équipes de soins primaires Plusieurs autres organisations professionnelles en santé ont accordé. la priorité à l’importance de collaborer au sein d’une équipe afin de fournir les meilleurs soins possible aux patients. Le CMFC a collaboré avec plusieurs organisations — AIIC, Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux, Société canadienne de psychologie et Diététistes du Canada — pour créer le guide Conseil pratique : Les soins en équipe dans le Centre de médecine de famille75. Ce guide comprend des stratégies pour la création d’une équipe de soins primaires et les descriptions générales des rôles des membres d’une équipe collaborative. 20 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 Les soins en équipe sont un élément fondamental du CMF. Mettre sur pied une équipe composée de membres provenant de divers milieux professionnels donne l’occasion de redéfinir ce qui est considéré optimal, en fonction des besoins de la pratique et de la communauté desservie. Une équipe hautement performante est essentielle pour pouvoir offrir des soins complets et globaux, coordonnés et efficaces axés sur les besoins du patient. Bien que différentes circonstances requièrent que certains aspects des soins aux patients soient fournis par différents professionnels de la santé, il est important de s’assurer que le médecin de famille est disponible pour des consultations auprès de tous les membres de l’équipe afin de fournir son expertise. Afin d’exercer de façon efficace dans une équipe de soins de santé interprofessionnelle, on doit bien comprendre les contributions uniques de chaque membre, y compris leur formation, leur champ d’activités professionnelles et leurs connaissances, ainsi que leurs domaines d’excellence et leurs limites76. Les pratiques qui s’appuient sur l’expertise de divers membres de l’équipe sont plus susceptibles de fournir aux patients les soins dont ils ont besoin et de répondre aux besoins de la communauté77. Les relations de toutes les dynamiques au sein de la pratique, qu’elles soient entre un patient et un médecin de famille ou entre un patient et d’autres membres de l’équipe, devraient être encouragées et appuyées dans le CMF. Bâtir ces relations développe la confiance et mène au but ultime, soit d’atteindre de meilleurs résultats sur la santé. Bien que chaque pratique doive être responsable de déterminer qui fait quoi (dans les limites des champs d’activités professionnelles de la pratique), le prestataire de soins principal de chaque patient devrait être son médecin de famille personnel. Les médecins de famille qui possèdent des compétences avancées et ceux qui ont une pratique ciblée jouent un rôle important en collaborant avec le médecin de famille personnel du patient et l’équipe pour fournir un accès en temps opportun à une vaste gamme de services de soins primaires et de consultation. Ils ajoutent à leurs compétences et expériences de base une expertise supplémentaire dans un domaine particulier, tout en demeurant engagés envers leurs principes de base en tant que généralistes78. Ces médecins peuvent s’appuyer largement sur leur formation en médecine générale, l’approche de la prise en charge des maladies et les soins axés sur le patient, leur permettant de travailler de façon collaborative à différents niveaux de soins, notamment avec d’autres spécialistes, afin de répondre aux besoins des patients79. Ces cliniciens agissent aussi à titre de ressources pour d’autres médecins dans leur système de santé local en améliorant la prestation des soins et les occasions d’apprentissage et d’enseignement. Le guide Conseil pratique : Les communautés de pratique dans le Centre de médecine de famille80 fournit plus d’information sur la collaboration intraprofessionnelle entre médecins de famille. Les stratégies de soins partagés fournissent aux patients un accès en temps opportun aux consultations à des moments prévus, avec d’autres spécialistes ou avec des médecins de famille qui ont des compétences avancées dans le cabinet de médecine de famille. Le consultant peut évaluer plusieurs patients par visite, après quoi un plan pour des soins continus peut être élaboré et approuvé par le médecin de famille, le consultant, d’autres membres de l’équipe et le patient. Il n’y a pas de modèle universel pour déterminer la bonne composition de l’équipe de professionnels de la santé. La composition de l’équipe dépend des compétences, des aptitudes et de l’expérience nécessaires pour répondre aux besoins en matière de santé de la population de patients81. Ces besoins varient en fonction des caractéristiques de la communauté ; par exemple, la géographie, la culture, la langue, les données démographiques, la prévalence de la maladie. On encourage les médecins de famille à découvrir Membres additionnels des équipes de pratique Ce ne sont pas tous les professionnels de la santé qui doivent être embauchés à temps plein. Par exemple, une pratique peut embaucher une diététiste pour des journées précises afin de diriger un programme d’éducation sur le diabète et de voir des patients qui ont un rendez-vous. Les pratiques peuvent aussi accueillir d’autres professionnels de la santé, comme des professionnels embauchés par une autorité sanitaire régionale, pour fournir des soins aux patients sur place. Cependant, les organismes de financement devraient reconnaître que les cliniques de médecine de famille qui accueillent d’autres professionnels de la santé sont souvent responsables des frais généraux associés au travail de ces praticiens sur place, et du soutien supplémentaire devrait être disponible pour s’assurer que les coûts n’incombent pas indûment aux médecins. Le 1er pilier : Administration et financement et le 2e pilier : Infrastructure appropriée soulignent que le CMF doit recevoir le financement adéquat et avoir accès à la bonne infrastructure (physique et en matière de gouvernance) pour appuyer les initiatives décrites dans cette vision. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 21 22 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 les lacunes dans la prestation des soins de santé dans leur milieu de pratique et à travailler avec d’autres prestataires de soins de santé pour répondre à ces besoins dans la mesure du possible. Les données des DME — ainsi que la rétroaction des patients, des membres de la communauté et des intervenants — devraient éclairer la planification de l’équipe. Les facteurs dont il faut tenir compte comprennent : La population de patient Les besoins reconnus de la communauté en matière de soins de santé Les heures d’ouverture pour les patients Les heures de travail de chaque médecin Les rôles et le nombre de prestataires de soins autres que les médecins Les fonds disponibles81 Le chevauchement ou les variations de compétences semblables peut créer des attentes ambiguës quant aux rôles définis au sein d’une pratique. Quand les équipes sont créées, les rôles devraient être clairement définis. Il est préférable que cela soit accompli au niveau de la pratique en fonction des besoins et des ressources de la communauté. Cette approche tient compte des changements qui ont eu lieu au cours de la carrière d’un professionnel de la santé, notamment le perfectionnement des compétences, l’obtention de certifications et les intérêts professionnels82. Au début de la prestation de soins en équipe et lors de tout changement au sein de l’équipe, il est important de prévoir du temps pour que chaque membre de l’équipe devienne confortable dans son rôle. Il est aussi important de reconnaître que ces ententes sont flexibles et peuvent changer, à condition que les membres de l’équipe parviennent à un consensus sur les ajustements nécessaires. Les membres de l’équipe peuvent travailler dans le même cabinet ou dans le même édifice, mais cela n’est pas nécessaire. Pour les pratiques plus petites ou éloignées, ou dans les plus grands centres urbains où le fait de pratiquer dans des espaces physiques rapprochés peut être un obstacle, il est possible ce créer certains liens avec des pairs dans d’autres sites. L’utilisation judicieuse de la TIS permet d’orienter les patients et de faire des consultations virtuelles. Les liens virtuels entre les CMF et d’autres spécialistes, hôpitaux, services diagnostiques, etc., peuvent être améliorés en mettant sur pied des ententes et des engagements plus formels pour fournir un accès en temps opportun aux soins et aux services. En fournissant aux patients une gamme complète de services qui répondent le mieux possible à leurs besoins, il est possible d’offrir un meilleur accès, une plus grande satisfaction pour les patients et les prestataires de soins, et une meilleure efficacité des ressources en offrant des soins en équipe61,77,83. Bien qu’il y ait actuellement plusieurs systèmes en place qui appuient la création d’équipes de soins de santé, les pratiques peuvent aussi créer leurs propres équipes. Pour garantir le succès de l’équipe, les prestataires de soins doivent avoir une bonne compréhension des différentes responsabilités associées à chaque rôle et s’assurer que des outils sont disponibles pour favoriser la communication et un dialogue ouvert. Les équipes des CMF sont appuyées par un modèle flexible, qui peut être adapté à chaque situation. Les compétences que les médecins de famille acquièrent pendant leur formation (décrites dans le Référentiel CanMEDS-MF) les préparent à diriger les équipes interprofessionnelles. Les équipes de soins constituent une partie importante d’un CMF et sont essentielles au concept de soins complets et globaux, continus, axés sur le patient et prodigués en temps opportun. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 23 7e pilier : Continuité des soins La continuité des soins se définit par l’uniformité de l’endroit où les besoins médicaux de chaque personne sont pris en charge au cours de sa vie, et par qui et de quelle façon84. Étroitement liée aux soins complets et globaux offerts en équipe (voir le 6e pilier : Soins globaux prodigués en équipe sous le leadership d’un médecin de famille), la continuité des soins est essentielle à toute pratique qui souhaite offrir des soins réellement centrés sur les besoins du patient. La continuité des soins est ancrée dans un partenariat à long terme entre le patient et le médecin dans lequel le médecin connaît les antécédents du patient grâce à son expérience, et peut intégrer la nouvelle information. Il peut ainsi prendre des décisions de façon efficace sans devoir faire des recherches ou un examen approfondi du dossier en tenant compte du patient dans son ensemble84. Du point de vue du patient, ceci découle d’une profonde compréhension du parcours de chaque personne et du contexte lié à son état de santé actuel, ainsi que de la confiance qui s’établit avec le prestataire de soins au fil du temps. Des études ont montré que si que le même médecin s’occupe d’une personne au fil du temps, pour des problèmes de santé mineurs et pour des maladies plus graves, la relation patient-médecin est renforcée et la compréhension augmente — des éléments essentiels pour des soins de santé primaires efficaces85. Grâce à ses connaissances et son expertise médicales, le médecin de famille du patient peut donc mieux comprendre le patient en tant que personne, y compris ses antécédents médicaux et son contexte social plus vaste, comme ses antécédents personnels, familiaux, sociaux et professionnels (voir le 5e pilier : Capacité de s’adapter aux besoins de la communauté et responsabilité sociale). Dans ce modèle, les patients, leurs familles et/ou leurs aidants naturels, et tous les prestataires de soins de l’équipe du CMF sont des partenaires de soins et collaborent pour atteindre les objectifs du patient tout en participant à la prise de décisions communes. Comprendre les besoins du patient, ses désirs, ses craintes et ses façons de réagir à la maladie, aux médicaments et aux autres traitements renforce la capacité du médecin à détecter les tendances, et non seulement le problème médical présenté à un rendez-vous donné. La continuité des soins peut idéalement appuyer la santé et le bien-être des patients de façon active dans leur vie quotidienne sans mettre l’accent uniquement sur les soins quand ils sont malades. La bonne relation médecin-patient développée au fil du temps permet au patient de demeurer en bonne santé et au médecin de prévenir la maladie et les blessures, grâce à sa connaissance approfondie du patient qu’il utilise dans son travail avec les équipes de professionnels de la santé qualifiés afin de favoriser le bien-être du patient. Dans le CMF, les médecins de famille, qui sont les prestataires de soins principaux, peuvent fournir des soins continus tout au long de la vie des patients et développent de bonnes relations avec eux. La recherche démontre que la continuité des soins est l’un des éléments les plus importants dans l’amélioration de santé des populations86,87. Il s’avère en effet que les patients qui voient le même médecin en soins primaires sur une base continue sont en meilleure santé, se rendent moins souvent à l’urgence et sont moins souvent hospitalisés, comparativement à ceux qui reçoivent des soins de plusieurs médecins différents. Une étude canadienne a indiqué qu’abstraction faite des données démographiques et de l’état de santé des patients, la continuité des soins était un indicateur de la réduction des hospitalisations pour les maladies propices aux soins ambulatoires (comme la MPOC, l’asthme, le diabète et l’insuffisance cardiaque) et de la diminution des visites à l’urgence pour un large éventail de maladies pouvant être traitées dans des pratiques de médecine de famille86. Dans l’ensemble, « plus le patient voit de médecins, plus il y a de risques d’effets indésirables ; recevoir des soins de divers médecins lorsqu’il y a un fardeau élevé de morbidité sera associé à une plus grande possibilité d’effets indésirables86 ». On a souligné qu’une source de Les patients sont en meilleure santé et peuvent vivre pleinement leur vie quand ils reçoivent des soins d’un prestataire responsable qui les accompagne et qui sait comment leur santé évolue au fil du temps. 7.1 Le CMF favorise et encourage les relations à long terme entre les patients et les membres de l’équipe de soins, assurant ainsi la prestation de soins continus pendant toute la vie du patient. 7.2 Les équipes des CMF assurent la continuité des soins offerts à leurs patients dans différents contextes, notamment dans un cabinet de médecine de famille, dans les hôpitaux, les établissements de soins de longue durée et d’autres établissements dans la communauté, ainsi qu’au domicile du patient. 7.3 Un CMF sert de point central pour la coordination et la continuité des soins liés à tous les services médicaux que ses patients reçoivent dans la communauté médicale. soins régulière et constante est associée à un meilleur accès à des services de soins préventifs, peu importe la situation financière du patient. La continuité des soins nécessite aussi une continuité du milieu médical, de l’information et des relations. On a démontré qu’offrir ou coordonner la plupart des services médicaux dans un même endroit par le médecin de famille personnel et l’équipe de soins du patient entraîne de meilleurs résultats pour la santé88. Conformément au 3e pilier : Soins interreliés, quand les soins doivent être fournis dans différents milieux ou par différents professionnels de la santé (c.-à-d., le voisinage médical), la continuité des soins peut être préservée si le CMF joue un rôle de coordination et communique efficacement avec les autres prestataires de soins. Le CMF assure la liaison avec les prestataires de soins externes pour coordonner tous les aspects des soins fournis aux patients en fonction de leurs besoins. Ceci comprend, sans s’y limiter, orienter des patients vers des services spécialisés et assurer le suivi, coordonner les soins à domicile et travailler avec les patients avant et après leur congé de l’hôpital ou d’autres centres de soins intensifs. En plus de ce rôle de coordination, le CMF agit en tant que point central pour le partage, la cueillette, l’entreposage et la gestion de toute l’information pertinente sur les patients. Ceci garantit que le médecin de famille, en tant que prestataire de soins principal, possède un aperçu global des antécédents du patient. Une liste de tous les soins prodigués à chaque patient devrait être disponible dans chaque dossier médical (préférablement dans un DME) que tous les prestataires de soins appropriés devraient pouvoir consulter (voir le 2e pilier : Infrastructure appropriée pour plus d’information sur les DME). Savoir que l’information médicale provenant de toutes les sources (c.-à-d., les prestataires de soins qui font partie du CMF ou non) est regroupée à un seul endroit (physique ou virtuel) augmente le degré de confort et de confiance des patients quant à leurs soins. Continuité pour la santé du patient La recherche démontre que la continuité des soins est un élément essentiel de la santé générale de la population. Les patients qui ont un médecin de famille régulier sont en meilleure santé et sont moins souvent hospitalisés que ceux qui n’en n’ont pas69. 24 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 8e pilier : Soins offerts en partenariat avec le patient et sa famille Facteurs externes dans les soins de santé du patient Les soins offerts en partenariat avec le patient et sa famille sont considérés d’une grande importance par tous les intervenants du système de santé. En 2011, l’AMC et l’AIIC ont publié un ensemble de principes pour guider la réforme du système de santé canadien91. Les soins axés sur le patient, figurant en tête de liste, sont présentés comme un principe crucial à l’amélioration de la satisfaction générale à l’égard du système de santé91. Par ailleurs, en 2016, Patients Canada a exhorté les gouvernements à tous les paliers de veiller à ce que toute nouvelle entente ou réforme adoptée en matière de santé soit axée sur le patient92. Les soins axés sur les patients sont au coeur du CMF. Le Dr Ian McWhinney — souvent considéré comme le « père de la médecine de famille » — décrit les soins axés sur le patient comme si le prestataire de soins « entrait dans l’univers du patient, pour voir la maladie à travers ses yeux… Cela est étroitement lié aux volontés, aux besoins et aux préférences du patient, en plus d’y répondre89. » Dans ce modèle, les patients, leurs familles et/ou les aidants naturels, ainsi que tous les prestataires de soins de santé de l’équipe du CMF sont des partenaires : ils collaborent afin d’atteindre les objectifs du patient et participent à la prise de décisions partagée. Les soins devraient toujours refléter les sentiments et les attentes du patient et répondre à ses besoins particuliers. Consultez le guide Conseil pratique : Soins centrés sur le patient dans les centres de médecine de famille90 pour plus d’information. Les aidants naturels* jouent un rôle important au sein du CMF. Ils aident les patients à prendre en charge la maladie et à composer avec celle-ci, et peuvent aider les médecins en agissant comme source d’information en santé fiable et en collaborant pour créer des plans de traitement et en assurer l’adoption93. Le niveau et le type d’engagement de la part des aidants naturels devraient toujours être déterminés par le patient. Les médecins « devraient régulièrement évaluer les volontés du patient concernant la nature et l’étendue de la participation des aidants naturels lors des rencontres cliniques et s’efforcer de fournir au patient le niveau de confidentialité désiré94. » Ils devraient reprendre cette conversation régulièrement et faire des changements en fonction de la volonté du patient. Les CMF mettent l’accent sur la prestation de soins axés sur le patient et sur l’inclusion des aidants naturels. Les pratiques de médecine de famille répondent aux besoins uniques des patients et des familles dans leur environnement. 8.1 Les soins et les prestataires de soins dans un CMF sont centrés sur les patients, et les services offerts répondent aux volontés, aux préférences et aux attentes des patients. 8.2 Les patients, leurs familles et leurs aidants naturels participent activement au processus de prise de décisions partagée. 8.3 Un CMF facilite l’accès à l’information médicale pour les patients grâce à des dossiers médicaux électroniques selon l’entente convenue avec l’équipe de soins. 8.4 Les soins autogérés sont encouragés et appuyés dans le cadre des plans de soins de chaque patient. 8.5 Des stratégies qui encouragent l’accès à diverses options de soins qui vont au-delà des consultations traditionnelles en cabinet (p. ex., les télésoins, les soins virtuels, les unités de santé mobiles, les consultations électroniques, etc.) sont intégrées dans le CMF. 8.6 La participation des patients et les mécanismes de rétroaction officialisés (p. ex., les conseils consultatifs de patients, les sondages auprès des patients) font partie de la planification et l’évaluation continues. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 25 * Les aidants naturels comprennent des membres de la famille, des amis, des voisins et d’autres membres de la communauté. Dans le cadre de leur engagement envers les soins axés sur le patient, les CMF facilitent et appuient l’autogestion par les patients. On a démontré que les interventions d’autogestion comme le soutien à la prise de décision, l’autosurveillance et les soutiens psychologique et social améliorent la santé95. Les membres de l’équipe du CMF devraient toujours faire des recommandations en fonction de la perspective du patient. Ils devraient travailler en collaboration avec les patients et leurs prestataires de soins afin de créer des plans d’action réalistes et enseigner la résolution de problèmes et la capacité d’adaptation. Ceci est particulièrement important pour les personnes atteintes de maladies chroniques qui doivent travailler en partenariat avec leur médecin et leur équipe de soins de santé pour prendre en charge leur maladie au fil du temps. (Voir le guide Conseil pratique : Prise en charge des maladies chroniques dans un centre de médecine de famille96 pour de plus amples renseignements.) L’objectif de l’autogestion des soins devrait être de stimuler la confiance du patient et de l’aidant en leur capacité de bien gérer les maladies, d’améliorer la santé et de favoriser le bien-être global. Afin de faciliter les soins offerts en partenariat avec les patients et les familles, un vaste éventail d’options conviviales pour accéder à l’information et aux soins au-delà des consultations traditionnelles au cabinet devraient être offert aux patients au besoin. Ceci comprend les courriels, les télésoins, les soins virtuels, les unités de santé mobiles, les consultations électroniques, les visites à domicile, les rendez-vous le jour même, les consultations de groupe, les stratégies d’autonomie en matière de santé, l’éducation des patients et les séances de traitement offertes en milieux communautaires. Fournir un vaste éventail d’options permet aux patients d’avoir accès au type de soins qu’ils préfèrent en fonction de leurs besoins individuels. Les patients doivent aussi savoir comment accéder à l’information et aux ressources qui leur sont offertes ; par exemple, Prévention en main (PeM)97. Permettre aux patients d’accéder à leurs dossiers médicaux peut améliorer la communication avec le médecin ainsi que la satisfaction des patients98,99. Il est important que les patients et les membres de l’équipe de soins de santé discutent de l’information spécifique qui sera accessible aux patients et qu’ils s’entendent sur celle-ci. Il est nécessaire de fournir de l’éducation aux patients sur l’accès et l’interprétation de l’information disponible. Afin de faciliter ce type d’accès, chaque CMF doit avoir un système de DME qui permet aux utilisateurs externes d’accéder à l’information de façon sécuritaire (voir le 2e pilier : Infrastructure appropriée). Les sondages auprès des patients et les occasions pour les patients de participer à la planification et à l’évaluation de l’efficacité des services de la pratique devraient être encouragés. Les pratiques doivent être prêtes à répondre et à s’adapter à la rétroaction des patients. Afin de renforcer une approche axée sur le patient, les pratiques peuvent mettre en place des conseils consultatifs de patients et d’autres mécanismes de rétroaction officialisés (p. ex., sondages auprès des patients) dans le cadre de leurs processus d’ACQ (voir le 9e pilier : Mesure, amélioration continue de la qualité et recherche). Autogestion par les patients La clinique Ajax Harwood Clinic (AHC) est un bon exemple de la façon dont une pratique qui favorise l’autogestion par les patients peut améliorer la santé à long terme, particulièrement chez les patients atteints de maladies chroniques94. L’AHC a créé un milieu d’apprentissage et tente d’encourager la littératie en santé chez ses patients grâce à ses divers programmes. La clinique est axée sur l’éducation et la responsabilisation des patients, et tous les programmes de la clinique sont gratuits afin d’éliminer les obstacles financiers pour les patients. 26 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 27 DÉVELOPPEMENT CONTINU Chaque CMF favorise le développement continu afin de mieux effectuer ses fonctions de base. Le CMF et son personnel sont engagés envers la mesure, l’amélioration continue de la qualité et la recherche, ainsi que la formation, l’éducation et le développement professionnel continu. MESURE, AMÉLIORATION CONTINUE DE LA QUALITÉ ET RECHERCHE PAGE 28 FORMATION, ÉDUCATION ET DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL CONTINU PAGE 30 9e pilier : Mesure, amélioration continue de la qualité et recherche L’ACQ est une caractéristique essentielle de la vision du CMF. Elle encourage les équipes de soins de santé dans les pratiques à apporter des améliorations, tout en évaluant l’efficacité de leurs services, les résultats sur la santé, la sécurité de leurs patients ainsi que la satisfaction des patients et des professionnels de la santé. Chaque CMF s’engage à mettre en place un programme d’ACQ qui favorisera la sécurité des patients et qui améliorera l’efficacité et la qualité des services offerts aux patients. Dans le cadre des activités d’ACQ, une approche structurée est utilisée pour évaluer les procédures actuelles de la pratique et améliorer les systèmes afin d’obtenir les résultats escomptés. Pour mettre en oeuvre l’ACQ, l’équipe du CMF doit fixer les résultats escomptés et déterminer les stratégies d’évaluation appropriées. Lorsque le processus et les résultats escomptés seront définis en collaboration avec les patients, l’activité d’ACQ mesurera le rendement au moyen de la collecte de données et d’une comparaison avec celles de départ. La mesure du rendement peut être effectuée grâce à une observation structurée, à des sondages auprès des patients et des employés (voir le 8e pilier : Soins offerts en partenariat avec le patient et sa famille), à l’outil d’autoévaluation du CMF et aux DME de la pratique (voir le 1er pilier : Administration et financement et le 3e pilier : Soins interreliés). Les indicateurs choisis devraient être appropriés à chaque pratique et milieu communautaire, et significatifs pour les patients et la communauté. Le processus d’ACQ pourrait être présenté dans une pratique comme un programme d’amélioration autonome ou une évaluation effectuée par un groupe externe. Dans certaines provinces, le financement est lié à l’atteinte de cibles de rendement, notamment celles qui rendent compte d’un bon rapport coût-efficacité des soins et de meilleurs résultats de santé101. Certaines provinces canadiennes ont commencé à établir un lien entre les incitatifs financiers, en fonction des résultats cliniques et des cibles atteintes (modèle de « rémunération en fonction du rendement »)102. Bien que cette approche donne certains avantages, elle comporte aussi des risques si les incitatifs financiers et les ressources deviennent trop centrés sur les patients atteints de certains problèmes médicaux ou sur ceux qui ont un meilleur potentiel d’atteindre les cibles fixées, alors que les soins sont reportés Les pratiques de médecine de famille s’efforcent de progresser grâce à la mesure du rendement et à l’ACQ. La sécurité des patients est toujours une priorité et de nouvelles idées sont mises de l’avant grâce à l’implication des patients dans les activités de recherche et d’ACQ. 9.1 Les CMF créent et appuient des programmes d’ACQ qui évaluent la qualité et le rapport coût-efficacité des équipes et des services offerts en termes de satisfaction des patients et des prestataires de soins. 9.2 Les résultats de l’ACQ sont mis en application et utilisés pour améliorer les activités, les services et les programmes offerts par le CMF. 9.3 Tous les membres de l’équipe de professionnels de la santé (les équipes cliniques et administratives), ainsi que les apprenants et les patients, participeront aux activités d’ACQ qui se déroulent dans chaque CMF. 9.4 Les CMF encouragent leurs médecins, les autres professionnels de la santé, les étudiants et les résidents à participer à la recherche dans leurs milieux de pratique. 9.5 Les CMF sont des endroits idéaux pour la recherche communautaire sur la santé des patients et l’efficacité des soins et des services. Amélioration continue de la qualité L’ACQ est une valeur importante au sein des organismes sanitaires comme la FCASS100. 28 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 29 ou refusés à d’autres101,103. Le développement futur des modèles d’incitatifs financiers devrait tenir compte des conséquences involontaires qui pourraient nuire à la capacité des pratiques de fournir des soins de bonne qualité à toute leur population de patients. Les objectifs qui définissent un CMF pourraient être utilisés pour développer des indicateurs pour les initiatives d’ACQ dans les pratiques de médecine de famille de tout le Canada. Ces critères pourraient êtes bonifiés en ajoutant des indicateurs recommandés par des organisations comme Agrément Canada, Qualité des services de santé Ontario, l’Organisation des normes en santé et le Patient-Centered Medical Home Model aux États-Unis. Le CMFC s’est engagé à collaborer avec ces groupes pour développer davantage le processus d’ACQ pour les CMF et les pratiques de médecine de famille. Voir l’Initiative d’amélioration de la pratique (Pii)104 du CMFC pour une liste des ressources disponibles. L’ACQ est une activité d’équipe et tous les membres de l’équipe du CMF ainsi que les patients et les apprenants devraient y participer. Ceci garantira l’appui de l’équipe, favorisera l’engagement et la participation des patients, et fournira aux apprenants des occasions d’apprentissage importantes105. Les CMF s’engagent à utiliser les résultats des initiatives d’ACQ pour effectuer des changements concrets dans leur pratique afin d’améliorer les activités, les services et les programmes. Le temps et les efforts investis dans la participation à des activités d’ACQ devraient être reconnus comme étant importants et ne devraient pas être découragés par les modèles de rémunération existants. Du temps et des ressources devraient être alloués pour permettre d’effectuer ces activités dans le cadre de la pratique, et ceci devrait faire partie des principes opérationnels. À plus grande échelle, les CMF constituent des sites parfaits pour la recherche communautaire axée sur la santé des patients et sur l’efficacité des soins et des services. On devrait encourager l’équipe du CMF à participer aux activités de recherche et lui offrir des appuis. Les CMF devraient aussi promouvoir la participation des étudiants de médecine, des résidents et des externes à ces projets. Au Canada, le Réseau canadien de recherche en soins de santé primaires (RCRSSP) et l’engagement de la Stratégie de recherche axée sur le patient (SRAP) des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) jouent un rôle primordial106. L’accent sur le soutien à la recherche axée sur le patient effectuée dans des milieux de soins primaires communautaires correspond aux priorités du CMF. Les concours pour les subventions de recherche comme ceux annoncés par la SRAP devraient être fortement encouragés et appuyés. Les CMF constituent des laboratoires idéaux pour des études qui respectent les principes de recherche sur l’efficacité comparative et les priorités définies par le RCRSSP et la SRAP des IRSC. Ils fournissent d’excellents endroits pour des initiatives de recherche réparties sur plusieurs sites, notamment pour des projets comme ceux qui sont en cours au sein du RCSSSP — un réseau de médecins de famille qui effectue de la surveillance sur diverses maladies chroniques à l’échelle du pays. 30 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 10e pilier : Formation, éducation et développement professionnel continu Les CMF servent de sites de formation pour les étudiants en médecine, les résidents en médecine de famille ainsi que les étudiants en soins infirmiers et dans d’autres professions en santé107. Ils fournissent un endroit qui permet de démontrer et d’enseigner des pratiques axées sur les rôles essentiels des médecins de famille et des équipes interprofessionnelles dans le cadre du continuum d’un système de soins de santé. Un des objectifs de la formation des résidents en médecine de famille est d’apprendre à fonctionner en tant que membre d’une équipe interdisciplinaire, prenant soin de patients dans divers milieux de soins, notamment les cabinets de pratique, les hôpitaux, les centres de soins de longue durée et d’autres établissements de soins communautaires, ainsi qu’au domicile des patients70,108. Un CMF est aussi un modèle de pratique de médecine de famille où les initiatives de recherche et d’ACQ sont une caractéristique standard. Les CMF devraient offrir des occasions de participer à des activités de développement professionnel dans les CMF. Ils devraient attribuer les ressources, établir l’orientation et prévoir du temps pour ces activités. La formation en médecine de famille est de plus en plus axée sur l’atteinte et le maintien des compétences définies par le Cursus Triple C axé sur les compétences109 du CMFC. Le Cursus Triple C comprend cinq domaines de soins : les soins des patients tout au long du cycle de vie ; les soins dans divers milieux cliniques (urbains et ruraux) ; un éventail défini de responsabilités cliniques ; les soins aux patients et aux populations marginalisées/défavorisées ; et une liste définie des procédures de base. Le Cursus Triple C intègre aussi les quatre principes de la médecine familiale et les rôles CanMEDS-MF. Les CMF permettent aux étudiants et aux résidents en médecine de famille d’acquérir les compétences du Cursus Tripe C et d’apprendre à incorporer les quatre principes de la médecine familiale, le Profil professionnel en médecine de famille et les rôles CanMEDS-MF dans leurs activités professionnelles. Les apprenants acquièrent de l’expérience en matière de soins offerts en partenariat avec les patients, d’équipes/réseaux de soins, de DME, d’accès aux rendez-vous en temps opportun, de soins complets, globaux et continus, de prise en charge de problèmes indifférenciés et complexes, de coordination des soins, de recherche axée sur la pratique et d’ACQ — des éléments essentiels de la pratique de médecine de famille au Canada. De plus, les CMF constituent des endroits idéaux pour les apprenants d’autres spécialités et professions Mettre l’accent sur la formation et l’éducation garantit que les connaissances et l’expertise des médecins de famille peuvent être partagées avec l’ensemble de la communauté des soins de santé, et au fil du temps en créant des organismes d’apprentissage où les étudiants et les médecins qui exercent la médecine à temps plein peuvent demeurer à la fine pointe des meilleures pratiques. 10.1 Les CMF sont identifiés et appuyés par des facultés de médecine et d’autres établissements d’enseignement professionnel de la santé comme des endroits optimaux pour la formation expérientielle des étudiants et des résidents. 10.2 Les CMF enseignent et incarnent les éléments qui les définissent, notamment les soins en partenariat avec les patients, les équipes/réseaux de soins, les DME, l’accès en temps opportun aux rendez-vous, les soins complets, globaux et continus, la prise en charge de problèmes complexes indifférenciés, la coordination des soins, la recherche reliée à la pratique et l’ACQ. 10.3 Les CMF fournissent un milieu de formation pour les résidents en médecine de famille qui incarne les compétences définies dans le Cursus Tripe C axé sur les compétences en médecine familiale, les quatre principes de la médecine familiale et les rôles CanMEDS-MF, et qui leur permet de les maîtriser. 10.4 Les CMF permettront aux médecins et aux autres professionnels de la santé de participer à des activités de développement professionnel continu (DPC) pour répondre aux besoins de leurs patients et de leurs communautés individuellement et en équipe. 10.5 Les CMF permettent aux médecins de famille de partager leurs connaissances et leur expertise avec la communauté plus large des soins de santé. en santé, ceux-ci pouvant y acquérir une expérience précieuse en travaillant dans des équipes interprofessionnelles et en fournissant des soins de haute qualité axés sur le patient. Les facultés de médecine et les programmes de résidence devraient encourager les apprenants à effectuer une partie de leur formation au sein d’un CMF. Les médecins de famille qui pratiquent devraient se tenir au courant des développements médicaux et en soins de santé, et s’assurer que leur expertise reflète les besoins changeants de leurs patients, des communautés et des apprenants. Mainpro+MD (Maintien de la compétence professionnelle) est le programme du CMFC conçu pour appuyer et promouvoir le DPC des médecins de famille dans tous les rôles et compétences CanMEDS-MF. Le DPC désigne l’obligation professionnelle des médecins de participer à des activités d’apprentissage qui répondent aux besoins qu’ils ont eux-mêmes cernés et aux besoins de leurs patients ; améliorer leurs connaissances, leurs aptitudes et leurs compétences dans toutes les dimensions de la pratique professionnelle ; et continuellement améliorer leur rendement et la santé dans leur champ d’activités110. Trois principes fondamentaux du DPC au Canada ont été décrits récemment : répondre aux besoins des patients et des communautés s’appuyer sur des preuves scientifiques et des données fondées sur la pratique être conçu pour favoriser l’amélioration de la pratique du médecin et des résultats pour les patients Le DPC inclut l’apprentissage dans tous les rôles et compétences CanMEDS-MF, y compris l’expertise clinique, l’enseignement et l’éducation, la recherche et l’érudition, et l’ACQ basée dans la pratique. Les CMF encouragent leurs médecins et tous les autres membres du personnel à participer aux activités de DPC tout le long de leur carrière en créant une culture d’apprentissage au sein de l’organisation. À cette fin, ils allouent du temps pour l’apprentissage personnel et l’apprentissage en équipe, ainsi qu’un accès aux données de la pratique pour cerner les besoins des patients/de la communauté ainsi que les lacunes dans la pratique afin de faire des choix d’activités de DPC judicieux et d’évaluer les répercussions de l’apprentissage sur les soins aux patients. Cette culture d’apprentissage et le désir d’améliorer continuellement la qualité et l’accès aux soins sont essentiels pour s’assurer que le CMF continue d’appuyer des équipes de soins hautement performantes. Pour faire en sorte que tous les membres de l’équipe du CMF puissent s’acquitter de leurs rôles, des programmes de développement du leadership devraient être offerts. Permettre aux médecins de participer à ces activités de développement professionnel requiert suffisamment de financement des gouvernements pour couvrir les coûts de la formation et éviter que la perte de revenu et la capacité de la pratique ne soient des obstacles à cette participation. Les médecins du CMF partagent leurs connaissances avec leurs collègues dans toute la communauté des soins de santé et avec d’autres professionnels de la santé de l’équipe en participant à l’éducation, à la formation et aux activités d’ACQ en collaboration avec les partenaires du pentagramme†. Ceci est particulièrement pertinent pour les médecins de famille qui ciblent un domaine de pratique en particulier (et détiennent possiblement un Certificat de compétence additionnelle) et qui peuvent partager leur expertise avec les autres. Cet échange de connaissances peut être fait de façon informelle ou de façon plus formelle. Par exemple, les médecins peuvent participer à des activités organisées par le CMFC ou par une section provinciale (p. ex., le Forum en médecine familiale, les assemblées scientifiques annuelles provinciales), ou mettre leur expertise à contribution dans le cadre de groupes de travail interprofessionnels qui traitent de sujets particuliers en soins de santé. On devrait encourager les médecins de famille à participer à ce type d’activités pour partager leurs connaissances et leurs compétences, et ainsi favoriser l’amélioration du système de santé global. Développement professionnel continu Le DPC fait partie intégrante du système de soins de santé dans son ensemble. Des organisations comme le Collège royal, l’AMC et l’AIIC mettent l’accent sur la valeur et l’importance de la formation continue pour permettre aux professionnels de la santé d’améliorer les soins aux patients. † Partenaires du pentagramme : les responsables de l’élaboration des politiques — autorités sanitaires fédérales, provinciales, territoriales et régionales ; administrateurs de la santé et de l’éducation ; université ; communauté ; professionnels de la santé — les médecins et leurs équipes UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 31 32 UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 CONCLUSION La version vision révisée du CMF, soit d’un système de soins primaires hautement performant, répond à l’évolution rapide du système de santé et aux besoins changeants des Canadiens et Canadiennes. Les piliers et les attributs décrits dans ce document peuvent guider les pratiques à divers stades de la transition vers un CMF, et plusieurs caractéristiques se retrouvent dans d’autres documents fondamentaux de la médecine de famille comme le Profil professionnel en médecine de famille111 et les quatre principes de la médecine familiale. Des ressources de soutien, comme la trousse de mise en oeuvre du CMF, sont disponibles pour aider ceux qui entament la transition à surmonter les obstacles au changement. Bien que les éléments de base du CMF demeurent les mêmes pour toutes les pratiques, chacune mettra en oeuvre les recommandations en fonction de ses propres besoins. Le CMF est axé sur l’amélioration des soins centrés sur les patients dans le système de santé grâce à la collaboration, l’accès aux soins, la continuité des soins et la responsabilité sociale. Son objectif est de s’appuyer sur la contribution de longue date des médecins de famille et des soins primaires à la santé et au bienêtre de la population canadienne, ainsi que sur les modèles émergents de pratique de la médecine de famille et des soins primaires qui ont vu le jour partout au pays. En particulier, cette vision fournit des objectifs et des recommandations qui peuvent servir d’indicateurs. Elle permet aux patients, aux médecins de famille et aux autres professionnels de la santé, aux chercheurs, aux planificateurs en soins de santé et aux responsables de l’élaboration des politiques d’évaluer l’efficacité de tous les modèles de pratique en médecine de famille qui existent partout au Canada. Les pratiques de médecine de famille qui atteignent les objectifs et qui respectent les recommandations décrites dans cette vision seront des CMF, mais le concept évolue constamment. En même temps que les médecins de famille s’engagent à apporter des changements dans leurs pratiques, le CMFC pour sa part s’engage à appuyer les développements dans le CMF en créant et en faisant la promotion de nouvelles ressources qui seront disponibles sur le site Web du CMF. Le CMFC jouera aussi un rôle de mobilisation important pour s’assurer que le soutien nécessaire est en place pour atteindre les objectifs d’un CMF. Chaque pratique de médecine de famille au Canada devrait recevoir l’appui du public, des gouvernements et des autres intervenants en soins de santé (les partenaires du pentagramme) pour atteindre ce but. Cela garantira que chaque personne au Canada peut avoir accès aux meilleurs soins primaires possible pour eux-mêmes et pour leurs proches. UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA Pratique de médecine familiale — Le Centre de médecine de famille 2019 33 RÉFÉRENCES 1. Collège des médecins de famille du Canada. 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